L'ACTION SUR LES HALLUCINATIONS DES THÉRAPEUTIQUES DE CHOC
La théorie de DELAY l’explique en partie : l’électro-choc a d’abord une action thymique (il régularise le tonus affectif de base régi par la vie instinctive) secondairement en général, une action noétique intimement liée à la fonction hypnique.
Il faut faire appel pour la comprendre à la théorie de la dissolution-reconstruction du Professeur DELMAS-MARSA- LET : « Succession rapide de deux phases de démolition puis de reconstruction psychique, séparées par une mise au zéro de ces fonctions représentée par le coma ou le profond sommeil ». Elle admet la notion jacksonienne de baisse de niveau et de dissolution des fonctions, notion dont l’observation suivante montre toute la valeur : c’est celle d’un sujet atteint de sinusite maxillaire très douloureuse qui est traité depuis plusieurs jours par des attouchements des cornets avec un solution de cocaïne. A la suite d’une injection de morphine-scopolamine, il éprouve une tendance au sommeil et assiste à un défilé d'images qui devient, à la faveur de l'obscurité, d’une richesse extraordinaire, et cesse à la lumière. Etat d’hallucinose dû à la cocaïne et éclos sous l'influence de la baïsse de niveau due, elle, à l'injection de morphgne scopolamine. Or, ce sujet n'avait jamais présenté d’hallucinations les jours précédents, malgré les cocaïnisations, et d’autre part, tandis qu’il est encore sous l'influence de l'injection, une nouvelle cocaïnisation nasale, fait redoubler le défilé d'images. C’est là un fait véritablement expérimental qui montre bien que le toxique ne donne d’hallucinations qu’à la faveur d’une dissolution uniforme qui s’y surajoute.
Mais, à côté des phénomènes négatifs dus aux liaisons psychiques perdues, des phénomènes positifs relevant de l’organisation nouvelle de ce qui resfe intact, la théorie
de la dissolution-reconstruction laisse place à la possibilité de liaisons anormales, liaisons fonctionnelles selon des voies nouvelles; ce sont les « nouveaux frayages » de DE CLÉRAMBAULT, les « dysharmonies >» d’ABÉLY. Les hallucinations des délires hallucinatoires chroniques anciens, très bien organisés ne s’améliorent en général pas, car il existe probablement un processus lésionnel déjà devenu irréversible et le facteur affectif est passé au deuxième plan; le délire est profondément inclus dans la personnalité du sujet. Par contre dans les cas précédés d’automatisme mental, les thérapeutiques de chocs agissent mieux et font disparaître les hallucinations avant le délire. Là où les chocs agissent le plus nettement c’est lorsqu’une base affective ou dysthymique importante sous-tend les phénomènes hallucinatoires, et encore plus quand la cause déclenchant le délire est elle-même affective : psychoses réactionnelles, psychose de relation des sensitifs Henri Ey conseille aussi dans ces cas la convulsivothérapie pour « mobiliser le niveau de la conscience ».
8° L’ÉTUDE DU RÉFLEXE PSYCHOGALVANIQUE et une méthode nouvelle particulièrement intéressante d'exploration de l’affectivité. |
Elle est, dit AGADJANIAN la réponse du système neurovégétatif qui commande la vie affective et les fonctions perceptivo-associatives, aux facteurs de l’affectivité. Un peu plus tard, en 1948, COPELMAN et STANESCO l’étudient à Lausanne.
À Bordeaux, J. FAURE met au point une méthode d’enregistrement qui supprime les erreurs techniques et rend les résultats obtenus utilisables; il applique en particulier à l'étude de laffectivité au cours des psychoses et des paroxysmes hallucinatoires.
Voici un aperçu de la technique : la mesure de la résistance électrique desla peau (RP) est obtenu à l’aide d’un
dispositif électronique où deux tubes à vide, précédés d’un étage amplificateur, sont montés en pont de Wheastone. La sensibilité est telle, qu’à partir d’une pile de 1,5 volt, on peut mesurer des résistances de 0 à 20 mégohms. D'autre part, l'inscription des variations brusques de la résistance cutanée (RPG) est possible grâce à un tube amplificateur, qui fait suite au galvanomètre et attaque un tube indicateur cathodique. Les variations de secteurs lumineux produisent des variations de tension aux bornes : d’une cellule photo-électrique à couche d’arrêt placée devant l’écran du tube cathodique. Enfin, la cellule photoélectrique attaque l’une des chaînes de l’E.E.G. Des électrodes impolarisables d’argent chloruré sont disposées ainsi : l’active dans la paume de la main et l’indifférente sur le lobule de l'oreille frotté de gelée électrolytique.
Ce dispositif permit de voir qu’il existait des variations concomitantes de la résistance électrique de la peau et de l’activité électrique du cerveau, au cours de stimulations émotionnelles, de stimulations sensorielles, du sommeil provoqué, et de manifestations végétatives; en particulier la résistance de la peau s’élevait au cours de la narcose et il y avait des modifications marquées de cette RP et de V'E.E.G. (belles bouffées alpha ou blocage) tandis que le sujet exposait ses préoccupations intimes. L’étude de V'E.E.G. et de la RP sous narcose fut complétée par la stimulation lumineuse intermittente et la présentation des planches du Rorschach et du TAT au cours de la prise des tracés. |
Nous avons pratiqué ces épreuves chez Colette P... (Obs. V). En voici les résultats.
Nous rappelons que Colette P... ne devenait réticente ou agressive que lorsque nous abordions l’histoire de sa liaison avec un jeune homme rencontré lors des vacances au bord de la mer; liaison qui avait entraîné un fort sentiment de
culpabilité vis-à-vis du prêtre sur lequel Colette faisait un incontestable transfert.
Réticente et fermée, la malade protestait du manque d’intérêt de cette histoire et refusait de répondre. Nous avons donc orienté ia narcoanalyse dans cette direction. Voici les tracés, obtenus :
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Premier cliché : En haut, à gauche : tracé de Colette P... avant la narcose : rythme rapide de basse amplitude. Tracé du type III de la classification EEGique des anxieux de J. Faure. La résistance de la peau est très élevée : 65.000 ohms. Nous avons affaire à une névrosée.
Fragment médian supérieur : montre la phase 3 de plein sommeil réalisant le type II de cette phase. La résistance de la peau est revenue à son taux de départ.
En haut, à droite : appel de la malade par son nom en se mettant près d’elle : en 1 l’appel entraine un RPG avec passage de la RP à un taux supérieur de 20.000 ohms au taux précédant le RPG. Dans l'EEG on ne note pas de modifications.
En 2, après le RPG, la RP a diminué de 10.000 ohms. Le RPG a eu lieu pour un nouvel appel du nom fait vingt se- :condes après le précédent appel. L’'EEG ne montre pas de modifications bien nettes, bien qu’une bouffée d'oscillations rapide survienne après l’appel. Il est possible que dans ce moment nous nous trouvions lors d’une période réfractaire.
En 3, vingt secondes plus tard, un nouvel appel entraîne un RPG mais cette fois le taux de la RP ne change pas et l’'EEG ne se modifie pas.
Un quatrième appel, en 4, fait toujours vingt secondes après le précédent, n’entraîne plus de RPG et l’'EEG ne présente pas de modifications valables.
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Le second tracé est pris pendant la narcoanalyse, à la phase de libération des complexes.
1. On lui demande si elle se sent coupable : le mot « coupable » entraîne une bouffée alpha, un RPG ample, suivi d’une chute de la RP.
2. Elle parle et se défend d’être une « amoureuse de prétre ». Tandis qu’elle prononce ces mots : bouffée alpha et réflexe psycho-galvanique sans modification de la RP.
3. Elle parle de « persécutions diaboliques ». À ce moment précis, bouffée alpha et réflexe psycho-galvanique en retard de un tiers de seconde environ sur le début de la bouffée, sans modifications de la résistance de la peau.
4, Elle prononce les mêmes mots, une minute plus tard : bouffée alpha contemporaine sans modifications de la résis-
tance.
- On considère ici comme « Réflexe psycho-galvanique » la dénivellation diphasique ou même triphasique tout entière (Tarchanoff) et non pas seulement l’onde inférieure positive (au-dessous de la ligne de base) qui ne serait que la réponse sympathique au processus psychologique.
La libération de la pensée affective, obtenue sous narcose, pourrait donc être sous-tendue par un état bio-électrique cérébral et un état végétatif particuliers.
CAE Tee