‹ HamletChapitre 39 sur 84 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Une Salle dans le même Château.

Entrent ELamlet et le Premier Acteur.

Hamlet. Prehier Acteur.

Récitez la tirade, je vous prie, telle que je viens do la dire, vivement et légèrement; car si vous devez la déclamer avec affectation, comme ce serait le fait de beaucoup de comédiens, j'aimerais tout autant que le crieur public recitât mes vers. Puis n'allez pas non plus scier par trop l'air avec votre main, de cette façon, — mais usez de tout, des gestes et de la voix doucement, doucettement ; car même au milieu du débordement de la tempête, je dirais même du tourbillon de la passion, de la colère, il vous faut acquérir de la sobriété, il vous faut exercer sur vous un contrôle qui donne quelque chose de noble et de suave à vos emportements. Oh ! cela me choque Fâme et le cœur d'entendre un robuste gaillard avec de faux cheveux, vous déchirer une passion en lambeaux, la déchiqueter et la réduire en loques quoi ! Et cela pour fendre les oreilles des habitués du parterre, — masse imbécile dont les membres ne sont pour la plupart capables de rien comprendre, (') sinon d'inexplicables scènes mimées, et du bruit ; je ferais volontiers fouetter un pareil gaillard pour charger le rôle de Tennagant,l^) rôle déjà bien assez chargé par lui-même.

(•) Le parterre du temps de Shakespeare était hanté par une multitude plus vile mille fois que celle décrite par Monsieur Thiers. — Note du Traducteur.

p) Termagant — Termagaunt, — dit le Docteur Percy, est le nom donné jdans les anciens romans au Dieu des Sarrasins. Termagant, dirons nous, est aussi le synonyme d'une mégère, ainsi la Catherine de Catherine et Petruccio de Shakespeare est un ou une Termagant. — Note du Traducteur.

C'est être plus Hérode, qu'Herode même ; (i) c'est reculer les bonies de l'absurdité ; je tous prie, évitez cet écueil.

Premier Acteur.

Nous l'éviterons, je vous le garantis, honore Seigneur.

Ne soyez pas non plus trop mou, mais que votre jugement soit votre professeur; rendez l'action identique à la parole, et la parole identique à l'action, vous gardant surtout d'outre-passer la pudeur de la nature ; car quelque chose de trop chargé s'éloigne des intentions de l'art dramatique, dont le but, tant au commencement qu'à présent, a été et est de tenir le miroir à la nature ; de montrer à la vertu ses propres traits, au dédain sa propre image, et à l'âge même et au corps du siècle, sa forme et son empreinte. Si ceci est chargé, ou rendu mollement, bien que cela fasse rire les inintelligents^ cela vexera les gens de bon jugement ; or la censure d'un seul homme de bon jugement, doit, en votre estime, peser davantage que les applaudissements de toute une salle remplie d'imbéciles. Oh ! il y a des acteurs que j'ai vu jouer, et que j'ai entendu porter aux nues par d'autres, qui, sans vouloir parler en profane, n'ayant ni l'accent de chrétiens, ni la démarche de chrétiens, de païens, ni même d'hommes, se sont pavanés et ont hurlé si bien qu'ils me semblaient que quelques uns des apprentis de la nature avaient façonné les hommes, et les avaient mal façonné, tant ils imitaient la nature abominablement.

Premier Acteur.

Je me flatte que nous avons passablement réformé tous les défauts que vous signalez.

Oh 1 réformez-les de fond en comble — in toto. Surtout que ceux qui jouent vos rustres, vos bouffons n'aillent pas dire plus qu'il n'en est écrit dans leurs rôles ; car il y en a qui rient eux-mêmes, pour agacer le rire de quelques spectateurs, bien qu'au même moment une question d'importance qui forme une portion néces-

(*) Hf'Todc dans les anciens mystères (';tait toujours représente'^ comme un brutal, disons le mot, comme un sacripant. — Note du Traducteur.

saire à la pièce soit alors sur le tapis ; c'est exécrable, et dénote une ambition pitoyable de la part du sot qui se sert de tels moyens. Allez, préparez-vous.

(U Acteur sort.) Tiens, mais, c'est Horace ! . . .

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