SCÈNE XII
Les mêmes. Horace. Joueurs de Flûtes.
{S' approchant des joueurs dejlûtes.)
Oh ! voilà les joueurs de flûtes, bon ! Prêtez-m'en une . . . Merci. Retirez-vous.
{Les joueurs de flûte sortent avec Horace.)
Ha]\ilet.
{à Rosencrantz et à Guildenstern qui s'attachent à ses pas. Pourquoi cher(;liez-vous à gagner le dessus du vent sur moi, comme si vous vouliez me pousser dans un traquenard ?
Gujldenstern.
0 Monseigneur ! si mon devoir est trop entreprenant, mon dévouement peut vous paraître importun.
Je ne comprends pas bien cela. Voulez-vous me faire le plaisir de jouer de cette flûte ?
{Lui présentant la flûte quil a emprunté au musicien) :
GUILDENSTERN
]\Ionseigneur, je ne saurais.
Je vous en prie.
GUILDENSTERN
Je n'en connais pas une seule clé, Monseigneur.
C'est aussi facile que de mentir ; gouvernez ces trous avec l'index et le pouce, infiltrez par l'emboucliure le souffle de votre bouche, et l'instrument donnera voix à la musique la plus éloquente. Voyez-vous, voilà les clés.
Guildenstern.
Mais je ne saurais commander la moindre émission harmonieuse ; je n'en ai pas le talent.
Alors, voyez donc un peu quelle chose indigne vous faites de moi. Vous voudriez jouer sur moi, vous faites semblant de connaître mes touches ; vous voudriez arracher le cœur à mes secrets ; vous voudriez sonder ma voix depuis la note la plus basse de son diapason jusqu'au ^on le plus aigu de son registre ; or il y a beaucoup de mélodie, une charmante voix dans ce petit instrument, cependant vous ne sauriez le faire parler. Sang de Dieu ! Pensez- vous qu'il soit plus facile de jouer sur moi que sur une flûte ? Appelez-moi tel instrument qu'il vous plaira, bien que vous puissiez me faire vibrer, — vibrer d'indignation s'entend, vous ne pourrez jouer sur moi, ni vous jouer de moi.