‹ Halte-là! Patriote [microforme]Chapitre 11 sur 34 · Halte-à! Patriote · texte numérisé non relu

Halte-à! Patriote

Les bonnes âmes n’ont rien trouvé à reprendre làdedans. (1)

Q.—Mais est-ce que parfois M. Bourassa n’attribue Pas au peuple un rôle et des droits exagérés? Par exemple, lorsqu'il parle des députés responsables ay peuple, de l’opinion publique qui doit être toujours en éveil, afin de surveiller et de châtier ensuite les prévaricateurs. N’a-t-il pas même employé l'expression de “peuple souverain” ?

R.—En ces propos, M. Bourassa, comme tout le monde, parle de la part dévolue au peuple, sous le régime de gouvernement représentatif, dans les pays anglo-saxons: Ja Chambre des Communes contrôle l'Exécutif, quand le Parlement est en session ; le peuple contrôle la Chambre des Communes, par le choix des députés, quand le Parlement a été dissous. Toute mesure anticonstitutionnelle prise pour éluder ce double contrôle, quand celui-ci a le droit de s’exercer et que les circonstances en légitiment lexercice, est évidemment un attentat aux droits du Parlement ou du peuple.

M. Bourassa n’a point soutenu autre chose: il n’a

(1) Tous les politiciens ont répété à bouche que veux-tu que la présente guerre devait assurer le triomphe de la démocratie sur l’absolutisme. Sir Wilfrid Laurier 8 consacré à cette démonstration presque tout un discours prononcé aux Communes; £:r Robert Borden, notre premier ministre, le répète dans la plupart de ses allocutions. Parlant à Saskatoon, le 12 décembre 1916, il disait d’après la Gazette de Montréal: “We fight not only to maintain the Empire, not only for the rights of treaties, but to Preserve the juture of democracy, of liberty and of humanity.” (The Gazetie, 13 décembre 1916.) Ù

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jemais prétendu que le peuple est la source unique ou le dépositaire unique de l'autorité et qu’il la confère indépendamment de Dieu à ses élus comme Je veut Rousseau ; il n'a jamais enseigné l'erreur de la “souveraineté populaire”, comme on l'en accuse malicieusement, dans Pespérance, sans doute, qu’il en restera bien quelque chose dans la mémoire des gens peu avertis.

Q—Mais M. Bourassa n’a-t-il pas réclamé Je Plébiscite, le referendum, l'appel au Peuple et autres mesures révolutionnaires ?

R.—Révolutionnaires aux yeux des calomniateurs et des badauds, soit! mais le qualif'atif n’a pas d'importance aux yeux des gens honnêtes et sérieux. M. Bou- Tassa a mentionné à diverses reprises, et réclamé à l’occasion, les diverses consultations populaires en usage Sous notre régime de gouvernement : plébiscite, referendum, élection générale — au sens que ces termes comportent ici —, quand il s’agit d’une mesure de grave importance ou d’une nouvelle orientation politique, (1}

n cette matière :

écrit le Jésuite, it may be observed, the omni- Potence of parliament has become a mere lawyer's theory, On every great tisse at on which the sitting parliament has ed, it is the practice of ministers to “ d 2 by a new General Election.

e at the disposal of nt in the general ur constitution in practice.

Moral Philosophy, etc, p. 824,)

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Ainsi, par exemple, nous avons déjà eu au Canada, dans le domaine fédéral comme dans le lomaine provincial, des plébiscites sur la prohibition des liqueurs, — M. Sauvé, chef du parti conservateur en demandait un hier — et de nombreuses élections générales avant terme, comme la tout dernière en 1911, sur la réciprocité commerciale avec les Etats-Unis. A-t-on accusé les libéraux et les conservateurs qui, à tour de rôle, ont eu recours à ce mode de consultation, de prôner la “souveraineté populaire”? Il est vrai que l’imagination du Don Quichotte de l'Ecole n’était point échauffée Comme aujourd’hui; le chevalier à Ja triste figure

n'entrevoyait pas à l’horizon des révolutionnaires à pourfendre; ni lui, ni ses fidèles Sanchos ne partirent

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: Il äincrimine donc et ses chefs bleus et le Père Jésuite

Rickaby, notre Patriote, quand, tou;i

doctrine (et du cardinal

décrier M, Bourassa, il éc

réclamaient un plébiscite c

quise en droit et en justice, adoptât

d'aider la marine britanniq Peuple

n'avait pas donné de mandat aux députés Dour cette

entreprise, ils tenaient de’:c que l'autorité reste dans le

peuple et n’ iquée au gouvernement que dans

la mesure peuple et sous le contrôk électeurs”, (Où allons-nous,

maltraite et l’avilit !

e des insinuations et des ole, que tous ceux parmi ites ne les réclament

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jueurs, andait avant ciproaccusé rôle, ner la ginaufféc igure es à irent

suite le la pour istes , reptât uple ette s le lans rôte ous,

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des rmi ent les our ing

en Campagne, sur leur Rossinante — le néo-droit naturel — pour exterminer des moulins à vent.

‘at-il pas déclaré que

et proclamer son indépendance ? Au fond, il devait enseigner par là l’e veraineté populaire”, rface. Cette alterna-

de gouvernement qui

tous les juristes en con-

tat le reconnaissent. Le

Colony, taillable et cor-

ion aulonome, auquel le

ne peut imposer arbi-

autres — au nombre desquels s’est

Ecole — ont cherché à en Poser la cause,

ce n’est point, comme linsinue un “Patriote”, avec ga sincérité accoutumée, Provoquer une révolution belliqueuse, c’est montrer la suite logique d’une évolution naturelle et pacifique, D'ailleurs, ce n’est Pas au nom de la “souveraineté Populaire” que M. Bourassa entene, Pheure venue, réclamer lindépendarse complète plutôt

que d’accepter la diminution ou la Suppression de l’au-

tonomie conquise et possédée; c’est au nom des principes mêmes des institutions britanniques.

Maintenant que vous comprenez toute la distance et l'opposition qu'il y a entre la doctrine de Rousseau et les opinions de M. Bourassa, cédons, s'il vous plaît, la parole au “Patriote” de l'Ecole. A en juger par la grosseur des caractères employés pour souligner l’hérésie du chef nationaliste, c’est manifestement dans le Passage suivant de sa brochure qu’il a voulu et cru confondre le prétendu révolutionnaire. Citons-le intégralement avec son déploiement de caractères voyants.

“C’est bien encore, dit “Patriote”, sur cette même souveraineté du peuple que s’appuyait M. Bourassa quand, dès 1900, le 13 mars, il présentait la résolution suivante au parlement du Canada:

“Cette chambre déclare de plus qu’elle s'oppose à tout changement dans les relations politiques et militaires qui existent actuellement entre le Canada et la Grande- Bretagne, à moins que tel changement ne soit décrété par la volonté souveraine du parlement et SANC- TIONNE par le peuple du Canada.”

“C’est bien encore sur ce même principe de la souveraineté appartenant au peuple, qui ne fait que la déléguer, que s'appuyait M. Bourassa quand il disait lors du cinquième anniversaire du Devoir (p. 43 du compterendu): “Quand la guerre sera finie, quand le paix sera faite, pour ou contre nos intérêts ; quand... quand..., quand les pères seront morts et enterrés, quand les orphelins seront laissés sans protection, —

sm le peuple anglais aura le droit, dans la pleine possession de ses pouvoirs DE PEUPLE SOU VERAIN d'approuce et ë : à ; ver ou de désapprouver la conduite de ses hommes polira ef tiques et celle de ses hommes de guerre. Mais nous, it, la comme les “quality niggers” de la Virginie, nous n’auer la Tons pas d’autre droit que celui de retourner à la glèbe héré- coloniale et de bénir cette paix, ou de Ja maudire, mais as le Sans aucun pouvoir de sanction Pour faire subir à ceux sd qui auront déclaré Ja Buerre ou conclu la paix les conrale- séquences de notre approbation ou de notre désappro- \ême es y trouve une proclamation tion telle que prêchée par Rousseau (c’est là le grief en question), “de la souveraineté, dit-il, appartenant au tout peuple qui ne fait que la déléguer” et qui par conséquent la possède et la garde de droit.

ade- ER bien, les deux textes incriminés, loin de justifier rété l'accusation, exonèrent au contraire l'accusé en confon- VC- dant l’accusateur. Ils montrent, en s’éclairant l'un Pautre, jusqu'où l’Ecole Pousse l’abus de la bonne foi des lecteurs simples et sans défiance.

élé- Relisez le premier texte: «, -.À moins que tel changeda ment ne soit décrété par la volonté souveraine du parle-

ment.” (1) Cf. “où allons-nous?”, p. 56. En voyant ces mots aux lettres énormes, les lecteurs qui s’

la Matière ont dû reculer d’épouvante : “Hein, cest-y effrayant, un bon catholique comme M.

fesse de pareilles

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Donc, si M. Bourassa attribue l'autonité à la volonté souveraine du parlement, il ne la fait pas résider dans le peuple.

Q-—Oui, mais il a jouté : “et sanctionn’ | :r le peuple du Canada.”

R.—Que signifie, ici, sanctionné? J uvre mon dictionnaire, et j'y trouve au mot sanction, la définition suivante : “Acte par lequel le chef de l'Etat donne à une loi la confirmation sans laquelle elle ne serait point exécutoire. Par extension: simple approbation donnée à une chose” (Dictionnaire de la langue française. Montréal, C.-0. Beauchemin et Fils, 1891.)

Le premier sens donnerait au texte de M. Bourassa une signification inepte et abracadabrante, Evidemment c’est celui-là que prend l'honnête et charitable “Patriote”, afin de bien calomnier son homme. Quant à l’autre il a bien soin de ne pas même le laisser soupçonner.

Mais comme la passion aveugle, il ne s’est pas aperçu qu’en produisant le second texte incriminé, il allait indiquer au lecteur le véritable et très légitime sens que M. Bourassa attache à Pexpression “sanctionné par le peuple”.

Relisez ce texte. “Quand la guerre sera finie... le peuple anglais aura le droit, dans la pleine possession de ses pouvoirs de peuple souverain, d'approuver où de désappouxer la conduite de ses hommes politiques.”

Vous avez là explicitement exprimé le second sens

— mentionné plus haut — que M. Bourassa attribue à la sanction du peuple.

Pour lui,

Puisque sous notre régime ni ne peut annuler une loi

exercent “leur droit dans ] Pouvoirs de peuple souve qu’il possède ct exerce Pa lois et gouverne approbation par défait les Parlements, quand l'heure, fixée par la Constitution, a sonné Pour lui d’exercer son rôle légitime et nécessaire dans tout régime constitutionnel.

Où se trouve, encore une fois, trine de Roussea

COmpromettant du tout.

écrit, un mois et de brochure électorale :

“Fils de famille parlementaire et libérale, j'ai cru, Un temps, à Je démocratie ei au parlementarisme, Pas

“4 Halle-là! Patriote

à la souveraineté du peuple, comme source de l'autorité, Cela, c'est une absurdité, aussi impraticable en fait que fausse en principe, Mais j'ai cru à la supériorité du régime qui est censé donner au peuple frappé d'impôts, impôt du fisc et impôt du sang, l'avantage de choisir les hommes qui le gouvernent et le taxent. Vingt années de pratique du régime parlementaire au Canada, éclairée de l’étude du même régime dans les autres pays, en Angleterre surtout, m’ont fait perdre bien des illusions. J’ai percé le voile du mensonge et compris qu’à la faveur des formules creuses dont ils se servent pour flatter la vanité populaire, les politiciens de tous les pays trompent et pillent le peuple à leur bénéfice et, qui pis est, énervent les énergies constructives et démoralisent la conscience nationale. Le régime parlementaire aboutit fatalement à la sélection des exploiteurs par les incompétents, à la tyrannie des collectivités mobiles, à la dissolution des assises sociales. Et si l’on veut toute ma confession, j'avoue volontiers que mon admiration pour l’Angleterre a diminué dans la mesure où m’apparaissait plus complète ta “aperie du régime parlementaire dont la conquête sngisise nous x affligés. ba A

“Mais si jai perdu foi dans la doctrine, je ne puis supprimer le fait que le régime parlementaire est la base du droit public au Canada comme en Angleterre et dans tous les pays autonomes de l'Empire. Tant qu’il en sera ainsi, il me paraît clair que tout ce que nous avons à faire, c’est d’utiliser ce régime pour c2 È

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qu'il vaut, c'est de réclamer sos avantages afin d’atténuer ses inconvénients, c’est de faire fonctionner ses soupapes de sûreté afin d’empêcher qu’il ne produise ses pires effets” (Cf. Le Devoir, 7 octobre 1916.) Est-ce assez clair? Non seulement M. Bourassa récuse et flagelle la doctrine de Rousseau sur la suprématie du peuple; mais encore il exprime son dégoût même pour le simple parlementarisme constitutionnel, Après avoir entendu “Patriote” et ses dénonciations, après l’avoir confondu Par une judicieuse explication des textes qu’il incrimine et par la citation d’une explicite profession de foi de M. Bourassa, confondons-le encore davantage par la citation des grands auteurs en

Compagnie desquels se trouve le Pauvre chef nationaliste

“Patriote”, pour mieux charger M. Bourassa aux Yeux de ceux qui ne sont pas familiers avec le droit naturel ou la théologie, a invoqué l’autorité de S. Tho- Mas d’Aquin, de Léon XIII, de Pie X dans sa lettre sur le “Sillon”, du R. P. Castelein, S.J., etc. Il s’est bien gardé, naturellement, de faire les distinctions nécessaires, afin de jeter de la poudre aux yeux des braves gens.

Qu’enseigne S. Thomas ? “S. Thomas enseigne, dit le P. Castelein (Droit naturel, p. 568) que le souverain Pouvoir réside dans la société tout entière et dans le

en tant qu’il remplit le rôle et la mission de la Communauté, Non seulement il admet que le souverain Pouvoir a pour source le peuple, mais qu’il peut résider

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