CHAPITRE CINQUIEME LE PRINCIPE DES NATIONALITES
Même tactique de PEcole: elle fausse la notion du principe et la pensée du nationalisme canadien à ce sujet, — Mgr L.-A. Paquet rétablit lune et l’autre,
Q.—Et le Principe des nationalités? Celui-ei, il serait surprenant que M. Bourassa g°en fût garé, puisqu’il est nationaliste !
R.—Hé oui, les deux mots, matériellement, ent une telle ressemblance, une telle parenté! Voilà Pourquoi ses adversaires ont cru. habile de les coller ensemble au front du chef nationaliste,
Ma] leur en a pris, car il se trouve que, formellement, le principe des nationalités, loin d’être apparenté au nationalisme canadien n'est, au contraire, que de l’impérialisme déguisé.
Q.—Allons donc! Vo
R.— Pour vous édifie
istingué du diocèse
Pour une tuile, c'en est une!
Voilà donc M. Bourassa taxé d'idées et de propagande révolutionnaires. Démagogue ne suffisait-il pas? 11 veut donc rouler jusqu’au fond de l’abîme?
Si encore l'accusation partait d’un politicien tout court, sans compétence en pareille matière! Mais non, elle vient d'un politicien théologien. Qu'il y réfléchisse !
* Qui aurait pu s’attendre à cela après la belle profession de foi catholique qu'il venait de faire dans son journal et sa brochure du Cinquième Anniversaire du Devoir?
11 faut qu'il y ait délit grave de sa part et danger menaçant pour l’orthcdoxie. Autrement le politico-théologien n’eût pas osé porter pareille accusation contre un catholique notoire ‘et bien méritant, contre un représentant officiel du Canada au grand Congrès Eucharistique de Lourdes. Il l’eût fait d'autant moins que, dans sa récente encyelique $S. S. Benoit XV interdit formellerent de semblables dénonciations et de tels procédés de polémique entre bons catholiques.
11 importe donc à M. Bourassa de faire un examen sévère et de s'amender, s’il y a lieu.
Comme je lui porte un grand intérêt aussi bien qu’à l'oeuvre d'assainissement de la vie publique, qu’il a entreprise et poursuivie jusqu'ici avec tant de désintéressement et de dévouement, il souffrira volontiers que je l’aide à démêler dans le cas présent l’écheveau de sa conscience.
Vous êtes donc, M. Bourassa, accusé de professer un nationalisme révolutionnaire, de verser dans les exagérations d’un nationalisme “qui s'inspire de plus en plus du faux principe des nationalités, dont l’origine révolutionnaire n’est que trop bien connue”. (Voir l'Action catholique)
Vous êtes tout abasourdi, n'est-ce pas? Moi aussi, je l'ai été passablement, à la lecture de ces lignes étranges. Quelques prêtres de mes confrères n’en sont pas encore revenus.
Bien que j'aie consacré plusieurs années à l'étude de la philosophie et de la théologie, j'étais à me demander après cette lecture, en quoi votre nationalisme était révolutionnaire et comment on pouvait bien le rattacher au faux principe des nationalités.
Enfin, me dis-je, qui sait? Peut-être que je retarde sur mon temps. Pour en avoir le coeur net, j'ai recouru à mes bouquins.
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Halle-là! Pat ricle 121
Voici le résultat de mes recherches chez deux auteurs Contemporains hautement cotés dans le monde de la philosophie la plus orthodoxe: les pères Jésuites Cathrein et Castelein.
Qu’entendent-ils Par principes des nationalités. Permettez-moi de vous les citer. Je traduis le premier dont le traité est rédigé en latin (1). :
Tout d’abord, Pour bien s'entendre sur 1 des termes, il marque la distinction que l'on fait entre peuple et nation. Le mot peuple, dit-il, signifie l’union politique d’une multitude de familles. Ce n'est ni plus ni moins que la société civile. Le mot nation signifie une simple communauté de race, se manifestant par l’iden-
tité de langue, de type physique, de moeurs et de caractère. :
a signification
que le droit
® principe des nationalités. Allons,
sur la conscience, vous sentez-vous
ulez-vous, oui ou non, notre retour
nonobstant tous droits de n’importe quels moyens ?
e langue ou d’origine sert par-
moyen d'agitation
nnaïre, une fusion
la communauté de même race.
principe a donné naissance au mouvement
0 Moi (1) V. Cathrein, SJ. Philosophia moralis, p. 480,
(2) A, Castelein, Droit Paturel, p, 9)
italianissime, au mouvement pangermaniste, et au mouvement panslaviste,
mouvement italianissime, après avoir réduit en royaume unique les différents état de l’Italie, tend à rattacher à l'Italie Trieste, le Tyrol italien et les cantous italiens de la Suisse, ainsi que le territoire de Nice.
“Le mouvement pangermaniste tend, sous l'impulsion d'un parti exagéré, à absorber la partie de l'Autriche, de la Hongrie et de la Suisse où domine la langue allemande et même à s’annexer la race flamande et néerlandaise.
TCE PRINCIPE DEVRAIT PORTER TOUTE LA RACE ANGLO-SAXONNE A S'UNIR EN UN VASTE EMPIRE.
“Une autre erreur est l'excès du nationalisme qui produït les rêves de la mégalomanie de l'IMPERIALISME nommé aussi fingoïsme, et n’a rien de commun avec le patriotisme sainement entendu.
“Le patriotisme éclairé doit se roncilier avec les intérêts collectifs et les droits commun. de tous les peuples... L'orgueil collectif d'une nation est aussi répréhensible et beaucoup plus funeste que l’orgueil individuel.”
Vous reconnaissez-vous enfin, Monsieur Bourassa, dans cette autre énoncé du jauæ Principe des nationalités et du nationalisme exagéré?
Maïs pas du tout, me direz-vous. Loin de m’en inspirer je l'ai toujours combattu à outrance. Ce qui m’a valu bien des avanies, vous le savez.
En effet, je me demande comment on peut honnêtement vous classer parmi les tenants de ce faux principe.
Vous vous êtes bien, il est vrai, montré sympathique au Home Rule; vous avez souhaité la restauration des petits Etats qui sont devenus la proie de la rapacité des grandes puissances, de la Pologne par exemple, de la Belgique actuellement, C’est le voeu de tous les catholiques. Mais je ne sache pas que jamais vous ayez prêché le pangermanisme, le Pañnitalianisme, le Panslavisme, non plus que le pansaxonisme et encore moins le mégalomanisme, l'im- Dérialisme et le jingoïsme.
Comment avez-vous donc pu vous placer sous le coup de l’accusation qui vous étreint? Mystère !
Question probablement d’exciter chez les esprits peu avertis d'odieux SOUPÇODS sur vous et votre oeuvre, parte que vous contrecarrez trop souvent un parti cher. De
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braves lecteurs se répéteront discrèt:ment : Imaginez donc,
Bourassa tourne mal. Il verse dans les principes révolutionnaires, dans le Juuz principe des nationalités! En tous cas, manifeste canaillerie.,
Q—C’est ineffable. Comment peut-on porter des accusations semblables ?
R.—Et remarquez qu’elles se sont produites juste au moment où M. Bourassa prodiguait le plus ses nobles énergies à défendre la nationalité opprimée d’Ontario. Comme si on avait voulu bien dire aux gens: ces revendications sont outrées, c’est là du nationalisme exagéré ; c’est une manifestation du Principe révolutionnaire des nationalités; restez tranquilles et même s0yez Sur vos gardes !
Irrésistiblement cette accusation ridicule autant qu'odieuse me reporte à une fable du vieux La Fontaine et m’incite à en faire le rapprochement, Tout en continuant à mettre les choses au point, cela pourra vous dérider et vous délasser du sérieux de ces propos.
Qui te rend si hardi de tenir ce langage !
Dit cet animai plein de rage.
Tu seras châtié de ta témérité.
—Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère, Mais plutôt qu’elle considère
Que le principe des nationalités
Diffère plus des miens
Et que, par conséquent,
Je ne saurais troubler
—$Si ce n'est tot, c'est donc ton frère.
—Je n'en ai Plus. —C'est donc quelqu'un des tiens; Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens :
Il faut que je me venge!
Lü-dessus, au fond...
Pardon, le rapprochement finit ici. Car M. Bourassa n’est pas un agneau ordinaire; il ne se laisse pas em-
porter, comme ça, au fond de la forêt et manger tout cru.