‹ Halte-là!, patrioteChapitre 12 sur 22 · CHAPITRE SIXIEME LE DROIT DE REVOLTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME LE DROIT DE REVOLTE

M. Bourîissa et l'insurrection irlandaise, d'après l'Ecole. — Infamie de l'Ecole, d'après les textes et la vérité-

Q. — A propos du principe des nationalités ! mais M. Bourassa n'a-t-il pas prêché directement la révolte? N'a-t-il pas légitimé la récente insurrection des Irlandais? C'est ce que m'a dit un excellent Frère des Ecoles Chrétiennes, et ce que j'entends répéter depuis l'apparition du pamphlet doctrinaire de "Patriote"?

E, — Cela montre que la calomjiie va son chemin et poursuit son oeuvre, voilà tout.

Si vous voulez savoir à quoi vous en tenir sur l'opinion de M. Bourassa à l'endroit de l'insurrection irlandaise et de sa répression, lisez dans le Devoir du 10 mai 1916 un grand article de trois colonnes, oîi il traite uniquement — ex professa — ce sujet. Cela vous éclairera sur le sens qu'il faut atitibuer à une expression moins précise, équivoque si on la prend seule, que, dans une lettre à M. Hodent sur un tout autre sujet, et publiée en tribune libre du journal, M. Bourassa

employa incidemment, comme exemple cité et par manière de parenthèse.

Donc, dans le Devoir du 10 mai, l'auteur, après avoir rappelé le long martyre de l'Irlande, écrivait:

"Pour bien comprendre l'Irlande et les Irlandais, leurs sentiments à l'endroit de l'Angleterre, et aussi leurs factions intestines, il suffit de nous remémorer notre propre histoire.

"Si l'on fait exception de la sphère des pouvoirs impériaux, où les Irlandais jouissent du droit de représentation que nous n'avons pas, l'Irlande en est aujourd'hui à peu près au point où le Canada était en 1841, immédiatement après le vote de l'Acte d'Union, avant l'établissement en fait du gouvernement responsable.

''Redmond et le parti nationaliste, c'est Lafontaine et le parti modéré, acceptant la mesure partielle do liberté qui nous était promise, afin d'en tirer des avantages plus marqués. Le parti du Sinn Fein, c'est Papineau (après 1845) et le groupe radical réclamant l'affranchissement complet.

"Qui saurait douter que si le Canada eût été situé à la porte de l'Angleterre et séparé des Etats-Unis, par mille lieues d'océan, jamais Lafontaine n'eût arraché aux gouverneurs anglais la pratique loyale de l'autonomie canadienne? Cessons donc de nous étonner du peu de foi d'un grand nombre d'Irlandais dans les promesses de liberté du Home Bule."

Après avoir ainsi plaidé — à l'instar des évêques

d'Irlande — les circonstances atténuantes en faveur des insurgés, contre la si rigoureuse répression de l'Angleterre, M, Bourassa en vient immédiatement à l'appréciation de la moralité de l'insurrection elle-même :

"La légitimité de l'insurrection irlandaise et la justification des cruelles répressions exercées par les autorités britanniques sont deux choses.

"On peut à h on droit condamner et l'une et les autres.

"N'y eût-il que l'extrême improbabilité du succès, cela suffirait à faire juger sévèrement les malheureux Irlandais qui ont armé leurs compatriotes. Mais de là à excuser le gouvernement britannique de multiplier ses exécutions capitales, il y a loin.''

Vous avez donc là toute la pensée clairement e^» explicitement exprimée de IM. Bourassa sur VilUgitimité du mo3'en qu'ont pris les Sinn Fein pour faire triompher des revendications justes par ailleurs.

Passons maintenant à l'expression plus générale et moins précise dont s'est servi M. Bourassa dans sa lettre à M. Hodent, expression que "Patriote" {Où allons-nous, p. 10), toujours fidèle à lui-même, a eu soin, pour mieux l'exploiter, de bien isoler de son contexte, afin de lui attribuer la signification la plus compromettante et la plus odieuse.

Voulant faire ressortir l'exagération qu'il y a dans les propos de ceux qui crient à tue-tête que la lutte se fait actuellement entre la civilisation et la barbarie, entre les défenseurs du droit et de la liberté et les oppresseurs des petits peuples, M. Bourassa montre

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l'ironie qui s'en dégage, si l'on considère le rôle que depuis des siècles la Eussie et l'Angleterre ont joué dans le monde; puis il ajoute:

"Nous savons trop à quoi nous en tenir, nous, sur la pensée inspiratrice de la politique impériale anglaise, sur ses tendances et ses procédés, pour ne pas nous rebiffer contre toutes les phrases à effet sur la civilisation, sur la liberté des peuples et le respect des traités, lorsque ces phrases nous sont débitées par des bouches anglaises. Comment l'Empire Britannique s'est-il édifié? Par la conquête et la spoliation, par le mépris des traités, du droit des gens et de la liberté des peuples.

"Au moment même où l'Angleterre combat pour la liberté des Belges et des Serbes, elle continue à faire peser sur l'Irlande sa domination tyrannique et noie dans le sang un soulèvement tout aussi légitime que la résistance des Alsaciens, des Polonais ou des Danois à la domination prussienne."

"Patriote", commentant ailleurs cette phrase, écrit: "Que pensent-ils (les partisans de M. Bourassa) de cette théorie du droit de révolte?"

Q. — Eh bien, oui, qu'en pensez-vous?

E. — Tout d'abord, je nie qu'il y ait ici un énoncé de théorie. Il n'y a, d'après le contexte, que la simple constatation d'un fait, à savoir "que le soulèvement irlandais (illégitime en soi, M. Bourassa l'a démontré ailleurs) est tout aiissi légitime (dans sa cause) que la

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résistance des Alsaciens, des Polonais ou des Danois à la domination prussienne" (1).

Ce sens, parfaitement orthodoxe, ressort de tout le développement de la lettre à M. Hodent. M. Bourassa ne tend qu'à prouver ceci: Le peuple martyr a tout autant à se plaindre de l'Angleterre, magnifiée aujourd'hui comme champion de la liberté, que les Alsaciens et les Polonais de la marâtre qu'a été pour eux la Prusse honnie.

Libre à "Patriote" de contredire cette assertion du chef nationaliste; mais en conscience, il n'a pas le droit de clamer aux quatre vents — quand il sait que ce n'est pas vrai — que M. Bourassa prêche ici le droit à la révolte.

Et quand bien même, aveuglé par la passion, il n'aurait pas vu le sens équitable qui, d'après le contexte, se dégage de l'expression; quand bien même il y eût sincèrement trouvé une justification de la révolte, en conscience, "Patriote" n'avait pas davantage le droit de porter pareille accusation, si grave, contre M. Bourassa. Suivant les exigences de la critique et les règles de l'Eglise, il eût dû — surtout vu qu'elle était une simple phrase incidente — confronter l'expression avec la

(1) Si la dite expression: "le soulèvement irlandais est tout fiy/sfii lésfitime qne la résistance des Alsaciens, etc." eût échappé au "Patriote" et qu'on la lui eût ensuite reprochée, comme il eiît vite recouru au distinfjuo, où notoirement il excelle. Il aurait répondu : "Ce soulèvement est tout aussi légitime dans sa cause, je le concède; dans son mode, je le nie ; mais je n'ai jamais non plus voulu affirmer cela."

Et il eût eu raison.

déclaration solennelle et motivée qu'avait faite l'auteur, un mois aujDaravant, sur V illégitimité de l'insurrection irlandaise.

Cette déclaration, faite dans un grand article assez retentissant, "Patriote" ne pouvait l'ignorer, lui qui a fouillé tous les écrits de M. Bourassa, qui épie chaque jour la moindre de ses paroles, afin d'y trouver à reprendre.

Ce fut pour lui un jour de triomphe, quand il dénicha, dans la tribune libre du Devoir, cette simple ligne dont il espérait tirer un si magnifique parti. Un autre catholique qui aurait cru y voir ce qu'elle ne renferme pas — la justification de la révolte — s'en serait affligé. Mais lui, au contraire, exulte. Quelle bonne trouvaille !

Voilà pourquoi, grâce à la calomnie, votre excellent Frère des Ecoles considérera désormais M. Bourassa comme un catholique suspect et fort dangereux. Quand il ira dans une librairie, il recommandera à tous les clients, qui sont à portée de l'entendre, d'acheter comme un préservatif et un trésor la brochure de ''Patriote" (2). Le brave Frère, avec la meilleure intention du monde, mettra ses élèves et ses confrères en garde contre le révolutionnaire; et quand il le verra venir, il traversera la rue pour se garder lui-même de tout péril,

(1) Autlientique. Mais le brave Frère est plus justifioblf» on? c«rtnîn nbh.é bipii ponnu. qui se pique de philosophie et de théologie, et qui néanmoins s'est fait, dans vjn petit séminaire, le propagandiste dç Où allons-nous î

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