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midis } et que j’obtinsse d'elles des renseignemens suffisans pour me mettre en état de tenir un registre, sur lequel j'inscrirais leur âge, leur tournure et leur beauté, leur caractère et leurs qualités générales comme épouses. Je devais porter ce registre sur moi , pour pouvoir le montrer à tous les étrangers que je rencontrerais.
J’aliai d’abord au bazar, et j’achetai un manteau de prêtre, avec un habit qui boutonnait sur la poitrine, et un long morceau de mousseline blanche, que je roulai autour de ma tête. Ainsi accoutré,
avec tout l’ajustement de mon nouveau métier, je me rendis à la maison des femmes, où je fus admis promptement, car elles avaient été instruites de ma visite.
Je les trouvai toutes trois assises â fumer, dans un appartement de trèsmince apparence. Leur voile était jeté négligemment sur leur tête; et lorsque je parus, par une habitude commune a
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toutes nos femmes, elles en couvrirent leur figure, en laissant seulement un oeil
libre.
«La paix soit avec vous, hhanûms !
dis-je (car je sais combien les apparences du respect nous concilient les gens ); je suis venu de la part du mollah Nadân, pour vous faire l'offre de mes humblesservices; et peut-être que, comme vous connaissez le but de ma visite, vous ne me refuserez pas de mettre vos voiles de côté. »
— a Puissiez-vous demeurer en paix, dirent-elles ; mollah! » et puis elles me
donnèrent à entendre, par plusieurs paroles flatteuses, que j"'étais le bienvenu, et qu’elles espéraient que ma présence leur porterait bonheur.
Deux d’entre elles ôtèrent aussitôt leur voile, et découvrirent des visages qui avaient depuis long-temps dit adieu aux lis cl aux roses, et sur lesquelles, malgré l’aide du surmeli autour des paupières, des étoiles bleues sur le front et au mm-
ton, et (lu rouge quelles avaient sur les joues, je pus lire en gros caractères un
longcataloguederides.La troisièmedauie
continuait de se tenir voilée avec précaution.
Je n'hésitai pas à faire une exclamation de surprise, aussitôt que les deux enchanteresses eurent braqué leurs batteries de sourires sur moi. « Louanges à ail ali ! Mashallah! m’écriai-je, cette vue est digne de ferhad lui-même. Ne me regardez pas aussi fixement de peur que je ne me consume. Quels yeux! quels nez ! quelles lèvres ! ayez pitié de moi, et cessez de me regarder. Mais pourquoi,
continuai - je en indiquant celle qui avait gardé son voile , pourquoi cette khanûm me tient-el e dans une si longue attente ? peut-être me croit-elle indigne de contempler ses charmes; et elle a raison , car je ne suis qu’un pauvre mollah, tandis que sans doute le soleil lui-même dans toute sa majesté, n’est pas digne de jouir d'un privilège aussi grand. »
:< Pourquoi ce naz (pruderie), lui dirent ses compagnes? vous savez qu’il Faut qu’il puisse rendre compte de nous* car autrement la malédiction du célibat accompagnera notre destinée, et nous resterons le mépris et l’opprobre de la race féminine. »
« Comme il vous plaira , dit la troisième femme , le chat peut sortir de ia couverture a; et avec une sorte de dépit, elle tira son voile, cl à ma grande surprise offrit à ma vue les traits trop connus o c ia lemme d u médecin d u shab mon ancien maître.
« Par tout ce qu’il y a de plus sacré !
Par la barbe du bienheureux prophète dis-je! qu’est-ce que cela? Les ginslm vaiL leraienl-i!s, qu’ils ont causé tout cela?»
« Oui, Ilajjî, dit-elle très-tranquillement ; le destin est une chose, surprenante. Mais vous, vous qui avez tué mon mari, comment êtes-vous devenu m 0 l la h? »
« Votre mari est donc mort, dis-je,
T. III
que vous me parlez aiusi? Pourquoi lâchez -vous des paroles aussi indiscrètes ?
Quaijc à faire avec la mort de votre mari ? Il a été mon maître , et sa perle m'afflige. Mais vous pourriez tout aussi bien dire que j'ai tué le martyr Ilossein (bénie soit sa mémoire! ) qu’oser avancer que j’ai tué 1 hakim. Dites-moi ce qui est arrivé ; car je tourne autour du labyrinthe de l’ignorance. »
(c Pourquoi prétendez-vous être dans l’ignorance*, dit-elle avec sa voix aigre ordinaire, quand vous devez savoir que
ce fut à cause de vous que le shah renvoya Zeènab de ce monde , que sa mort fut cause que le docteur eut la barbe arrachée, que cela lui valut une disgrâce, et que sa disgrâce occasionna sa mort !
Par conséquent, vous êtes cause de tous ces malheurs. »
k Quelles cendres entassez-vous sur ma lete , ô knanum , m’écriai-je avec véhémence! pourquoi dire que j’ai causé ia mort d'un homme, quand j’en
étais éloigné de cent parasangcs quand
il a fermé les yeux? Si voire mari était
mort d'une indigestion, vous pourriez:
tout aussi bien dire que le laooureur qui
a planté le riz en est la cause. »
Nous continuâmes de disputer pendant quelque temps, quand les autres femmes, craignant que leurs intérêts' ne fussent négligés, intervinrent et nie rappelèrent que nous avions des affaires à régler ; car elles étaient pressées que leurs charmes ne restassent pas Ion?-
lemps inutiles el négligés. La khanüm
qui avait parlé seulement par amour du bavardage, et qui, à ma connaissance^ avait nourri une haine pour son mari, semblait désirer que j’oubiiâsse son ancienne situation beaucoup pins florissante , et me pria de revenir aux affaires.
Pour continuer la Farce du respect, je commençaid’abord par la veuve du docteur, et la priai de me faire connaîtr les particularités de son histoire, afin
que, lorsque je la dépeindrais à quelque futur impatient , je pusse le faire de la manière la plus convenable à ses intérets.
— (( Vous savez aussi bien que moi, dit-elle, que j’ai joui autrefois de la faveur de cette rose du paradis des douceurs ,
• le roi des rois ; que j’étais la première beauté de son liarem et la terreur de toutes mes rivales. Mais qui peut s’opposer aux décrets du destin ! Une nouvelle femme arriva : elle était pourvue d ? un charme plus puissant que celui que
je possédais pour s’assurer l'amour du shah ; et elle détruisit mon pouvoir. Elle craignait tant mes charmes qu’elle ne voulut prendre aucun repos que je ne fusse chassée , et alors pour mon malheur, le shah fit présent de ma personne à son médecin en chef. Oh, je n’oublierai jamais les angoisses de mon âme, quand je passai des délices et de la magnificence du palais du roi, entre les bras du docteur, et que je vins à ha-
biter au milieu des médecines et des pots de fayencc! Je ne vous répéterai pas toute l’histoire de Zeènab. Quand le liakîm mourut ^ je tachai de rappeler l’ancienne ardeur du shah pour moi ; ruais les avenues de ses oreilles étaient fermées: et d’un dém'édc misère a un
autre, moi qui menais autrefois le substitut d’Allah par la barbe, je suis réduite à chercher un mari sur la grande route. »
En disant ces mois, elle se mit à pleurer et à se plaindre de son sort cruel; mais je parvins à la calmer un peu, en lui assurant que je ferais tout ce qui dépendrait de moi pour lui procurer un compagnon tel qu’il le lui fallait.
— a Vous voyez, dit-elle, que je suis encore belle; et que j’ai encore une carrière de jeunesse à parcourir. Regardez
mes yeux , ont-ils perdu leur éclat ?
Admirez mes sourcils, où en trouverez-
ous une paire plus capable de n’en faire
qu’un ? Kl puis, voyez ma taille, ne peut on pas la mesurer avec la main? >;
Elle continua rémunération Je ses moindres perfections, sur quoi je la regardai de tous mes yeux, comme elle le désir ût ; mais au lieu de jeunesse et de beauté, je ne pouvais rien voir en elle qu’une vieille sorcière grosse et massive, dont je brûlais de me venger pour les mauvais traitemens qu’elle avait
lait endurer autrefois à Zeênab.
Les deux autres femmes me donnèrent ensuite l’esquisse de leur vie. L’une était la veuve d’un bijoutier, qu’on avait fait sauter dans un mortier pour avoir escamoté de l’or qu’il avait reçu pour faire
une paire de chandeliers pour le roi; et i autre était devenu mùti malgré elle , ayant été abandonnée de son mari, qui a vait fui la colère du shah en se réfugiant chez les Russes.
Elles s'efforcèrent aussi de me persuader qu’elles étaient jeunes et belles , ce dont je convins d’aussi bonne grâce »jue je le pus. Ayant pris les notes née es* aires sur mon registre, je promis
de faire pour elles du mieux possible.
ttSouvenez-vous, dit l’une, que je n’ai que dix-huit ans.—'N’oubliez pas, dit l’autre, que je suis encore un enfant.—Ayez toujours présent à voire esprit mes deux sourcils qui ont l’air de n’en faire qu’un, cria la veuve du hakîm.»
— « Amen, sur mes yeux, m’écriaijeenquitlant la chambre; » et jemeconsolai de la vue d’un semblable trio d’epouvantails, en cédant à mes anathèmes et à mes éclats de rire.