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dans le peuple en ordre principal et seulement dans le Prince par délégation.” Et le P. Castelein cite en note le texte même du saint docteur:
“Respondeo dicendum quod lex proprie, primo et principaliter respicit ordinem ad bonum commune, ordinare autem aliquid in bonum commune est vel lotius multitudinis vel alicujus gerentis vicem totius mullitudinis vel pertinet ad personam publicam quae totius multitudinis euram habet... (S. Theol. 1. 2. q. 90. a. 3.). Et encore (q. 95. a. 4.) parlant des divers régimes de gouvernement : “‘regimen populi, quod nominatur democratia, cujus leges nominantur plebiscila... et regimen ex istis commixtum, “quod est optimm et secundum hoc sumitur lex quam majores natu simu] cum viebibus SANXERUNT”
Voilà une SANCTION de la loi par le peuple qui ferait bondir “Patriote”. En français ces textes signifient: “Je réponds en disant que la loi proprement, en premier lieu et principalement concerne lordination au bien commun; ordonner vers le bien commun appartient à fout le peuple ou à celui qui tient la place de lout le peuple, et par suite légiférer appartient soit à tout le peuple, soit à la personne publique qui a charge de tout le peuple”... Dans l’autre texte, ayant trait aux divers régimes de gouvernement, S. Thomas mentionne: “le régime populaire, appelé démocratie, et dont les lois portent le nom de plébiscite... et le régime mixte, qui est le meilleur, et dans lequel la loi n’existe
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Halte-à! Patriote "1
qu'après avoir été sanctionnée par les anciens ‘et le peuple.”
Le P. Castelein donne plus d’une page et demie de citotions de S. Thomas. Et nous pourrions remplir des centaines de Pages de citations du même genre prises dans S. Antonin, Dune Scot, le cardinal Cajetan, Victoria, Ledesma, le cardinal Tolet, le cardinal Bellarmin, Suarez, Lessius, les “Salmaticences”, Billuart, le cardinal Gotti, S. Alphonse de Liguori, Balmès, le P: Ventura, le cardinal] Bourret, le P. Ramière, Costa- Rosetti, Cepeda, Moulart, Quilliet, le cardinal Billot et Castelein lui-même.
Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce que S. Thomas d'Aquin et tant d’autres grands docteurs et illustres théologiens sont des fauteurs d'hérésie comme M. Bourassa? Enseignent-ils tous l'erreur de Jean-Jacques Rousseau sur la suprématie populaire? Car ils vont plus loin que M. Bourassa ; nous le verrons plus bas.
Non, cela veut dire, simplement, que tous sont bien d'accord pour reconnaître que l'autorité civile vient de Dieu, mais qu’il ÿ a dans l'Eglise deux théories sur Porigine du Pouvoir: la première le fa"# conférer immédiatement par Dieu à l'élu OU aux s du peuple; la seconde Je fait conférer au peuple lui-même qui le transmet à son ou ses élus. Léon XIII a stigmatisé les erreurs de Rousseau et consorts, Pie X celles des “Sillonnistes”, mais après comme avant ces encycliques, les deux théories précitées ont libre cours dans Venseignement catholique parce au’elles r’étaient point
visées. Un bon juge, que ne récusera pas “Patriote”, M. le chanoine Gaudeau, le constate dans son commen: taire de la Lettre sur le Sillon: “On voit, dit-il, que cette opinion (de S. Thomas, de Suarez, etc.), qu’on peut ne pas partager, mais qui demeure, théologiquement, libre et controversable, est aux antipodes de l’erreur sillonniste, qui ne mentionne Dieu, dans les origines de l'autorité, que verbalement et pour la forme, et qui ne fait des gouvernants que les purs délégués du peuple, révocables perpétuellement et ad nutum.” (B. GAUDEAU, La fausse démocratie et le droit naturel, p. 55. Paris, 1911.)
Muni de ces explications, le lecteur ne manquera pas de sonder encore une fois toute l’honnêteté du dit “Patriote” qui, après avoir cité — toujours au petit bonheur — les enseignements de Léon XIII sur l’autorité dans la société, et la lettre de Pie X condamnant le Sillon, termine par ce paragraphe, qui ne serait qu’amusant, s’il n'était perfide:
“A la lumière de ces enseignements, 7 nous paraît bien évident que la doctrine répudiée par l’Eglise reste, à leur insu, celle professée et mise en pratique par nos nationalistes, sous le prétexte vain et faux qu’ainsi le veut la constitution parlementaire qui nous régit.” (Voir Où aïons-nous? p. 59.)
Et si vous re vous fiez pas à moi (oh, non!), dit “Patriote”, croyez au moins “à UN théologien belge de nos amis”, à qui jai fait le portrait des nationalistes, et qui, comme moi, le trouve fort ressemblant à celui
des Sillonnistes. (Voir Où allons-nous? pp. 58 et 59.)
N'est-ce pas suave ?
C’est ainsi qu’au siècle dernier, certains polémistes plus fougueux que consciencieux assommaient leurs adversaires à coup de propositions extraites du Syllabus et sans en indiquer la valeur. Il faut toujours se méfier de la théologie et du droit naturel qui se débitent dans les journaux quotidiens et les brochures électorales, et des excommunications portées, au nom de la doctrine catholique, par de simples particuliers, contre leurs adversaires politiques. C’était la méthode préférée et ordinaire des intégristes, mais comme Benoît XV la ré- Prouve, on pourrait, sans inconvénients aucuns, y renoncer pour tout de bon.
C’est néanmoins presque toujours de cette manière que procède “Patriote” dans sa brochure ou ailleurs. Un jour, il citera les enseignements des papes condamnant certaines erreurs religieuses ou philosophiques. Le lendemain, il déplorera la pullulation de ces fausses doctrines condamnées qui s’infiltrent partout de nos jours. Le surlendemain, embrouillant bien et faussant à plaisir la pensée et les écrits des hommes politiques canadiens (qui ne sont pas bleus), il les rapprochera de ce qu’il a dit la veille ou l’avant-veille et les englobera dans une condamnation universelle, sur un faux ton indigné ou désespéré d”“‘où allons-nous ?” Parfois il se livrera à ce manège dans le même article. Il compte bien que ses lecteurs n’y verront goutte, et se diront: “Après tout, “Patriote” à raison, On crie contre li,
mais il faut bien en convenir, les nationalistes et les libéraux sont sujets à caution, et M. Bourassa est loin d’être orthodoxe,”
Voilà le journaliste qui s’attribue la charge de parler, comme dit la Patrie, au nom des évêques, en distribuant, dans la Presse, pendant des semaines, le pain de la térité aux villes et aux hameaux, aux presbytères et aux chaumières de la Campagne. Quelle confiance il doit inspirer, quand il ge livre quotidiennement aux . mêmes largesses !
Æ % Encore quelques notions sur les deux thécries professées par les théologiens catholiques concernant la transmission de l’autorité par Dieu aux gouvernements
des sociétés,
Comme les lecteurs pressés peuvent facilement se laisser jouer par une certaine analogie dans les termes qui servent à définir des doctrines bien différentes, il n’est peut-être pas hors de propos de rappeler la triple différence essentielle qui distingue le système erroné de Rousseau de la théorie scolastique de S. Thomas et Suarez: — 1, D'après Rousseau, l'autorité civile a sa source première et absolue dans la volonté populaire ; d’après S. Thomas, etc, l'autorité vient de Dieu et la volonté populaire lui sert d’organe immédiat: — 2. D’après Rousseau, l'autorité, dans le peuple, est inaliénable et inamissible ; d’après $. Thomas, etc. elle est aliénable, en partie ou en tout, et par suite amissible; — 3, Rousseau recourt à son système pour
sauvegarder son principe faux de l'égalité et de l’indépendance absolue des hommes; la théorie scolastique veut seulement “concilier, comme s’exprime le R. P. Castelein, le besoin d’autorité avec le droit raisonnable qu’a le peuple de statuer sur son propre sort et de régler ses propres intérêts, là où il en est capable.” (Droit naturel, p. 764.)
n’est pas conforme à ga
ble. En cela il outrepasse évidemment son droit et cause du préjudice à ceux qui Peuvent, en toute sûreté de doctrine, ne Pas partager son opinion. Honesty is the best policy, disait un chef politique; ce Principe pourrait servir de ligne de conduite à tous les subalternes, théologiens ou autres, qui font de la politique,
“Patriote” à fait pis que cela. Non seulement il anathématise, de sa Propre autorité, une opinion régnante dans l'Eglise — celle partagée, nous l'avons vue, Par nombre d’illustres auteurs ; mais en dénonçant comme jl l’a fait M. Bourassa, il condamne même l’autre opinion partagée par le reste des théologiens et philosophes catholiques. En sorte qu’il se trouve à rester seul contre tous, inébranlable, le front chargé de nuages, et fulminant contre le genre humain qui s’en ira à la dérive, à moins que le parti bleu ne reste à la barre,
Ne riez pas; ce que j’énonce est exactement vrai. A preuve, c’est que les textes de M. Bourassa dénoncés et condamnés par “Patriote” ne sont pas plus opposés à une opinion qu’à l’autre. Ils s'expliquent fort bien d’après l’une et l’autre. Et je suis persuadé que M. Bourassa, en phrlant comme il l’a fait, n’a pas songé à l'une plutôt qu’à l’autre, tout en se garant d'exprimer une doctrine qui recélât tant soit peu l'erreur de Rousseau et de la suprématie du peuple.
En effet l'explication que j'ai donnée plus haut des textes de M. Bourassa principalement incriminés par “Patriote”, s'allie aussi bien avec l’opinion des scolastiques modernes qu’avec celle de S. Thomas et de Suarez. Que l'autorité venant de Dieu soit conférée au gouvernement constitutionnel immédiatement par Dieu ou par l'entremise du peuple, il n’en reste pas moins vrai, selon les deux opinions, que le peuple désigne luimême le sujet de cette autorité, qui sont les membres. du parlement; qu’il senctionne leurs actes, en les approuvant ou les désapprouvant par son vote; qu’il exerce son droit de peuple souverain, en faisant ou défaisant les parlements au jour statué par la constitution.
Voulez-vous une confirmation de ce que je viens d’énoncer? La voici. Mgr L.-A. Paquet, qui défend la thèse plus austère de la collation immédiate du pouvoir, écrit:
“Il appert tout d’abord que l'Eglise. catholique, n'étant par sa doctrine et dans l'ordre théorique, oppo-
sée à aucune forme de Bouvernement, ne saurait condamner le régime parlementaire pris en lui-même et dépouillé des principes qu’un trop grand nombre aiment à lui prêter... Distinguant avec Léon XIII, l'autorité qui gouverne de a simple faculté de nommer les gouvérnants, nous concevons très bien l'essence propre et les éléments fondamentaux du système parlementaire, Sans que, nécéssairement, cette notion renferme Ja souveraineté du peuple” (dans le sens de Rousseau). “Mais, demandera-t-on, d’après cet enseignement, que faudra-t-il penser du 8ouvernement responsable ? Ce principe politique pour lequel nos pères ont vaillamment et glorieusement combattu n’est-il pas en contradiction avec les doctrines soutenues jusqu'ici? — Nullement, pourvu qu’on l'explique dans un sens convenable... Rien n’empêche qu’en vertu de la constitution lExécutif soit tenu de répondre devant la Législature dûment formée d'après le vote populaire, de ses actes administratifs; mais constituer le peuple juge suprême du gouvernement, Périger en censeur et en arbitre Souverain, c’est renverser l’ordre naturel des choses, méconnaître et mépriser l’enseignement formel de Léon XIII” (Mgr L.-A. Paquet, Droit public de l'Eglise, Principes généraux, 2e édition, p. 352, Québec, 1916.) Comme on le voit, tout partisan q'1’il soit de Vopinion austère, Mgr Paquet la concilie parfaitement avec la théorie ct la pratique de notre régime constitutionnel. Il laisse au peuple le droit de dûment former la Législature par son vote éclairé et, conséquemment, de don-
Halle-là! Patriote
ner s0Z avis, en approuvant ou désapprouvant ses députés suivant leurs mérites, en faisant ou défaisant souverainement les parlements à l’heure indigr ‘- per la constitution. Il ne lui refuse que le droit d re “l’arbitre souverain” et le “juge suprême” du gouvernement, c’est-à-dire le droit de sanclionner, au sens strict du mot, — rendre valides ou invalides, — les lois votées par le gouvernement.
Le sa7ant prélat en justifiant le régime du gouvernement responsable a eu soin de dire: “por vu qu’on l'explique en son sens convenable”. Par malheur, c’est ce qui manque — le convenable — à toutes les explications et interprétations de “Patriote”.
Pour satisfaire pleinement “Patriote”, il faudrait que l'Eglise décrétât, une fois pour toutes: 1° (à l'encontre de Rousseau) que l'autorité vient originairement de Dieu; 2° (à l'encontre de S. Thomas et de Suarez) que Pautorité est immédiatement et directement transmise par Dieu au prince ou au gouvernement; 3° (à l'encontre de tous les auteurs catholiques) que Dieu, et non le peuple, doit lui-même désigner les députés et ministres dépositaires de l'autorité; 4° (à l’encontre des libéraux et des nationalistes) que Dieu, en sa bonté, prudence et sagesse, devrait limiter son choix et ne
députer au parlement que des bleus; 5° (toujours à lencontre de Laurier et de Bourassa) que toute critique des attitudes que le gouvernement prend ou se dispose à prendre soit interdite à ses adversaires, afin de couper court à la démagogie,
Halte-à! Patriote 85
Je doute fort qu’il voie jamais son voeu accompli.
Pardonnez-moi si je me suis un peu étendu sur ce sujet de la suprématie du peuple, si j'ai multiplié et sondé les textes, J’ai voulu par là vous faire saisir sur le vif les étranges procédés de l’Ecole, quand, au bénéfice du parti et Par rancune, elle veut, qu nom de la doctrine, discréditer un loyal adversaire.
Une autre raison qui m'a fait appuyer davantage, c’est que toutes les autres erreurs révolutionnaires que PEcole impute à M. Bourassa ont, dit-elle, pour fondement la suprême erreur qu’il professe à l’endroit de la suprématie du peuple, Vous venez de constater l’inanité de ce fondement, Puiequ’il n'existe pas, vous êtes
donc immédiatement en mesure de conclure que les autres prétendues erreurs croulent et disparaissent avec lui. Elles n’ont plus de base.
Bien que j'aie déjà extrait de la br1chure de “Patriote” plusieurs textes révolutionnaires des nationàlistes, le lecteur ne m’en voudra pas, je l'espère, si j’en ajoute encore. Mais Pour ceux-ci je me bornerai à la simple reproduction de “Où allons-nous?” Pas n’est besoin d’explication. Après mon long exposé de la vraie théorie constitutionnelle, appliquée aux réalités con -rètes, les lecteurs sont flésormais parfaitement aptes à juger par eux-mêmes du sens qu’il faut attribuer aux textes des inculpés; ils sont aussi en état d'apprécier, 7 vec 6a loyauté.et son esprit de justice — Patroco
abus de la doctrine que fait “Patriote” pour satisfaire ses rancunes et ses convoitises de partisan aveugle. Cédons la parole à “Patriote” :
Quand le “Nationaliste, il n'y pas longtemps, reprochait à tout le Parlement canadien d'avoir imposé au pays le “dur tribut de l’hypothèque du sang sans l'autorisation cæplicite du pays, Îl supposait bien que l'autorité vient du peuple et reste soumise à son contrôle souverain...
Quand M. Bourassa adopte et fait sienne la théorie radicale de M. Curtis sur le “self government” entendu dans son sens le plus absolu, dans le sens que c'est l'opinion publique qui doit gouverner, “the principle of Government by public opinion”, que c’est aux électeurs à enjoindre à leurs gouvernements respectifs par leurs représentants de décider de toute l'administration et même de la paix et de la guerre, il admet bien que l'autorité vient du peuple et reste dans le peuple. (Cf. “The Problem of the Commonwealth”, p. 242.)
Quand M. Bourassa écrivait (30 sept. 1916), parlant de son dogme politique fondamental le “self government” — “Les éléments essentiels du “self government” sont: l'irresponsabilité du souverain; la double responsabilité de l'exécutif au parlement et du parlement au peuple; enfin et surtout l'exercice immédiat de tous les pouvoirs nationaux”, c’est bien sur la souveraineté du peuple, conférant et contrôlant l'exercice de l’autorité, qu'il fondait l’autonomie absolue et la complète indépendance à venir du Canada,
Quand M. Lavergne, au cinquième anniversaire du Devoir (p. 17 du compte-rendu) rappelant que Bourassa et lui avaient fait la campagne pour “la vraie doctrine” au plébiscite, il ajoute pour qual' "er le refus du plébiscite : “On a passé outre et on z pu violer les droits du peuple sur ce point”, c’est bien encore sur la doctrine du peuple souverain et maître de l'autorité qu’il appuie sa réclamation... (suit le fameux texte cité plus haut).
C’est encore la souveraineté du peuple et la souveraineté de la colonie — celle-ci s'appuyant sur celle-là — que réclame M. Bourassa, quand, dans ses deux derniers articles sur les théories impérialistes-nationalistes de M. Curtis, il déplore comme “une servitude abjecte” que nous ne
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puissions pas “approuver ou désapprouver par nos votes la politique étrangère du gouvernement br tannique, qui ne répond de ses actes qu'à la seule nation britannique” ; quand il réclame “un karlement vraiment impérial, où nous aurons le droit de demander des comptes, plutôt que de laisser nos eunuques d'Ottawa, bleus ou rouges, livrer notre sang et notre argent à un gouvernement étranger, qui ne rend ses Comptes qu'auæ électeurs de Londres ou de Glasgow"; quand À]
ÿ Quand il proclame, enfin, qu’en Pays britannique, il n’y a pas de liberté sans contrôle, il n'y a Pas de “libre” contribution de guerre, en hommes ou en argent, à moins que le paiement de cette contribution ne soit précédé, accompagné et suivi du droit de représentation et du Pouvoir, qui en résulte, de contrôler tout ce qui touche à la guerre et à la paie.”
déclarations de principes et ces réclamations prises des articles et des discours de M. Bourassa et des nationalistes ; elles y reviennent fréquemment; elles sont l'expression d'un principe, Pour eux fondamental, Pour se justifier d'adopter ce principe e‘ de se conduire en conséquence tout comme si le Peuple était réellement l’unique souverain, M. Bourassa et ses démocrates disciples nous donnent toujours la même raison: Ainsi le veut le régime et la constitution Qui nous régit...
Un médecin canadien-français distingué, de cette province, exprimait dernièrement, dans un cercle d'amis, son regret de voir M. Bourassa appuyer tout son mouvement politique sur les principes faux de la démocratie, sur la souveraineté du peuple, “Dès que les principes qui guident un mouvement politique sont faux et condamnables, disait-il, il est impossible que tout n’aille pas de travers dans ce mouvement, Et il rappelait qu'il Y a une quinzaine d’années déjà, son curé, vénérable prêtre français très instruit, ayant vu de ses yeux la marche des idées et des faits en France, lui disait : “M. Bourassa a du talent,
beaucoup de talent, malheureusement, c’est un homme dangereux par ses doctrines; c’est un démocrate; toute sa théorie politique est fondée sur la souveraineté du peuple.” (Voir “Où allons-nous?”, p. 56-57.)
Et voilà!
Quelques courtes observations seulement.
“Patriote”, avec son médecin et son vieux curé français, trouve une profession de suprématie du peuple dans tous ces lamentables textes. En vain néanmoins y chercherait-on, même à la loupe, l'affirmation explicite ou implicite que l'autorité ne vient pas premièrement de Dieu; que le peuple ne fait que déléguer l'autorité dont il serait essentiellement et inamissiblement dépositaire; que le peuple peut À volonté et à tout moment révoquer ses députés et ses ministres ; que les lois votées Par ceux-ci ne sont valides que si elles sont confirmées par le peuple, qui pourrait les annuler, de droit. Or, c’est là toute la doctrine de la suprématie du peuple. Que se trouve-t-il done dans ces textes? et qu'est-ce qu'ont voulu exprimer lezrs auteurs? — Rien autre chose que ce qu’affirmait plus haut (p. 26) le Père jésuite Rickaby, à savoir que, sous le régime constitutionnel britannique, le peuple élit ses députés et que tout gouvernement issu d’une élection, ne saurait — si ce n’est en cas d’urgence — se prévaloir de sa victoire Pour escamoter des questions importantes, vitales même Pour la nation — et dont il n’a jamais été fait mention à la dernière consultation populaire — sans que le peuple soit de nouveau consulté. “On every great tssue, other than that on which the sitting parliament
é franpeuple noins y plicite rement utorité dépooment votées irmées Or, le.
est-ce autre Père stitut que — si ctoire nême menque great ment
Halte-à! Patriote 89
has been elected, it is the practice of ministers to go to
the country by a new general election. Thus only a
certain measure of available authority is free at the
disposal of parliament : the rest remaining latent in the
8eneral body of the electorate” (P. Rickaby, 8j). C'est ce que M. Bourassa appelle, en termes plus
imagés: “faire fonctionner les soupapes de sûreté de
notre régime, afin d’empéch
pires effets” (Le Problème 4
à parfaitement raison. Autre
que, sous notre régime,
cinq ans à faire son choix
, œux qui feront poser des
faillances, que serait-ce, si comme Je veut “Patriote”, la députation avait carte blanche pour toute question nouvelle et vitale ? Que serait-ce, si — usant de la déprimante rengaine de “Patriote” qui suivant son habitude dénature et parodie le texte de S, Paul au
sujet de la soumission et de la vénération dues au pouvoir établi, — on interdisait au peuple toute critique et si lon soustrayait nos députés à toute crainte de rétribution, si ce n’est pour l'heure du jugement dernier?
Que se trouve-t-il enfin dans la masse des textes nationalistes anathématisés par “Patriote”? — Il ne s’y trouve pas le quart des semblables hérésies qu'ont soutenues S, Thomas, Suarez et, à leur suite, une foule d’illustres philosophes et théologiens catholiques. Ah! si “Patricte” eût été là!