I . Charles Blanc, De Paris à Venise, iSry, p. ii
sans doute, de faire observer 'que tous ces .dessins. ne sont e ■ • ■ 'têwic date, ni du même style. Ainsi VArcItange saint Michel est
•îc-.. qu’illumine un rayon de l’an italien. Le grand justicier tient
<îs b ' ^chc une balance : 'dans l’un des plateaui est le petit Jésus, dans I ⻫<v nas partie du corps de Satan, car le monstre n’a pu y entrer tout entier,
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et l'on voit te . dans l’air des. spirales ’de sa'ipicue de dragon. De la ’main droite, l’archao,-;.- sj une formidable épée/ L’ititention décorative est un peu compliquée, miu 1 1 • est .vigoureuse. On te iippelte comment le dessin de
Holbein a été jugé - vtiHi calme, aussi beau, aussi noble que le saint Michel de, Raphaël, ce bed angv «»■ trouve av’oir le plût grand style des plus grands maîtres*. • -
' I. Cbtrtei Bbor, Û« FinrU à l’imM, ii{;; p, n. ^
II existe au musée de Bâle une composition où le caractère particulier du génie de Holbein se montre encore avec plus d'évidence. C’est un dessin exécuté à
LE CHRIST ENTRE LA VIERGE ET SAINT JEAN (Dessin du musée de Bile.)
la plume sur un fond rougeâtre, lave en quelques parties et rehaussé de blanc. Holbein ne la pas daté, mais il l'a signé en abrégé Hans Hol. Sous un splendide
portique décoré d'ornements de la Renaissance, la Vierge et sainte Anne sont assises; l'enfant Jésus est debout entre elles deux; une figure — celle de saint Joachim sans doute, — complète le groupe familier. Par un caprice hardi, toute la composition se porte d'un seul côté, l'autre restant à peu près vide. Les attitudes, les têtes, le fond d'architecture, la combinaison des lignes courbes avec les lignes droites, tout est admirable dans ce dessin, celui que, dans le laisseraller des conversations intimes, nous appelons le « dessin rouge ». 11 vient du cabinet d'Amerbach, et ce n'était pas le moindre de ses trésors.
Amerbach avait également recueilli une série de six dessins d’une importance capitale, les costumes des femmes bàloises. 11 sont lavés à l'encre de Chine, parfois très légèrement et avec des tons clairs pour exprimer les carnations des modèles ou la transparence des étoffes; parfois, avec une singulière énergie de pinceau, pour rendre l'effet du velours noir, dont les découpures jouent un certain rôle dans la plupart de ces costumes. Quelle précieuse œuvre d'art et quel merveilleux renseignement sur les élégances de Bàle aux environs de ijjol Voici la grande dame en habit de fête; elle est, comme il convient, fort empanachée. Un double collier scintille sur sa poitrine découverte. Manches très bouffantes par en haut, serrées au poignet par un passement qui laisse retomber sur la main un flot de dentelle. La taille est un peu courte : la robe, faite d'une somptueuse étoffe, enveloppe l'élégante femme dans l'abondance de ses plis lourds. Près d’elle est une jeune dame de noble maison ; elle marche, rêveuse et douce, balayant le sol avec la longue queue de sa jupe traînante. Son costume est relativement simple, car des bandes de velours noir, posées, il est vrai, avec un charmant caprice, suffisent à décorer sa robe. La manche est plate, avee deux crevés à forte saillie, et elle se prolonge jusqu'à rendre les gants inutiles, car elle ne laisse paraître que l’extrémité des doigts. Cette promeneuse sentimentale ne cache pas, d'ailleurs, ses épaules : elle a autour du cou deux chaînes, une pendeloque et un étroit collier, où se découpent les quatre lettres du mot Amor. C'était, en effet, le temps des bijoux à devises, et cette mode, si goûtée à la cour de François 1", avait franchi nos frontières.
Après les dames de haut parage, les bourgeoises. Elles sont charmantes aussi,
1 une avec son bonnet de tulle, du sommet duquel descend un ruban qui n'en finit pas ; 1 autre en habit de drap et la guimpe montante : sa démarche grave a je ne sais quel parfum d honnêteté et de vertu domestique. 11 y avait pourtant à Bàle, au temps de Holbein, des femmes dont la morale n’était point la préoccupation quotidienne. Voici une cabaretière dont la désinvolture n’est pas sans avoir l’air
galant. Elle tient a la main le grand verre cylindrique où rit la bière blonde ; son chaperon est orné de plumes ; elle a le tablier des servantes, et les pointes de son collet relevé n'empêchent pas de voir qu'elle a la gorge bien faite. Elle donne à boire, cette héroïne de la brasserie ; pour celui qui l'en prierait un peu, elle serait plus complaisante encore. Quant à celle qui vient après elle, nul doute n est possible. L'exagération de sa toilette, les nudités hardies de son corsage disent assez ce qu'elle pense de la vertu. 11 y a de l'effronterie dans son pan.ache ; la manche, follement découpée, laisse voir l'avant-bras; la ceinture, relâchée et pendante, se complète par un ruban qui traîne presque jusqu'à terre et au bout duquel sont attachés un poignard dans sa gaine ciselée et 1 aumônière en forme de sac où ces vendeuses de sourires mettaient la boîte à parfums, les billets doux et la recette de la soirée.
üLBEiN, nous l'avons dit, se trouvait encore à Bâle le 7 octobre i))i- H n'y séjourna pas longtemps après cette date. Tout semble prouver que le travail se faisait rare et que, dans le voisinage d’Elsbeth Schmidt, la vie devenait un peu monotone ; en outre, les peintures du Rathhaus étaient terminées, et aucun labeur sérieux n’apparaissait à l'horizon. A une époque qu’il ne nous est pas permis de préciser, Holbein retourna à Londres, et nous l’y retrouvons en effet en i ) p-
Mais, cette fois, le peintre ne sera plus l’hôte de Thomas More, il n habitera plus la sérieuse maison de Chelsea, où d’ailleurs tant de choses sont changées. Sir Thomas est devenu lord chancelier, et le soin de son office l’absorbe entièrement. Holbein veut vivre d’une vie plus libre ; il croit que les protections lui sont désormais inutiles; il pénétrera dans un monde inconnu, et il y cherchera des amitiés nouvelles.
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II y avait alors à Londres une colonie de marchands venus de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Ils faisaient dans la ville une certaine figure; ingénieux à consoler leur exil, liés les uns aux autres par d’étroites relations, ils habitaient volontiers le même quartier et, se souvenant du Fondaco dei Tedeschi^ créé à Venise par leurs prédécesseurs, ils avaient organisé, dans Thames Street, un lieu de rencontre, un centre de réunion que les écrivains anglais appellent le Steelyard, que les Allemands nomment le Stallhof. On doit croire qu'en quittant Bâle, Holbein s était muni de quelque lettre de recommandation pour l’un des négociants de la corporation étrangère. Ces marchands et ces artistes de la grande industrie, joailliers, armuriers, orfèvres, — constituaient un monde laborieux. Beaucoup étaient riches; ils ne refusaient pas de faire peindre leur portrait, et même de le payer. Holbein resta lié jusqu'à la fin de sa vie avec plusieurs des membres de cette colonie, qui alliait les Néerlandais aux Allemands.
C était un raaichand du Steelyard, ce Georges Gyzen, dont nous ne saurions pas le nom si Holbein n'avait peint son portrait en 15^2. Cette peinture, que la France aurait dû conserver, — car elle a lait partie de la galerie du duc d'Orléans, est aujourd hui au musée de Berlin. Elle est superbe dans la chaleur de ses colorations ambrées, dans la parfiiite délicatesse de ses détails. Gvze ou Gyzen était probablement un Flamand. Ce nom se retrouve du moins, à diverses époques, dans les registres des anciennes paroisses d Anvers. Lorsque Holbein a peint son portrait, le personnage était jeune ; il avait trente-quatre ans. Son âge, la date i)}2 et la devise : Nidîa sine merore voîiiptas se lisent sur le tableau. Assis à son bureau de travail, et tenant une lettre à la main, il est entouré de tous les objets qui constituaient le mobilier de son comptoir et qui servaient à son négoce et a sa vie. Tous ces accessoires — les livres, la balance, les papiers — sont de l'exécution la plus patiente et la plus habile. La figure est également excellente, et le visage porte le signe d'une vitalité très individuelle. Le critique Ruskin, qui a brillamment décrit ce portrait dans le Covnhill Magci~^tne. dit avec raison que Gyzen revit, dans cette peinture, tel qu'il a vécu, qu'il y parle, qu’il y re.spire, et pour toujours.
II existe au château de Windsor un autre portrait de la même date : c'est celui d un jeune homme, dont le nom n'est pas connu. Une inscription incomplète indique seulement que le modèle appartenait au groupe des marchands du Steelyard. Il porte un vêtement garni de fourrure, et il est représenté ouvrant avec un canif le cachet d une lettre. Sur un papier posé devant lui on lit, avec la date 1532, 1 indication du quantième, 26 july. Wornum, qui attache un cer-
tain interet à cette peinture, tait ob.ser\er quelle est lort obscuicie pai le temps et qu elle n'est pas facile à bien voir.
Ainsi Holbein s’etait remis au travail, il s’habituait à la vie anglaise, il avait peut-être vu passer le cortège funéraire de l'archevêque Warham, mort le août, lorsqu’il reçut de Baie une missive importante. Cette lettre, datée du 2 septembre 1532, était du bourgmestre, qui, écrivant au nom du Conseil de la ville, invitait Holbein à revenir le plus tôt possible. Il lui promettait que des conditions meilleures que par le passé lui seraient faites pour subvenir aux besoins de sa famille, et il déterminait le montant de l’indemnité annuelle qui devait lui être allouée. U lettre, dont le texte a été retrouvé aux archives, est d'un ton amical ; elle donne à réfléchir. Elle prouve évidemment que les Bàlois avaient de beaux projets et que Holbein leur était nécessaire ; mais, en lisant entre les lignes, on croit entrevoir aussi le regret de n’avoir pas suffisamment utilisé le talent d’un si grand maître.
On ne connaît point la réponse que Holbein a dû laire a cette requête, honorable pour le bourgmestre et pour le peintre. Peut-être hésita-t-il un instant. U avait encore des amis à Bille, et il devait penser quelquefois à son fils Philipp ; mais la vie de Londres ne lui déplaisait pas, et qui sait si, au moment même où il recevait l'invitation des Biilois, il ne caressait pas un secret espoir ? Il se rendait compte de sa force, il se sentait mûr pour les grandes entreprises. Une vacance allait se produire parmi les offices de la maison royale, et Holbein avait le droit d'être ambitieux. Henri VIII devait, à une échéance prochaine, a\oii besoin d’un peintre. En septembre 1532, le seijeant-paniter était John Browne. Nommé par brevet du 20 décembre 13 ii, il avait alors plus de vingt ans de services, et vraisemblablement il vieillissait. Le 1 7 septembre, lorsque Holbein venait de recevoir la lettre du bourgmestre de Bâle, John Browne faisait son testament. Il mourut peu après. Holbein a pu penser à lui succéder, et Thomas More était en situation de Elire valoir ses titres auprès du roi. Cette fonction, qui assurait au titulaire un traitement annuel, des profits imprévus et de plus quatre cils d’étoffe au jour de Noël, lui aurait agréé sans doute. Holbein ne 1 obtint pas. La place de serjeant-painîer fut donnée a un artiste dont 1 histoire ne sait guère que le nom, Andrew Wright. Holbein ne s avoua point décoiuagé , il lesta en Angleterre, et il reprit ses travaux, remettant à des jours plus prospères l’espoir d’être employé par Henri VUI et par la reine.
Les événements allaient d’ailleurs lui fournir 1 occasion de montrei au grand jour de la rue la diversité de ses aptitudes et de prouver que ce n était pas seu-
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lement sur le papier et pour l'entourage de ses compositions et de ses frontispices qu il savait inventer des perspectives architecturales et de somptueuses décorations. Henri Vlll, qui songeait très peu à Holbein, contribua sans le vouloir à le mettre en lumière. Ce roi. qui considérait la monogamie comme un cas pendable, eut pour les choses de l'amour ou du caprice d’insatiables curiosités. Il se mariait beaucoup. Au mois de novembre ijja, il épousa secrètement une jeune femme qu'il devait faire décapiter plus tard, Anne Boleyn. Cette union ne tut d'abord connue que des gens de la cour ; on n'en parlait quà VOIX basse. Mais, au printemps de l'année suivante, le mariage fut publiquement annoncé. Au mois de juin i;jj, Anne Boleyn fut couronnée reine d’Angleterre.
Le couronnemennt d'une reine au xvi' siècle n'allait pas sans fêtes brillantes et sans réjouissances publiques. Pour célébrer cette grande journée, Londres fit sa parure. Chaque quartier, pavoisé à tous les carrefours, organisa, selon la mode du temps, un système de décorations éloquentes. Les marchands qui habitaient le Steelyard montrèrent en cette occurrence un goût luxueux et m} thologique. On sait, par le récit d un ancien chroniqueur, qu'ils firent dresser, près d une rue où devait passer le cortège royal, un échafaudage de planches et de toiles peintes qui représentait le Parna.sse, avec la fontaine sacrée, 1 Hippocrène. Cette fontaine, qui paraissait taillée dans le marbre, eut un gland succès, d abord parce qu elle était d’un dessin nouveau, et aussi sans doute parce qu'elle faisait jaillir quatre jets d'un vin du Rhin dont le populaire fut, pendant tout un jour, autorisé à constater l'enivrante authenticité. Au sommet du monticule, Apollon trônait dans sa gloire, ayant auprès de lui Caliiope. Sur les lianes du Parnasse étaient placées de chaque côté quatre Muses, reconnaissables a leurs attributs et tenant en main des instruments de musique. Cette décoi ation a^ ait voulu être comprise ; elle s’expliquait par un peu de littérature. Aux pieds de chacune des Muses, on lisait, en lettres d’or, de poétiques inscriptions. aimables concetti adressés à la jeune reine. Et si nous revenons aujourd hui sur ces détails oubliés, c est parce que Holbein, qui ne détestait pas la m\thologie, a\ait été le principal organisateur de cette décoration pompeuse. On assure qu il reste de sa main un dessin qui représenterait le Parnasse élevé pai les soins des marchands du Steelyard. Cette composition, qui aurait fait partie du cabinet de Crozat — il est étrange que Mariette ne la mentionne pas dans ses notes se retrouvait en 1869 dans la collection Weigel '.
I. Eugène Müniz, Holbein d'après ses derniers historiens iCa^ette des Beaux-Arts. Avril et mai 1869.)
Pendant cette période de sa vie, Holbein est le peintre ordinaire des négociants allemands et ilamands de Thames Street ; ils aimaient à lui faire peindre leur portrait. Ces princes du travail et de la finance, dont le nom est resté sans gloire — quand il est resté, — eurent ainsi la bonne fortune de voir leur physionomie éternisée par un des plus grands maîtres du xvP siècle. Des héros et des savants qui ont marqué dans l’histoire n’ont pas eu un honneur pareil. On retrouve, pour l'année un certain nombre de portraits de Holbein. Le
marchand Fallen est au musée de Brunswick. A la galerie de Vienne, on admire la vivante effigie de Gcrick Tybis : il est occupé à cacheter une lettre, car, ain.si que nous l’avons remarqué déjà, Holbein aimait à mettre ses modèles en action et à les peindre dans l’atmosphère accoutumée de leur milieu social. A Windsor est le beau portrait de Derick Boni, qui, lui aussi, était sans doute un marchand du Steelvard.
A la même époque on voit s’introduire dans la clientèle de Holbein
un élément nouveau. Sa réputation n’e.st plus enfermée dans les limites étroites d’un quartier de Londres ; on commence à apprendre le chemin de son atelier, et il y vient même des personnage.s, modestes si l’on veut, mais que leur fonction rattachait au personnel de la maison royale. Holbein verra poser devant lui le fauconnier de Henri VllI, Robert Cheseman. De là le portrait superbe qui est aujourd'hui au musée de la Haye. Bien qu'il n’eût que quarante-huit ans en Cheseman porte sous sa toque noire une longue chevelure grisonnante. On vieillit vite à prendre .soin des oiseaux du roi. Il est noblement vêtu d un manteau doublé de fourrure qui laisse entrevoir les manches rouges de son pourpoint. Comme Georges Gyzen, comme Gerick Tybis, comme presque tous ceux dont nous avons déjà parlé, Cheseman dit bien haut quel est .son emploi dans la vie. 11 tient sur le poing un faucon gris à la tête chaperonnée. Le lond est d’un vert sombre. Ce portrait a eu l’honneur d'être admiré par Joshua Reynolds. Lorsque le peintre anglais visita la Hollande en 1781, il s’arrêta à la Haye. Dans ses notes relatives à la galerie du prince d’Orange, on trouve un mot sur le portrait de Robert Cheseman, qu’il déclare « admirable fort its trutli and précision^ and extremelv n>ell coloiired'. » Ce jugement a été confirmé par les critiques modernes, et bien que, d’après l’avis de quelques-uns, — Burger notamment, — il y ait peut-être un peu de sécheresse dans certains détails, on reconnaît aujourd’hui que l'admiration de Reynolds ne s’est pas trompée.