‹ HalifaxChapitre 15 sur 54 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

A nous deux maintenant. Voilà donc à quoi vous dépensez votre temps et mon argent, à courir les cabarets vêtu comme un gentilhomme? Etes-vous chevalier pour porter les éperons?êtesvous noble pour porter cette épée?...

Pardon, pardon, monseigneur; quant à la chevalerie, je passe condamnation ; mais quant à la noblesse, c'est autre chose , attendu que comme je n'ai jamais connu ni mon père ni ma mire, j ai autant de chances pour être gentilhomme que pour ne l’être pas. Or, vous comprenez qu’un individu qui peut être gentilhomme ne doit pas être vêtu comme un faquin.

C’est cela; et l’argent que je t'avais donné pour retrouver ma fille est passé en pourpoints de velours, en cols de dentelles et en aiguillettes d’argent.

UALIFAX.I

D'abord, vous ne m’avez donné que cinq cents livres sterling, ce qui est misérable.

Comment, faquin I

Sans doute! Pour cinq cents livres sterling on peut retrouver la fille d'un alderman ou d'un aebérif; mais la fille d'un lord? Peste I c'est plus cher.

C’est bien.., c’est bien... raillez, nensieur le

mauvais plaisant, tournes en ridicule les choses les plus saintes, moquez-vous de l'amour d’un pire pour sa tille... rira bien qui rira le dernier.

UAUFAX.

L’amour d'un pire pour sa fille! peste , vous avez raison, monseigneur; voiià certes qui est bien respectable!... Un jour, sa majesté Charles II, après avoir perdu la bataille de Worcester, fuyait avec un gentilhomme de ses amis, noble comme leroi, généreux comme le roi. ,. et libertin comme...

HeinI tu oses...

Tous deux fuyaient donc de forêts en montagnes et de montagnes en ravins, couchant à le belle étoile, quand il y avait des étoiles, lorsqu'ils avisèrent une petite maison isolée dans laquelle ils se présentèrent, le roi sous le nom du fermier Jakson , et son favori sous le nom de sir Jacques Herbert I

Eh bien, nous savons tout cela.

Aussi ce n'est pas à vous que je le dis, c'est une histoire que je me raconte à moi-même. Or, cette maison était habitée par deux charmantes petites paysannes... les deux soeurs, deux orphelines... les proscrits étaient jeunes et beaux. On leur ouvrit la porte de la petite maison... et comme ils étaient très-fatigués et que personne ne se doutait qu’ils fussent là... ils y restèrent huit jours.

Auras-tu bientdt fini?

Pardon, je me conte une histoire ; elle m’intéresse, etje désire en connaître la fin,.. Ils étaient donc là depuis huit jours, lorsqu’un serviteur dévoué vint leur dire qu’un bâtiment n'attendait plus qu’eux pour partir pour la France. Il fallut quitter la petite maison, il fallut quitter les charmantes hôtesses. Le roi voulait laisser un souvenir à celle des deux sœurs qui s’était particulièrement occupée de lui. Il chercha donc quelle chose il pouvait lui laisser, lui à qui on n’avait pat laissé grand’chose... et il te résolut à lui donner son portrait: c’est assez l’habitude des princes; mais comme il n’avait pas là sonipeintre ordinaire, lequel en ce moment était occupé à faire le portrait en pied du protecteur, il se contenta de prometlrequ’ille lui enverrait de France. Quelque temps après il apprit que la chose était devenue parfaitement inutile et que sa jolie hôtesse possédait un portrait vivant, une charmante miniature, une adorable petite fille... Le favori, qui était noble comme le roi... généreux comme le roi... libertin comme...

Monsieur I...

HAUFAX.

Le {«Tori suivit en tout point l'exemple de son

MAGASIN THÉÂTRAL

mtUn ; il liiin ion portrilt tomme le rot iviit laine le lien., même format... même eiemplaire. Dix ou douxe ani ae panèrent... Sa majesté remonta sur son trône. Pendant les premières années, elle eut tant de ctaôsea k faire... tant d'autres portraits à donner, qu'elle ne songea plus k celui qu’elle avait laissé autrefois dans un petit coin de son royaume. Malt un beau jour la mémoire lui revint; elle fit rechercher la miniature qui avait grandi, qui avait embelli beaucoup; puis, quand elle l'eut retrouvée, elle l'entoura de diamants, et elle la donna, avec le titre de son gendre.,. au fils de lord Uuckiiigham; or, comme chacun sait, quand les ruitont de la mémoire, les favoris se souvieonenl; notre favori, qui était noble comme le roi, généreux comme lo roi,., libertin comme...

ain jonn.

Rocore...

HAMPAX.

'' Notre favori se souvint qu'il avait aussi un portrait d'égaré ; il voulut le ravoir pour faire le pendant du portraitdu roi; car, voua comprenet, les deux portraits étalent cousins, ou plutôt coutlnea... Il envoya donc son serviteur, ton intendant, presque son ami, k la recherche de ce portrait, en lui donnant cinq cents livres sterling pour le retrouver... un portrait qui lui vaudra l'ordre du Bain , l'ordre de la Jarretière, que sais-je , molT... Et cinq cents livres sterling pour retrouver un pareil trésor I... Allons donc, monseigneur, vous n'y pcnseï pas .. il faut savoir semer pour recueillir, que diable I De l'argent, monseigneur , encore de l'argent... beaucoup d’argent, et on vous le retrouvera votre portrait, aoyei tranquille.

atn lonv.

Polntdu tout; je chargera! on autre de ce soin. Ce sont des intérêts trop nobles et trop sacrés pour être confiés k un drôle tel que toi.

haupax.

Alors, TOUS me mettez à la retraite I

SIR lOBX.

Non; je compte seulement t’employer A une mission non moins importante , mais plus en harmonie avec les habitudes, tes mœurs et tes goûta.

UAIIPAX.

Pardon, mais J’aime mieux que vous me redonnlet beaucoup d'argent et contipner i chercher votre fille.

SIR SOHX.

Oui , je comprends , c'est une existence qui te convient; malheureusement elle ne peut pas durer, et je t’en ménage une autre.

IULIFAX.

Agréable I

SIR SOHX.

Très-agréable.

Oû il n’y aura pas grand’chose à fainsT

sut SOBR.

Rien dn lontl

Et de l'argentT...

SIR JOUR

Une fortune I

Cela me va. Voyons, de quoi s'agit-il ?

SIR lOHV.

Tu as vuIajeunefillequlétaitU toutà l’heure?

Oui, je crois.,, je l’ai entrevue.

SIR JOHR.

Comment l'as-tu trouvée?

Mais gentille!

SIR JOUR

Charmante, mon cher, charmanlet

Eh bien ?

SIR JORR.

Eh bien., j'en suit amoureux I

Amoureux fou!

Eh bien, quel rapport cela a-t-il avec celte existence agréable... que vous me promettez?

SIR IIIO.R.

Attends donci

Où il n’y a rien k faire I

SIR JOUR

Attends donc, le dis-je I

Et une fortune k manger.

SIR JOUR

Noua y voilai

BALIFAS.

J’écoute 1

, SIR JOBR.

La petite fille est sage !

Voyez-vous la petite sotte!

SIR JOUR

De plus, elle habite sur les terres de lord Clarendon. Or, tu comprends, tant qu’elle sera snr set terres...

II n’y a pas moyen de tenter le plus petit rapt. Je partage votre haine pour ce lord Clarendon.

SIR JOUR

Et puis, la petite, comme je te l’ai dit, est d’une sévérité de principes... elle ne pente qu'à un mari, ne parle que d'un mari.

Cet petites sont incroyables pour ta mettre comme cela un tas de mauvaises pensées en tête.

SIR JOUR

De sorte que je crois qu'il n’y a qu'un bon mariage...

hauFax.

Commenlt vous l'épouseriei...

HÀUFÂX.

sin losa.

Non, pu moi... mali toil

Moil eh bien, à quoi cela roua tenira-t-il que je rtpouie }

au loux.

Comment, lu ne comprenda paa, bnhéoUe?

Je ne comprends pas.

SIH lOU.'l.

AussitiH ton mariage, tu viena le fixer dans le comté de Dumbar.

£h bien?

su lonn.

Eh bien, si je n’ai pas la permission de chasser sur les terres de lord Clarendon, pcrsonoe ne me contestera le droit... lu comprends?

Parfaitement... et...

su JOHN.

Tu acceptes?

Je refuse I

au roms.

AhI tu refuses!

PositiFement !

su lOHH.

Alors, mon dréle, je te chasse; tu et ruiné, et peut. être pis encore, attendu que tuas bien, en fouillant dans ton existence passée, quelques petites peccadilles à te reprocher, n’est-ce pas?.,, quelques petits démêlés à régler avec la justice, hein? Mon crédit effaçait tout cela ; un homme é moi était inviolable, tandis qu’un maraud que je chasse appartient de droit au premier recors qui le rencontre. Ainsi donc, lu comprends... d’un edté la misère, la prison, et peut-être pis... de l’autre, mon amitié, rien à faire, de l’argent, de beaux habits, une jolie femme... une table splendide, des amis k foison... je te donne dix minutes pour réfléchir.

li sort.

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