ET ADMINISTRATIVE
Après ces premiers détails militaires, qui étaient le préliminaire indispensable de notre récit , nous avons à en présenter d'administratifs et de politiques à la fois , qui indiqueront en même temps la ligne que le gouvernement voulait suivre dans les graves circonstances où il était placé , et, par quelles mesures civiles et légales, il complétait les précautions armées qu'il était forcé de prendre.
On a prétendu qu'à dater de la signature des ordonnances , une sorte de dictature avait été créée, et tous les pouvoirs concentrés, par ordre du roi, dans les mains d'un des conseillers delà couronne.
Ce fait est dénué de tout fondement. Les ministres restèrent, chacun en cr qui les concernait, changés de 1 exécution des ordonnances : la marche de l'administration ne subit aucun changement. Le garde-des-sceaux fit insérer les ordonnances dans le Moniteur, et ne cessa point de diriger, comme de coutume , les affaires de la justice. Le ministre de l'intérieur , conformément au texte des ordonnances, régla avec les journalistes qui s'adressèrent à lui les conditions auxquelles leurs feuilles seraient autorisées à paraître. Il conserva les mîmes relations avec les autorités placées sons ses ordres , et continua également à recevoir les rapport! de la police militaire que !<• ministre de la guerre , pnr intérim , avait depuis peu enjoint .m « bel du cabinet de ce ministère de Lui commu niqnei journellement Enfin les ministres des .>i étrangères . de 11 marine, <l<v suaires <•< l< *i i>ii(jui is <t des travaux publics, concoururent a selon la nature < 1 < leurs attributions ( a l'application eh- l.i grande mesure qui renaît d'être prise» Il a j eûl d'autre concentration <!<• pouvoir, .'i cette
— ;$05 — époque , que par suite et en vertu de l'ordonnance du 28 juillet, qui déclara la capitale en état de siège.
Le gouvernement avait pensé, même avant les ordonnances , qu'avec la perspective d'une crise dont le terme assurément ne lui paraissait pas aussi prochain , mais dont 1 imminence se révélait dans tous les faits de la situation , il importait de resserrer les liens de l'administration et de rendre sa marche plus uniforme dans toutes les provinces. Pour atteindre ce Lut, on eut recours à un moyen appliqué sous l'empire en 1 81 5 , et également en 18] 4 , à la première restauration ; c'était la nomination de commissaires extraordinaires. On pensa seulement qu'il était inutile d'en nommer pour toutes les provinces , comme on le fit aux deux époques précédentes. Le nombre de ces hauts fonctionnaires était fixé h sept , leurs missions répondaient aux points du royaume qui paraissaient exiger une surveillance spéciale. Tous les fonctionnaires des départements, renfermés dans l'élcndue
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de la circonscription territoriale de leor inspection, h l'exception de ceux qui appartenaient à l'ordre judiciaire et de ceux qui relevaient du ministère de la guerre, étaient placés sous leur juridiction. La rapidité drs événements devança l'exécution de cette mesure.
LE DUC DE RAGUSE REÇOIT LE COMMANDEMENT DE PARIS. CONFIANCE DU MARECHAL.
La nomination du duc de Raguse au commandement de Paris fut résolue d'une manière toute naturelle. 11 avait le titre de gouverneur de la première division militaire, il était alors de service auprès du roi en qualité de major- général de la garde. Enfin, en admettant que C ordre public courût un danger prochain , on s'accordait généralement à reconnaître l'habileté militaire du maréchal, et l'on pensait avoir lieu d'espérer que les dispositions qu'il prendrait seraient assez imposantes pour intimider et arrêter tout projet d'insurrection.
L'ordonnance qui autorisait le duc de Raguse à
— :os — prendre le commandement de la première division militaire fut signée le *5 juillet, jour de la signa hue des ordonnances; Ou assure que le r»>i avait déairé, avec cette bienveillance <[<ii caractérisait toutes ses actions, annoncer lui-même au maréchal mu' nomination nue celui-ci désirait beaucoup. Mais -.'il qur ce prince n'ait pu le voir dans la journée du •••">, soit que d'autres obstacles, dont la nature est encore inconnue, aient ajourné cette communication, il paraît certain qu'elle n'eut lieu qne dans la soirée du lendemain. Ce rétard était tu ^-regrettable ; il en résulta que la journée du 86 Put entièrement perdue: le président du conseil ne pouvant prendre sur lui d'arrêter aucune disposi lion militaire en l'absence du maréchal . auquel \r commandement de Parisétail confié.
( i lut le mardi, -~ juillet, à huit heures da m lin , que le duc de Ragusc vint chercher ses lettres il. < ommsndemenl . le pr< »id< nt du conseil les lui aussitôt; • 'est >l"i - que le mai «•• liai dit \ it l ,/iir douzt millt hommes suffiraient pour
— 3t)9 — prévenir des désordres graves, s il venait à en* éclater. Le président du conseil lui remit également: l'état des forces qui se trouvaient dans la capitale , et dans la première division militaire. Il approuva son intention de réunir autour de Paris toutes les troupes stationnées dans la division; et, la confiance du maréchal lui paraissant un gage presque certain du maintien de la paix publique, il resta toute la journée à l'hôtel de son ministère, occupé a expédier des affaires urgentes (î).
(1) Je dois avouer qu'à la honte de nus prévisions politiques (tout le monde a maintenant lu dans les événements dès le 25 juillet) , le mardi même à trois heures de l'après-midi, je ne me doutais nullement de l'incroyahle développement qu'une simple émeute allait prendre. Mous reviendrons à ce sujet dans le chapitre suivant. Mais je me souviens très-bien que comme je demandais s'il y avait du trouble , une personne que je ne voyais pas , et qui était tout près de moi , dit avec beaucoup de calme : « II n'y a encore rien maintenant, ce sera pour ce soir. » Je reconnus aussitôt la voix du président du conseil. Tou ■: les avis qu'on avait reçus depuis le matin annonçaient eu elfet que la soirée ne se passerait pas sans trouble ; occupé de mon travail, j'ignorais encore cette nouvelle. Le calme du prince de Polignac prouvait bien la confiance qu'il mettait dans les paroles du duc de Haguse.
LUNDI a6 ET MARDI 27 JUILLET. M. TERNAUX CATILINA
MERINOS. — MADAME LA DUCHESSE DE GUICHE SITUA- TION DE PARIS DU MARDI AU MERCREDI.
Je reviens à cette Idée que c'est une prétention très-répandue d'avoir entrevu tout d'abord l'issue des trois journées , et que bien peu de personnes cependant ont été douées d'assez de prescience pour découvrir h l'instant l'orage renfermé dans le point noir qui se montrait à l'horizon. Je puis dire, quant a moi , que tous ceux auxquels j'ai parlé pendant ces journées, royalistes ou libéraux, étaient bien loin de croire que nous assistions aux derniers moments de In restauration; mais aujourd'hui je pourrais citer une multitude d'hommes politiques dont la sagacité ne fut point alors en défaut; ils virent que la monarchie se perdait; s'ils
avaient été au pouvoir, ili la sauvaient par quelque bonne concession. J'en connais un qui, sous ce rapport, peut servir de type. Après avoir lu les ordonnances le lundi matin , il parcourut, tlit-il , les
met de Parût pendant nue partie de cette journée et di celle «lu Lendemain. Le mardi , à trois heures, son opinion était fixée; il retourna chez lui et s'enferma prudemment jusqu'au 7 août. Le cousu fOUS Mil les causes des journées de juillet , il roua dira que les ordonnances ont fait tout le mal, <[u"il n'y avait point le moindre germe de révolution en France, et qu'on ne désirait qu'une chose, c'est que M. Guizol et M. Dupin fussent ministres. <v)u on oe <lisr point que je présente i<-i un personnage de fantaisie ; malheureusement pour la logique et !<• bon sens, ce type existe. En lui se personni ti«' I opinion (!<• beaucoup d'honnêtes poltrons qui constituent aujourd'hui la plus grande force du juste milieu. Leur plus rif désir, sous Is restaura tibn, était que le rouvernemenl cédât toujours, parce que cela faisait moins de bruit que de résister, • • ni troublai! point leur quiétude. Il u'j 0 rien b
craindre, disaient-ils, pourquoi ne cédez-vous pas ? Dès que les ordonnances parurent : Tout est perdu , s'écrièrent-ils , on résiste. De sorte qu'ils trouvaient le moyen d'affirmer que la situation n'offrait pas le moindre danger, et quelle était en même temps très-périlleuse. Tout est perdu, d'après eux, dès le mardi du 27 juillet 1800 , parce que les ordonnances ont paru la veille : les G et 7 juin ils ont déclaré que tout était sauvé. C'est que maintenant ils ont vu une révolution. Le canon ne leur fait plus peur, il faut bien maintenir l'ordre. Sous la restauration on ne vit jamais de plus grands preneurs de la légalité, maintenant ils vous diront qu'on ne peut gouverner qu'avec L'arbitraire. Eh bien, je vous déclare qu'ils n'ont pas changé, et que ce sont les mêmes hommes, éprouvant le même sentiment. Avant la révolution, la presse le r avait habilement persuadé qu il n'y avait rien h craindre que d'un coup d'état, et ils en avaient la peur la plus sincère. Aujourd'hui, à la vue (tes conséquences de la révolution, ils veulent avant tout le maintien de tordre de choses, et la ruine de la révolution-)
Peu leur importe que ce double résultat soit inconciliable : ils ont peur. Ils se tournent aujourd'hui du eôtd des tardes municipaux et des gendarmes . comme ils te tournaient alore du côté de la charte.
Mon opinion est que le président du conseil no pouvait encore avoir de motifs sérieux d'inquiétude le lundi et même le mardi : les ordonnances no créaient point la .situation , elles la constataient. Après cela, sentir que précisément à cet instant l'esprit révolutionnaire avait acquis assez de force pour produire la grande commotion de juillet, c'est ce qui nVi.iit |kis ilora, je crois, au pouvoir de personne. En politique od peut prévoir l'événement de siamoèfi
«1 une .innée, jamais « «lui du lendemain. On peut li ■ - bien dire : il y I dans ce p.i\ s tOUI les eléinens
d'une rérointion, il y inrail folie «1<- dire: « « 1 1 . ti volutiou <■< talen demain. Il n'\ i que la peur qui trompe paa. Mail donnea lui le pouvoir, elle transigera li bien avant une révolution, qu'elle fin h .1 ptr voua perdre radicalement et lantrelowj
et après , elle sera si arbitraire , si violente , qu elle vous perdra non moins infailliblement.
Le lundi , quand j'entrai dans le cabinet du président du conseil, sa physionomie était grave et calme , comme elle me parut le jour suivant. Il me demanda si j'avais lu le Moniteur, et , sur ma réponse négative, il m'annonça lui-même les mesures qui venaient d'être prises. Je me souviens très-bien des paroles qu'il me fit entendre en cette occasion , les événements de juillet et la position présente de celui qui les prononçait alors me les rappelleraient, si j'avais pu les oublier. Qu'on veuille bien observer que le prince de Polignac était alors tout-puissant , et disposait des forces de la France. Or, ces paroles, les voici : « Ces mesures ne sont » que momentanées , transitoires ; nous ne vou- » Ions pas sortir de la charte, nous voulons y ren- » trer. La nécessité seule nous fait recourir à l'ar- » ticle 1 4 ! »
Vers le milieu de la journée du lundi , si je ne
me krompicj . comme jVt.ii- occupé à écrire, i d tendant dans le lointain une rumeur assez forte* l'on Tris là fenêtre, et je ris bientôt arriver quelques euvriers «i beaucoup d'eniants de douce à quinze ans «] ni formaient Parant-garde *1« 1s bande. 11 j cul des cris contre, les ministres en passant devant L-i porte <!<■> affaires étrangères. On l'ouvrit, et la semé rue des gendarme» qui se trouvaient dans la roui', dispersa la bande. Je trois que c'est la première <|ni se -<»it montrée dans les journées ai
juillet.
Cependant des désordres plus graves eurenl Lieu dans la soirée! !<• président du conseil faillit môme • h être II victime. Sa voiture fui i ssaillie par ua ittroupement qui s'étail formé près du ministère. Plusii m - pi< m.-. lan< éei avec foi « e , eu I" i*
et m endommagèrent les panneaux I ne l«i> i rei atteignit le ministre de la marine . tait ivec lui; nue sutre meut ii il ta ralet dt pied du prince, qui était placé derrière la voiture. i I ii i en < ni' ranl adi oit< an ni tes chci •ni^
s'ouvrit un passage h travers la foule, qui , peu de temps après, prit une autre direction, et se porta sur le ministère des finances, où elle fut enfin dissipée par les soldats du poste voisin.
Le mardi , je remarquai plus d'agitation que la veille en me rendant au ministère: l'alerte de la soirée précédente y avait nécessité la présente d'une cinquantaine de soldats. Je trouvai, en arrivant, celle petite garnison.
Il n'y eut rien de remarquable pendant cette journée. Il y avait de l'agitation, comme je l'ai dit. mais pas encore de l'effervescence. Le libéralisme élait alors si peu sûr de son triomphe que, dans le courant du lundi 26 et du mardi 27 , plusieurs feuilles de l'opposition vinrent demander au mi nistère de l'inlérieur l'autorisation de paraître, conformément aux dispositions d'une des ordonnances. Celte autorisation leur fut immédiatement délir \ rée.
— Hi —
Vers trois heure.», quelques pierres, mais avec pin de persévérance que la veille, furent lancées contre la grande porte du ■Hnirtom : l'insurrection -.-avait. Comme la veille , on ouvrit cette porte, quelque» gendarmai à cheval sortirent , et cet attroupement , beÉocoop plu BOmbreoi «pic celai de
la veille, et OUI était précédé d'assez prés par un iiacre qui semblait en suivre tous les mouvements arec djw certaine exactitude, se diaperaa de même.
mais avec plus de difficulté. -I»1 revins le soir au ministère, vers huit à neuf heures. On répandait déjà le brait que la ligne avait refusé de faire usage de ses armes contre l'émeute, qui prenait, disait-on, ou < i.iit bien pré- de prendre le caractère d'une in-
IU1 i ■■( lion. Je crois que ce bruit n'était pas alfM fond»-, et que le mi il iltlc caractère. OOI journée.» de
juillet ni m' montre que le morcrodi. J ivaâi p ; com ii kei boulet m di . qui étaient encombré! doq pi » de lold i- < t d insurgi -, oiais do fommoi
gainn . Il v v nt long lompi que l'un*
n'arail ru d'émeul tail quelque choie pli
i , poui !• • b U< - pi omenouees, le répertoire
du théâtre de Madame. Cependant lorsqu'on dépassait le faubourg Montmartre , et qu'on appro chait de la rue Saint -Denis, on voyait bien que la véritable fermentation était là, et que si, sur le boulevard de Gand, dans le quartier de l'aristocratie libérale, il y avait des spectateurs bénévoles pour l'émeute, et. même pour l'insurrection , les acteurs pouvaient ne pas manquer dans les faubourgs populaires. Du côté de la rue Saint-Denis on avait déjà été forcé de placer des lignes assez épaisses de gendarmerie, et la garde royale circulait par pelotons serrés, avec de la cavalerie en trie. Il n'y avait cependant rien d'arrêté dans les sentiments du peuple; il était flottant. Seulement quelques hommes hardis attaquaient les troupes à coup* de pierres; la majorité, groupée le long des rues, restait spectatrice de ces engagements. Ce premier public du drame de juillet n'était pas sans doule tres-paisible. On argumentait pour et contre dans les groupes. Ceux-ci soutenaient que les troupes avaient tiré sans provocation, ceux-là qu'ell ••avaient été provoquées, ce qui était la vérité; niais