DERNIER CONSEIL DE LA RESTAURATION. DETAILS
jusqu'à PRÉSENT IGNORES.
Depuis le mercredi, c'était une lutte acharnée. Elle dura presque toute la nuit, et recommença le jeudi matin. Il y eut cependant un instant de calme vers dix heures, où l'on parla d'une trêve et d'un arrangement. J'étais aux affaires étrangères, lorsque le général Excelmans y vint , et annonça le retrait des ordonnances et le changement du ministère. « Tout est arrangé , dit-il en sortant , » je vais chercher Casimir -Périer, pour aller a » Saint-Cloud. »
Sans doute les événements qui se pressaient avec une si incroyable rapidité empêchèrent le
gémirai Excolmans de mettre à exécution les bonnet intentions qu'il manifestait alors. Ce qui a\aii pu donner lieu à ce projet . c était le départ des ministre* nom Siint-C.loud, dont la nouvelle était •Jors répandue dans P. iris. La situation d treuse dans laquelle ét.'iil placée la capitale, leur prescrirait en efiet de se rendre tous aupré» du roi pour lui exposer la gravité do» circonstances, et ofl'rir leurs démissions nu souverain, transaction qui parai»». ut .ilnr» le moyen d'arrêter une lutte déplorable. Si là politique, toujours rigoureuse <'t po»iii\e d.in» set jugements, pouvait blâmer cette mesure, l'humanité on raisait une loi. L » ministres partirent dès wpl heures du malin, presque ou même temps que MM. d'Argoofl et de Sémonrule, qu'us iraient rencontre» chei h duc de Rnguse.
( ' pend nii I insurrection » Atari prou !.. i» oup d> \ iolen< e dam lei eni irom de !
sidei » n .1 1 . Versailles i Saint Qoud, Saint -
t .< i m m , etc. . s'étaient soulevés « I m pi éparaienl
à joindre leurs forces aux forces parisiennes. Ce fut sous ces auspices que s'assembla à Saint- Cloud le dernier conseil tenu par le roi. Les résultats en sont connus, c'étaient le changement du ministère , et le retrait des ordonnances. Mais, ce que peu de personnes savent, ce sont les propositions apportées par le marquis de Sémonville, et qui furent par conséquent mises sous les yeux du conseil. Les voici : La cour royale, la cour des comptes , et le conseil de l'université, devaient se présenter chez le roi, lui demander l'oubli du passé, recevoir de lui Cacte d'amnistie, et apprendre en même temps qu'un autre ministère avait été formé, et que les ordonnances du 2 5 juillet étaient révoquées. Le marquis de Sémonville et le comte d'Argout donnaient de plus l'assurance que les ministres ne seraient pas mis en accusation ( 1 ) .
(1) Le prince de Poliynac insista viveineut pour que se* collègues n'eussent point à supporter la responsabilité des événements, et que l'exaspération du moment, s'il fallait une victime, retombât sur lui tout entière.
Il n'< >t pas inutile de (aire observer que, dans I.r déposition écrite qui ligure aux pièces du procès , M. de Sémomille , en r'adressanl an prince de Po-
ligna< , m d«-ignc comme vennnt au nom de son corps. On fej| que la démarche de ce pair et de
M. d Argon! était non seuleanent officieuse, mais qu'elle portait un caractère officiel. Leur bonne volonté fut inutile, comme l'avait été celle du général E.xcelmans. La courte apparition du inini>t. ra Mortemart n'exerça, comme on sait, aucune influence sur les événements. Al. Ifazas a dénué. sous ce rapport, dea détails pleins d'intérél dans le Une (ju'il a publié dernièrement. On pourrail 1 ésumer en deux mois tes causes qui Qrenl échouer
la mission du duc de tfortemarl : il n'avaii . j>«« ni
parlementer avec des hommes qui étaient maîtres de Paris, el fiers de leur récente rictoire, qu'un
"in ili.mt, mais pas mi La! lillon dei
in ii lui. Oi, lorsqu'on porte II parole an non il un roi tapres (!<• sujets insurci i( i est un très 'l malheur qu'on ne puisse pas 'lin- Il j s
»in( l iinlli Immiif n ni\ I1..1 rières. C< I : ne r \>[
point un accommodement, cela ne demande point de paroles irritantes ; cela, au contraire, peut être exposé comme un motif matériel de réconciliation et de paix, Si , au moins, la position des Tuileries et du Louvre était restée entre les mains du gouvernement royal seulement la moitié du temps qu'avait promis le duc de Raguse, tien plus de vingt mille hommes eussent pu être réunis autour de la capitale, et favoriser par leur présence la transaction qui eût été la plus favorable à l'autorité royale, comme la plus faite pour ramener pacifiquement l'ordre dans Paris. Quand un roi cède, il faut qu'on voie Lien qu'il pourrait, s'il voulait , ne pas céder. La stabilité des états et l'ordre public sont à ce prix.
Nous exposerons dans le chapitre suivant comment eut lieu l'évacuation des Tuileries et, par suite, de Paris, qui, contre toutes les prévisions du ministère qui se retirait, ne laissa à ses successeurs aucun point d'appui pour négocier avec l'Hôlelde-Ville victorieux.
QUELQUES CONSIDERATIONS SUK LE PLAN DU MARECHAL .DUC DE RAGUSE. M. DE TALON ET LE MARECUAL.
Nous avons établi au commencement de cette seconde partie l'état des forces de Paris , lorsque le commandement de la première division militaire fut remis au duc de Raguse. Maintenant , qu'après la lutte des trois journées, nous avons à parler du plan suivi par le maréchal , on verra que ce plan seul suffirait pour confirmer des renseignements qui, à nos yeux, ont tout le caractère de 1 authenticité. Gomment supposer en effet que le duc de Raguse , n'ayant a sa disposition , comme on 1 a prétendu , que cinq ou six mille hommes , ;>il adopté le système qu'il appliqua le 28 juillet ,
— ! iC —
nu moment où l'insurrection était parvenue h son plus haut degré d'intensité ? Or , les dispositions I ► i i — « ■« pi i le maréchal consistaient d'abord à diviser les troupes en trois colonnes. Ces colonnes de- \ aient traverser Paris dans m pins grande longueur, puis >e répandre dans les rues de la capitale. On assure que ce pian parut audacieux au président du conseil. Les résultats n'en furent point heureux. l.j plus grande partie des troupes, ainsi divisées en petite corps disséminés dans des rues étroites et populeuses, eurent beaucoup «le peine à revenir sur leurs pas, et à surmonter les obstacles et Les dangers qui s'opposaient à leur retour. Quoi qu'il «u»
soit , on m peu) , s;,n> {aire injure SUX talents niili
tain g ii ,i la lo] nie du maréchal duc de Raguse • prétendu- que dans l'.t ;ti de fermentation générale où s,- trouvait Paris, en lace d'une insurrection
puissante, si recrutant daustOUI les (àuboOTgl 'I'
pitale . il eûl osé tenter l*exécutioD d'un tel plan avec cmq, huit et même dix mille bommes (i).
luiii miii'
Cependant il le tenta ; il crut donc que les forces qu'il employait étaient suffisantes pour en assurer le succès.
individus ont, plus ou moins, pris part à ces événements. ( M. de Laborde, séance du n novembre i83o.) Il faut ajouter que cette armée de l'insurrection se îenouvelait sans cesse, ne manquait pas de vivres comme les troupes, et était appuyée par des auxiliaires nombreux aux fenêtres des maisons.
Il semble que la première mesure qu'eût dû adopter le maréchal était de faire venir des environs de Paris les provisions qui manquaient aux troupes, et dont la privation se fit cruellement sentir le mercredi et le jeudi. 11 faut reconnaître que cette guerre des rues était impraticable. Sans doute on peut mieux en juger après l'événement , mais ce plan paraîtra toujours dangereux dans une grande ville.
En effet, il irrita les passions, lit inévitablement des victimes qui n'étaient pour rien dans l'insurrection, et popularisa ainsi la révolte : voilà pour le moral. Matériellement il exposa continuellement les troupes à une grêle croisée de pavés et de balles. Je crois que cela ressort assez des faits que nous ne faisons que constater, pour qu'on uu nous suppose point le but d'incriminer les intentions de personne. C'est d'après le même principe d'amour pour la vérité que nous rapporterons ce qui s'est passé entre M de Talon et le maréchal duc de Raguse.
Ce n'e>t point tout. Après la journée du 28 , celle pendant laquelle, on peut le dire, il y eut une véritable lutte, puisque le lendemain la capitale lut évacuée (1). Le duc de Raguse , malgré la résistance opiniâtre qu'il avait éprouvée, dit hautement au président du conseil, aux ministres ses collègue-.. ainsi qu'à plusieurs officiers qui étaient présents, qu'il se maintiendrait un mois dans la position qu'il occupait alors. Cette position était le Louvre, l.s Tuileries , les deux quais et les boulevards; il répéta qu'c/Zc était inexpugnable, et insista sur la Mfté d'eu donner connaissance au roi, ce que le prince de PolignaC lit aussitôt. 11 est donc hoi > (li duiili' qu'à cette époque le duc de Raguse avait
encore U ferme conviction que ses forces étaient influantes pour résister b l insurrection , quoique
(1) I rarrivdedei airniatres à Saint-
'.li nul. ou apprit qtM la position do Louvre et dea Tuileries avait toul-à-coup éld abandonnai <t aua la laie 1 ; C'était iuetqu< s beurea napai avant ans
r« h. il ,-i \ ..ii réitère' I aararance qu'il avait précédeuf ment donnes i;. \ h rili pendant un ai
toutes les troupes qui, des divers points de. la division militaire placée sous son commandement , se dirigeaient sur Paris, ne fussent point encore arrivées sous les murs de la capitale. Ainsi , en résumé , le plan du duc de Raguse , les assurances fréquentes qu'il ne cessa de donner jusqu'au dernier instant aux ministres du roi, prouvent invinciblement que les forces qu'il avait à sa disposition lui paraissaient assez considérable, d'abord pour le maintien, et, ensuite, pour le rétablissement de Tordre. Quand on est sûr de tenir un mois dans une place avec la garnison de cette place, il est évident qu'avec des secours puissants , tels que le duc de Raguse pouvait en attendre, s'il eût tenu en effet, et que, par suite, l'abdication de Rambouillet n'eût point donné au lieutenant-général le droit d'arrêter la marche des camps de Saint- Omer et de Luné ville , le chef de la première division militaire pouvait reprendre tous ses avantages, et faciliter, par son attitude, un arrangement entre Paris et Saint-Cloud. Nous n'examinerons pas en ce moment, si, politiquement, cette coinbi-
— 3ôo —
naison offrait beaucoup d'avenir; si la lutte , iLm^ 1rs dispositions où le libéralisme avait mis les esprits, a'aurail pas bientôt recommencé, ce qu'il y i de presque certain c'est oue, miBteireiBeat, la chose était possible, et qu'après la lassitude d'un Combat «1. trois jouis, des troupes fraîches et imin brenses, cernanl Paris, pouvaient déterminer nue pacification , un traité.
Voici un fait qui, mis a côté des explications donnéea par M. !<■ colonel de S. dis, dans une lettre ijn'il entassa ]mu après le* événements de juillet sus journara de ta confédération helvétique (1),
(i) >ous transt rivons l<- fragment -im.ml ilr . ctte
Ultra
» A ' d< al li'ui et 'lu rii.it i ii . Ir duc a
m i n\ n\ .1 l'ordi i ide di ■ • imp, d >; todoo
un |. neoti da I i que je fie euuitot que
j ible
eo talion que le château pouvait être prii
Il b lUillon <|ui M li'»ii\nil il il l.i < oui .,ii,,|,i, , i, iiu. de RsguM nue lit répondre qu'il j iTtil une ti« \r , et '| er le feu; je B • lion i ■
expliquera, au moins matériellement, l'évacuation de la capitale. Nous le dirons tel qu'il nous a été rapporté par une personne dont la parfaite loyauté nous inspire une pleine confiance, et dans les mêmes
mener les deux canons qui se trouvaient au Louvre; je me donnais toute la peine imaginable pour faire entendre aux assaillants que la trêve était conclue, niais ils ne répondaient que par des coups de carabine, et se préparaient à attaquer. Il est vrai que le Louvre est un poste imprenable aussi long-temps qu'on veut le défendre. Mais celui qui commandait dans de pareilles circonstances, se serait chargé d'une grande responsabilité en faisant répandre le sang inutilement. Je donnai donc l'ordre de la retraite, et le bataillon quitta la cour du château au pas ordinaire. M. le maréchal doit se rappeler que je lui fis verbalement ce rapport sur la place du Carrousel, où je le rencontrai à cheval, et qu'alors j'étais si peu pressé que je fis conduire nos deux chevaux par mon domestique ; un d'eux fut monté par un officier d'état-major du maréchal , je suivais moi-même à pied le dernier peloton ; je ne sais pas, et ce n'est pas à moi à examiner ce qui a pu occasionner la fuite précipitée de la place du Carrousel et des Tuileries ; mais j'espère que M. le maréchal se rappellera que j'ai formé l'arrière-gardedans le meilleur ordre avec un demi bataillon de mon régiment et quelques détachements de la garde française.