‹ Hajji BabaChapitre 8 sur 25 · CG · texte numérisé non relu

CG

remplir la tâche qui m'est imposée!

O monde ! ô monde! qu'es-lu ? et que tu serais mieux connu, si chaque homme devait lever le voile qui cache ses propres actions , et se montrer tel qu’il est réellement ! »

Dans ces sentimens, et oppressé comme si la montagne de Damawend et tout son sou/Tre eussent pesé sur mon cœur , j’accomplis mon horrible tâche et réunis les cinq hommes qui devaient être mes collègues dans cette sanglante tragédie.

Ceux-ci insoucians et peu troublés d'un événement qui se renouvelle assez fréquemment , s’inquiétaient peu s’ils devaient être les porteurs d’un cadavre assassiné ou s’ils seraient les inslrumens du meurtre.

La nuit était obscure et bien propre à l'horrible scène qui allait se passer. Le soleil , contre l’ordinaire dans ces climats,s’était couché environné denuages couleur de sang; et à mesure que la

nuit avançait, ces nuages s’amonce-

lèrent, et le tonnerre se fit entendre sur les sommets des monts d'Albors. Par intervalles subits, la lune se laissait apercevoir à travers la densité des vapeurs ([ui la recouvraient aussi subitement, et rendaient la nuit à sa solennité et à toute son ombre. J’étai* assis à l’écart dans la salle de garde du palais , quand j’entendis les cris des sentinelles sur les guérites annoncer minuit, et que les voix des muezzins des mosquées, dont les notes sauvages et llottantes parcouraient mes veines avec le frisson de la mort, m’apprirent, par leurs cris , que l’heure du meurtre était arrivée ! Ils étaient les avant-coureurs de la mort de 1 infortunée Zeênab. Je tressaillis; je ne pus supporter les entendre davantage ; je partis comme un désespéré ; et en arrivant au lieu indiqué., je trouvai mes cinq compagnons déjà prêts. Ils étaient assis dessus et autour du cercueil qui devait porter ma Zeénab à sa demeure éternelle. Le seul mot que j'eus la force

de prnoncer, fut : « Shoud ? Est-ce fait? » A quoi il répondirent : « ne shoud ce n’est pas fait. » Et un silence imposant suivit. J’avais espéré que tout serait fini , et que l'horreur de ce spectacle me serait épargnée, à l’exception de l’obligation de conduire le triste cortège au lieu de Eenterremenl; mais non, Eœuvre était encore à faire: et je ne pouvais me retirer.

A l’extrémité des appartenions consacrés aux femmes dans le palais du shah, s’élève une tour octogone qui a plusieurs gez de haut, et que Eon aperçoit de toutes les parties de la ville. Au sommet, se trouve une chambre, dans laquelle le shah va se reposer souvent et prendre Eair. Cette tour est environnée d’un terrain inculte, et la principale porte du harem s’ouvre près de sa base; une terrasse la domine: je ne l’oublierai jamais! C’est sur cette terrasse que toute notre attention fut alors appelée. A peine étais-je arrivé,

Page 1