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CHAPITRE TROISIEME

En fait de Participation aux &uerres de l’Empire il ne s'impose pour le Canada aucun devoir strict de droit naturel ou constitutionnel,

Q—Ainsi donc il ne saurait exister aucun strict devoir de droit nature] pour le Canada de participer aux B&uerres de l’Empire ?

R—-I1 pourrait en exister, absolument parlant ou dans une autre hypothèse; mais il n’en existe pas dans l’ordre actuel de ses relations avec la métropole.

Il en existerait, si, comme Pour la défense du Canada lui-même Par exemple, il y avait à ce sujet une entente traditionnelle Ou verbale ou écrite. Alors de droit naturel nous devrions y être fidèles. Malheureusement, ou plutôt par bonheur, pareille entente est tout à fait inconnue. La seule entente qui existe spécifie au contraire Punique défense de notre Pays. Or cela indique assez, je pense, la reconnaissance que cette coopération n’est pas tenue de s’étendre à la défense d’autres pays.

Q—Mais, même indépendamment de toute entente, ne Pourrait-on pas trouver des principes et des raisons induisant à conclure ce devoir naturel ?

E.—Des raisons, des raisons. . + Ne seston Pas assez

évertué à en chercher Aepuis plus de deux ans ? Vous avez vu ce qu’elles valent et à quoi elles aboutissent, Si je me sentais une vocation de découvreur et de l'attrait à conquérir de nouveaux devoirs à mon pays, je pourrais peut-être en trouver, d’autres raisons. En torturant les grands principes, sans tenir compte des réalités, je pourrais arriver à déduire ce devoir vaille que vaille, Mais tous mes arguments viendraient buter contre l'interprétation traditionnelle de notre constitution ou quelque principe essentiel des institutions britanniques. L Oui, tous mes efforts viendraient se heurter au fait traditionnel que, pendant cent cinquante ans, nous n'avons jamais — malgré maintes occasions offertes — participé officiellement aux guerres étrangères; que nous ne nous sommes jamais crus obligés de le faire et que la Grande Bretagne n’a jamais manifesté une Opinion contraire, Bien plus, elle a positivement adhéré à cette opinion, en indiquant par une entente le lieu de notre coopération militaire: le Canada. A cette tradition s’adjoint, il est vrai, une exception. Mais loin de lentamer, elle ne fait plutôt que la confirmer, puisqu'il a été bien entendu que notre participation à la guerre du Transvaal était volontaire et ne devait Pas créer de précédent opposé à la coutume qui nous soustrait à pareil devoir. Dien plus, au commencement de la guerre actuelle, M. Asquith a déclaré que le Canada, sans Y être tenu, a offert bénévolcment son

Concours à l’Empire ; et M. Bonar Law a fait à son tour

la même déclaration, Eh bien, je vous le demande, est-ce qu’une semblable tradition de cent cinquante ans, fondée sur une pareille €n Supposant même que Posât sur le droit naturel, sans 6e — ne suffit Pas à créer une

sitive ?

; le Canada Concluez.

Halte-là! Patricte

Buerre, ne peut-on pas dire qu’il y a Pour nous devoir naturel et moral de participer à la guerre présente ?

R.—Je le répète, tout Etat fonctionnant normalement doit observer la constitution. Conséquemment si la constitution résultant d’une entente et de la tradition, nous exempte de toute participation obligatoire aux guerres étrangèr:s, il ne peut surgir pour nous aucun strict devoir d’aller combattre en Europe.

Q—Mais enfin si l'Angleterre est menacée dans sa Propre existence, n’y a-t-il point pour nous devoir de voler à son secôurs ?

R.—Devoir de charité et de convenance, soit. Devoir strict, je viens de vous répondre. Et si cette réponse ne vous suffit pas, je vous deman@ rai en vertu de quel Principe pourrait bien nous être dicté ce devoir?

En vertu du principe que tout Etat a un droit absolu à son existence? — J’y ai répondu dans le deuxième chapitre. | L

En vertu de la souveraineté que l’Angleterre exerce sur le Canada? — J'y ai également répondu dans le même chapitre.

En vertu du salut de la civilisation chrétienne? Tout le monde ne croit pas que l’Empire et la suprématie de l'Angleterre soit absolument indispensables à l’existence de la civilisation.

Q.—Fort bien. Une autre question. Vous avez parlé précédemment d’entente et de tradition nous exemptant de tout devoir de participer aux guerres étrangères. Comme j'ignore passablement notre histoire constitu-

tionnelle, Pourriez-vous me donner plus d’éclaircisse-

Avec un luxe de documents et de preuves irréfra-

grables à l'appui, vous Y Constaterez que durant un siècle et demi, jamais il n’a été question pour le Canada du devoir de Participer aux &uerres étrangères, qu’au contraire nos hommes d'Etat — y compris des gouverneurs — ont constamment Soutenu que cette tâche in-

métropole et le Canada, à l'organisation de notre unique défense et à la sauve. garde de la paix intérieure,

Si dans la loi de 1868 dans le texte, c’est que, ét Persuasion générale instant qu’il pût être

la restriction ne figure pas ant donné la tradition et la “ses auteurs ne songèrent pas un question pour le Canada de partiqu’à celles qui menaceraient Hité de son ierritoire. Le compte

ciper à toute autre guerre directement la séey

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rendu des délibérations parlementaires te démontre à l'évidence.” Au reste, pour couper court à toute interprétation anti-traditionnelle, le texte lui-même a été corrigé plus tard.

Après avoir Parcouru ces pages fortes et si consciencieusement documentées, vous resterez frappé et convaincu de la vérité de la thèse ou plutôt du fait historique que l’auteur résume ainsi sous le titre “La Pr, 1ve est-elle faite ?”

“Est-il nécessaire d'ajouter de nouveaux témoignages à ceux que j'ai accumulés pour démontrer que la participation des colonies aux guerres de l’Angleterre est contraire aux traditions britanniques les mieux établies ? que la seule obligation des colonies autonomes est d’aider lAngleterre dans la mesure de leurs forces à défendre leurs territoires respectifs, seules parties de l'empire sur lesquelles leurs gouvernements exercent leur autorité politique ? que la situation géographique du Canada lui impose un fardeau plus lourd que celui des autres colonies et des risques particuliers qui tiennent au voisinage des Etats-Unis? et que, par conséquent, le Canada doit hésiter plus que toute autre possession britannique à assumer des responsabilités additionnelles auxquelles ne l'obligent ni sa constitution ni ses intérêts immédiats,

“Ai-je apporté une preuve suffisante à l’appui de Paffirmation que j'ai faite dès le début de la guerre actuelle; que la participation du Canada aux gucrres de l'Empire est contraire à Pesprit de là constitution

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On pouvait se faire de

tonomie, les principes du &ouvernement britannique et les libertés du Pays; j'ai voulu simplement vérifier si, étant donné qu’il n'existe point d’obligation légale, il y a néanmoins pour nous, en vertu du droit naturel, comme Je prétend la Nouvelle Ecole des théologiens impérialistes, obligation mosale d’aller combattre en Europe,

Les arguments qu’on apporte pour établir une obligation morale rigoureuse (la seule en question) ont-ils vraiment quelque valeur? Il me semble avoir démontré avec assez de clarté pour satisfaire les Plus exigeants, que tous les arguments qu'on a découverts, et sur lesquels on s’appuie, manquent complètement de solidité. On a construit sur le sable et l’édifice est voué à la destruction: il s’écroule de lui-même sous son propre poide, 1 + lee;

À vous maintenant d'apprécier l’accusation portée à satiété contre M. Bourassa, Parce que celui-ci a osé écrire, dès le 8 septembre 1914: “Les obligations coloniales du Canada sont nulles en fonction de l’histoire, de la constitution et des faits”; et, conséquemment,

aurait-il pu ajouter, riulles aussi en fonction du droit naturel,

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