‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 102 sur 138 · SIÈGES DE HAM · texte numérisé non relu

SIÈGES DE HAM

ranimer les troupes, reçut à la tôteun coup de mousquet (tiré du cloeher Saint-Martin) qui retendit roide mort. Un historien rapporte que d'Humières perdit la vie en sauvant celle du maréchal de Bouillon ; « car voyant celui-ci sans habillement » de tête dans la rue, où les mousquetades pleuvaient d& » tous côtés sur sa troupe, il tira sa salade et en arma le mare- » chai, en disant qu'il fallait bien qu'il eût le visage découvert )» pour être reconnu et ordonner ce qui estoit à faire (1). »

La flamme se communiquait vers la porte Chauny , contre laquelle on braqua des bâtardes, et de Bouillon étant survenu avec les troupes fraîches qu'il tenait en réserve près du fort, derrière la contrescarpe , de Plainville et Marin forcèrent la barricade; la porte fut enfoncée et le comte de St-Pol entra dans la ville avec le reste de l'armée. Alors les Espagnols forcés de toutes parts se retirèrent en bon ordre vers le faubourg Saint- Sulpice, sans jamais tourner le dos. Ils combattirent jusqu'à la nuit , mais le secours qu'ils espéraient du comte de Fuentès ne paraissant pas , ils haussèrent leurs piques , demandant quartier; les soldats, fort irrités de la mort de d'Humières, poursuivirent leur victoire sans faire quartier et ils les auraient tous passés au fil de l'épée si le désir de racheter Gomeron ne les eût engagés à faire des prisonniers. L'ennemi perdit 800 hommes, Sully dit 1,000 à 1,200 (2).

La ville fut livrée au pillage du consentement des généraux français, c'est ainsi qu'on récompensait alors le soldat.

L'armée française eût à déplorer la perte de 25 à 30 braves gentilshommes qui perdirent la vie dans cette sanglante journée. Nous citerons le maistre de camp du Cluseau, gouverneur de Noyon , de La Croix , Bayencourt , Desmazières, François des Fossés, capitaine commandant des châteaux de Bohain et de Beaurevoir (3) , qui fut tué d'un coup de pertuisane dans

(1) Hist, de F. once, Henri IV, par Dupleix, l, iv, p. 175. i2) OEconomiei royales de Sully, éd. Michaud, t. ii, p. 195. (3; La Picardie, vtr 10, oClob. 1862, p. 462.

le ventre par don Chiëgue , colonel des troupes espagnoles , et Charles d'Humières , gouverneur de Compiègne pendant la ligue et lieutenant du roi en Picardie. Les regrets du roi furent d'autant plus légitimes que ce capitaine était le plus dévoué parmi les siens.

Le comte de Fuentès, sur la nouvelle de Tattaque dont était menacée la garnison espagnole avait laissé devant le Câtelet le duc de Pastrana et s'était mis en marche pour secourir les siens , mais il n'arriva que le lendemain du combat; à une lieue des murs de Ham, il apprit leur défaite, et n'étant pas en force pour reprendre la ville sur les Français il retourna continuer le siège duCatelet (1}.

Le maréchal, maître de la ville, y laissa deSaisseval et de Plainville (1 ) avec une garnison sufiSsante et il remit entre les mains do d'Orvillers : Ceccho de Sangré, Balthazar Caracciolo, Alexandre Brancaccio, de Fabii, de Nimpha, capitaines espagnols et italiens, pour être garants de la vie de Loys de Gomeron et de ses frères , dans les mains de Fuentès. Mais les choses prirent une tournure bien différente; les prisonniers, ayant gagné en secret un napolitain qui, en qualité d'écuyer de Gomeron, habitait le château, se rendirent maîlres de la porte du fort, qu'ils fermèrent ; puis, s'élaut dirigés vers la chambre du gouverneur pour le tuer, ils le trouvèrent en défense Pendant le combat furieux qui s'engagea, les Espagnols, voyant que les officiers français, logés dans la ville, accouraient à la tête de leurs soldats au secours du gouverneur , avec des échelles et des pétards (2), convinrent avec d'Ôrvillers qu'il leur ouvrirait la porte du fort donnant sur la campagne pour s'enfuir, et que, moyennant cette condition, il demeurerait comme auparavant maître du château. C'est ce qui eut lieu ; mais par l'évasion des prisonniers , Gomeron et ses frères restèrent abandonnés à la discrétion des Espagnols, aussi la dame

(1) Histoire den guerres civiles de France, par Dayila, t. 3, 1. xv, p. 8.

(2) L'hisi. de J.-A. de Thoa, liv. cxii, t. vni, p. 582.

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de Gomeron , pour sauver la vie de son mari , continua de supplier son beau-frère de consentir à livrer la citadelle aux Espagnols et dans Tespoir que la présence de Fuentès, à la lôte d'une armée sous les murs du fort, influerait sur sa détermination, elle fit secrètement dire à celui-ci de venir, qu*on lui livrerait les portes du château. Sur cet avis , le général espagnol se mit en marche, après la prise du Câtelet, et s'achemina versHam; mais lorsqu'il arriva sur les hauteurs d'Estouilly, en vue du château, d'Orvillers était plus irrésolu que jamais, et ce fut en vain que Fuentès montra aux soldats de la garnison française leur ancien gouverneur, promettant de lui rendre son gouvernement s'ils lui livraient le fort , et jurant de lui faire trancher la tête aux yeux de toute l'armée s'ils refusaient.

D'Orvillers se trouva alors dans la plus cruelle situation. Il était d'un côté touché de compassion pour son beau-frère, de l'autre retenu par les engagements et les faits accomplis ; aussi, incapable de prendre un parti dans une circonstance si délicate, il partit secrètement pour Roye, abandonnant la citadelle à Saisseval qui commandait les troupes françaises dans la ville de Ham. Le nouveau commandant, à peine entré dans le château avec 200 soldats (1) , n'eût rien de plus pressé que de faire tirer le canon sur les troupes de Fuenlès, Celui-ci, étonné de cette réception, irrité de se voir ainsi dupé, fit, sans examiner la cause de ce changement, décapiter en vue du château , suivant les historiens, pendre , suivant la tradition du pays , l'infortuné Loys de Moy de Gomeron, à un arbre qui a conservé depuis le nom de V Arbre Gomeron, donnant ainsi à ce gouverneur infidèle la récompense que méritaient son avarice et sa trahison envers son pays.

Il n^y a pas un siècle que cet orme historique existait encore sur le terroir d'Estouilly, à la jonction des^chemios de cette commune et de Pithon vers Villers-St-Cristophe. Il a malheureu-

[i] Hisl. des luerres civHeif par Davila, t. 3, liv. xv, p. 9.

L ARBRE GOMEROIV.

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