‹ HamletChapitre 29 sur 84 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

Hamlet {seul).

Vieux radoteur va !.. .

POLOXIUS {dans la coulisse).

Vous cherchez le Seigneur Hamlet, tenez, il est là !

ROSENCRANTZ {dans la coulisse).

Bien obligé Messire !

SCËNE VI.

Hamlet, Rosenceantz, Guildenstern.

guildenstern.

Mon honoré Seigneur !

ROSENCRANTZ.

Mon très cher Seigneur !

Mes bons et excellents amis ! — Comment vas-tu Guildenstern ? — Ah ! Rosencrantz ! . . . mes bons gars ! . . . Comment vous portez-vous tous deux ? Quoi de nouveau ? . . .

Rosencrantz.

Rien, Monseigneur. Sinon que le monde est devenu honnête.

Dans ce cas, le jour du jugement est proche ; mais votre nouvelle n'est pas vraie. Maintenant pour rentrer dans le chemin battu de l'amitié, qu'êtes-vous venu faire à Elsinore ?

Rosencrantz.

Vous rendre visite Monseigneur ; pas autre chose.

Pauvre hère que je suis, — ^je suis même pauvre en remerciements, cependant je vous remercie. Voyons ! no vous a-t-on

pas envoyé quérir? Est-ce de votre propre mouvement que vous êtes venu ? Est-ce une visite purement spontanée ? Allons ! allons ! soyez francs du collier avec moi : Allons ! allons ! parlez donc ! . . .

GUILDENSTERN

Que devons-nous dire, Monseigneur?

Mais n'importe quoi, pourvu que ce soit droit au but. On vous a envoyé chercher ; vos regards même en font une sorte de confession, et votre honnête modestie à tous deux, n'a pas même la ruse nécessaire pour le dissimuler. Je sais que le bon roi et la bonne reine vous ont envoyé quérir.

ROSENCRANTZ.

A quelle fin Monseigneur ?

Voilà ce que vous devez me faire savoir. Mais souffrez que je vous conjure au nom de notre compagnonnage, de la bonne harmonie de notre jeunesse, de l'amitié que nous avons eu toujours les ims pour les autres, et par tout ce qui est plus cher encore, par tous ces anciens liens, que plus futé que moi, invoquerait, soyez de bonne foi, et sans barguigner, dites-moi, si on vous a envoyé chercher — oui ou non !

RoSENCRANTZ (à part à Guildenstern).

Qu'en dites-vous ?

Hamlet (à part).

Je flaire votre jeu selon la note. {Haut) Si vous avez de l'affection pour moi, ne brisez pas là- dessus.

Guildenstern.

Monseigneur, on nous a envoyé chercher.

Je vous dirai pourquoi; de cette manière ma confidence prendra les devants sur ce que vous pourriez découvrir, et votre fidéHté à garder le secret à vos royaux patrons ne perdra pas une de ses plumes dans la mue. J'ai, depuis quelque temps, (la cause je l'ignore), perdu toute ma gaîté, cessé de me livrer à mes exercices

favoris, et vraiment j'ai l'humeur tellement alourdie, que ce beau cadre, la terre, m'apparaît comme un promontoire stérile; ce baldaquin si avenant, l'air, — voyez donc un peu ce magnifique firmament, ciselé de feu doré — eh bien ! cela ne me paraît à moi, qu'une agglomération viciée et fétide de vapeurs hétérogènes. Quel ouvrage artistement travaillé que l'homme ? Qu'il est noble dans sa raison ! Qu'il est sans limites dans ses facultés ! Qu'il est parfait et admirable dans sa taille et dans ses gestes ! Dans ses actions qu'il tient de l'ange ! Dans son intelligence qu'il s'approche d'un Dieu ! La merveille du monde quoi ! Le parangon des animaux ! Et cependant pour moi quelle est cette quintescence de la poussière? L'Homme ne m'enchante pas, ni la Femme non plus bien que votre sourire paraisse insinuer le contraire.

ROSENCRAin^Z.

Monseigneur semblable idée n'est pas entrée dans ma pensée.

Pourquoi alors avoir ri quand j'ai dit que l'homme ne m'enchantait pas ?

ROSENCRAJn^Z.

Parce que — si l'Homme ne vous enchante pas, je pensais au piètre accueil que les acteurs allaient recevoir de vous. Nous les avons rencontré en route sur le point de venir vous offrir leurs services.

Celui qui joue le roi sera le bienvenu ; Sa Majesté recevra de moi son tribut : le chevalier aventureux se servira de son fleuret et de son bouclier : l'amoureux ne soupirera pas gratis : le bouffon finira son rôle en paix : le paillasse fera rire ceux dont les poumons sont d'un chatouilleux accès ; et la dame dira librement tout ce qu'elle a sur le cœur, dût-elle donner des coups de canif aux vers — Que sont-ils ces acteurs ?

ROSENCRANTZ.

Ceux là même qui faisaient jadis vos délices, — les tragédiens de la cité.

Comment se fait-il qu'ils se fassent troupe ambulante ? Rester où ils étaient, eut été mieux, et pour leur réputation et pour leurs

profits. Sont-ils tenus dans la même estime où ils étaient, lorsque j'habitais la ville ? Leurs représentations sont-elles aussi suivies?

ROSENCRANTZ.

Non vraiment, elles ne le sont pas.

Ce n'est pas étrange, car mon oncle est roi de Danemarck, et ceux qui lui faisaient la grimace du vivant de mon père, donnent vingt, quarante, cinquante jusqu'à cent ducats chacun pour sa miniature. Sang de Dieu ! Il y a quelque chose dans cela de hors nature, si la philosophie pouvait seulement en découvrir le pourquoi? {On entend une trompette.^

GUILDENSTERN

Voilà les comédiens.

Hamlet (à Rosencrantz et Guildenstern).

Messires, vous êtes les bienvenus à Elsinore. Vos mains. Vous êtes les bienvenus, mais l'oncle-père, et la tante-mère se trompent.

Guildenstern.

En quoi, mon cher Seigneur ?

Je ne suis fou que lorsque le vent est au nord nord ouest. Quand il est dans le quartier du sud je puis distinguer un épervier d'un héron.

POLONIUS {dans la coulisse).

A vous salut Messires !

Ecoutez donc Guildenstern, et vous aussi Rosencrantz — à chaque oreille un écouteur ! Ce grand poupard que vous voyez là bas, est encore dans ses maillots.

Rosencrantz.

Peut-être y revient-il, car no dit-on pas que la vieillesse est une seconde enfance ?

Je parierais qu'il vient me parler des comédicnR ; remarquez bien cela. — Vous dites bien, Messires, le lundi matin, c'était bien ça.

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