I. The litcrarj- Works of sir Joshua Reynolds t. II, p
Holbein peignait, à la môme époque, le double portrait ou le tableau que l’on appelle, d’après une longue tradition, les Deux Avibassadeiirs. Cette peinture, dont les Anglais ont toujours fait grand cas, est conservée à Longlort-Castle, près de Salisbury. A vrai dire, on ne sait trop s'il y a deux ambassadeurs, un seul ou pas du tout dans le tableau de Longford-Castle. On croit cependant, en raison de la coïncidence des dates, que l’im des personnages représentés est sir Thomas Wyatt ; le nom de son compagnon, qui a l’air d un jeune savant, n'est meme pas soupçonné. Sir Thomas était un des poètes de la cour ; il tut le lavori de Henri VIII, et il peut avoir fait, en même temps que des ballades, un peu de diplomatie : de là sans doute la désignation donnée au tableau. Les deux modèles que Holbein a réunis dans le même cadre sont évidemment des lettrés : assis près d’une table, ils sont entourés d instruments de travail ou de récréation, un globe céleste, une guitare, des livres, un cahier de musique où se lisent quelques mots allemands. L’un des personnages, celui qu’on suppose être sir Thomas Wyatt, a vingtneuf ans et il porte, avec un costume de gentilhomme, une chaîne à laquelle est appendue une médaille ; l’autre, qui a vingt-cinq ans, est habillé comme un docteur : il a en a du moins le bonnet traditionnel. Les accessoires, les vêtements sont peints avec le soin le plus délicat. Bien que la peinture ne soit pas, au dire de Wornum. dans des conditions parfaites, elle e,st belle. Et pourquoi le gentleman qui joue le principal rôle dans ce dialogue de portraits, ne serait-il pas sir Thomas Wyatt? Lorsque le poète mourut, jeune encore, en 1541, John Leland publia, sous la forme d’un petit in-quarto de quelques pages, une déploration funéraire, Nceniæ, qui contient une gravure sur bois. C’est l’image du défunt : elle est accompagnée d’une inscription en vers dans lesquels Leland nous apprend que Holbein a fait le portrait de Wyatt, effigiem expressit ; mais que le maître impeccable. Appelles lui-même, n’aurait pu représenter son esprit. S’agissait-il d’une peinture ou d’un crayon? On ne sait.
Une lacune se produit ici dans la biographie de Holbein. Jusqu’à présent nous l'avons suivi d’assez près; mais, pour l’année 15^4. aucune œuvre n’est signalée. En silence se prolonge. Nous savons seulement qu'il fit à
cette époque le portrait de Nicolas Bourbon de Vandœuvre, le poète qui, revenu en France, devait plus tard célébrer son peintre dans les JSugæ et dans les vers insérés en tête d’une des éditions des Figures de la Bible. Il finit dire, au surplus, que cette année 15^5 fut, pour les premiers amis de Holbein, pour ceux qui l’avaient accueilli lors de son arrivée en Angleterre, une année
tragique. Henri VllI, obéissant à des passions religieuses qu’on avait grand soin de surexciter, entrait dans la période des persécutions et des violences. Le bourreau respectait peu les têtes austères qui , quelques années auparavant , avaient servi de modèles à Holbein : l’évêque John Fisher était décapité le 21 juin. Peu après, Thomas More subissait le même supplice. Parmi ceux qui avaient souri à la jeunesse de Holbein, les meilleurs disparaissaient dans l’émouvante catastrophe d’un drame imprévu.
Qiielques-uns des témoins de cette première époque survivaient cependant. Holbein ne perdit pas tous ses vieux amis. 11 aimait à peindre les vieillards, sans doute parce que leur visage ridé garde parfois un puissant caractère. C’est alors peut-être
jours paru tout à fait digne du talent du maître.
Les représentants de l’ancien monde disparurent peu à peu; mais Holbein ne resta pas seul. Il lia des relations de jour en jour plus étroites avec les marchands du Steelyard. C’est alors sans doute qu’il exécuta, sur leur demande, deux grandes compositions allégoriques, qui sont demeurées célèbres, le Triomphe de la Richesse^ le Triomphe de la Pauvreté. L’histoire de ces peintures n’est pas facile à raconter, car on ne trouve dans les vieux livres que des témoignages incomplets. On sait seulement qu'elles avaient été faites pour décorer la maison ou le Guildhall de Thames Street, qu'elles étaient exécutées en détrempe, que ces compositions mettaient en scène des figures de grandeur naturelle; enfin qu elles ont mystérieusement disparu dans le courant du xvii'' siècle. Lorsque Federigo Zucchero vint à Londres en 1574, il les copia. Sous le règne d’Elisabeth, les marchands du Steelyard perdirent leur privilège; l’association qu’ils avaient formée fut dissoute, et plus tard, en 1617, les deux peintures furent données au
qu'il fit le portrait de ce docteur à la toque noire, aux mains flétries, aux lèvres rigoureusement fermées qu’on se souvient d'avoir admiré jadis dans l’ancienne galerie du comte de Pourtalès, vendue à Paris en 186). Nous avons toujours regretté de ne point connaître le nom de ce sévère personnage, et aucune recherche n’a pu nous l’apprendre. Pour la coloration brune des chairs, l'intensité de l’expression, la finesse du travail, ce portrait d’un contemporain d’Érasme et de Thomas More nous a tou-