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CHAPITRE SEPTIEME NATIONALISME ET IMPERIALISME

Qui, de l'Ecole ou de M. Bourassa, est impérialiste?

Q. — L'Ecole du néo-droit naturel se défend, ungxdbus et rostro — d'être impérialiste, et prétend qu'au contraire l'épithète doit être appliqué au nationalisme? N'est-ce pas étrange?

K. — Quoi ! cela vous étonne ? Il me semble que rien ne devrait plus vous surprendre de la part de cette école.

Oui, après avoir violenté le droit naturel pour prouver sa thèse et bien embrouillé le sens des doctrines erronées pour en accabler ses adversaires, elle en est venue à pervertir la signification du nationalisme canadien lui-même, pour mieux le dénoncer jusque dans la Croix de Paris.

Q. — Les paroles suivantes (1), que l'on a mises dans la bouche des nationalistes, sont-elles bien authentiques ? Ecoutez :

"Sans doute l'Angleterre n'avait pas à nous consulter

(1) Voir V Action caffioUque, 23 octobre 1915,

dans notre situation coloniale actuelle. C'est pourquoi nous voulons changer cette situation, i'^ous voulons être représentés dans le parlement impérial et c'est ainsi que nous pourrons donner notre avis dans les cas de guerre.

" — Alors, (répond l'Ecole) vous êtes impérialistes? Grand bien vous fasse. Mais j'ai toujours cru que ceux qui s'opposent au service militaire sont aussi contre l'impérialisme."

E. — ^Comme tout cela est honnête et charmant, n'estce pas?

De pareilles sornettes ne se réfutent pas; ça se ridiculise.

Baptiste, qui est un brave agriculteur, tranquille, rangé et pas maquignon du tout, aime bien son cheval — très rassis lui aussi — et veut le garder.

Seulement, John, omnipotent au village et disposant même de fortes influences dans l'entourage immédiat de Baptiste, demande à celui-ci de prendre son cheval à discrétion.

Baptiste s'y récuse net: — Mon cheval est à moi, et au besoin je veux l'avoir sous la main.

Cependant, grâce à la complicité des fils dégénérés de Baptiste, John ne se gêne pas, prend et mène la bête à grandes guides.

Baptiste proteste et s'indigne. Enfin, n'y pouvant rien et de guerre lasse, il dit à John bien en face: Je veux être maître de mon cheval et le garder pour moi. Mais, si par la force et l'intrigue, je suis contraint de

m'en priver, je veux tout au moins avoir votre vieille rosse en échange.

Donc Baptiste veut se défaire de son cheval.

Donc Baptiste est un maquignon !

Donc Baptiste, qui s'insurge et proteste contre la participation du Canada aux guerres étrangères, qui veut le statu quo, mais qui, si on le force à faire charger sa bête contre les Turcs, exige au moins en retour une vieille rosse (la représentation impériale), donc, dis-je, Baptiste est un impérialiste!

Et voilà comment il se fait que le nationalisme canadien est de l'impérialisme. (2)

Q. — Qui l'eût jamais soupçonné! Et l'Ecole, qui a fait cette trouvaille, démontre aussi ingénuement, je suppose, — en sens inverse, — que son impérialisme est du nationalisme?

R. — Elle essaie, mais comment le pourrait-elle?

Cette école ! mais c'est l'impérialisme pur, l'impérialisme ut sic, c'est ^impérialisme fatal pour toutes

(2) M. Bourassa n'a jamais prétendu que le changement des relations actuelles du Canada avec la métropole était à désirer, ou qiie la représentation dans le gouvernement impérial serait préférable au statu quo. Il a prêché le statu Quo et dit seulement qu'il y a des actes que nous ne saurions poser sans détruire le statu quo qui s'oppose à toute cause, à tout précédent qui pourrait provoquer et exiger cette représentation ; tandis que d'autres, ne comprenant pas la nature des précédents ni la logique de certains principes de gouvernement, croient candidement — ou systématiquement — qu'on peut poser des actes dérogatoires au statu quo et rester quand même logiquement dans le statu quo.

colonies; il existe pour elle partout et toujours indépendamment de toute volonté humaine, puisqu'il est fondé sur le droit naturel qui l'impose comme un devoir.

Indépendamment de toute constitution, dit-elle, audessus de toute constitution, antérieurement à toute constitution, il existe ; et pour le mettre en action, quand une guerre se déclare chez la métropole, il suffit d'un simple déclanchement automatique du droit naturel,

Conséquemment, nous devons tous être impérialistes.

L'impérialisme de la Nouvelle Ecole, c'est l'impérialisme absolu. Son concept exclut toute relativité et toute atténuation; il met absolument la colonie au service militaire de l'Etat suzerain et lui interdit toute prétention au droit de partage dans les délibérations sur les affaires de la guerre, car ce serait là verser dans le faux et révolutionnaire principe de la suprématie du peuple; il lui interdit de songer premièrement à ses intérêts plutôt qu'à ceux de l'Empire, car ce serait là pratiquer V utilitarisme et Végoïsme national. C'est en un mot l'impérialisme "abject" que — vu leur état d'abjection — les barbares vaincus ont subi sous les Césars et qui leur permettait de dire: morituri te salutant.

Voilà, résumée, la théorie de l'Ecole néo-droit naturel. A quoi mène-t-elle?

Théoriquement, platoniquement, elle aboutit au statu quo, mais à un statu quo qu'elle dénature et fausse par toute sa thèse, en soutenant que le Canada sous le régime actuel est — de par droit naturel et divin —

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tenu sans mot dire de Tei'ser son sang et de prodiguer son argent pour les guerres de l'Empire. C'est alors, je le répète, un statu quo impérialiste au sens absolu du mot; c'est le statu quo des colonies de l'ancienne Eome.

Pratiquement, la théorie mène directememt à l'impérialisme militaire de Chamberlain. Car si, d'une part, il y a pour nous devoir de participer aux guerres, et si, d'autre part, comme l'affirment nos hommes d'Etat régnants, ce concours implique désormais notre participation au conseil de l'Empire, à quoi, je vous le demande, la théorie de l'Ecole aboutira-t-elle ? A son statu quo fantôme ou au bouleversement de notre régime actuel? A notre sujétion de barbares ou à notre représentation au parlement impérial? Qui l'aurait cru, la théorie de l'Ecole mène donc en définitive à la suprématie du peuple, puisque, d'après elle, c'est verser dans cette erreur que de prétendre avoir des représentants canadiens au Palais de Westminster.

Ainsi donc la thèse que nous combattons, non seulement est faite d'impérialisme pur, mais elle conduit pratiquement à tous les impérialismes.

Quoi que disent ses tenants pour se disculper de viser à l'impérialisme, ils ont beau prendre une attitude ingénue, ils ne réussiront pas à donner le change. Ils en sont bel et bien les agents doctrinaux.

Q. — Mais enfin ne croyez-vous pas que le Canada a dans la guerre actuelle des devoirs à remplir euvers la métropole ?

E. — Des devoirs stricts de justice ? Ma réponse, j'espère, a été jusqu'ici assez catégorique.

Des devoirs non rigoureux, de convenance, de charité, surtout quand on considère qu'un brave petit peuple git sous la botte de l'Allemagne, soit ! pourvu qu'on n'exerce pas ce devoir de charité de façon extravagante et compromettante.

Q. — Et qui doit décider des moyens à prendre pour remplir ce devoir non rigoureux?

E. — Le gouvernement canadien.

Q. — Alors, si le choix des moyens relève du gouvernement — légitime — est-ce que les citoyens bien pensants, les amis de l'ordre ne sont pas tenus de l'approuver? La critique de ce choix, quel qu'il soit, ne dénoterait-elle pas de la démagogie?

E. — ^Toutes les décisions prises par un gouvernement légitime ne sont point parfaites pour la seule raison que le gouvernement est légitime, et personne n'est tenu de les approuver à cause de cet unique motif. Le règlement de la question scolaire au Manitoba et les difficultés dans l'Ontario en sont la preuve. On peut approuver le principe de venir en aide â nos deux mèrespatries ainsi qu*à la Belgique opprimée; mais on peut faire des réserves sur le mode choisi pour offrir cette aide. De grosses difficultés constitutionnelles se présentent, quand on vient à déterminer les modes légitimes de contribution coloniale à la métropole. Le gouvernement du Canada a pleine juridiction pour toutes les affaires strictement canadiennes et juridiction

mitigée pour les alliances commerciales; il. n'a aucune juridiction pour les affaires impériales ou les relations internationales.

Le gouvernement canadien a la libre disposition de tous les revenus du Canada, mais dans la limite de sa juridiction seulement. En participant à la guerre européenne, par l'envoi de troupes à son compte, en employant hors du Canada et non pour la défense directe de la colonie, les revenus du Canada, le gouvernement fédéral n'outrepasse-t-il pas les limites de la juridiction que lui confère la constitution acttiellement en vigueur? Comme l'acte administratif du Gouvernement légitime au Canada décrétant un mode spécial de contribution à la Grande Bretagne peut être ultra vires, comme il peut être en désaccord avec une tradition constittitionnelle jusqu'alors constante et bien établie, comme sa reconnaissance à titre de précédent peut modifier le status constitutionnel existant et les relations qui en découlent, personne ne saurait être tenu de l'approuver sans réserve; et l'expression motivée de cette réserve n'empêche pas du tout un cito3^en d'être bien pensant et ami de l'ordre.

Il serait même absurde de soutenir le contTaire et de vouloir bâillonner la critique, quand le régime constitutionnel sous lequel nous vivons ruppose de soi, une opinion publique sans cesse en éveil et bien éclairée, afin que l'électeur puisse juger en toute connaissance de cause, quand sonne pour lui l'heure d'entrer en scène et de remplir son modeste rôle.

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