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CHAPITRE TROISIEME L'UT.LITARISME

Ce qu'il est, ce qu’il n'est pas, — Qui est atteint de ce mal? L’Ecole ou M. Bourassa ?

Q—Cela me suffit. L’accusation d’utilitarisme estelle mieux fondée que celle de partisan de la suprématie

du peuple ?

R.—Encore un mot et une doctrine condamnable, dont on a eu soin de bien embrouiller le sens pour l'attribuer ensuite à ladversaire.

Tout comme on a usé de travestissement dans lapplication des principes sacrés de la religion et de la loi naturelle à la thèse impérialiste, ainsi en agit-on encore ici dans lapplication des doctrines révolutionnaires à la thèse nationaliste. Ce qui constitue un double grave abus: l’un contre Dieu, l’autre contre les hommes ; l’un au détriment de la religion, l’autre au détriment de la justice.

Savez-vous bien ce que c’est que l’utilitarisme?. C'est une doctrine qui affirme que l'unique règle de la morale est l'utilité privée ou publique.

Ses principaux fauteurs (voir l'abbé Lortie: Ele-

menta Philosophiae Christianae, T. III P. 109) sont deux Anglais et trois Français: Bentham et Stuart Mill, Helvétius, Comte et Littré.

Demandez à ces doctrinaires si tel acte est moral, ils vous répondront, les uns: Oui, pourvu qu’il serve à votre plaisir; les autres: Oui, pourvu qu’il serve à la patrie. :

En sorte que tout serait légitimé — même les plus atroces forfaits — par l’avantage qu’on en peut tirer ou pour soi'ou pour la patrie. Il n’y aurait plus de moralité intrinsèque,

C’est ce principe, énoncé par des Anglais et des Franais, que les Allemands ont dernièrement appliqué contre les Anglais et les Français, — en vertu probablement d'un autre principe — vrai celui-ci: la réversibilité des erreurs aux dépens de leurs auteurs, même en ce monde,

Voilà lutilitarisme. Mais de ce qu’il est une doctrine pernicieuse; parce qu’on ne saurait faire de lutilité personnelle ou publique la règle de la morale, s’en suit-il qu’on ne puisse jamais faire entrer Pintérêt en ligne de compte dans les actes humains ? voire même qu’on ne puisse jamais agir par unique intérêt ?

Pas du tout. Autrement, l'ouvrier qui peine à l'année pour gagner son pain et celui de sa famille, la compagnie d’assurance qui se forme uniquement pour réaliser de bons bénéfices, le soldat qui patauge et grelotte dans la boue des tranchées pour l'intérêt d> sa patrie,

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nier princioe, mais non pas le premier, qui constitue lutilitarisme, et qui est condamné.

En vertu de l'un, je puis, par intérêt, légitimement servir mon patron, mais non le détrousser. En vertu de l’autre, ces deux actes me seraient permis.

En vertu de lun, l'Etat Peut, par intérêt public, taxer proportionnellement les citoyens, mais non confisquer jusqu’au dernier sou ma fortune de million-

i En vertu de l’autre, ces deux actes lui seraient également permis. :

En vertu de lun, les sincères tenants de l’impérialisme-droit naturel Peuvent, par intérêt pour leur cause, user de tous les arguments honnêtes, mais non travestir les grands principes et calomnier leurs adversaires. En vertu de l’autre, tout leur est permis.

C'est ce principe qu’ils ont mis en Pratique, quand ils ont atrocement accusé M. Bourassa de verser dans

tilitarisme, doctrine con

Par l'exposé que je

Jeter contre un excellent catholique, en pâture à ses lecteurs, l’accusation d’utilitarisme, sans expliquer aucunement en quoi consiste cette erreur et sans montrer clairement en quoi l'accusé s’en est rendu coupable, c’est pour un publiciste faire preuve de malhonnêteté flagrante ou d'une inconscience poussée jusqu'aux dernières limites.

Q.—Qu’a donc dit M. Bourassa ?

R.—I1 a osé écrire: “Le Canada, dépendance irrespunsable de là Grande Bretagne, n’a aucune obligation morale ou constitutionnelle ni aucun intérêt immédiat dans le conflit actuel.”

Et le malheureux ne s’est pas arrêté là. Voulant présenter l’Angleterre comme modèle à notre gouvernement, qui semble tenir surtout compte des intérêts anglais et faire passer en second lieu les intérêts canadiens, il a démontré qu’en entrant dans Je dit conflit, les hommes d’Etat anglais s'étaient surtout laissé guider par l'intérêt de leur patrie; que même la violation de la neutralité belge na pas été la cause déterminante de leur action militaire. Plus tard, il a également fait voir — sans l’approuver aucunement — que l'Italie est entrée en ligne pour tous autres motifs que l’abnégation et la Sauvegarde des droits d'autrui. Il a, en un mot, présenté en exemples à ses adversaires les peuples que ceux-ci admirent.

Est-ce qu'il y a en tout cela un semblant de profession de la doctrine utilitariste ?

Pour professer pareille doctrine, il lui aurait fallu

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Joulant uverneêts an- 3 CANaconflit, guider ion de nte de nt fait lie est gation na mot, es que

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affirmer que l’Angleterre et l'Italie — iatement menacées elles-mêmes et

sans être immé.

raison qu’il profite à son

Or, quand M. Bourassa at-il proféré N'a-t-il pas au contraire — à ] qui le dénoncent — mai

lutilitarisme ?

A ce compte, les pharisiens eussent eu bien plus raison de charger Notre Seigneur, quand, pour stimuler ses disciples au souci des intérêts célestes, il leur Proposa comme modèle un économe infidèle qui avait fait — comme on dit de nos jours — Qu boodlage ; Car il s’agissait alors d’un acte illicite. N, éanmoins les Pharisiens ne soufflèrent mot, Ils n’osèrent travestir le sens et la Pcriée des paroles du Maître qui étaient évidents pour tout le monde. 4 Q—Quant aux paroles de M. Bourassa offrant en exemple au Canada PAngleterre si soucieuse de ses Propres intérêts, quel en est donc le sens véritable ?

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