‹ Halte-là! Patriote [microforme]Chapitre 17 sur 34 · L'EGOISME NATIONAL · texte numérisé non relu

L'EGOISME NATIONAL

Egoïsme louable et égoïsme blâmable, — Confusion qu’en fai

t l'Ecole pour mieux dénoncer

connexe à la précédente et < elles ne se confondent pas e public pratiqué au détri- L’égoïsme national prétend qu’un peuple ne peut et ne doit faire Ja Berre que l:zsqu'il a le ferme espoir d'y trouver son avantage; toujours en vertu du faux Principe énoncé plus haut, que l'intérêt public est la norme de la moralité.

Cependant, malgré l’erre faude, l’assertion en elle avantage dans un sens la effet, si lon veut par J:

ur fondamentale qui l’écha- -même, si on Prend Je mot 8e, renferme une vérité, En

nacé ” «ses intérêts (tels que ses biens matériels, son honneur, son existence, etc.), ou bien encore à moins de secourir un autre peuple également lésé et menacé dans ces mêmes intérêts — c’est une proposition universellement admise, Mais si l'on veut dire qu’un peuple peut et doit déclarer la guerre pour le seul motif qu’il en escompte des avantages futurs, c’est en saine philosophie inadmissible. :

Or, je défie qu’on me cite une seule phrase, une seule ligne des écrits'ou des discours de M. Bourassa où perce tant soit peu une semblable erreur. Au contraire on y trouvera, à maints endroits, l’affirmation contradictoirement opposée.

Q.—Mais n’a-t-il pas dit, pour justifier sa thèse, que le Canada n’a aucun intérêt immédiat dans le conflit actuel? Et n’est-ce pas là afficher implicitement de l’égoïsme national ?

R.—Cc 'e expression peut avoir deux sens, à savoir: le Canada n'est pas immédiatement menacé dans ses intérêts; conséquemment, n’ayant pas d'obligation par ailleurs, nous ne sommes pas rigoureusement tenus de nous mêler au conflit. Et l’argument est aussi orthodoxe qu’irréfutable.

Ou bien encore l’expression pent signifier: le Canada n’e pas d'avantages à tirer de sa participation à la guerre; conséquemment, n’ayant point par ailleurs d'obligation, même s’il nous est permis d’y participer nous ne devons pas le faire. Le youvernement canadien ne doit pas nous jeter dans un aussi funeste tour-

billon, ni nous imposer d'aussi énormes sacrifices d’hommes et d'argent, qui ne sauraient bénéficier qu'au peuple anglais Plus populeux et beaucoup plus riche que nous, Et l'argument est encore aussi orthodoxe que logique et solide, À ce sujet Permettez-moi de vous citer les paroles hilosophe et théologien, qu’on » Porté à se représenter comme Plutôt austères. Parlant de l'imsse énergiquement:

’Angleterre rêve de faire des immenses possessions britanniques un seul étroitement uni que l'Angleterre, c’est tout naturel, C’es crois. Mais l'ambition à

la sagesse et le Pas. Mais la sagesse et t pas toujours voix aux conseils de lambition.

“Pour nous, Perdre dans ce

UHalte-là! Patriote

un autre, quel qu'il soit, notre avenir et notre personnalité, Nous sommes somme un fils majeur ou bien près de l’être qui veut bien rester dans la maison de son père, à condition qu’il reçoive en proportion de ce qu'il donne, mais qui en sortira plutôt que de sacrifier son avenir à des intérêts qui ne sont plus les siens.

“L’impérialisme militaire ou commercial, celui qui unirait intimement notre vie nationale à celle de l'Angleterre et nous ferait épouser fous ses intérêts au détriment des nôtres a vécu dans l'Amérique du Nord — autant qu’il y pouvait vivre” (La Nouvelle France, 1908, Erreurs et Préjugés, par Raphaël Gervais, p. 430).

C’est nous qui avons souligné. Fait à remarquer, cette citation exhibe un brillant anneau de la chaîne de la tradition séculaire, qui affirme que nous ne sommes pas tenus de participer aux guerres de PEmpire. Il faut l'enregistrer; c’est une confirmation de notre cha- Pitre troisième du livre premier.

Heureusement que Raphaël Gervais a écrit ces lignes en 1908. Il ne l'eût pas fait impunément de nos jours. L'école néo-droit naturel l’eût cloué au pilori, elle qui n’a pas hésité à rendre suspecte PA. C. J. C. simplement parce que le Semeur, son organe, avait cité un passage très orthodoxe d’une revue anglaise sur la méthode de gouvernement en pays britannique,

Q-—Et pourquoi donc M. Bourassa at-il raison d'affirmer, à la suite de Raphaël Gervais que le Gou-

veiller Premièrement à nos ceux de l’Angleterre ?

&ouvernement existe Pour cela.

SOuvernement, sa raison d'être les droits et de Promouvoir les société à laquelle il est préposé, est directement chargée spirituels des citoyens.

uverez dans tous les au-

phie catholique. Evidemment il ne

leur est jamais venu à l'esprit que ce Pouvait être là de l’égoïisme national,

C’est ce qui faisait dire à Mgr Langevin — autre égoïste, “Nous avons toujours été de loyaux sujets de Sa Majesté Je Roi, et nous voulons l’être plus que jamais, tout en étant de notre Pays et pour notre pays avant tout.” (1)

Il exprimait la pensée de S, Thomas, dont Ja Somme est obligatoirement adoptée aujourd’hui dans tous les séminaires, qui dit: “Après Dieu l’homme est surtout

Te

(1) “Cloches de St-Boniface”, 15 avril 1915,

redevable envers ses parents et envers sa patrie où il est né et où il a grandi.” (1)

Pour dissiper tout doute que vous pourriez encore avoir sur la conformité de Ja pensée de M. Bourassa avec celle de Mgr Langevin et de Raphaël Gervais en matière de charité internationale, je terminerai ce chapitre par la citation d’une explicite profession de foi que le directeur du Devoir a faite à ce sujet. La voici:

“Les nations ont indubitablement des devoirs de charité sociale à accomplir les unes envers les autres. Théoriquement, ce devoir peut aller jusqu’à l'obligation, Pour un peuple, de prendre les armes afin de défendre un autre peuple injustement attaqué. Mais, dans la pratique, il est bien rare que ce devoir se présente sous une forme évidente et prime le devoir essentiel qui incombe à toute nation de se conserver elle-même et de veiller avant tout au salut de ses propres enfants.

“Une nation ne va pas en guerre comme un simple particulier: de son propre mouvement. et à ses seuls dépens. Ce sont les gouvernements qui mettent les nations en guerre. En d’autres termes, quelques hommes, chargés des intérêts, de l'existence même, de millions d’êtres humains, en déclarant la guerre, engagent le sort de la nation toute entière. De nos jours surtout, le droit pour un gouvernement de mettre en guerre la nation dont le sort lui est confié entraîne. d’effroyables conséquences. La guerre ne se fait plus

‘(1) Som. Théol. Ila Ilue, Q.CI, a. I.

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entre des armées de vocation, exclusivement composées d'hommes de Buerre, mais par les nations tout entières. Elle entraîne la dislocation de tout l'ordre social et économique et fait naître des maux et des désordres qui pèsent sur plusieurs générations à venir. D’autre part, la disparition du vieux droit international chrétien, abattu par la Réforme et par la révolution française, a rendu Presque impossible l'existence de cas concrets où l’injustice d’une attaque soit tellement manifeste qu’elle impose à une nation étrangère au conflit lobligation de secourir la nation attaquée...

“La guerre est en soi une abomination, et nul gou- Yernement n’a le droit d’y entraîner le peuple sur lequel il exerce son autorité, à moins d'y être tenu Pour assurer la conservation de son Propre pays, ou pour remplir les engagements nécessaires qu’il a pris envers d’autres nations, ou encore Pour secourir une nation injustement atlaquée et incapable de se défendre seule, pourvu toute-

fois que ce secours ne Compromette en rien le salut et les

intérêts suprêmes de la nation dont ce gouvernement est responsable...

“A plusieurs reprises et notamment dans mes articles du début de la guerre, qui ont donné nsissance aux emberlificotages sans fin des Impérialistes théologiens, j'ai reconnu et soutenu que le Canada a un devoir de charité sociale à remplir.” (Le Devoir, 11 novembre 1916.)

Voilà clairement exprimée toute la pensée de l’homme

que l’École politico-doctrinale accuse, sans broncher, de professer le faux principe de Pégoïisme national.

Inutile de vous demander lequel, de l’accusateur ou de l’accusé, mérite d’être livré à la vindicte publique ?

cher, de

teur ou 1blique ?

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