OBSERVATION III
Mme Marie Laf…., 51 ans, entre, salle 21, à l'hôpital Saint- André, le 24 avril 1951, extrêmement anxieuse, en proie à de multiples hallucinations contre lesquelles elle demande protection.
Toujours nerveuse, méticuleuse, hyperémotive, peut-être aussi un peu débile, très influençable, la malade a mené une petite vie sans histoire jusqu’en 1943. Elle n’a pas d’enfants, elle le regrette, et vit seule avec son mari.
En 1943, sans très bien s’expliquer son geste impulsif, Mme Laf..., dérobe chez un commerçant un portefeuille contenant des tickets et un peu d’argent, elle va aussitôt se dénoncer, mais comme il y avait eu une plainte, elle est arrêtée et fait treize mois de prison. Elle rentre chez elle la tête basse et ne retrouvera plus son calme; elle est en butte aux moqueries et aux airs méprisants du voisinage, son mari est même obligé d'intervenir. Mais Mme Laf... s’exagère leur importance, de plus en plus méfiante et anxieuse, elle se renferme chez elle et ne veut plus voir que quelques amis envers lesquels d’ailleurs elle est ambivalente. Depuis deux mois, elle croit qu’elle est
persécutée par une machine électrique, que ses voisins ont installée et dont les fils la bombardent à travers les murs. Elle entend leur voix la traiter de « voleuse » et de « femme de rien ». Au cours de deux raptus anxieux successifs, la malade s’est réfugiée dans une maison de santé où, après quelques heures de calme relatif, les persécuteurs n’ont pas tardé à la rejoindre. Maintenant elle entend des voix, principalement à l'heure des repas, qui la harcèlent et la traitent de voleuse, l’accusent de « coucher sur une poule crevée, sur un serpent, sur un cercueil ». Ces voix augmentent son affolement et son anxiété les fait redoubler, elle ressent maintenant, la nuit, des picotements sur tout le corps, des brûlures, des douleurs.
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C’est la machine électrique qui la poursuit. Elle à tout essayé, jusqu'aux gestes de conjuration qui n’ont plus rien de religieux et la ramènent aux pratiques des primitifs, de sens magique : elle a aspergé son lit d’eau bénite, elle se couvre de médailles, fait brûler des cierges, multiplie les confessions, demande des messes, passe même une nuit dans l’église où elle se sent plus à l’abri. Plus rien ne l’aide maintenant, elle vient nous demander secours. Son état d’anxiété va croissant de jour en jour, à ses voix S’ajoutèé maintenant celle du psychiatre qui l’a soignée il y a quelque temps; il lui dit depuis la cour qu’elle est une voleuse, qu’elle a emporté avec elle les draps de sa clinique. Nous considérons que l’état thymique et l’anxiété sont au premier plan du tableau clinique et nous soumettons cette malade à la thérapeutique de chocs. Après une série de cinq, l’amélioration qui se dessinait dès le troisième, s’accuse. Elle n’hallucine plus, elle a retrouvé le calme, elle critique son épisode délirant, mais elle a peur de revenir chez elle où elle reverra ces mêmes voisins qui lui ont réellement fait sentir leur mépris lors de son retour de prison. Le sentiment de culpabilité est rentré dans l’ombre, mais on a nettement l'impression que la malade l’a refoulé en bloc sans chercher à l’analyser et à le remettre à sa juste place. Il persiste une certaine inquiétude qui nous fait différer sa sortie et en tous cas demander à son mari qu'il ne la ramène pas dans le même cadre. La voyant en si bon état, il ne nous écoute pas et la reprend chez lui dès sa sortie. Deux jours après, la malade nous revient dans le même état d’anxiété, polyhallucinée, toutes les persécutions ont recommencé, après une journée où son état d'inquiétude avait augmenté progressivement. Les premières voix entendues l'ont décuplé et il s’y ajoute maintenant des hallucinations gustatives (« goût de brûlé dans la bouche »), cénesthésiques (« brûlures intestinales et gastriques »), visuelles même. Nouvelle série d’électrochocs; les premiers sont faits sous nesdonal, car l’approche de l’appareil la plongeait dans une affreuse