‹ Ham. Aout 1829-novembre 1832Chapitre 40 sur 45 · DEPART POUR LE CHATEAU DE HAM. CUATEAU DE HAM · texte numérisé non relu

DEPART POUR LE CHATEAU DE HAM. CUATEAU DE HAM

On sait que la translation des anciens ministres h Viucennes fut prompte , le procès une fois terminé , et que leur départ pour le château de Ham fut aussi très-rapide. Avant ce départ, une dernière formalité fut remplie au nom de la chambre des pairs. Or, tout le monde connaît la dignité, le courage dont les anciens ministres firent preuve devant la cour des pairs; tout le monde ne sait pas avec quelle fermeté ils accueillirent la sentence qui mettait un terme à ce procès. Voici une lettre , écrite le jour même par le prince do Polignac, où l'on trouve exprimés des sentiments qui, on peut Le dire, étaient ceux de tous ses collègues (t).

(i) Elle fut écrite pendant que M. Caucliv était encore

Maintenant lu chaise de poste, qui emporte vers le château de Ham les derniers ministres de l.i monarchie i ■ roulé: la révolution est satisfaite. Suivons les y un instant. Il y a des détails a donner que te titre senl de cet ouvrage indique, détails qui ne varient point et qui empruntent a une \\< de prison quoique chose de, sa tristesse et dV - . monotonie. Ensuite nous reportai ont un instant nus recardi sur la situation du pays , telle que In révolution Ta faite. Nous avons <l<j.'i parlé dos l \>

oements de juin et de l'état de sié^e. Nous aurons s signaler bien d'autres altérations de l'ancien puritanisme libéral et des ancienne* pi » tentions de M liooaBtC* du parti révolutionnaire. Pour conclusion. nous ;iiir(.i)s à eonironler la situation B( tuelle, la

politique actuelle, arec la situation, arec la poli lique ib's anciens ministres, des prisonniers de Ham.

h Vincenne* el i emplissait supres des trois autres anciens ministres le message dont il était charge. M Cauehjf ra* uni h M \< iimiv Mtts lettre rédigés lia bâts et sens la picinnii inspiration do montent.

Passons d'abord aux détails matériels. L'cxté rieur du château est connu. Tout Paris en a vu la gravure (1). L'intérieur l'est moins.

Après avoir traversé le pont-levis , on se trouve devant la porte qui ouvre sous une assez longue voûte. A droite est le logement du concierge. Le chemin voûté conduit dans la cour principale du château. D'un côté de celle cour se trouvent des logements de commis et des magasins; de l'autre , des magasins et des casernes. Ces bâtiments sont détachés des murs d'enceinte. Vers l'extrémité de ces bâtiments , est placée une ancienne caserne, affectée au logement des ministres. Dans un angle, a gauche, s'élève la tour du connétable qui plane, d'une grande hauteur, sur la prison. Derrière, sont des poudrières, les fortifications que

(i) On sait qu'il fut bâti par le connétable tic Saint- Pôl qui voulut y enfermer Louis XI, et y fut lui-même enfermé pour ses trahisons. Après des siècles, la fidélité subit dans ce même château la p<.'ine jadis infligée au parjure.

l'on a fixé«8 pour le lieu de leurs promenades, et, au L.is (1<- ces fortifications des fossés remplis d'eau, d'où l'exhalenl des miasmes. J'.i- \/ùs oublié ilf dire qu'au milieu de la cour s'élève un arbre dent la rerdure eat presque In seule, i somme nous I expliquerons, qui s'offre jamais ;i la vue des prisonniers. C'est an arbre de la liberté, qui fut planté dans cette cour par Bourdon (de l'Oise .

J'ai décrit l'intérieur du chfiteau de Ham. Il me reste ■< parler du logement nfl'ecté aux quatre an- « ii ii- ministres. Dans la caserne donl j'ai déjà l'ail mention, !<■ prince de Polignac el le comte de Pej ronnel occupent, au premier» deux cellules d<- très moyenne grandeur, donnant sur un corridor. \ • -\ une chambre <|ui sert de salle s mangei ,iu\ quatre anciens ministres. Le comte de Guer non l».tu\ il N- ii M. il- Chantolause habitent deux autres cellules au rei de-chaussée. Comme le bâtiment est presque entièrement entouré de rem i u tei n . - élevant s la hauloui du premk i

étage, et à deux ou trois toises seulement des murs de la caserne, il en résulte une humidité extrême, surtout pour le rez-de-chaussée. Or, d'après tous les règlements en vigueur, et même la loi de l'an dernier, comme on l'a fait observer dans un journal, les anciens ministres devraient avoir le fort pour prison. Il n'en est point ainsi, et les chambres à coucher de MM. de Chante! auze et de Guernon-Ranvillc restent dans une triste obscurité pendant la journée presqu'enlière. C'est à peine si quelques rayons de soleil y pénètrent par moments.

Quant au régime de la prison, il est ainsi r^glé. Les gens de service entrent à sept heures du matin. Les anciens ministres peuvent alors communiquer entre eux , mais il ne leur est permis de recevoir personne. Ce n'est que de midi a cinq heures que les visiteurs autorises sont admis. Or, les autorisations requises sont individuelles, et doivent être délivrées par les ministres de la guerre et de l'intérieur. 11 faut ensuite le visa du commissaire de police de llam el du commandanl du château,

< i ce visa, delà pari du premier, est-il encore Boa- 1 1 » î — à un renouvellement de In même formalité à chaque ik»u\ tllc visite, roui- compléter rensemblë il. o > nu — f i ; • --.(jn il ait Laulile de qualifier; et qu'il

•«u Hit (1 exposer lidèlemen t. les \ îsi leurs d'un dc-.in

< icn> u î i 1 1 i -L i « ifl u « «nt aucun rapport avec set collé gués; de sorte qu'on ami commun sciait dans la

■ ■ --du- <lc se procurer quatre autorisations près des quatre prisonniers de liam.

Les anciens ministres dînent II six beoresi II-

sont toujours BOult à lablc; ils ne peinent J lier eoir ni leurs amis ni leurs ramilles. On rile une

leule dérogation à cette rè^lc d'après une pennii non expresse renne de Paris* el encore cette per missiofl ne s'étendait ello'qu'à un seul des quatre ministres, Il dul dîner à»us sa - bsmbre seul avec L'ami ri i orin de < ' lie autorisation extraordinaire. Ce iin i,i. i connaissail parfaitement les trois autres prisonniers de II. un. était mène très lié arec l'un d'entre eux; mais, l'après la permission, un seul lui était i l'iinu.

Les anciens ministres ne jouissent pas plus de la

liberté de la promenade que delà liberté des repas.

Une courtine de trente à quarante toises, sans abri, est le seul endroit où il leur soit permis de prendre quelque exercice. Il y a pour cela des heures invariablement fixées, qu'on ne change jamais d'après aucune considération. Le vent, la pluie, te soleil, n'entrent pour rien dans les règlements de la citadelle. Le matin , de sept à huit heures, le soir de cinq a six, il doit toujours faire beau pour les prisonniers de Ham (1) ; et, sur la courtine, qui est

très-étevée se trouvent quatre factionnaires placés a chaque extrémité, l'un à droite, l'autre à gauche, non pas pour les garder, je pense, mais pour leur rappeler qu'ils ne sont point libres, s'ils pouvaient l'oublier. Deux geôliers, postés sur des tours voisines, complètent le tableau de cette promenade , et en forment presque toute la perspective. Comme

(i) C'est le régime d'éle. L'hiver, la promenade est de dix heures à midi.

ickbu ministres De peuvent s'avancer jusqu'au bout d'aucune des deux extrémités de l'étroite plate-formr qui leur sert de promenade, ils ne voient absolument qu'une demi-lune du fort, el quelques arbres dont elle esl entourée; il> découvrenl .m>->i le cimetière de la petite rille de flsm. I d pas de plus, ce serait au moins la liberté de la \ D£ ; , eUe-la aussi leur esl refusée, même du haut d'un rempart, de de six surveillants.

Eh bien, quoique lasse la révolution, quelques rigueurs qu'elle invente pour assimiler ses prison niersk des prisonniers d'état, elle m le peut. & rigueurs même monirenl bien «pu ses passions seules ti Durent ici a se satisfaire, el <pi<- la justice i M pour rien* Ce qu'il y i il»' pénible pour La

révolution, << n'»si point d'avoir violé toutes les

lois, pour mettre les anciens ministres su fort de II, un; qu'importes! les lois s la révolution? Que de» MT\ii< ni s de i.i monarchie en suspendent l'en < ut nui, d'après an clause tonnelle renfermée dans la constitutioni ce sonl d< grands coupables. Mail

elle, n'a-t-elle pas le droit de se substituer aux lois; et, plutôt que de ne pas jouir de l'état de siège dans l'Ouest, ne l'approuvera-t-elle pas contre elle-même à Paris? Ce qui lui est pénible donc, c'est la dignité, l'urbanité, l'air de bonne compagnie, si l'on peut dire, avec lesquels les anciens ministres accueillent les mesquines rigueurs qu'elle leur inflige. Elle croyait les transformer en criminels, et leur donner l'apparence des remords a force d'ennuis; pauvre révolution ! Entrez-vous chez le prince de Polignac, chez le comte de Peyronnet, chez M. de Chnntelauze, chez le comte de Guernon-ilanville, c'est le même sourire d'autrefois, la même bienveillance. «Allons, geôlier, introduis-moi dans » ces cellules des derniers serviteurs de la monar- » chie. Ne vois- tu pas que tu es plus honoré d'ar- » river jusqu'à eux, que les huissiers de nos minis- » tères ne le sont d'approcher de nos quasi-minis- »tres? Tu ne diras jamais toi : M. le ministre, 9 M. Dcutz ! »

Vantez-nous donc une révolulion où 1rs geôliers

— uo — sont devenu les laquais de la Loniie compagnie, eu les laquais ne peuvent s'empêcher de réagir des noms qu'il leur faut annoncer chez les premiers dignitaire* de- l'ctat !

l.i- iiiici<ii> iiiini>tr«> s'occupent avec assiduité: ils lisent, ils écrivent, ils dessinent même; ils demandent à la littérature et aux arts ces doncrs i oiiMihtions qu'ils ne refusent jamais. J'ai entendu parler d'une allégorie touchante, ti par un crayon auquel la captivité seule I ensci-

n< un laltiii iiniMc.iii. Cotte allégorie rpprflinairi

Iu'In « -|i«"-iic-. 11 en »st deux battus par la tem-

iin iroisièBM . jeune ej vigouroiK, par. ni

s'élaaear de Lcftepowk bcaior LotetftéMt,

< lu/, lot anesene, étaient répuAéi Mcrét, ai eau .lait-ut dei oracles. <>n m noui empêchera pas d< rei les deux premiers, <l d'esperor dans l< > l«r ii mi .

Noui noua llattona que l'avenir oc lera |"'ini

l"i^' des iiiédilatiuue du couil» de Gucmou-

Fianville et de M. de Ghantelauze. Il onl beaucoup vu, ils peuvent beaucoup raconter, et leur jugement si sain, leur raison si élevée, ne pourront que jeter de nouvelles et vives lumières sur une restauration à laquelle ses plus grands ennemis seront bientôt forcés de rendre une pleine et entière justice.

M. le comte de Peyronnet publie , comme on sait, des articles très-remarquables dans le Rénovateur. Personne n'a mieux que lui établi C inconséquence en matière de révolution. Personne n'a mieux parlé des libertés locales.

La brochure du prince de Polignac, sous le titre de Considérations politiques sur C époque actuelle, offre cette dignité, et en même temps cette simplicité de style qui conviennent à l'ancien dépositaire d une si grande puissance. Le dernier président du conseil de la restauration y traite des affaires politiques, des attaques mêmes dont il a été l'objet, et auxquelles il répond avec* une haute impartialité

cl une modération vraiment parlementaire : 11 y a là un exemple pour nos dépotés de la révolntion. No* roisins , excellents juges de ce qu'on pourrait appeler les convenances politiqaes , on! très-bien apprécié ce mérite tout particulier de la brochure du prince <!•' Pob'gnab, comme Us <>nt reconnu la force de ses raisonnements, el Ba juste appréciation dr la -it nation où la monarchie était placée m juillet i85o. Certes, la suffrage de la Quartêrij /«'< vinr est un suffrage imposant en Angleterre , et même en France ( i ).

1 i -i ainsi que l'opinion, comme cette lance fa meusequi guérissait les blessures qu'elle avait faites, rient en aide aux derniers ministres de la monarchie, ainsi, les préventions, qui s'étaient èl<

eoiniiii «1rs \ ,1-u, -s lui i.iim>, lu ml., Mil cl sV-couleol (fprés la grande tempête <!<■ juillet. C'est que maintenant doui avons pu comparer la monarchie et la révolution. Voilà bientôt trois ans qu'elle existe. H ne

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s'agit pas seulement d'examiner ce qu'elle a fait pour le pays : la misère des classes laborieuses et la perpétuité des budgets de 1 5oo millions sont là pour ré pondre ; nous verrons aussi ce qu'elle a fait pour elle-même, et dans quelle situation politique elle est aujourd'hui placée. Nous chercherons si Holy-Rood, Blaye, Ham, ne sont pas les seuls résultats qu'elle ait obtenus.

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