‹ HamletChapitre 38 sur 84 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

Le Roi et PolONIUS {rentrant).

Le Roi.

L'amour n'est pas, je crois, ce qui lui tient au cœur, Quant à ce qu'il a dit d'un faire assez rêveur, Ça ne ressemble pas du tout à la folie. Sur lui plane, ne sais quelle mélancolie Qui sur ses sens émus fait incubation.

Il nous faut la détruire, et ce, par l'action. H devra donc partir vite pour l'Angleterre, Reclamer le tribut laissé trop en arrière. Peut-être que la mer, et le changement d'air, L'aspect d'autres pays sur ce chagrin amer Produiront, c'est possible, un effet salutaire. Et lui rendront bientôt sa raison toute entière. Qu'en pensez-vous ?

POLONIUS

C'est bien : cependant je crois moi Que le commencement de tout ce désarroi Vient d'un amour rentré : toutefois Seigneur faites Ce que vous avisez ; mais sur ces entrefaites, Permettez, si l'avis ne vous paraît oiseux. Que la royale mère et le fils aient entr'eux Ce soir, après la pièce, au moins une entrevue. N'ayant avec sa mère autant de retenue. Peut-être, il lui dira ses chagrins sans témoin ; Moi je serai placé, s'il vous plaît, dans un coin, Si que surveillerai tout, j'en fais mon affaire. S'il ne dévoile rien, eh bien I en Angleterre Envoyez-le, sinon en prison îÀ couvert Mettez-le, comme on met un vieux cheval au vert.

Le Roi.

Chez les grands, point ne lant laisser à la folie Courir la prétantaine, — ù vous je me rallie. Je suivrai vos conseils.

{Ils sortent).

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