‹ Hans HolbeinChapitre 13 sur 23 · VN DOCTEUR · texte numérisé non relu

VN DOCTEUR

(Ancienne collection du comte de Pourulès.)

prince de Galles. Comment ont-elles été transportées sur le continent ? on l’ignore. Ainsi que l’a remarqué Mariette, Félibien a écrit « que ces deux tableaux avoient été vus à Paris depuis quelques années, ce qui doit être aux environs de 1650, et qu ils y avoient été envoyés de Flandres. Le fait ne me paroît point douteux ». ajoute Mariette. Depuis lors, personne n’a eu de nouvelles des compositions originales. Ont-elles péri.^ pourra-t-on en retrouver un jour les vestiges effacés? Ici, l’espérance ne semble guère permise. Il est juste de dire qu’en enlevant les peintures du Giiildhall des marchands allemands, on agissait, sans le savoir, avec prudence. La maison de Thames Street devait disparaître dans le grand incendie de 1666.

Quelle indifférence nos pères ont professée pour les trésors d’art! Les deux peintures, les deux cartons de Holbein étaient à Paris sous le règne de Louis XIV : Félibien le constate, et, depuis cette époque, pas un mot dans les livres des savants ou dans les mémoires I Le fait est surprenant ; il est douloureux, il complète le tableau de nos fautes passées. Nous avons perdu le petit David de bronze de Michel-Ange, le portrait du fils de François P' par André del Sarte et bien dauties merveilles. Pourquoi aurions-nous conservé deux chefs-d œuvre de Holbein ?

Des allégories relatives à la Richesse et à la Pauvreté, il reste des copies et des gravures. Les reproductions plus ou moins exactes que Zucchero en avait faites en 1574 étaient des dessins à la sanguine mêlée de crayon noir. Mariette les a vus chez Crozat. II existe au British Muséum une petite reproduction du Triomphe de la Richesse, croquis à la plume lavé d’encre de Chine, qui est attribué à Holbein lui-même, et deux dessins, de plus grande dimension, qu on sait avoir été exécutés par un artiste hollandais, Jean Bischop, mort en 1686. Ces dessins rehaussés de bistre, reproduisent, Fun la Richesse, l’autre la -Pauvreié. Ils sont d un temps où le m:\le langage de Holbein avait cessé d être compris. Je ne parle point des gravures, pas même de celle de Vorsterman. En raison des légitimes exigences de la critique moderne, ces estampes semblent bien peu fidèles. Les traductions de date récente ne sont pas plus heureuses. L esprit est tout à fait absent. Dans les réductions au trait données par Waagen, au tome second de son Manuel de l'histoire de la peinture (1864), pas une tête n a conservé 1 ombre du caractère qu’elle devait avoir dans l’œuvre primitive.

Il faut pourtant se servir de tous ces éléments imparfaits et essayer de reconstituer, du moins dans leurs lignes générales, les allégories disparues.

La Richesse^ c'est le cortège triomphal du dieu Plutus. Au centre, sur un char dont on n’aperçoit que la partie supérieure, est assis le vieillard symbolique, les yeux l'crmés conformément à la tradition, et tenant en main le trident de Neptune. Holbein, converti aux idées anglaises, voyait sans doute dans cet engin le sceptre du monde. Plutus pose le pied sur un ballot de marchandises. Devant lui est la Fortune, une Fortune peu vêtue, qui, le bandeau sur le front, répand d’une main hasardeuse la pluie d’or des doublons et des sequins. L équipage est conduit par un cocher — un aveugle encore — qui, d après une inscription suspendue au-dessus de sa tête, représenterait la Satiété ou la Raison. Qiiatre chevaux traînent le char. Ces chevaux ont des noms : le plus beau, sérieux et sage, s appelle Conîractus ■ les trois autres, d’un aspect plus larouche et moins honnête, sont l'Imposture, l’Avarice et FUsure. Quatre femmes, quatre Vertus, excitent ou modèrent l'élan de l’attelage. 11 en est une, debout, près du cheval Contraclus^ qui évidemment n’a pas été mise sans intention en pleine lumière. Elle est charmante, elle montre un sympathique visage, et elle arbore au pli décent de sa robe un mot superbe, Justitia. Je suis absolument convaincu que cette figure est un portrait. Et il se trouve en effet que, d après une remarque déjà faite par Horace Walpole, le traits de la jeune temme rappelleraient ceux d’Anne Boleyn. S'il en était ainsi, la date du Triomphe de la Richesse pourrait être à peu près précisée : la peinture, dans laquelle la reine jouait un rôle épisodique, serait antérieure au 19 mai i ^ jô.

Mais la composition de Holbein ne comporte pas seulement le char de Plutus et les Vertus qui le conduisent : elle se complique de nombreux personnages qui font cortège au dieu triomphant, loule d’enrichis, d avares et d insatiables thésauriseurs marchant à pied auprès du char ou le suivant a cheval. Les uns portent le costume oriental, les autres sont vêtus à l'antique, et plusieurs d entre eux tendent les pans de leur manteau ou de leur robe pour recevoir les pièces d'or qu'y laissent tomber les mains distraites de la Fortune. Enfin on aperçoit, dans un coin du tableau, une figure étendue sur un nuage. C’est Némésis, la divinité vengeresse dont ceux qui abusent des dons de Plutus doivent redouter les colères.

Les intentions littéraires ne sont pas moins écrites dans 1 autre composition du peintre, le Triomphe de la Pauvreté Sur un chariot d une solidité douteuse traîné par deux bœufs faméliques et par deux mules amaigries, une vieille femme est assise au milieu de bottes de paille. Le torse nu, les mamelles pendantes, elle symbolise l'incurable Misère. Auprès d'elle sont des figures dont

la signification resterait incertaine, si l'on ne remarquait dans le groupe une vaillante personne, Indusina, chargée de toutes sortes d instruments de travail. Ici, le char est conduit par 1 Espérance. Tout autour s’entasse la cohue des ou\riers et des misérables. L’allégorie, véritablement mélancolique, semble être inspirée par cette pensée que le travail est la conséquence de la pauvreté et que tous deux marchent ordinairement de compagnie. Holbcin, si nous comprenons bien son sentiment, avait ce jour-Ià un peu d'amertume dans Lame.

Les descriptions qu on vient de lire sont inspirées par les gravures anciennes ou modernes et par les dessins de Jan Bishop, conservés au Britisli Muséum. Ce sont la, nous 1 avons dit. des autorités qu'il serait imprudent de prendre à la lettre ; elles ne donnent pas le caractère des œuvres ; elles indiquent seulement la disposition générale des lignes et le sens allégorique de l'invention. Un autre document, dont nous avons déjà parlé encore, peut être interrogé avec plus de confiance. Avant de peindre ses compositions aux murailles de la maison des marchands, Holbein avait, selon sa coutume, cherché à formuler sa pensée dans deux dessins. L un de ces croquis nous a été conservé : il est au Louvre, dans cette « tribune » du second étage qu’on appelle la « salle des Boîtes ». G est le Triomylie de la Richesse.

Ici, le procédé d exécution appartient à une manière qui nous est connue. Holbein a combiné les linéaments tracés par la plume, avec les teintes de bistre, a\ec les rehauts de blanc. Si 1 on rapproche ce dessin magistral de la gravure au trait publiée par Waagen, on constate quelques différences de détail. Le Plutus, assis sur son char, n est point armé du trident de Neptune ; les noms de personnages ne sont pas les mêmes, du moins pour plusieurs d entre eux, et la jeune figure féminine qui, dans l’estampe, s'appelle la Justice et tient la bride du cheval Contractus, reste anonyme dans le dessin original. De plus, cette figure, qui, dans les reproductions, montre son visage et rappelle, au dire de Walpole, les traits d Anne Bolcyn, a, dans le croquis du Louvre, la tête retournée, et ne nous laisse voir que la belle silhouette de son corps élégant. C est là une variante curieuse. Les autres différences ne sont pas assez significatives pour être notées : ce qui importe, c'est que le dessin de Holbein présente la plus fière allure et que, pareils à des statues vivantes, les personnages se détachent avec un relief sculptural.

Que pouvons-nous dire encore? Si instructifs que soient les éléments que nous avons sous les yeux, ils ne permettent pas, sans un effort de l'esprit, de se rendre compte du caractère véritable des peintures du Steelyard. Elles

étaient, on le sait, exécutées en détrempe, probablement dans une gamme un peu assourdie, et elles devaient donner au regard l’impression de grandes tapisseries aux nuances douces et passées. Mais l'imagination peut seule aujourd'hui nous montrer dans le demi-jour du rêve quel effet optique produisaient le Triomphe de la Richesse, le Triomphe de la pauvreté. Nous voyons bien par les dessins et par les estampes que la composition, aux figures lourmillantes et serrées les unes contre les autres, procédait des admirables enchevêtrements que Mantegna met en action dans ses Triomphes ; mais nous ne savons pas

quels splendides spectacles ces peintures, dune coloration austère et un peu mate, pouvaient faire vivre et s’agiter aux murailles de la maison de Thames Street. La supposition la plus ingénieuse ne saurait ici remplacer l’œuvre absente.

La perte est irréparable ; elle supprime une des créations les plus originales du génie de Holbein . Le maître n’était pas seulement le portraitiste plein de confidences intimes et pénétrantes ; il était — on l’oublie trop — un inventeur habile aux grandes machines décoratives , au jeu difficile des combinaisons savantes et des groupes équilibrés. Pourquoi faut-il que l’injure du temps et la barbarie des hommes aient eu pour Holbein des cruautés particulières ? Les peintures de l’hôtel de ville de Bâle, celles de la maison

Herstenstein à Lucerne, celles du Steelyard à Londres, tout à péri. L'heure approchait où le puissant artiste allait travailler pour Henri VIII. On verra bientôt que Ie.s nobles œuvres exécutées à White-Hall n'ont pas eu une fortune meilleure. Un sort jaloux s’est attaché à restreindre la gloire de Holbein : lorsque nous disons qu’il paraît avoir possédé les hautes qualités du décorateur , nous ne pouvons guère appuyer notre sentiment que sur la plus fragile des autorités, la conjecture.

ES occupations variées vinrent, pendant les premiers mois de l'année i)j6, amuser les loisirs de Henri VIII. La mort de Catherine d'Aragon, annoncée au roi le 7 janvier, ne lui causa qu'un médiocre souci. Catherine, qui ne lui fut jamais très chère, était l'épouse divorcée et peu embarrassante dont il avait depuis longtemps cessé de s'inquiéter. Et cependant l'événement lui donna à réfléchir. Henri eut un moment de silence redoutable : il estima, dans sa royale .sagesse, que l’aveuge hasard s'était mépris en frappant la reine oubliée. Pourquoi cette suppression inutile ? Ce n'était pas Catherine d'Aragon, mais Anne Boleyn qui devait mourir. Artiste habile à influencer le destin, il consacra les heures souriantes du printemps commencé à chercher les moyens de réparer cette erreur. Son imagination féconde lui suggéra un expédient souverain. Le 19 mai, Anne Boleyn lut décapitée.

Comment ce roi tragique employa la journée du lendemain, on le sait. Il avait de vagues tristesses, il jugea qu'un peu de consolation lui était due : il s'amusa à se marier.

Jane Seymour, qu il épousa le 20 mai, et qui devait, elle aussi, disparaître si vite, fut vraisemblablement pour quelque chose dans le fait dont on a si longtemps cherché 1 explication et la date : je veux parler de l'entrée de Holbein dans la maison du roi. Il est bien certain que Henri Vlll avait déjà pu voir, chez Thomas More et ailleurs, des portraits de l'hôte de Chelsea ; il n'est pas impossible qu'il eût demandé le nom de l'auteur des décorations improvisées dans le quartier des marchands lors du couronnement d'Anne Boleyn ; peut-être savait-il que son làuconnier Cheseman s'était fait peindre par un homme habile ; il n ignorait pas, sans doute, que son confident, Nicholas Carexv ', auquel il donna 1 ordre de la Jarretière, et qu'il devait plus tard envoyer au supplice, avait posé, lui aussi, devant l'éminent portraitiste ; mais l’idée d'employer le pinceau de Holbein ne lui était nullement venue. John Browne, Andrew Wjigh et l'Italien Antonio Toto lui paraissaient devoir suffire.

L’nc occasion se présenta cependant qui mit sous les yeux de Henri Vlll et entre ses mains une œuvre inspirée par Holbein. une œuvre d'orfèvrerie, infiniment plus belle que celles dont le roi avait jusqu'alors admiré la richesse. Jane Seymour ayant été mariée le 20 mai 1 p6 et étant morte le 24 octobre de l'année suivante, c'est pendant cette période que Holbein composa le dessin de la coupe splendide qui était célèbre en Angleterre .sous le nom de The Jane Seymour cup. La valeur exceptionnelle de cette œuvre d'art nous autorise a en parler avec quelque détail.

La coupe, qui portait les initiales accolées de Jane Seymour et de Henri VIII, a eu le sort des objets précieux qu on devrait conserver, parce qu’ils sont des créations de Tidéal. qu on détruit parce qu’ils sont en or : elle a été fondue. Elle n'est plus connue aujourd'hui que par un dessin de la Bibliothèque Bodleienne, a Oxford. Nous avons eu jadis occasion de décrire la coupe do Jane Seymour, et nous reproduirons ce que nous en avons dit ailleurs. « Les premiers mots de la devise de Jane Bound to obey and serve — se lisent deux fois sur ce vase, qui se

compose de trois parties. Le couvercle se termine par un ornement léger formé

i.Sir Nicholas Carew ^ai/nasterof thehorse et lieu tenant du roi à Calais. Il est cité en i f ; i dans les comptes de Henri VIII. qui le fitdécapiterle j mars . H9- On ignore àquelle époque Holbein peignitson portraitconservéaujourd huichezleducdeBuccleiich. Lemusée de Bâle possède un charmant dessinauxcrayonsdecouleurquia servi à l'artiste pour l’exécution de la peinture. Nous reproduisons ce dessin dont il est superflu de signaler la précision et l'élégance.

de deux sirènes fantastiques et de deux petits Amours tenant un écusson couronné. La coupe, dont le profil est du goût le plus pur, est comme divisée en trois bandes horizontales portant, la première, un travail de niellure ou d email, la seconde, un médaillon avec un buste de femme, la troisième, un enroulement où, parmi les pierres en relief, les lettres H et I jouent rattachées par des lacs. Le pied, délicatement ornementé, se décore de dauphins posés en

consoles renversées, je veux dire la tête en bas, et d'une base où des pierreries succèdent à une rangée de godrons. »

L invention, ici, est une merveille de luxe et d'élégance'.

La coupe, exécutée par un orfèvre dont le nom n'est point indiqué, fut apportée au roi , et il esc bien difficile de croire qu'un souverain qui se piquait d’un certain goût en matière d'art n’ait pas demandé de quelle habile main sortait ce beau modèle.

Henri VIH dut d'ailleurs voir le portrait de sir Richard Southwell, que Holbein peignit au mois de juillet 15)6. Soutlîwell, on le sait, ne devint un personnage que sous le règne d'Élisabeth (il mourut avec le titre de master of or~ dnance). En il n’avait encore que

LA COLPE DE JASE SEÏMOÜR / // 1

trente-trois ans; mais il s'était trouvé en

(Dessin de la bibliothèque BoJléienne, à Oxlord.l

relation avec Thomas More, et il fut membre du conseil privé. Il existe deux exemplaires du portrait de Southwell ; ils peuvent être considérés l'un et l'autre comme tout à fait caractéristiques du talent de Holbein. Le premier, qui est le plus beau, est à Florence, au musée des Offices; le second est au Louvre. Dans chacune de ces peintures, la personnalité du modèle est accusée avec une admirable précision, et les mains, individuelles et vivantes, sont d'une délicatesse achevée.

I. Notes sur l'orfèvrerie anglaise, Galette des Beaux-Arts, 2' période, t. XVI, p. 304. Il existe deux exemplaires du dessin de la coupe de Jane Seymour. L'un est à la biblioihéque Bodléienne : c’est celui que nous reproduisons. L’auire, exécuté à la plume et à l’encre, est au British Muséum. Il provient de la collection Beckford.

Ce fut en 1)37, après des retards qui ne s'expliquent pas, que Henri VII. ayant enfin entendu parler de Holbein. se décida à utiliser son pinceau. Le maître fut chargé de décorer un des appartements de White-Hall, la privy chamber du roi.

On manque de détails exacts sur cette peinture, qu’on sait avoir été très importante, et qui, aux regrets éternels des amis de l'art, a été détruite en 1698, par un incendie. Tout n’a pas péri cependant : il reste un Iragment du carton original, précieuse relique conservée aujourd’hui chez le duc de Devonshire, à Hardwick-Hall. Ce carton est bien celui que Holbein avait sous les yeux au moment de la mise en œuvre, car on retrouve sur les contours la trace des piqûres, qui ont servi de points de repère pour marquer sur la muraille les linéaments de la composition. C’est une page robuste et fière : entre des pilastres décorés d'arabesques dans le goût de la Renaissance, et que couronne une frise au milieu de laquelle une sirène et un triton tiennent le chiffre enlacé de Jane et de Henri — comme dans la Jane Seymour cup — deux personnages d'un aspect solennel sont debout. Au fond se dresse la sévère figure de Henri VH, le père du roi. 11 est vêtu à l’ancienne mode, avec le petit chaperon à la Louis XII et la longue robe fourrée d’hermine. Sur un plan plus rapproché du spectateur, Henri VIII apparaît, dans tout le luxe de son costume royal, portant un collier d’orfèvrerie, la dague suspendue à la ceinture, les doigts chargés de lourds anneaux, l’ordre de la Jarretière attaché au-dessous du genou gauche. Ainsi vêtu, large d’épaules, envahi par un embonpoint précoce, montrant ses fortes jambes, qu’il trouvait aussi bien faites que celles de François 1", le roi est magnifique et terrible. Et si le dessin est si beau, que devait être la peinture 1

Le dessin de la collection du duc de Devonshire n’est d’ailleurs qu’un fragment détaché d’un carton plus vaste. Il ne représente que la moitié de la composition de Holbein. La décoration de la privy chamber se complétait par deux autres figures, celles de Jane Sevmour et celle d’Elizabeth d’York, femme de Henri VII. Cette affirmation n’est point le résultat d’une conjecture : elle s’appuie sur un document positif. Comme s’il avait prévu l’incendie lutur, Charles 11, qui ne fut pas toujours aussi bien avisé, eut la précaution de lairc faire, en 1667, une copie réduite de la grande peinture de White- Hall. L'auteur de cette réduction, qu’on peut voir aujourd'hui à Hampton- Court, est le peintre hollandais Remy van Leemput. Il n’est pas certain que la copie soit tout à Dit fidèle; elle reste précieuse cependant, puisqu’elle nous donne l’ensemble de l’œuvre détruite : c’est d’ailleurs au zèle avec lequel Van

Leemput a reproduit l'ancienne inscription qu'on sait que la composition originale était de 1 5 5-.

Holbein ne se contenta pas de peindre 1 image de la reine au\ murailles

de l'appartement de White- Hall. JI fit, dans les dimensions ordinaires , et vraisemblablement pour le roi. un portrait de Jane Seymour. Il existe plusieurs exemplaires de ce portrait, les effigies des personnages de haute volée étant alors multipliées par des copistes, parfois très habiles, pour être distribuées en cadeaux. Le tvpe authentique est, dit-on-, conservé au musée de Vienne. La reine y paraît en buste, dans des proportions un peu au-dessous de la grandeur naturelle. Vêtue d'une robe de velours rouge, elle tient ses mains croisées, et elle porte au cou un beau collier de perles et de rubis.

La peinture est des plus fines, Holbein avant aimé à cette époque à modeler les chairs avec toutes les caresses de son pinceau.

La peinture de White- Hall et le portrait de Jane

(Omon de la collection du duc de Devonsliirc )

Seymour sont antérieurs à la mort de la reine -24 octobre 1J37). Il semble qu'avant d'attacher définitivement Holbein a son service, Henri VIII ait voulu faire un essai et se rendie compte des mérites du peintre. Ce peintre était de ceux qu'il n’est pas facile de convaincre. Et en effet, c’est seulement le 25 mars 15^8 que les comptes

royaux mentionnent pour la première fois le nom de Holbein. Le peintre reçoit sept livres dix shellings, montant d'un quartier de ses gages. Dès lors les payements trimestriels se suivent sur les registres avec une certaine régularité. Holbein voyait son rêve réalisé : il était de la maison.

Il paraît même que le maître fut jugé capable de remplir quelques missions délicates. Elles se rapportent, il est vrai, à l’exercice de son art et elles avaient pour cause les préoccupations d'un roi qui supportait malaisément le veuvage, bien qu’il en ait parfois hâté l’heure par des procédés expéditifs. Jane Seymour étant morte quelques jours après avoir mis au monde le prince qui devait être Edouard VI, Henri Vlll voulait se remarier. Il ne lui aurait pas déplu de s'allier à la lamille de Charles-Quint. Des négociations furent ouvertes avec l’empereur : le roi d'Angleterre aurait volontiers épousé sa nièce Christine, fille de Christiern, roi de Danemark, et veuve du dernier duc de Milan, Françoi.s-Marie Storza. Après la mort du duc, elle s'était retirée à Bruxelles près de Marie, régente des Pays- Bas. Elle n’était pas d’une beauté bien éclatante, mais en 1 5^8 elle n’avait guère que dix-sept ans, et, comme le dit un document contemporain, elle paraissait very gentle in counicnance. Le vêtement de deuil qu’elle portait à l’italienne ne nuisait pas à son air de jeunesse, et elle aurait été bien abandonnée du ciel si, venant de la Lombardie, elle n’en avait pas rapporté un peu de grâce.

Henri VIII ne connaissait pas la veuve de François Sforza. 11 jugea prudent de s’informer ; il voulut qu’un portrait fidèle lui apprît si la duchesse Christine était digne de devenir reine d'Angleterre. C’est Holbein qui fut chargé de faire, le pinceau à la main, cette intéressante enquête.

Il partit pour le Brabant dans les premiers jours de mars 15^8. Une lettre datée du 14 et adressée, par John Hutton, à Cromwell, lord du sceau privé, nous apprend que le peintre Haunce ou Hans — c'est Holbein lui-même — est arrivé à Bruxelles, qu’il a été introduit auprès de la duchesse et qu’en trois heures il a fait, d'après la jeune femme, un portrait d'une parfaite ressemblance. Les textes anciens nous laissent ignorer s'il s’agit d’un crayon ou d’une peinture. On sait, au surplus, que le pape Paul III étant intervenu dans les négociations pour les entraver, Henri Vlll n'épousa point la veuve de Sforza. Il ne paraît pas, d’ailleurs, qu elle ait jamais eu grand désir d’unir ses destinées à celles d’un roi qui professait sur le mariage des doctrines singulières et qui se montrait si habile à en abréger la durée. Christine n’eut pas l'imprudence de devenir reine : en 1^41, elle se maria avec François, duc de Lorraine et de Bar.

Qu est devenu le portrait exécuté par Holbein à Bruxelles? on l’ignore. Mais il existe à Windsor une peinture qui est digne de lui, et qui représente la duchesse de Milan, Dans ce portrait, qui a été lithographié par Maguire, la jeune veuve est vue en buste, vêtue de deuil, tenant une paire de gants et portant sur la tête une sorte d escoffion noir qui cache absolument les cheveux. Les mains, en pleine lumière, sont nues et ornées de belles bagues. Il n’est pas impossible que ce portrait soit celui que Holbein a, d après le témoignage du résident anglais, peint en trois heures. "Wornum semble dire que certains détails sont inachevés. L'artiste, de retour en Angleterre, a pu terminer son œuvre et la rendre digne d être présentée au roi.

Un autre portrait de la duchesse de Milan qui, celui-là, paraît avoir été peint après coup, est à Arundel Castle. Ici, la princesse est en pied, debout, avec une longue robe garnie de fourrure. Comme dans l’exemplaire conservé à Windsor, les mains tiennent des gants, mais elles s’allongent plus élégamment. La coiffure est à peu près la même, et, sans être jolie. la figure reste sympathique. L inscription, qui donne à la jeune femme le titre de duchesse de Lorraine, a été ajoutée après i^i‘.

Revenons a Holbein. Nous croyons que le peintre ne s’arrêta que quelques jours a Bruxelles. Henri VIII n'aimait pas à attendre. Le portrait de Christine ayant été peint le 14 mars i)j8 ou le lendemain, Holbein dut repartir immédiatement, puisque les comptes royaux mentionnent le payement qui lui est fait le 2) mars.

Mais si, comme nous le pensons, Holbein est revenu tout de suite à Londres, il ny resta pas longtemps. L’année 15^8 fut pour lui une année de voyage. Au commencement de l'automne, on le voit tout à coup reparaître en Suisse. On a. en effet, retrouvé une lettre du mois du septembre, dans laquelle un Bâiois, Rudolph Gualter, écrit à Bullinger, qui habitait Zurich, que Holbein est venu d Angleterre, qu il se loue de l’heureuse situation qu'il occupe dans ce royaume, et qu 'après un séjour de quelques semaines il est reparti : Aliqiiot septimams cxactis rursum eo migratus est. Ce fait est, d'ailleurs, confirmé par un autre document.

Dès qu on sut que Holbein avait reparu en Suisse, les citoyens de Bâle, reprenant leur rêve interrompu, cherchèrent de nouveau les moyens de le retenir auprès deux, ou du moins de le reconquérir le plus tôt possible. Un acte

I. iM. George Schai fa consacré aux deux portraits de la duchesse de Milan une dissertation des pi us intéressantes ^Archœolosiia, t. XL, 1S65.)

important fut signé le i6 octobre 1)58, par le bourgmestre, d'accord avec les membres du Conseil de la ville. Dans cette pièce, scellée du sceau municipal et qui, remise ou envoyée à Holbein, avait la valeur d un contrat, il est dit en substance que, — le peintre ne pouvant s’affranchir brusquement des obligations qui le lient à Henri Vlll, — un délai de deux ans lui est accordé pour obtenir un congé régulier et définitif. Pendant cette période, la femme de Holbein recevra quarante llorins par an. Quant à l’artiste, sa pension annuelle sera de cinquante llorins, et elle commencera à courir du jour de son arrivée à Bâle. D’autres avantages lui sont promis. Le bourgmestre stipule que Holbein jouira d'une liberté relative ; la ville ne prétend pas monopoliser son talent. 11 lui sera loisible de travailler pour les rois, les princes, les seigneurs étrangers. Une autre permission lui est par avance accordée. 11 pourra, s’il le désire, s’absenter jusqu'à trois fois par an et se rendre en France, en Angleterre, à Milan ou dans les Pays-Bas, pour y vendre les œuvres de son pinceau. On le voit, les membres du Conseil font toutes les concessions imaginables ; il n’est pas une ligne, dans cet acte, qui ne témoigne d’une profonde admiration pour le talent de Holbein. de la ferme volonté de l'attirer à Bàle et de l’y retenir dès qu’il aura rempli ses engagements envers Henri VIII. C’était un beau songe, en effet, un idéal qui ne se réalisa pas.

Dans les séduisantes invitations dont nous avons résumé l’esprit, il y a un détail qui n’a pas été assez remarqué, et qui pourtant donne à réfléchir. A propos des absences autorisées et des voyages permis, le bourgmestre de Bâle déclare que Holbein pourra se rendre à Milan. Cette clause inattendue correspond évidemment à un désir que le peintre avait manifesté. Dans ses conversations préliminaires avec les magistrats de Bàle, il avait sans doute laissé paraître une exigence ou lait l'aveu d’un rêve. Comment ne pas retrouver, dans cette permission exceptionnelle, l’écho des paroles qu'il a dû échanger avec la veuve de François Storza, lorsqu’il peignit son portrait quelques mois auparavant? Pourquoi ne lui aurait-elle pas parlé de Milan, cette petite princes.se danoi.se qui, née au pays d'HamIet, avait dû être émerveillée par les splendeurs de l’azur inconnu? Pourquoi Holbein n'aurait-il pas eu, à ce moment de sa vie, comme une vision des élégances lombardes ? Sa manière de peindre s’était peu à peu modifiée : il avait singulièrement oublié Augsbourg et les rudesses gothiques : il cherchait, dans le modelé, toutes les suavités de la forme, toutes les caresses du pinceau. S’il a jamais rêvé de voir l’Italie, c'est alors surtout que ce secret désir a dû hanter sa pensée. Se réserver, dans un contrat, le droit d’aller à

Milan, c’est presque faire une profession de foi. Holbein croyait-il avoir quelque chose à apprendre dans cette Lombardie, qu’il devinait par une sorte d intuition Peut-être. Léonard de Vinci était mort; mais quelques-uns de ses élèves travaillaient toujours à Milan ; ses œuvres y étaient éclatantes et nombreuses, et — Holbein ne se trompait pas — l’âme du grand maître de la grâce habitait encore la ville enchantée.

N dépit de certaines affirmations aventureuses, on doit croire que Holbein ne vit jamais l’Italie. On n'a du moins trouvé aucune trace authentique de ce voyage dont les anciens écrivains ont parlé très vaguement, un peu au hasard, et par ce qu'ils avaient cru reconnaître dans le génie décoratif de l’artiste, dans la perfection de son modelé, des qualités plus ou moins italiennes. Holbein. qui était à Bàle pendant l'automne de 1538, revint en Angleterre avant les derniers jours de l’année. La date de ce retour est précisée par des textes formels.

Les comptes royaux pour le mois de décembre 1538 nous apprennent que Holbein ne toucha pas le quartier de ses gages échu à la Noël, parce qu’il en avait reçu le montant par avance ; mais ils nous disent aussi qu'une indemnité de dix livres lui fut allouée en raison d’un voyage antérieur. L'article relatif a ce payement est bien curieux, et il faut le reproduire textuellement : « Itern^

payde to Hans Holbyn, one of the Kingis paynters, by the Kinge commaundement certefyed by my Larde pryriseales lettre, X II. far lus costis and chargis at tins tymc sent aboute certeyn lus Gracis affares into the parties of High Burgony by way of lus Grâces rewarde. » Qu’on ne se laisse pas tromper par l'étrangeté des formes employées. Les scribes de Henri VIll parlent comme on parlait au temps de Charles le Téméraire : la haute Bourgogne, où Holbein, a été envové, c est le Brabant, c est la Flandre, et le voyage qui lui doit cette rémunération un peu tardive, c’est celui qu’il a l'ait au printemps, lorsqu’il est allé peindre à Bru.xelles le portrait de la duchesse de Milan.

U semble d ailleurs que Henri VIII était satisfait de son peintre et que 1 artiste avait pour le roi les attentions accoutumées. Au renouvellement de Tannée, les familiers de la cour et même les serviteurs de la maison rovale avaient pour habitude d’offrir des cadeaux à Henri VIII. qui les acceptait avec

bonne grâce. Holbein se conforma à l’usage. Aux étrennes de ijjq le

jour de Noël, vraisemblablement — il fit présenter au roi un portrait de son fils, le jeune prince Édouard qui, étant né le 12 octobre ijjy, n’avait encore qu un an et quelques mois. Henri VIII se comporta en gentleman ; il envoya à son peintre un présent choisi avec soin, une véritable œuvre d art. C’était une coupe ou plutôt une aiguière d’or qui pesait plus de dix onces et qui avait été élaborée par Cornelys , l’orfèvre du roi et de Marie Tudor. Ce cadeau avait du prix, surtout pour un maître dont le talent s'est appliqué tant de fois et d une façon si heureuse aux élégantes compositions de l’orfèvrerie.

Ce grand art, dont Holbein avait entendu parler, dès son enfance, par ses voisins et ses camarades d Augsbourg, il ne 1 avait pas complètement perdu de vue pendant ses divers séjours à Bâle. George Schvveizer, Hans de Zurich, dont il fit le portrait ', n’étaient peut-être pas des pratricicns sans mérite. M.iis, pour produire des chefs-d œuvre , l’orfèvrerie a besoin d’une clientèle opulente , et l’Angleterre était autrement riche que la Suisse. A Londres, sous l’influence d une cour a laquelle aucun luxe n’était étranger, Holbein fut conduit à se mêler d une manière active au somptueux travail des métaux précieux. Nous avons plus d une preuve de 1 intérêt qu’il porta toujours à l’art de Torfèvre et du joaillier, Holbein avait eu un fils d’Elsbeth Schmidt. Lorsque ce fils, qui s’appelait Philipp et qui avait passé son enfance à Bâle, commença à devenir grandelet,

1 . Ce dernier portrait, qui, au xvii' siècle, appartenait au comte d’Arundel, ne nous est connu que par unegravuie deWenceslas Hollar. L estampe porte! inscription suivante ; Hans von Ziirch,goltschmidt. Hans Holbein, 1552.

l artiste comprit que le temps était venu de lui laire apprendre un métier. Il n essaya pas de 1 enrégimenter parmi les peintres, les chances de succès lui paraissant peut-être incertaines et les aptitudes de Tentant étant sans doute dirigées d'un autre côté. 1! résolut alors d’en faire un orfèvre, et il le plaça chez un maître de Paris, Jacques David. Nous avons le regret de ne pas retrouver cet orfèvre parisien dans la liste des gardes de la corporation. Il ne lut pas de Tétat-major de la maîtrise, ce qui ne veut pas dire qu il ignorât les choses de son art. Incapable, il n eut pas été choisi par Holbein. Le jeune Philipp paraît avoir fait chez Jacques David l'apprentissage réglementaire, et, d après un document publié par His Heusler, il semble que son entrée à l atelier se rapporte à peu près à i^}8. S'il en était ainsi, on pourrait conjecturer que, lorsqu'il quitta Baie, à la fin de cette année, pour retourner à Londres, Holbein a emmené son fils avec lui, qu’il s’est arrêté à Paris et qu il Ta confié alors aux soins de l'orfèvre Jacques David. Wornum ajoute que Philipp Holbein devint dans son art un maître habile. Nous n’v contredisons point, mais nous n avons aucun moyen de le savoir, aucun motif pour l’affirmer.

Un détail reste inexpliqué. On ne comprend pas trop pourquoi Holbein. voulant faire de son fils un orfèvre, le mit en apprentissage chez un artiste de Paris. Venant d'un juge dont le goût était si sûr, la résolution est flatteuse pour la corporation des orfèvres parisiens, mais elle est imprévue, car Holbein avait à Londres, auprès de lui, des maîtres dont Thabileté dans le travail de Tor et de l’argent n’est pas contestable. Il était certes expert dans son art, celui qui, en ou i))/, avait si délicatement ciselé la coupe de Jane Sey-

mour. Cette période de la vie de Holbein correspond d’ailleurs à la saison brillante où travaillaient Jean d’Anvers, — celui que les documents anglais appellent John of Anwarpe, — Cornelys, le fournisseur du roi, et les joailliers de Marie Tudor. Fraunces, Orton, Mabell, Busshe, John Haryson et d’autres encore, dont les comptes nous ont appris les noms trop oubliés. C’était aussi le temps de Hubert Morrett, qui fut joaillier de Henri VIII '. Holbein a lait deux fois son portrait. On retrouve, au musée de Dresde, le crayon original, avec une légère indication des couleurs, et la peinture où revivent dans leur sérénité sévère, les traits de ce patriarche à la barbe blanchie, qui a des allures de gentilhomme.

I . Dans tous les livres, et même dans le catalogue du musée de Dresde (1862^ le joaillier Morrett est appelé Thomas. Cette erreur provient de ce qu'on a longtemps voulu voir dans son portrait celui de Thomas More. Nous n'hésitons pas à corriger le prénom. Le personnage est certainement le jeweller Hubert Moreit ou Morel à qui Henri VIII fait payer 242 couronnes en janvier 1532 pour l’acquisition de divers joyaux ( The privy purse expences of King Henry the Eightk. Londres, 1827, p. i8f).

Nous n avons pas a louer ce fier portrait de Morrett. C’est, de l'aveu de tous, un des chefs-d’œuvre du maître.

Holbein connaissait la plupart des orfèvres employés par Henri VIII. Jean d Anvers était son ami et fut môme son exécuteur testamentaire. Ce sont ces

HUBERT MORRETT (Dessin du musée de Dresde.)

habiles ouvriers, savants dans la fonte du métal, dans le repoussé, dans la ciselure. qui ont exécuté les modèles qu'il inventait avec une imagination toujours rajeunie et toujours charmante.

Nous avons parlé ailleurs du rôle considérable qu'a joué Holbein dans les progrès de 1 orfèvrerie en Angleterre. Bien qu'il soit peu décent de se réimprimer, nous reproduisons, avec quelques indications nouvelles, ce que nous

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avons dit autrefois dans un travail spécial, dont le lecteur ne se souvient pas Wenceslas Hollar a gravé, d'après les dessins de Holbein, quatre coupes, quatre aiguières de diverses formes, un vase monté sur un socle et les deux parties les plus importantes d'un hanap, c est-à-dire le couvercle et le pied. D'après l'inscription figurée sur l'estampe, H. Holbein olim delinearit pro Henrico 8, reg-e Angliæ , il était de tradition, au temps de Hollar, que cette maîtresse pièce avait été composée pour le roi. Alors même qu’on ne les jugerait que dans la traduction du graveur de Prague, les dessins de Holbein sont superbes. Le xv" siècle, si surchargé d'ornements et de fioritures, la lourde orfèvrerie d'Augsbourg, n’ont laissé aucune trace dans ces capricieuses inventions du nouveau style. C’est plutôt à l’art italien qu'elles feraient penser. L’intérêt de la forme dérive ici de la simplicité : l’élégance est dans le profil, dans le rythme des courbes qui se déroulent sans complications ambitieuses . Nous donnons le dessin d’une des coupes que Wenceslas Hollar a gravées. Le système do rornemeniation a pour motif principal un travail d'incrustation ou de niellure se détachant en noir sur le fond clair du métal . Holbein a beaucoup aimé ce genre de décoration. Nous le retrouvons notamment dans le portrait de Hubert Morrett, au musée de Dresde. Le personnage tient de ses mains pendantes une courte dague dont le fourreau est ouvragé et comme damasquiné de noir et de blanc.

Holbein n'a pas dessiné seulement pour le roi des coupes, des aiguières, des hanaps. 11 a donné le modèle d'une horloge monumentale qui fut exécutée après sa mort et offerte à Henri VIII par un de ses chambellans. Maiiette est curieux à entendre sur ce point, et il faut 1 écouter, sauf à corriger son récit.

I. Notes sur l’Orfèvrerie anglaise ; Galette des Beaux-Arts ; 2' périoie, tome XVI, page 3 02.

UVE COUPE DE HOLBEIN (D'après la gravure Je Wenceslas Hollar.).

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