LA COMPREHENSION DES REVES
UN PAS VERS CELLES DES DELIRES, GRACE A L’AFFECTIVITE QUI LES SOUS-TEND.
« Steiget auf, ihr alten Träume, . « Ôffne dich, du Herzenstor !
Heinrich HEINE.
On peut passer de la pensée normale à la pensée morbide par une foule de transitions insensibles qui n’ont entre elles que des différences de degrés, non de nature, mais qui se situent en majorité sur le plan de la pensée affective, leur inspiratrice commune.
A. - L'affectivité du rêve, la même que celle du délire, est aussi celle des premiers stades du développement.
1° LA PENSÉE DE L'ENFANT EN EST LE PREMIER EXEMPLE. SON univers est basé sur la notion de sujet, l’enfant voit tout à travers lui-même, il ramène au Moi toute l’activité. Il voit le réel tel que le saisissent ses sens et le traduit aussitôt en formules motrices : l’enfant dira « le vent est fort parce que le vent me pousse »… Il n’établit pas de rapports entre les différentes perceptions, il ne voit que le présent et chaque chose comme absolue. Il compare entre elles des perceptions parce qu’elles répondent à des sensations identiques au contraire du mode de pensée conceptuelle qui
dépasse l’impression immédiate pour abstraire. L'enfant n’a donc de la réalité qu’une vision déformée à travers sa pensée affective, il se construit un monde à part où il projette ses manières d’éprouver, traduites immédiatement en comportements, un monde symbolique et intensément vécu, celui des mythes et des contes de-fées. Loin des rapports établis par la pensée rationnelle, les choses n’ont entre elles que des rapports affectifs.
La pensée affective de l’enfant persiste chez le sujet sensible et l’artiste et contient en germes les traits de l'œuvre d’art. Les relations purement affectives et alogiques que l'enfant établira persisteront chez l’adulte si elles ont été marquées d’un fort potentiel affectif, au milieu d’une pensée devenue abstraite et rationnelle.
« Votre cerveau est un palimpseste, Des couches innombrables d'idées, d'images, de sentiments, sont tombées successivement sur votre cerveau aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais aucune, en réalité, n’a péri. »
à — BAUDELAIRE. —
DE QuincEY, élevé dans une atmosphère féminine toute de douceur ‘et de ‘sensibilité, est cruellement frappé dans son enfance par Ja mort de sa sœur Elisabeth, en un ‘beau jour d'été, c’est aussi son premier contact avec la Mort. Plus tard, au cours de sa vie d’adulte, dans ses rêveries d’opium aussi, il associera toujours en une antithèse angoissante l'idée de la tombe avec la luxuriance de l'été et le souffle de la brise parfumée. Sa sensibilité morbide lui fait apparaître, quand il va prier à l’église, des nuages qui se transforment en oreillers blancs sur lesquels reposent des têtes d'enfants souffrant, pleurant et mourant. |
2° LA PENSÉE DE L’ARTISTE ET DU POÈTE réalise leurs aspirations affectives en les sublimant.
Pour HESNARD la valeur esthétique signe la liquidation réussie des conflits éthiques et des drames secrets de l’artiste.
C’est pourquoi, leurs productions hallucinatoires gardent encore un cachet d'œuvre géniale et esthétique et les libèrent en partie de leurs problèmes. Leur affectivité, celle de l’enfant, celle du rêve est vue à travers les pensées de l'adulte.
« Tel petit chagrin, telle petite jouissance de l’enfant, démesurément grossis par une exquise sensibilité, deviennent plus tard, dans l’homme adulte, même à son insu, le principe d’une œuvre d'art. Le génie n’est que l’enfance nettement formulée douée maintenant pour s’exprimer d’organes virils et puissants. »
Rien n’est plus affectif que la Musique, elle supprime le temps, suggère des états d’âme et comme la pensée de l'enfant, rapproche entre elle des sensations qui n’ont de commun que la résonnance affective qu’elles font naître.
« Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige.…. « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »