‹ HamletChapitre 24 sur 84 · SCÈNE XTX · texte numérisé non relu

SCÈNE XTX

Hamlet {seul).

Du ciel noble milice !

Céleste essaim ! ô terre ! essence protectrice ! Dois-je ajouter l'enfer? ... fi ! calme-toi mon cœur ! Vous mes muscles, mes nerfs gardez votre vigueur, Et n'allez pas vieillir en un jour des années. Mais sachez soutenir ferme mes destinées. Me souvenir de toi ! pauvre spectre ambulant ! Oh ! oui, me souviendrai de ton asfiect dolent, Tant que dans mon cerveau trônera la mémoire. Les archives du cœur, les beaux rêves de gloire, Les formes, les pensers, et les subtils travaux Des livres dérivés, dans le miel du repos,

Feux follets de l'esprit, du cœur, de la jeunesse,

Que thésaurise l'homme et sans cesse, et sans cesse.

Tout cela fera place à ton ordre formel.

Me souviendrai de toi, j'en atteste le ciel !

A nulle autre pareille oh î femme abominable !

O satané gredin ! scélérat ! misérable !

H est bon que j'inscrive ici sur mon carnet

Qu'un scélérat sourit et papillonne et plaît ;

En Danemarck au moins on voit par tels scandales

De l'inceste au vil jeu gagner les martingales !

(// écrit.)

SCËNE XX.

Hamlet, Horace, Marcellus.

Horace {dam la coulisse.) Monseigneur ! Monseigneur !

Marcellus {dans la coulisse).

Seigneur ! Seigneur Hamlet !

Horace {dans la coulisse).

Que le ciel le protège ! . . .

Ainsi qu'il en soit fait !

Horace {dans la coulisse).

Hé Monseigneur ! Holà ! . . .

MarcellUvS {dans la coulisse).

Du ciel de la voussure Eh ! mon faucon, viens donc à ma voix d'aventure !

{Horace et Marcellus entrent en scène.)

Marcellus.

Comment gouvernez-vous les choses en ces lieux Seigneur !

Horace.

Quoi de nouveau Seigneur ?

Du merveilleux I

Mon bon et cher Seigneur dites-nons ces nouvelles ?

Non ! — Vous en laisseriez percer des étincelles.

Horace.

Oh ! pas moi Monseigneur !

Marcellus.

Moi non plus Monseigneur !

Oh ! qu'en dites-vous donc ? . . . Mais de l'homme le cœur Irait-il froidement à tant d'invraisemblance Accorder seulement un semblant de croyance ? Vous garderez tous deux le secret ? . . .

Horace et Marcellus.

Monseigneur !

Oh ! oui de par le ciel !

Eh ! bien sur mon honneur Dans tout le Danemarck, oui, dans tout le royaume, Soit né dans un palais, ou soit né sous le chaume, n n'est un scélérat, un seul, c'est fait certain, Qui ne soit à la fois un impudent coquin.

Horace.

Pour nous faire sentir le mot de l'axiome, Point n'est besoin. Seigneur, d'évoquer un fantôme !

Mais vous avez raison ; vous êtes dans le vrai. Aussi je suis d'avis que sans plus de délai Nous nous serrions la main, que nous quittions la place, De vos affaires, vous, pour reprendre la trace, Car, — qui n'a dans ce monde affaires ou désirs 1 . . . A prier, pour ma part, j'emploierai mes loisirs.

Ce sont là, cher Seigneur, des mots sans consistance !

C'est grand regret pour moi, si je vous fais offense.

Horace.

Nulle oflfense, Seigneur !

Mais si !.. . par Saint Patrick !

Je vous offense fort, c'est mon diagnostic. Quant à la vision, croyez-en ma parole, C'est un honnête spectre, en lui rien n'est frivole. Quant à votre désir de pénétrer en bloc Ce que m'a dit le spectre avant le chant du coq, Comme vous le pouvez, maîtrisez-le d'm-gence, n n'y faut plus penser, ayez en l'assurance. Et maintenant, amis, Horace et Marcellus, Comme amis et soldats, comme érudits de plus, Accordez-moi, voyons, une pauvre requête.

Horace.

Votre vœu dans nos cœurs trouve réponse prête.

Ne révélez jamais ce que vîtes ce soir.

Horace et Marcellus.

Jamais ne ferons rien contre votre vouloir.

Très bien ! mais jurez-le.

Horace.

Formulez la sentence Du serment. Monseigneur, elle a notre adhérence.

Sur mon glaive jurez de ne parler jamais De ce que de la nuit vous vîtes sous le dais Ce soir.

Le Spectre {voix sortant de dessous terre}). Jurez !

Horace.

Ceci, me paraît bien bizane !

Accueillez l'étranger, — du destin c'est le phare ! n y a, c'est un fait, plus de choses au ciel Comme aussi sur la terre, Horace, c'est réel, Que ne rêva jamais votre philosophie, Ma jeune expérience ici le certifie.

Mais jurez ! . . . que toujours vous soit en aide Dieu ! Que quelqu' étrangement, et n'importe en quel lieu Je puisse me conduire, — (E se peut, chose sûre, Que je prenne plus tard une fantasque allure !) En me voyant parfois dans de pareils moments. Vous ne chercherez pas les Pourquois, les Comments De ma façon d'agir^j— soit en branlant la tête, Soit en croisant les bras, soit à maligne enquête, En disant : " C'est connu ! s'il nous plaisait parler. Sa conduite pourrions fort bien la dévoiler ! " Ou d'ambigus propos afin de faire entendre

JQue vous en savez long — à pouvoir en revendre ft Jurez de ne jamais enfreindre votre vœu, Jurez ! ... et qu'à jamais vous ait en aide Dieu !

Le Spectre {en dessous).

Jurez I

{Ils prêtent serment sur le glaive.)

Repose en paix, Esprit troublé, repose ^\)\ I Chers Messires à vous qui connaissez la cause Me recommande donc : ce que, pauvre en pouvoir Peut Hamlet, — vous l'aurez : c'est bien là mon vouloir ! VVEt maintenant partons; — partons sans plus attendre, Sur tout ceci, motus ! 1 • • Vous devez me comprendre ! Le temps est hors dés gonds. Oh ! maudit soit le sort ! Qui m'a fait naître pour redresser un tel tort ! Venez amis, venez ! . . Venez, rentrons ensemble, Après séparons-nous. C'est mieux, que vous en semble ?

{Ils sortent.)

La toile tomre.

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