CHAPITRE DEUXIEME SUPREMATIE DU PEUPLE (Suite
M. Paul-Emile Lamarche atteint lui aussi du virus. — La question des écoles du Keewatin et de lOntario et la Nouvelle Ecole. — L’Eglise et les questions libres, — La lettre de S.S. Benoît XV, — “C'est la faute à Bourassa”,
- Q.—<Si M. Bourassa est indemne de l'erreur dont on laccuse, un autre nationaliste, M. Paul-Emile Lamarche, ne saurait l'être, car il a été très explicite: il place le peuple au-dessus du parlement.
R.—L'ex-député de N icolet parlait du parlement canadien, dont le terme d'existence légale expire à date fixe. A partir de ce moment, les députés, en vertu de la Constitution, perdent tout pouvoir législatif et rentrent dans la vie civile. C’est alors le tour du peuple, qui a le droit de se prononcer par son vote et délire de nouveaux représentants. Si on le prive indûment de ce droit, c’est un abus de pouvoir, car le droit du peuple alors est au-dessus du droit du parlement. M. Lamarche, comme tout le monde d’ailleurs, nie à un
parlement colonial le droit de prolonger sa propre existence.
Q—Plus que cela. M. Lamarche place le peuple souverain au-dessus même du Parlement impérial. R.—Sur demande des deux-tiers de la représentation aux deux Chambres du parlement canadien, le Parlement impérial peut modifier la Constitution qui nous régit. Représentant du comté de Nicolet, M. Lamarche s’oppose à cette demande qu’il trouve injustifiée : parce qu’on se bat en Europe, ce n’est pas d’après lui une raison suffisante pour que la Constitution du pays soit changée, et pour que le peuple canadien cesse d’être représenté dans le parlement canadien. Mais il n’a jamais nié le pouvoir qu'a le Parlement impérial de changer ainsi, sur demande, notre Coustitution, ni prétendu que, le changement effectué, le parlement ainsi prolongé en office n’a aucun titre aux pouvoirs acquis de cette façon; au contraire, il a formellement déclaré que tous les actes de ce parlement ont force légale. Mais, comme tout le monde, il a constaté que si le Parlement impérial a le Pouvoir de changer notre Constitution, il est impuissant à faire que les députés dont il prolonge le terme d'office soient encore représentants du peuple canadien: ce sont les élus de Westminster. A l'expiration légale de son mandat parlementaire comme représentant des électeurs de Nicolet, M. Lamarche s’est retiré. On peut l’approurer ou le désapprouver, mais encore une fois où donc se trouve, en
tout ceci, l'erreur de la “souveraineté populaire”, au
propre
peuple tation Parle- | nous arche ifiée :
ès lui pays l'être 1 n’a al de préainsi cquis claré gale.
si le onsdont ants ster.
aire Laapen au
Halte-à! Patriote 93
sens de Jean-Jacques Rousseau ? Pas dans les paroles ni les actes de M. Lamarche, assurément, mais bien et seulement dans l'imagination surchauffée de notre fougueux Don Quichotte, qui chevauche, l’arme au poing, et se bat, dans la Presse ou dans sa brochure électorale, Pour le compte d’un Ministre fédéral, contre des moulins à vent,
Q.—Pourquoi donc, quand il était si facile d’attribuer un sens légitime aux paroles de M. Tamarche, le chef de Eole les a-t-i] si méchamment iuterprétées? S'il s'agissait de M. Bourassa, je m’expliquerais mieux cet injuste anathème: il m’apparaîtrait comme un nouvel épanchement de fiel sur le directeur du Devoir.
R.—Avant de répondre à votre question, je vous ferai remarquer que le pamphlétaire a fait pis que d'attribuer — contre toutes les règles de la justice et de l'Eglise — un sens coadamnable aux propos de M. Lamarche, Il a réédité sa calomniense accusation, même après que M. Lamarche eût expliqué ses paroles comme je viens de le faire, puis explicitement déclaré qu’elles n’avaient aucunement trait à la suprématie du peuple. Cela vous révèle bien la mentalité du personnage et sa conception de la moralité,
Q—Mais Pourquoi cela? Quel mobile la fait agir ainsi? Est-ce que le jeune ex-député de Nicolet n’est pas un des plus dignes, des plus honnêtes, et des plus brillants députés que la province ait envoyés à Ottawa ? N’at-il pas fait noblement son devoir, à l’admiration même de ceux qu'il à combattus, protestants et catho-
liques, conservateurs et libéraux? Pourquoi donc alors s’acharner à détruire sa réputation et son influence ?
R.—Pourquoi? Faites M. Lamarche aussi bien méritant que vous voudrez et qu'il est, vous ne Jui enlèverez pas la tare qui le marque, aux yeux de la Nouvelle Ecole: il est conservateur. .…. INDEPENDANT, dans la plus noble acception du mot. Il lui manque au front l’auréole du servilisme. Différemment de bien d’autres, il est resté fidèle aux principes qui l'ont fait élire en 1911, et que prônait alors l’Ecole, parce qu’ils faisaient pièce au parti libéral.
Bien que conservateur, il s’est opposé dès l’abord au don de 35 millions à la pauvre Angleterre; il a rompu également avec son parti dans la question des écoles du Keewatin. Conformément à la demande faite au nom de la justice par les deux Ordinaires principalement intéressés dans cette question — le clairvoyant et intrépide Mgr Langevin, archevéqz: de Saint-Boniface, et Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin — il a revendiqué les droits de la minorité catholique que sacrifiait son parti.
Or, c’est un fait public que le chef de l'Ecole était sur cette question, pourtant politico-religieuse, en pleine opposition avec l’archevêque de Saint-Boniface et son suffragant, aussi bien qu’avec la direction du journal PAction Sociale, où il avait planté sa tente, et conséquemment — pouvons-nous conclure en toute logique — avec son propre Ordinaire; car sans refléter toutes les idées personnelles de S. E. le cardinal Bégin, :: eet peu
Halle-là! Patriote 95
vraisemblable que dans une question de cette nature, le journal cath lique de Québec eût pris une attitude contraire à celle du rédacteur sans un mot d’ordre venant de haut lieu ou, tout au moins, sans être appuÿé par l’archevêché,.
Eh bjen! c’est la même Ecole qui taxe M. Bourassa d’insubordination vis-à-vis des évêques, si celui-ci ose différer d'avis avec eux sur des questions d’ordre politique et constitutionnel; même lorsque l’opinion exprimée par les évêques — d’après le témoignage écrit de lun des signataires du mandement — “n’g certainement pas eu el ne pouvait avoir pour but de donner un enseignement doctrinal ni même une direction disciplinaire”; laissant, par conséquent, aux autres la liberté de penser et d’agir autrement. (C’est que, à l'encontre de l'Ecole, nos évêques, savent, eux, que suivant les enseignements de Léon XIII:
“L'Eglise se refuse absolument, en droit et par devoir, à s’asservir aux partis et à se plier aux exigences changeantes de la politique. Par une conséquence du même principe, gardienne de son droit et pleine de respect pour le droit d’autrui, elle estime qu’elle doit rester indifférente aux diverses formes de gouvernement et aux institutions civiles des Etats chrétiens et elle ne désapprouve aucun des systèmes de gouvernement qui respectent la religion et la morale chrétienne. Telle est la règle à laquelle chaque catholique doit conformer ses sentiments et ses actes... Vouloir engcger l'Eglise dans les querelles de partis et prétendre
se servir de son appui pour triompher plus aisément de ses adversaires, c'est abuser indiscrètement de la religion” (Léon xur, Encyclique Sapientiae christianae).
À propos de discussion des questions libres, il importe de rappeler aussi la première encyclique du Pape actuel. Dès le début de son règne, S.S. Benoît XV voulut mettre à la raison les forcenés “intégristes” de tout acabit et de tous pays. “Patriote”, — on ne le sait, hélas, que trop! — était en accointance avec quelques-uns d’entre eux; aussi eut-il une note de sympathie pour ses associés, quand, après le document pontifical, ceux-ci durent suspendre leurs principales publications.
Limitons-nous à la citation d’un court passage de cette encyclique, ayant précisément trait à ce genre de prétendues insubordinations dont on- accuse M. Bourassa : s “Que nul particulier, par la publication de livres ou de journaux, on par des discours publics, ne s'érige en maître dans l’Eglise. .. À l'égard des questions cà, sans détriment de la foi ni de la discipline, on peut discuter le pour et le contre, parce que le Saint-Siège n’a encore rien décidé, il n’est interdit à personne d’émettre son opinion et de la défendre ; mais que dans ces discussions on s’abstienne de tout excès de langage qui pourrai. offenser gravement la charité; que chacun soutienne son avis librement, mais qu’il le fasse avec modération, el ne croie pas pouvoir décerner aux tenants d'une opivon contraire, rien que pour ce motif, le reproche de foi
suspecte ou de manquement à la discipline.” (Encyc. “Ad beatissimi Apost.” 1 nov. 1914.) Les italiques sont de nous.
Mais l’Ecole n’en est pas restée là, car ses amis, les politiciens d'Ottawa étaient en cause. Jugez-en par cette citation, sur la question du Keewat:n, d’un passage du livre L'Eglise et l'éducation, que rééditait, il y a quelques semaines, Mgr Paquet. Vous y constaterez comme le grand théologien et professeur de Québec, vrai patriote celui-là, a de peine à contenir son indignation à la vue des agissements de l’Ecole et comment, sans nommer personne, il la marque néanmoins au fer rouge.
“Lorsque la question, écrit Mgr Paquet, se présenta d’abord sous l’administration libérale, des démarches fermes et actives furent faites, lesquelles, tout en embarrassant peut-être le gouvernement, devaient servir les intérêts de la minorité, Mais lorsque plus tard la même question, non encore réglée, se présenta de nouveau sous l’administration conservatrice, certains promoteurs de ces démarches faites en faveur de l’école catholique, furent les premiers à pratiquer le lâchage. Des apôtres de l'intransigeance transigèrent avec leurs principes. Des sabreurs de libéralisme se firent libéraux en action, et poussèrent le zèle du parti jusqu’à aller vanter dans les journaux d'Europe la clairvoyance de ceux qui avaient sacrifié aux intérêts politiques l'écble
catholique.” (L'Eglise et l'éducation, 2e édition, 1916, page 344). Les italiques sont de nous.
Mgr Paquet ajoute en note: “On nous pardonnera ce frane parler. Les lois de la logique et les principes ge la justice ne changent point avec la couleur des gou-
Vernements, C’est ce que nous avons toujours pensé et toujours enseigné, et nous croyons opportun de le rappeler ici.”
Ecrire dans la Croix de Paris pour faire pièce à leur Propre journal tt aux évêques opprimés qui défendent leurs ouailles, c’est édifiant, n’est-ce Pas, pour des gens — des ecclésiastiques — gi respectueux de l'opinion épiscopale sur les questions libres ? L’édification augmente encore si on rapproche le texte de la Croix de Paris d'une série d’artirles publiés, au plus fort de la lutte, dans l’Evénement, On devine quel transfuge allait ainsi défendre dans un organe de parti l'attitude du gouvernement contre celle des évêques, les saboteurs de l’école catholique contre ses défenseurs, et cela, encore une fois, non pas dans une question de politique libre, comme l'envoi des troupes canadiennes en Europe, mais dans une question politico-religieuse comme la question scolaire, L’incommensurable Ecole semble donc tout particulièrement qualifiée pour erseigner aux autres le respect dû à lépiscopat. -
La même tactique déloyale devait être renouvelée dans des circonstances encore plus odieuses. Cette an-
Pour y guerroyer contre son Propre journal et faire, chez
le voisin, des niches à des co-rédacteurs au bénéfice > son parti d’abord (toujours le parti bleu d'abord!) + des persécuteurs d’Ontario ensuite, Il n’était pas difficile d’authentiquer la Provenance d’une telle prose: des renseignements positifs sont venus corroborer de tout point l'exactitude du diagnostic,
Q—Je savais tout cela, au reste comme tous les gens Un peu au courant de la Haute et de la Basse Ville, Mais comment expliquer un tel manque de loyauté, tant de duplicité?
E.—Nous sommes certainement là en face d’un cas anormal, intéressant à résoudre Pour les psychologues, Il est néanmoins à la portée des simples profanes, Il suffit de jeter un coup d’oeil sur notre vie politique Pour constater à quelles intrigues et parfois à quelle déchéance de caractère mène l'intérêt du parti, l’esprit de parti.
Or, quand on Manque aussi atrocement à la loyauté envers les siens, y compris son Ordinaire, protecteur du journal que l’on ettaque chez le voisin, il y a lieu de croire que les scrupules n’arrêtent point la plume dans les polémiques ordinaires, quand on s’épanche dans les colonnes de la Presse, et quelle attitude franche et loyale on doit garder en pourfendant M. Bourassa et les nationalistes, adversaires du parti,
À propos de loyauté, à propos aussi de la question scolaire de l'Ontario, laissez-moi ajouter quelques mots