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LES INTOXICATIONS EXPÉRIMENTALES

La spécificité des hallucinations suivant le toxique semblerait démentir la théorie affective des hallucinations. En réalité (nous en avons cité des exemples plusieurs fois) on y retrouve toujours la personnalité profonde du sujet. En second lieu, les hallucinations n'apparaissent jamais d'emblée; il survient d’abord une modification de l’état thymique, une orientation spéciale de l’affectivité, il arrive même que les perturbations n’aillent pas plus loin et que tout se borne à des troubles de l’humeur. De son auto-observation d'intoxication mescalinique, MoRrsELLI conclut que « la richesse des troubles du schéma corporel, et des synesthésies, la tendance fondamentale au symbolisme, à l’immédiate métamorphose symbolique des valeurs psychologiques suivent un processus assez semblable à celui de la création artistique et du rêve ».

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. DELAY a particulièrement étudié l’intoxication mescalinique expérimentale : dès le début, pendant la période latente, on assiste à des manifestations neurovégétatives, en général, premières en date, et suivies de troubles de l'humeur :; le tonus neurovégétatif est variable, mais avec une prédominance vagotonique. Les manifestations hyper- thymiques sont en relation avec la qualité de l’humeur antérieure du sujet, son degré de syntonie. Habituellement, de type maniaque, plus rarement dépressives. La rêverie qui prend corps fait vivre le sujet, surtout s’il est névrosé, dans des états oniroïdes qui engagent toute sa personnaité; lorsqu'il est anxieux, les phantasmes dont il est le jouet suivent les bouffées d’anxiété qui obéissent ellesmêmes au rythme des bouffées neuro-végétatives. Le fait que les préoccupations du malade prennent corps pendant ces paroxysmes est tellement connu, que certaines tribus indiennes, avant la prise rituelle de la drogue, se soumettent à une confession générale et publique. Puis surviennent les hallucinations, d’abord visuelles, qui se compliquent à partir d’images élémentaires, et suivant une loi d’autoenrichissement s’adjoignent des phénomènes cénesthésiques et des hallucinations auditives. Quel que soit le niveau de la désintégration, le cours de la pensée est guidé par la polarisation affective et représente symboliquement toutes les opérations intellectuelles; le sujet est anormalement sensible à l’ambiance et sa pensée devient alogique; l’ambivalence affective, l’alogisme, le symbolisme, la fabulation la ramènent au plan de la pensée primitive. Les hallucinations « concrétisent des lourdes charges affecti- -ves », de plus en plus importantes à mesure que la désintégration de l’activité psychique augmente. C’est un rêve vécu par le sujet intensément; par la suite, il ne se souviendra que des fragments portant justement la plus lourde charge affective. DELAY conclut à l'intérêt des techniques

analytiques dans leur interprétation; malheureusement, les

souvenirs post-oniriques restent fragmentaires.

Décrivant deux cas de délires chloraliques, DE CLÉRAM- BAULT note que ce fut l’onirisme le plus émouvant qui laissa le souvenir le plus net, la plupart des hallucinations laissant le malade indifférent parce qu’il était hypothymique.

La succession chronologique de faits hallucinatoires d'essence différente est particulièrement nette dans l’intoxication chloralique.

— La première phase est de type « illusionnel » : images pauvres, sans rapports avec la pensée actuelle du sujet, se produisant « à la lumière ».

— Deuxième phase : images fantasmagoriques, mobiles, inquiétantes, coïncidant avec l’anxiété du sujet : hallucinations de structure affective se produisant « à l’obscurité ».

— La troisième phase est faite d'images vagues, de « données plutôt pensées que vues », en rapport avec l’onirisme dû au sommeil plus ou moins total, témoin maintenant d’une « baisse de niveau » globale.

4° LA DISTINCTION QUE FAIT AÂBÉLY ENTRE DEUX GRANDS TYPES \ » 5 » x PSYCHOLOGIQUES, RÉPOND A UNE PRÉDISPOSITION DÉLIROGÈNE SPECIALE.

Il décrit :

Un premier type, celui de l’intellectuel pur, hypersthénique, peu affectif, et qui ne sublime pas ses instincts. Il en aura les pulsions puissantes, l’hypersexualité exigeante et l’'hyperactivité physique et psychique. « Hypercortical très

intelligent, mais privé en grande partie de pensée affective ».

À lui s’oppose le second type : l’affectif. Torturé par ses

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pulsions élémentaires, dominé par son affectivité, il tendra vers l’introspection et l’anxiété. Ses instincts sont plus affinés, il est plus amoureux qu’érotique. La pensée affective domine l’humeur instinctive et la contrôle.

La femme répond en général à ce second type et c’est justement chez elle qu’on rencontre le plus de délires hallucinatoires chroniques.

ABÉLY voudrait établir une correspondance endocrinienne aux facteurs psychologiques, mais là il nous semble manquer de preuves scientifiques : il fait de l’intellectuel un « acidophile hypophysaire », et de l’affectif un « basophile hypophysaire > qui commande la sécrétion d’hormones hypertensives, hyperémiantes du cortex par l’intermédiaire d’une excitation vasodilatatrice diencéphalique ».

Il est tout à fait satisfaisant, par contre, et maintenant bien contrôlé par l’expérience, d’admettre que le complexe hypophysothalamique réalise, surtout en influençant l’irrigation du cortex, l’harmonie entre l’humeur instinctive et la pensée affective. Dès qu’une dysharmonie se produit, nous dirons une baisse de niveau, l’anxiété et les perturbations d’ordre thymique surviennent et constituent la toile de fond des névroses et des psychoses.

5° Une observation curieuse publiée par DAUMÉZON montre comment UN PHÉNOMÈNE DE CROYANCE, DONC ESSEN- TIELLEMENT AFFECTIF, À PU ARRÊTER LES HALLUCINATIONS.

Il s'agissait d’un malade amputé qui présentait un délire d'influence avec ballucinations, à thème de persécution, et des phénomènes d'écriture automatique au niveau de la main fantôme. Les hallucinations disparaissaient lorsqu'une ceinture élastique était placée sur le bras ou autour de la tête du sujet.

Ici, un phénomène de croyance arrêtait l’hallucination, ce qui prouve bien, dit DAUMÉZON, que le phénomène n’est

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pas réductible à une simple excitation mécanique d’un territoire cortical moteur ou sensitif. Il pense que la localisation des hallucinations se faisait au bras amputé parce que ce bras était devenu un <« organe inférieur >» au sens d’ADLER.

6° LES RÉSULTATS DE LA PSYCHOCHIRURGIE plaident en faveur de notre théorie.

Il est bien reconnu que la lobotomie pré-frontale calme l’anxiété non pas en agissant directement sur l’affectivité mais en diminuant « la faculté de prévoir », c’est-à-dire en contrôlant « la part intellectuelle de la pensée affective », dit ABÉLY, en altérant la synthèse de la personnalité, dit HESNARD.

Exposant les résultats obtenus en Hongrie, ORTHMAYR conclut à l’évolution favorable des syndromes à prédominance affective. Dans les psychoses avec hallucinations, peu en ont été délivrés; on note surtout une « baisse de la tension affective et de la sensation de réalité » qui fait que le malade les perçoit toujours mais en est bien moins affecté. L’étude des tests de projection du Rorschach en particulier, avant et après psychochirurgie a montré à Mme JAKAB que l’affectivité restait inchangée, mais n’atteignait plus le même degré de déséquilibre morbide.

Les conclusions de FREEMANN et WATTS exposées au Congrès international de Paris en septembre 1950 sont d’un grand intérêt pour nous : ils attribuent l’action de la lobotomie à une interruption des connexions diencéphalofrontales suivie de l’atrophie rétrograde du noyau médial thalamique. Les hallucinations et les délires ne s’améliorent pas en soi, mais leur tonalité affective semble atténuée ou mieux, leur « ralliement à la personnalité idéoaffective ». La leucotomie n’agit donc qu’indirectement sur l’affecti-

vité; c’est pourquoi elle ne supprime ni sie etes ni Les hallucinations.

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