‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 100 sur 138 · SIÈGE DE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE

Nous allons citer pour le récit de ce siège, Enguerrand de Monstrelet, qui dans le volume 2, f° 98 B, édition in-f**, nous raconte ainsi « Comment les Français prindrent la ville de Ham » sur Somme en Vermandois , que tenaient les gens de messire » Jean de Luxembourg, comte de Ligney, et la rendirent* les

(1) Mém, de Pierre de Fénin, éd. Michaud, t. ii. p. 622.

SIÈGES DE HàM i79

» habitants, pour ce que leur garnison sachant la venue d'iceux » françois s'estoient partis d'eux , et les laissèrent en danger. » En la quelle ville vindrent le comte de Richemont, connes- » table de France, le bastard d'Orléans, La Hire et plusieurs f» autres capitaines et avec eux grand nombre de combattants. » Pour laquelle prise le pays de Vermandois, Artois, Cambresis » et plusieurs autres marches d'environ furent en très-grand » double, voyant iceux leurs ennemis estre logez en fort lieu sur le passage de Teaûe ; et aussi sachant leur prince être hors » du pays. Néantmoins les comtes de Saint-Pol , d'Estampes , » de Ligney tinrent grande diligence d'assembler gens , pour » résister aux entreprises des François : mais pendant le temps » que ces assemblées se faisaient, se commencèrent aucuns » traités entre les parties: lesquels en conclusion vinrent à » bonne fin , ce moyennant certaine somme d'argent , montant » à quarante mille escus qu'eurent les François , rendirent » icelle ville de Ham en le main de messire Jean de Luxem- » bourg, à qui elle estoit. Et la cause pour quoi les dits traités » furent conduits en douceur, si fut l'espérance de venir à paix » finale entre le roi Charles de France et le duc de Bourgogne; » car déjà on avait plusieurs moyens commencés entre les par- » ties. Avec laquelle ville de Ham rendirent le fort de Breteuil » en la main dudit comte d'Estampes , que Blanchefort avait » tenu longtemps »

OCCUPATIONS DE i 475 ET 1477.

Après l'exécution du connétable, le 10 décembre 1475 (1), tous ses biens furent confisqués et le roi remit au duc de Bourgogne les villes de Saint-Quentin , Bohain et Ham , avec toutes les richesses que le premier officier de la couronne avait amassées dans le château de Ham ; c'était le prix du sang.

La ville de Ham resta au pouvoir des Bourguignons jusqu'à

(1) Voir, dans le chapitre xxvi, lafin tragique de Louis de Liixenir bourg, seigneur de Ham.

i80 CHAPITRE XVII

la mort de ChaHes-le-Téméraire; mais, à la première uouvelle de ]a défaite et de la fin malheureuse de ce prince, le 5 janvier 1477, Louis XI ne songea qu*à reprendre les fiefs qui relevaient de la monarchie française et que le duc occupait par suite de la trêve conclue avec lui; il se hâta donc d'envoyer le Bâtard de Bourbon et Philippe de Commines en Picardie, avec des troupes nombreuses et des canons, afin de faire rentrer dans ses mains, soit par force , soit par composition , les villes situées sur la Somme et plusieurs places fortes des provinces de Flandre et d'Artois. Ceux-ci obtinrent de Guillaume Bische, qui commandait les places de Péronne, Ham et Bohain (4) , la remise des deux dernières de ces villes. Quant à Péronne, Guillaume vint lui-même au-devant du roi Louis XI , qui s'approchait de cette place pour la remettre en son obéissance , ce dont le roi fut fort joyeux (2).

SIÉGB DE 15^7.

Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis la prise de Saint-Quentin par les forces réunies du roi d'Espagne Philippe II et de Philibert Emmanuel , que les Espagnols se présentaient devant la ville de Ham. A l'approche de l'ennemi , les maisons des faubourgs furent incendiées et les habitants se retirèrent dans le château (3).

La Cour avait donné Tordre de brûler la ville, mais il était trop tard lorsque la place put été cernée. M. de Neverâ envoya de Laon au secours du gouverneur Scepois , qui occupait le château avec trois ou quatre cents gens de pied , un chevalier sage et bien instruit, le capitaine de Heilly (4). Celui-ci, malgré les lignes ennemies qui enveloppaient la place, pénétra avec bonheur dans la ville, après avoir passé sur le ventre de quelques ennemis qui voulaient l'arrêter.

(1) Hist. de Louis Xf, par Varillas, 1689. t. ii. p. 208.

(2) Mémoires de Philippe de Commines, liv. v, chap. xiu.

(3) Comm. de F. de Rabutin , éd. Michand, t. vu, p. 568.

(4) De Pisseleu, seigneur de Heilly (Sorame).

SitGES DE HÀM 481

D*HeiIly essaya de disputer le terrain d'approche du château aux Espagnols , mais il fut repoussé entre ses quatre petits bastions que les canons espagnols de gros calibre et tirant à courte portée eurent réduits en poudre après une canonnade de quatre jours. Les assiégés, resserrés dans le château, manquaient de place pour creuser des fossés derrière les bastions et s*y retrancher; aussi, après avoir « soutenu près de 1,500 canonnades » continues qui firent brèche raisonnable tant à la grosse tour » qu'à la courtine , y estant les murailles à sec , sans remparts » ni bastions, ils se rendirent au roi d'Espagne le 12 septembre » 1557(1). »

Philippe II séjourna à Ham avec son armée pendant plusieurs semaines. C'est de là qu'il envoya occuper les villes de Noyon et de Chauny. Pendant son séjour à Ham il fil faire plusieurs ouvrages en terre (2) et continuer « les deux forts boleverts que les » François avoient commencé à dresser et que les Espagnols » achevèrent et ils en firent un troisième en toute diligence, où » le roi d'Espagne assistoit le plus du temps , ne cessant point » tant qu'ils furent achevés. En parachevant cette fortification, » Philippe II se proposait de rendre la ville de Ham , l'une » des plus fortes places de guerre de la frontière , et devant » prêter secours et appui à la ville de Saint-Quentin qu'il vou- » lait aussi rendre inexpugnable, afin de pouvoir entrer de ses )) Pays-Bas, par ces villes , dans le royaume de France quand » bon lui semblerait (3). »

Ce fut pendant le séjour à Ham du roi d'Espagne, que le prince de Savoie, ayant découvert dans le chartrier du château un grand nombre de titres relatifs aux plus illustres maisons de Picardie, aux comtés de Ponthieu, de Boulogne etc., fit transporter en Flandre ce précieux trésor, dont le roi Louis XIV ne recouvra qu'une partie à la prise de la ville de Lille.

(1) HUtoire de France par La Po^elinière, liv. iv, f> 109 et 110.

(2) Àrch. de rHdtel-de-YUle de NoyoD.

[3] Comm, de F. de Rabutin, éd. Micfaaud, t. tu, p. 572.

<82 CHAPITRE XVil

Ham resta au pouvoir des Espagnols jusqu'à la paix du Cateau-Cambresis. Par rarticle xx de ce traité, elle fit retour à la France et fut remise, le 20 décembre 1559, dans les mains de François de Blecourt, sieur de Bethencourt et de Neuville, conseiller et maître d'hôtel ordinaire de Antoine de Bourbon, roi de Navarre , à qui ce domaine appartenait.

Page 1