DIVERSES ENTREPRISES SUR HAM
En 1591 , pendant le siège de Noyon par Henri IV, les ligueurs occupaient la ville de Ham.
Le duc d'Âumale ayant quitté le 7 août le château de Ham avec 400 ou 500 chevaux pour attaquer Henri IV au camp devant Noyon, fut ramené battu par les chevau-légers du roi jusqu'aux portes de Ham , où il rentra avec perte. Voici comment Henri IV racontait cette escarmouche dans une lettre écrite au camp devant Noyon, le7 août 1591, à M. le duc de Nevers (1).
« Le duc de Mayenne avait envoyé à Ham quatre ou cinq » cents chevaux commandés par le duc d'Aumale , lesquels » étant venus ce matin (7 août 1591 ) lever le logis de mes che- » vau-légers , suivis des seigneurs de Lannoy et de TArgerye » avec leurs compagnies , les ont menés battants jusqu'aux » portes de Ham , où les ennemis ont perdu plusieurs de leurs » capitaines et gens d'armes. Si le duc d'Aumale y était, il a » eu peu de puissance pour retenir ses gens , lesquels se sont » retirés à l'accoutumée »
Les Mémoires des troubles de Sentis, par Vaultier, nous apprennent que Henri IV tenta, le 24 décembre 1594, une surprise sur Ham dont il espérait s'emparer à la faveur des glaces, et que n'ayant pas réussi , il passa à Senlis les fêtes de Noël (2). Les lettres missives de Henri IV nous apprennent en effet que ce prince était à Senlis les 25 et 26 décembre 1594.
(1) Lettres missives de Henri IV, t. m, p> ^^*
(2) Dom Grenier, paquet 4, art. 4, p. 41.
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C'est en revenant de celte ville qu'il fut expose, le 27 décembre, au couteau de Jean Chaste!.
SIËGE DE 1595.
Loys de Moy de Gomeron, de Tancienne famille des seigneurs de Moy (Aisne), était gouverneur de Ham depuis 1590, lorsque Christian de Savigny, de Rônes , maréchal de camp dans l'armée espagnole , passa près de Ham en 1595 avec trois mille hommes de pied et quatre canons , pour aller ravitailler Lafère. De Rônes , s' étant détourné pour visiter Gomeron , lui promit que, s'il consentait à recevoir dans lu ville et dans le château une garnison espagnole, le comte de Fuentès lui ferait une composition très-avantageuse , qu'il lui donnerait 20,000 écus argent comptant, 8,000 écus de pension et le titre de gouverneur de Ham à perpétuité; enfin, que tous les arrérages des appointements qui lui étaient dûs lui seraient intégralement payés ; de Gomeron, qui était très-intéressé , séduit par ces belles promesses , convint de recevoir dans la ville et dans le château telle garnison que les Espagnols consentiraient à y mettre. Ceccho de Sangré vint pour cet effet avec 800 napolitains, 200 wallons et 400 hommes d'infanterie allemande. De Gomeron les reçut dans la ville, mais il leur refusa l'entrée du château, craignant que s'ils se rendaient les plus forts dans cette place, ils n'entreprissent de l'en chasser (1) Après plusieurs messages pour dissiper cette méfiance, dom Âlvar Ozorio, gouverneur de Lafère , persuada à de Gomeron de se rendre en Flandre, afin d'y recevoir la somme d'argent qu'on lui avait promise et de prendre toutes lés sûretés nécessaires pour conserver son gouvernement de Ham; celui-ci ayant donc confié la garde du château de Ham à son beau-frère et à sa femme (2) , partit pour conférer
^i) Bât. deê guerres dvUes par Davila, liv. xv, p. 5.
2; Darila , de Thon , Pierre Mathieu disent que Gomeron laissa le château sous la garde de sa mère ; nous avons écrit avec Palma Cayei (Chronotogie novenaire, édil. Michaud, t. xii, p. 6G7), M femme.
avec le comte de Fuentès. Arrivé à Bruxelles, de Gomeron fut retenu prisonnier par le général espagnol , qui dépêcha Frias vers M"® de Gomeron et son beau-frère , restés gardiens de la ville et du château de Ham , avec des menaces dignes de l'inhumanité espagnole , c'est-à-dire que s'ils refusaient de recevoir dans le fort la garnison espagnole , il leur enverrait la tête de Gomeron.
D'Orvillers; resté maître du château, négocia encore pendant quelque temps, tantôt avec l'Espagnol , tantôt avec Amy , seigneur royaliste qui commandait Roye; mais ce dernier ayant proposé des conditions plus avantageuses, d'Orvillers consentit à donner passage à l'armée française par les fossés de la citadelle et sa lui faciliter ainsi les moyens de reprendre la ville occupée par les Espagnols. Le maréchal de Bouillon, qui commandait l'armée royaliste , hésita longtemps à adopter ce projet et à mettre une partie de ses soldats à la merci d'un homme qui pouvait assomer tout ce qui entrerait dans le château ; mais , après en avoir conféré avec le comte de Saint-Paul , et sur l'assurance donnée par Vitertaont d'Humières, alors (4) prisonnier dans le fort de Ham, que d'Orvillers était de bonne foi , on résolut de tenter l'aventure. I>ans ce but le maréchal se rapprocha de la place de Ham , et vint camper, avec le corps
Voici pourquoi : un contrai de mariage tiré des archives de Moy nous apprend que Loys de Moy, seigneur de Gomeron , Vf* de Billy, S*" de Tordre du roy, gouyerneur de Ham en 1^94, était fils de François de Moy de Termes ; qu*il arait un beau-frére, trois frères, une femme, nommée Claire d'Amerval, et une fille Charlotte qu'il a mariée, le 16 ayril 1594, avec Isaac de Sorel , seigneur et gouverneur de Chauny. Il n*est pas question d'autres enfants. Dans le contrat on voit comparaître non pas la mère, mais la femme de Loys de Gomeron , son beau-frére Antoine de la Viefyille, seigneur d'Orvillers , dont il sera question si souvent dans le siège de Ham de 1595, et les trois frères de Loys de Moy: 1° Nicolas de Moy, seigneur de Riberpré ; — 2' François de Moy, seigneur de Richebourg; — 3<> Charles de Moy, seigneur de Boission.
(i) Hist. de J.-A. de Thou, t. viii. p. 573.
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d'armée qu*il commandait, à Flavy-le-Martel , distant de deux iieues.
L'approche de Tarmée française inspira des soupçons aux Espagnols qui occupaient Ham. Aussi les vit on élever dans la ville, du côté du château, quatre barricades formées de tonneaux remplis de terre. La première , à la porte Noyon, — la seconde à la rue de TËsplanade, — la troisième à la porte Ghauny, — la quatrième au carrefour de la grande rue. — Outre cela, ils firent pratiquer des meurtrières dans les jardins des maisons donnant sur TËsplanade et placèrent des arquebusiers jusques dans les greniers des habitations qui dominaient les glacis , de manière à pouvoir tirer sur tous les soldats qui sortiraient de la citadelle. Il devenait donc difficile d'introduire ouvertement Tarmée française dans le château de Ham ; aussi , on tenta de le faire par surprise, et, dans la nuit du 19 au 20 juin 1595, un premier corps d'arquebusiers de l'armée française , commandé par d'Estourmel de Plain ville (1 ) , s'avança du côté de la maladrerie, vers la partie de la citadelle qui donne sur la campagne ; après avoir échangé quelques arquebusades avec les avantpostes espagnols , il entpa heureusement dans le bastion , en se coulant le long des murs vers une porte condamnée depuis longtemps, d'où il pénétra dans la citadelle. De Plainville y entra le premier, puis d'Humières, François d'Avorton , sieur de Belin, et le duc de Bouillon.
Après avoir tenu conseil, les royalistes résolurent d'assaillir la ville à la fois par trois endroits ; les troupes étant partagées en autant de colonnes. La première, composée de cent arquebusiers et de trente cavaliers , sous les ordres de Marin et de Plainville , devait attaquer la barricade de la porte de Chauny.
(2) De PlainyiUe (Antoine d'Kstournnel) sortait de l'iUustre maison d'Estourmel ; fils de Jean d'Estourmel-Surville, il était deyenn, par sa mère, seigneur de PlainyiUe, dont il ayait pris le nom. Ce seigneur ayait été député de la noblesse du gouyernement général de Péronne , Montdidier et Roye aux Etats-généraux tenus à BJois en 1588 (Notice tur la maison d'Estourmel, par M. de Cagny, p. 55.)
Du Cluseau , gouverneur de Noyon , avec le régiment de Picardie et les soldats de La Croix, s'élancerait vers la porte de Noyon. Le duc de Bouillon, ainsi que d*Humières, Bdin, de la Boissière, d*Haraucourt, le vidame d'Amiens et de Thoix se tiendraient derrière la contrescarpe avec le reste des troupes. Le trompette envoyé par d'Humières à Ceccho de Sangré pour le sommer d'évacuer la ville, ayant rapporté la fière réponse de celui-ci, le signal de l'attaque fut aussitôt donné.
Les troupes débouchant par une issue communiquant avec les casemates, s'élancèrent résolument contre les barricades espagnoles. Le combat fut sanglant et opiniâtre. De chaque côté se trouvaient de vieux soldats pleins d'expérience et de bravoure qui soutinrent bravement le choc ; mais après quatre heures de combat, les chances étaient bien différentes.
A la barricade de la porte de Ghauny, à droite, nos troupes repoussées avec perte , à deux reprises différentes , par Baltliasar Caracciolo , qui s'y trouvait à la tête de deux cents piquiers, étaient soutenues par les gardes de Saint-Pol et de d'Humières , que commandaient Dampierre et de Bayencourt.
L'attaque de la porte de Noyon , à gauche , avait été plus heureuse, et de Sangré, qui commandait les Espagnols, dangereusemont blessé de deux coups de pique.
Lorsque nous venions de mettre l'ennemi en échec, le capitaine espagnol faisant mettre le feu aux maisons de ce quartier contraignit nos soldats de reculer. Dans ce moment d'Humières (4), qui se trouvait sans casque, courant de rang en rang pour
1) Quelques auteurs ont confondu Charles d'Humières. tué à Hum d'un coup de mousquet, avec Louis de Crevans II, vicomte de Briguttil , marquis d'Humières. Charles d'Humières, dont il est ici question, iviit épousé le 28 juillet 1585 (a) Madeleine d'Ongoies, tandis que l«uuit d'Humières, gouverneur de Haro, et de Compiègne un peu plus tard , niirié en 1598 à Jacqueline d'Humières ,décéda , dans sa Itrre d'Aïay. le 2 novembre 1648 , à l'ége de 83 ans [b\
a' HimI. |r<^nër. du père Anselme, tome viii, page 280 s.
^\ ii M » tome T, page 768 k.