‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 20 sur 62 · PAT · texte numérisé non relu

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où tout est simultané, basé sur un rétrécissement du temps vécu, et ignore la durée. Si bien que l'attitude du malade se montre d’une importance plus grande que les phénomènes hallucinatoires qu’elle déborde et qui finisseut par déterminer tout son comportement caractéristique.

RüMKkE définit en quelques formules le point de vue phénoménologique.

1° Le délire est le produit final d’un trouble fondamental, l'expression d’une angoisse profonde, informulée, qui, parce qu’elle s'exprime en paroles, est moins pénible à supporter. Le trouble est déjà une disposition isolée.

2° L’hallucination, entité abstraite, n’existe pas, elle n’est que le moyen d’exprimer ce trouble par lequel la personnalité du malade se révèle à elle-même, et cherche à se . retrouver : « Der Wahngehalt ist der grossartige Versuch der Person, ihre Selbsheit zurück zu gewinnen > KRONFELD.

3. Elle représente donc la projection extérieure de contradictions intérieures et constitue un moyen de correspondre de nouveau avec l’ambiance préférable à la solitude au milieu de ses propres combats intérieurs :

« Lieber mit der ganzen Welt kampfen, oder unter der ganzen Welt leiden, als einsam sein », KUNz.

La solitude dans un monde peuplé de ses phantasmes qui est celle du délirant s'oppose à la solitude, dans son propre monde, qui est l’apanage du schizophrène.

Nous pensons devoir ne pas passer sous silence en raison de la vogue de cette philosophie la signification existentielle des hallucinations. Elles traduisent le délire et engagent la personnalité tout entière, elles sont une conduite créatrice d’une existence autre que l'existence normale, une conduite qui traduit une altération foncière de la structure Moi-Autrui. L’halluciné vit dans un monde chargé

de sens pour lui dont les -ballucinations sont. des fragments « humanisés », soit sous forme d UN, sentiment de présence, soit sous ne d « te de pensées qui ne sont reconnus par le sujet comme existants qu’à leur qualité d’étranger$ à soi-même: > (automatisme méntal); soit enfin sous forme de voix venues de persohnes étrangères. HESNARD résume ainsi : « Sion appelle-existentiel le sens fondamental que certains philosophés considèrent comme une préconnaissance du monde, perception naïve qui aboutit, chez le délirant, à l’Existant hallucinatoire, ou comme une aptitude animique à peupler l’univers matériel de présen- ces animées en même temps qu’à participer avec autrui pour en comprendre les intentions, c’est un objet existentiel que le malade appréhende en construisant par lambeaux, grâce aux stimuli internes, son univers de présences ». Le sujet ne perçoit d’abord l’Autrui que confusément, sous forme d’un être inquiétant et anonyme qu’il pomme « on ». À partir de cet objet non signifiant, il construit son édifice pathologique en un mythe vécu où intervient une structure d’extériorité accusatrice d’abord, secourable ensuite. Si certaines hallucinations semblent neutres, c’est que leur liaison au délire est latente comme dans le rêve. Ces matérialisations de l'univers morbide possèdent pour le sujet une valeur d’extériorité, donc de réalité existentielle qui supplante l'existence normale et qui devient à mesure que le délire se développe, de plus en plus significative. Avec sa position existentielle, HESNARD s’évade des doctrines psychanalytiques classiques et apporte une notion très féconde en particulier au point de vue pratique et dans la conduite des cures psychothérapiques : l’univers d’altérité concrète que traduisent les balucinations, est un monde de signification. éthique. Observée isolée, l’hallucination n’est pas compréhensible, elle est intégrée dans. une

LA Re

production délirante stable « toujours sous la forme d’une allusion à un drame éthique actuel ou passé, irréel ou

réel ».

Le monde existentiel est toujours accusateur punitif, atténuateur, annulateur de la faute, innocenteur. L’extériorité a pour but d’incarner la culpabilité intérieure qui est l'essentiel du conflit, c’est-à-dire d’utiliser par le mécanisme de la projection un moyen plus accessible de défense que la lutte intérieure : la désorganisation intérieure était l’aboutissant fatal du conflit éthique, mais un autrui accusateur, en venant s’y substituer, a pris la contradiction à sa charge. Le malade peut dès lors lutter contre un adversaire égal à lui-même, tenter de le détruire, surmontant ainsi la culpabilité intérieure qui, au contraire, le dévalorisait. Toutes les valeurs que matérialise la création hallucinatoire sont différentes de l’existence normale d’un monde malveillant; elles sont l’expression « du drame profond de l’essai désespéré d’annuler une menace morale dans un monde irréel de souveraineté éthique ». Comme le processus onirique, l’univers morbide de la faute est construit par lambeaux discontinus qui font irruption de façon chaotique dans l’activité normale et désorganisent le monde existentiel normal. Le malade appréhende magiquement son univers d’existence morbide réduit « à des signes qui extériorisent son propre drame moral intime, transposé dans la perspective virtuelle de son débat éthique avec lui-même dans l’univers de ses relations interhumaines ». Cet univers délirant repose sur une base biologique : des facteurs hormonaux et circulatoires à l’origine d’un afflux d’affectivité extraphysiologique. C’est cette affectivité émanée des profondeurs de l'inconscient qui s’exprime par des symboles délirants.

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