‹ HamletChapitre 70 sur 84 · SCÈNE XXIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII

Les mêmes, la Reine.

La Reine.

Un malheur toujours marche Sur le talon d'un autre, et dépasse sa marche Aussitôt qu'il le peut. — Laërte, votre sœur Est noyée. ~

Laërte.

Oh ! où donc ?

La Reine.

Un beau saule-pleureur Au dessus de l'étang, dans un recoin paisible Laissant tomber ses bras, et sa tête flexible, Vigoureusement pousse en travers du ruisseau. Et mire ses cheveux au profond de son eau ; En ces tranquilles Ueux Ophélie arrivée, De guirlandes de fleurs on peut dire enclavée, Voilà qu'elle voulut, je ne sais trop pourquoi, Sur la branche du haut élancer son émoi : Mais voilà qu'en jouant alors qu'elle se penche. D'un coup net et subit, sus ! se casse la branche, Si que la pauvre enfant, soudainement dans l'eau Tomba plus lourdement que le frêle arbrisseau ; Ses vêtements légers, en s'étendant au large Soutinrent tout d'abord une si svelte charge. Et pendant ce temps-là, nargue de son dang(ïr EU chantait des airs,— étoiles du berger ! . . . Jusqu'à ce qu'à la fin, l'eau se glissant perfide. Dans ses habits la fit descendre dans le vide, Arrachant la pauvre àmc à ses accords heureux. Pour l'entraîner, hélas ! dans ses fins fonds boueux.

Laërte.

I>as! elle c-st donc noyée? . . .

La Reine.

Oh ! noyée, oui noyée !

Laërte.

Pauvre Ophélie au flot te voilà mariée ! Mes sanglots taisez-vous ! tiens-toi calme mon cœur, De paroles de feu je sens en moi l'ardeur, Mais je dois les celer quoique l'effort soit rude ; Adieu donc Monseigneur.

(// sort.)

Le Roi.

* Viens avec moi Gertrude,

Suivons-le tous les deux ; pour mater sa fureur Si tu savais combien j'ai joué l'enjôleur, Et maintenant je crains que ceci ne lui donne Nouvel élan — tous deux veillons sur sa personne !

(Ils sortent).

La toile tombe.

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