‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 110 sur 138 · LÀ FÊTB DU PRINCE DES SOTS · texte numérisé non relu

LÀ FÊTB DU PRINCE DES SOTS

Nos vieux chroniqueurs sont pleins de gais détails sur ce genre de solennité qui durait plusieurs jours et plusieurs nuits, d'où s'en suyvaient, disent-ils, beaucoup de débauchements , noises, folies, et autres choses mal sonantes^ et telles que les estrangers qui venoient ès-jours en la ville, le cuidoient ou estimoient que les manans d'icelle estoient tous devenus fols et rentrez en sottie

Un autre dit que les convives, après s'être échauffés par le vin , fesoient beaucoup de joyeusete's. Nous le croyons sans peine, nous savons par tradition que nos ayeux, qui du reste avaient beaucoup de vertus, n'avaient pas celle de la tempérance.

Une lettre de M. Brochard de Breuil , conseiller au parle-

(i) Voir VHist, du eapuciiif au chap. xxviii.

ment de Paris, exilé à Ham en 4774 , adressée au Mercure de France, nous a transmis une curieuse relation delà Fête du prince des sots (1). « Il étoit d'usage d*élire à Ham, parmi les » rieurs et les viveurs de cette ville, un prince, quali6é de » Prince des sots. Ce prince fofmoit sa compagnie de tous ceux » de son espèce et il avoit pour marques de sa dignité un habit » tel qu'on peint celui de Momus et un bonnet semblable, le » tout garni de grelots, et pour sceptre une marotte aussi sem- » blable à -celle de ce Dieu de la raillerie. Les membres dé sa » compagnie n'a voient pas d'uniforme, mais des babils de mas- » que de fantaisie ; ils étaient divisés en infanterie et en cava- » lerie. Les cavaliers avoient pour montures des chevaux d'osiers, » ou pour mieux dire, des tissus d'osiers ayant la forme supé- » rieure d'un cheval percé par le milieu à l'endroit de la seiie » pour la place du cavalier ; la partie inférieure étoit cachée » par le caparaçon qui empêchoit qu'on vît le défaut de jambes » du cheval , et celles de l'homme qui le faisait mouvoir. L'en- » seigne de cette troupe étoit un drapeau semé de croissants » avec des marottes de Momus en sautoir.

» Ce prince des sots et sa troupe étoient en possession (sur- » tout dans les temps du carnaval] , de s'assembler et de faire, :» soit aux passants, soit aux habitants qui n'étoient pas de leur » ordre, toutes les singeries et niches dont ils pouvoient s'avi- » ser, notamment pendant les trois derniers jours gras et les » jours de marché.

» Le prince partageoit sa compagnie en différentes escouades, » dont trois se tenoient aux portes de la ville ; le chef de l'es- » couade, ayant en main une marotte composée de chiffons » noircis à la cheminée ou au four. Chaque femme, qui alloit » au marché, étoit obligée de baiser cette marotte noircie, qu'ils » appeloient saint Souffrant, ou de mettre dans un bassin » quelques pièces de monnaie. Si quelque vieille fille ou veuve

(1) Introduction à V histoire de Picardie par dom Grenier, publiée par la Soc. des Antiquaires de Picardie 1856, p. 367.

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