‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 18 sur 62 · SUD AS · texte numérisé non relu

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Résolument mécaniste, MorEL, de Genève, estime que hallucinations et délire doivent être isolés de façon rigoureuse car les faits sensoriels ont des caractéristiques semblables pour tous les malades tandis que le délire est individuel et unique. Il affirme justement le contraire de ce qui nous semble être la réalité : « dire que l’hallucination est une projection du délire est vide de sens ». Il l’affirme mais ne le démontre pas. Il continue en disant que les hallucinations auditives verbales sont caractérisées par l’écho dont le caractère est de n’avoir aucun rapport avec le délire. Enfin il fait de l’hallucination visuelle un phénomène complexe où la sensorialité est essentielle et où la perception sans objet apparaît comme le résultat de l’excitation inadéquate des voies périphériques ou centrales.

3° LA THÉORIE DES « ÉCRANS SENSORIELS >» PROPOSÉE PAR GuIRAUD est plus éclectique peut-être, mais en mettant au premier plan des hallucinations l’esthésie, elle se rapproche des théories que nous venons d'évoquer et comme telle nous n’en discuterons que pour la réfuter.

Voici son point de vue : les zones corticales sensorielles sont, même à l’état de repos, dotées d’une activité physiologique continue, sorte de tonus de repos. Ce tonus s'exprime par une sensation continue mais très atténuée occupant tout le psychisme, sur lequel peuvent venir s'inscrire les perceptions provenant de l’excitation des voies sensorielles périphériques : l'écran visuel noir du sujet qui ferme les yeux, la notion de schéma corporel que nous donne l’écran de la proprioceptivité. Toute perception viendra s'inscrire sur l’écran sensoriel. La composante sensorielle et la composante psychique qui est l'identification, s’associent toujours dans cet acte complexe, mais dans des proportions variables. Un état affectif intense, s'emparant de la moindre esthésie, sera l’origine de l’apparence de. perception

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qu'est l’état hypnagogique. « Au contraire de l’espace complexe et homogène où se localisent nos perceptions, l’hallucination ne viendra s'inscrire que dans l’espace sensoriel spécial représenté par l’écran ». C’est ce qui sépare radicalement, d’après GUIRAUD, le rêve du délire. Les hallucinations auditives résultent de l'association d’une excitation corticale qui donne la sensorialité à un sentiment préexistant d’hostilité ambiante. |

-Rejoignant par là QUERCY, GUIRAUD confère à l’hallucination un premier caractère : l’Esthésie; la projection dans l’espace extérieur vient ensuite, puis l’élaboration qui lui superpose une forme (Gestalt). La croyance délirante est bien essentielle, mais ne vient qu’en second lieu se greffer sur l’Esthésie; elle résulte d’un sentiment de xénopathie, certains éléments psychiques pénibles n’étant pas englobés dans l’acte continuel de synthèse de la personnalité. « Cette incapacité d'intégration tient à un défaut de syntonie entre l’activité des neurones dont l’ensemble nous donne lintuition du Moi vivant conscient ».

Si la composante affective est à la base du délire, elle n’est pas pour GUIRAUD l’expression de la personnalité profonde normale du sujet, mais bien « une organisation anormale des composantes hormonothymiques de l'inconscient résultant d’une histoire individuelle conflictuelle, d’atteintes organiques et d'anomalies héréditaires ». Le délire est l'atteinte de l’activité psychique primordiale masquée par les superstructures ‘intellectuelles et affectives de la pensée, désorganisation qui n’est pas reconnue comme émanant du Moi, mais considérée comme xénopathique. Cette pensée xénopathique, en rapport avec l’écran sensoriel, se manifeste par une hallucination, chaque instinct étant en rapport avec le monde extérieur, grâce à une sensorialité.

En résumé, GUIRAUD considère que le processus se déroule comme suit : un état thymique anormal met en

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activité l’un des instincts (d’être, d’alimentation, sexuel, d'alerte, d'expansion, de groupe); l’ébranlement gagne l'écran sensoriel correspondant, d’où transformation de son tonus de repos en esthésie légère qui sert de support à l’hallucination. L’inverse, plus rare, réaliserait l’automatisme, type DE CLÉRAMBAULT : la zone auditive est excitée d’où éveil de représentations, d’abord neutres, puis de structures dues à la mise en jeu de l’intinct d’alerte.

La théorie de Gurraup est tout de même intéressante car elle constitue une position limite entre les doctrines mécanistes et les conceptions noétiques. Si elle est satisfaisante par certains côtés, le fait qu’elle place l’Esthésie au premier plan, en se basant sur des hypothèses incontrôlables - nous incite à la rejeter, pour nous appuyer sur une expérience clinique plus certaine.

Nous résumerons donc, avec Henri Ey le point de vue mécaniste et les critiques qu’il faut lui apporter, en ne considérant comme juste qu’une part minime, celle qui s’applique à l'interprétation. des hallucinations élémentaires.

1° L’hallucination est une image extraordinairement intense : non, car l'importance de l’esthésie n’est pas en proportion de la profondeur de la croyance.

2° L’hallucination est une image mécaniquement fabriquée : non, car, même neutre en apparence, elle est toujours sous-tendue par des facteurs inconscients affectifs et instinctifs. |

3° L’hallucination est le trouble générateur du délire :

non, car des hallucinations peuvent exister sans qu’un délire en découle.

4° L’hallucination n’a pas de rapports avec l’activité psychique : non, car elle est, en fait, de façon parfois peu évidente, en étroite continuité avec les tendances instinctivo-affectives.

5° L’HALLUCINATION est une perception sans objet n’affectant aucun rapport avec les autres erreurs perceptives : non, car il est impossible de détacher l’hallucination de l'illusion dont elle n’est qu’une espèce plus différenciée.

B. - Les théories noétiques.

Celles-ci nous semblent tellement plus satisfaisantes ! Elles considèrent comme un primum movens le désarroi de l’affectivité, raison d’une tendance à l’objectivation in- {entionnelle par le mécanisme de la projection extérieure.

Plusieurs tendances se sont succédées.

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