DE POLIGNAC
Pendant que la maison de Bourbon s'éloignait de France, la révolution voulait encore faire peser sur les derniers serviteurs de la royauté la res ponsabilité qu'elle attribuait à la rovauté ellemême. Ils suivent d'abord le roi jusqu'à Tria non. Alors il restait encore quelque faible espérance. C'était le moment où M. de Mortemart traitait, ou plutôt cherchait à traiter avec l'Hôtel de -Ville. Charles X avait fait déjà connaître à Paris le changement de ministère; sa loyauté craignait que la présence des anciens ministres ne le fît accuser d'un manque de foi; les anciens ministres dumii quitte!
le roi. Cette séparation douloureuse, mais néi es-
>aire. était le premier et le plus grand sacrifice que leur imposait la révolution.
Le ministère du 8 août n'existait plus depuis le jeudi mntin; tous ses membres étaient rendus à la rie privée. Pour les passions du moment, ce ministère démissionnaire était encore au pouvoir. Les membres du cabinet, leurs familles même , étaient exposés aux dangers les plus certains. Ainsi . Il princesse de Polignac avait été reconnue a Ver-
saittea au moment où elle allait rejoindre son mari.
Madame la princesse de Polignac est une femme d'une constitution faible et délicate. Elle était alors grosse de sis mois. Les nouvelles <l< Paris la tn»urèrent .1 la campagne, et Is frappèrent comme un coup de loi ul rr. EUe apprend que Pai ■!» esl en feu;
elle <lil sdieu S ses enfants; elle les pn-sse dans
les bi h sans saveii si elle doH les revoir, elle part.
I ' i mi 0 d'élite escortaienl sa voiturci V
la barrière de Versailles, on l'avertit que la route pi m • Gel avis ne l'arrête pas. \ peine
dans la ville, le peuple, égaré par les terribles passions du moment, entoure cette voiture; malheureusement la présence des gendarmes l'indiquait à sa colère. La foule s'imagine un instant que c'est la duchesse d'Angoulème qui passe. La voilure arrêtée, un furieux plonge la tête dans l'intérieur. Au premier coup-d'œil, il reconnaît la princesse de Polignac : Ce&t madame de Polîgnac ! s'écriet-il, mort à la femme de Polignac! et la foule répond par des cris de mort. Le princesse, calme, résignée, inquiète seulement pour l'enfant qu'elle porte dans son sein, attend que son sort se décide. Bientôt la garde nationale arrive. Dans ce moment, des pierres sont lancées de toutes parts; un des gendarmes met en joue et fait feu; heureusement le coup ne partit pas.
îlfaut reconnaître que, même dans sa fièvre révolutionnaire, le peuple a des moments d'intennit tenceet de calme. La princesse profila d'un de ces instants pour demander h être conduite à la mu-
— aTti — oicip alité (4). I n offioier de la garde nationale \iirt , s,, n secours el l'ymena. I ne fois entrée dans la coin , les portes sont refermées sur «1 li-. La fouir s'amasse < t gronde «-n dehors.
PouriiKitl.uue de Polignae, trouvnui enfin, après 1 1 1 1 si grand danger, quelque sûreté dans la mairie, citées) touchée des égards qui lui sont prodigués Elle écouté les conseils des amis <jui lui restent; elle « hangede i i tements, elle prend les habits d'une femme du peuple. Le même officier <|ui 1 .i\;iii un rée lui offre sou bras, el *- 1 1« - sort de l'hôtel par dm poi le dérefr .
Elle parvint, non sans difficulté, a Saint-Qood. Elle j retrouva le prince de Poli ic, < i Paé< ow , jusqu'à 1 1 ianon : indifférente i ses dai
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ij. il insiii ;•! , di oetti i Bas éaas ' i util autoui 'If I* j" ini tisc de I
personnels, elle ne pensait qu'à son mari cl à ses enfants, qui tous, au même instant, avaient le même péril à courir. Mais, au moment où elle venait d'y arriver , on annonça que les Parisiens marchaient sur ce château. Epuisée par la fatigue et les émotions de tout genre qu'elle avait éprouvées, elle déclara ne pouvoir aller plus loin.
Ce n'est pas tout. Le prince de Polignac attendait son fils aîné, qu'il avait fait voyager dans le midi de la France. Cet enfant devait être de retour à Paris le 29 juillet. Deux jours s'étaient écoulés, et aucune information sur son compte ne lui était parvenue. Heureusement les craintes du prince de Polignac ne se vérifièrent pas; mais, dans cet instant, n'étaient-elles pas trop naturelles , et le nom seul que portait son fils, n'était-il pas un titre de proscription même pour un enfant ?
Quoique nous sentions la nécessité de tracer rapidement, au milieu des calamités de In monarchie, le récit d'infortunes individuelles, nous ne pouvons
— Ml — non» cmpêi ln'i- Je rapporter la louchante histftin rie la fuite dos enfants du pi in ce do Polighac. Nous ne partons* que de trois d'entre ru\ : M. Armand de PolignaC n'iinit paé alors ixté sa Meut et ses >. Pendant que leur m»*re se HaMVÉÎt D h faveur d'un grossier déguisement . ses jeunes en font* pionaient ÉUSSi l'habit d'enfants de In campa
:-. i u ■ . Le \iltt de chambre de leur père accourait «mi blouse, et les emportait i lu/ sêfl parents dans une i barrette. Ibarritèrent ainsi h Mont morin, toujours
-m- le peint d'èlre d< 'couverts et arrêtés. Dan- I i eafflpagtie, on s attendait à leur passage. Même tomme' ils tratersaient on riBage, le notaire du
lieu lit COuHr après eux. Ounnd ce notaire demanda
ta - enfants é< M. dePoltgaiac, Ta fille du proscrit I . aimable .1 belle enfant, ateé une force d'âme el
un iailg- U -l'i.l s de -on , mit' pi •
• il esprit toiilr fraternelle . -. hâta de i' piui
• In Vous demande] les enfants de M. do Poli
i Ma-!» - I i!> Rfft4| ni.
9 gnae, Monsieur, me voici, que me voulez vous? » Le voyage jusqu'à Cherbourg fut long, difficile et rempli de mille privations. A Cherbourg, les jeunes fugitifs rencontrent leur oncle. On leur avait tant dit de ne pas parler de leur père, et même de ne pas prononcer son nom , qu'ils regardaient leur oncle fixement et sans dire mot. Eh bien ! mes enfants, Leur dit le duc de Polignac, vous ne me demandez pas des nouvelles de votre père? A ces mots, les enfants étouffent de sanglots, et se précipitent dans les bras de leur oncle. C'était la première fois, depuis leur départ, qu'ils entendaient parler de leur père.
Revenons au prince et à la princesse de Polignac. Les troupes royales évacuaient Trianon ; il n'en restait plus qu'une faible partie dans les jardins; et les insurgés, réunis à Versailles, n'attendaient plus que leur départ pour pénétrer dans le château. La princesse de Polignac conjurait son mari de fuir et d'échapper à des périls certains. 11 ne potn.iit se rendre ;i ses généreuses prières, et, a
chaque instant . leur position devenait plus critique Cerf dans ce moment qu'une personne qui lui était alors inconnue, \int tout-à-conp se présenter H lui: Prince, lui dît — il , roui êtes environné de périls,
il h y ;i plus de salai pour \nu> que dans la fuite, je vous offre ma maison et ma bourse. « Saine/ » sauvet ma iéinme, i s'écria vivement le prime de Polignac. Ce cri fut compris par le noble cœur (l< l'inconnu. Il y avait vingt-sfac ans que le prince dé Polignac s'était dép écrié dans une circonstance non moins grave : < Sauver, sauvez moi Irère ! »
Après quinze jours d'une marche pénible et en lourée de dangers, il parvint o gagner le port de Gran?ille. I a bateau l'attendait, mais le renl chan up an moment où il allait s'emb n 'I ni r a la fi reur d<- la nuit. Le capitaine refusa *\<mettre h la relie, et retarda de vingt quatre heures l'époque du dépai l. Ce di lai fut fatal. Pans la fooi m ( du lendemain . quelques jeunes gens, s*< t.'iii réunis duns une maison do |><>ii . située h on
quart do lieue de la ville, se formèrent, de leur pleine autorité, en garde nationale. Après avoir célébré celte institution de la milice citoyenne clé Granville par un repas qui se prolongea bien avant dans la soirée, ils voulurent signaler leur première réunion par quelque expédition patriotique. Ayant entendu dire que des voyageurs devaient s'embarquerpendant la nuit, ils se rendirent vers onze heures du soir à l'auberge que les voyageurs habitaient. Pénétrant à main armée dans la chambre du prince de Polignac , ils lui enjoignirent d'exhiber son passeport : il n'en avait pas : la personnel courageuse avec laquelle il allait a Jersey s'en était procuré u#où il était désigné. Les nouveaux gardes nationaux refusèrent d'en reconnaître la validité, quoiqu'il eut été régulièrement délivré, et dirent qu'ils s'adressaient à l'ancien président du conseil. Ils l'interrogèrent en vociférant contrôles ministres de Charles X les propos les plus injurieux. Le prince de Polignac, voyant tout ce que sa position avait de critique, demanda à élre conduit devant le maire ou le commandant militaire de la ville : « 11 n'y a plus
i m maire, ni commandant, répondirent-Us , nous, sommes ici les seules autorités légales, et ils procédèrent de nouveau à son interrogatoire. Jamais la haine ne se montra d'une manière plus aveugle et plus Curieuse. I n d'entre eux adressa .1 ses camarades les parole;, suivantes : t Si, dit-il. nous avions Uni» ut une demi-preuve que la personne que
nous cherchons est réellement entre nos mains, « cela nous autoriserait à lui plonger un couteau » dans U cuur. » L'ancien président du conseil oe dut la rie qu'a son calme et à son sang-froid. C#l
étrange tribunal ne put obtenir de lui l\i\eu qu'il duÂait. Les garde* îuiimiaux improvisés menèrent li- prince de PolignaC a la prison de la \illc. Le
concierge consentit à !<• recevoir révolutionnaire-
ment. \\ n'était pas question de ni.unl.it «I arrêt, et ardes nationaux de Çrauville n'j avaieql pas seulement pensé.
!.. I< m '.< iii.iii, .1 i\ li. un - du m itio,on < ondui -it le prince de Poliguai devant l<- maire de Gi ta ville. L population était déjà instruite d< I événe
ment de la nuit; l'attitude de cette population lut assez calme (1). Une fois en présence du maire, le prince de Polignae crut inutile de taire plus long-temps son nom. Ce magistrat pensa qu'il était plus prudent , vu le petit nombre de troupes qui composaient la garnison de la ville , de le faire transférer à Saint-Lô , chef-lieu du département.
On choisit une des diligences qui partent journellement de Granville pour divers points de la Normandie. L'adjoint dn maire et deux membres du conseil municipal s'assirent dans la voiture , à côté de l'ancien président du conseil. Deux gendarmes déguisés se placèrent sur l'impériale;
(i) Celait au prince de Polij/nac que les habitants de (iranville et des côtes voisines étaient redevables de leur aisance. Ils vivaient principalement du produit de la pc • tlie des huîtres; mais les bancs, sur lesquels se trouvent ces lestacées, étaient depuis plusieurs années envahis par les Anglais. Le prince de Polignae, lors de son ambassade à Londres, obtint, non sans dillicuhé, la cessation de cet élat de choses.
itou gardes nationaux montèrent à cheval, ci . dans la crainte que leur proie ne leur échappât, escortèrent In voiture. La ville de Coutances était une de celles qu'il fallait traverser dans le trajet de Granvillo à Saint-Lô. On n'ignorait pas que la population yétah livrée à une très-grande efferves cence. Depuis quelques jours, le sous préfet était en fuite , !<• maire avait donné sa démission , il ne restait dans la ville aucune autorité civile ni militaire On savait de phu que les habitants de cette ville populeuse montraient beaucoup d'exaspération contre lé prince de Polignac, qu'ils accusaient d'avoir organisé 'les incendiés dans les campagne* Lu eflet, pour mieux égarer l'opinion de cette province, on avait fuit circuler de prétendue* Litres iignéee de lui, donnant l'ordre d'incendier telle ferme ou telle chaumière. 11 l'apprit, «lit an, .1 S. nui I„m, de quelques-uns des membres qui for maienl Le 1 onaeildepréfi < ture,< li irgé de l'adminîs trationda département en l'absence du préfet. 11 fui « l < « 1 1 < convena «pion éviterait Coutances, ol qu'on changerait de choraux dan» le faubourg de celte ville
On envoya des ordres en conséquence au maître de poste : cette précaution faillit devenir fatale. Soit trahison , soit indiscrétion , le lieu désigné pour le relais était déjà occupé par un grand concours de peuple au moment de l'arrivée de la voiture. La fouie augmenta en peu d'instants, des cris de mort se firent entendre de toutes parts. Un homme couvert de haillons, et dont la physionomie avait quelque chose d'atroce, s'élança à la portière de la voiture, les manches retroussées et la main armée
d'un couteau. Il cherchait des yeux sa victime
Elle était à ses côtés, le moindre geste, le moindre signe d'effroi pouvait la lui indiquer. La fermeté et la présence d'esprit du prince de Polignac le sauvèrent. 11 regarda tranquillement celui qui voulait l'assassiner, et ne chercha même pas à repousser l'arme qui reposait sur son sein. Ses compagnons imitèrent sa prudence; et le meurtrier, incertain dans son choix , se retira pour prendre des informations plus précises sur celui dont il voulait répandre le sang.
— :;so — L< pendant la multitude se pressait autour tic I.. voilure. Il élnil (jucslion île la renverser, aiin 4e pouvoir > emparer plus sûrement de la personne du pliure Ji: INdi^uae , lorsqu'un individu, u>yant qu'un se hâtait d'atteler les chevaux , g écria : « Coupez les traits, il ne nous échappera pas. »
Le moment é^ail décisif; les chevaux se trou\anl attelés, le postillon sauta sur sa selle, et partit au galop sans s'inquiéter de la foule, ipii s'écarta sur
sou paspagC'