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déposé aux pieds de la Madeleine, l'intéressante signature dont nous reproduisons le fac-similé. Le nom est visiblement écrit Holbain, et ce détail concorde avec les indications que nous avons déjà données. L orthographe de ce grand nom fut longtemps llottantc : il appartenait à Hans Holbein le fils d'en fixer la forme définitive.
Dans ces trois tableaux de la galerie d'Augsbourg, dans la Mort de la Vierge du musée de Bâle et dans quelques autres peintures, on reconnaît la caractéristique habituelle du talent du vieil Holbein, c'est-à-dire une certaine vulgarité. 11 est même parfois assez prés de la laideur, et il ne cherche pas toujours la laideur expressive. Ses figures, où le détail est négligemment indiqué, ont la monotomic du cliché courant. Holbein l’Ancien est de ceux à qui l'à peu prés semble suffire. Et cependant — car les contradictions abondent chez lui — il eut, dans une assez haute mesure, le sens du portrait. Lorsqu'il avait sous les yeux le modèle vivant, il en saisissait l'accent individuel; si son pinceau est quelquefois lourd et banal, son crayon a presque toujours de la finesse et de l’esprit : dans 1 intéressante série de ses petits portraits à la mine d’argent, il va droit au caractère typique, il annonce son glorieux fils.
Holbein le Vieux avait un frère, celui que les textes allemands appellent Sigmund. Son existence est constatée par les anciens registres d’Augsbourg ; mais son œuvre est mal connue. Sigismond Holbein paraît cire né vers 146). II passa toute sa jeunesse dans sa ville natale, qii il habitait encore en 1 ^09- A une date qui n’a pas été déterminée, il quitta l’Allemagne et alla se fixer à Berne. 11 y
acquit le droit de bourgeoisie et il y possédait une maison. Le 6 septembre 1 540, il fit son testament, et il a dû mourir peu après, puisqu'un acte authentique du 18 novembre nous montre ses héritiers prenant possession de la petite fortune qu’il avait laissée. Qiiand nous aurons ajouté que Sigismond ne paraît pas avoir été toujours d’accord avec son frère, et qu’il y eut même entre eux un commencement de procès (1517), nous aurons dit, non tout ce qu il faudrait savoir, mais tout ce qu on sait. Il ne nous est pas possible de déterminer avec quelque précision la nature du talent de Sigismond Holbein. La Galerie nationale de Londres possède un portrait de femme qui lui est attribué; mais le conservateur de la galerie, Raph Wornum, reconnaît que cette attribution est absolument conjecturale. Le même écrivain fait mention d’une Vierge couronnée par les anges^ peinture sur fond d’or, qui serait assez bizarrement signée S. Hollhain f.,
et qui se trouvait en i86~ à Nuremberg. Worniim avoue d'ailleurs qu'il n'a point vu cette madone, et nous devons faire le même aveu.
Il se peut que les affaires d'intérêt, de longues absences, l’installation définitive de Sigismond en Suisse aient relâché le lien qui existait d'abord entre les deux frères. Mais ces événements ne se produisirent que dans la seconde période de leur vie. Jusqu'en 1509, Hans et Sigismond vécurent ensemble à Augsbourg. Comme peintres, il appartenaient à la même école. Plus âgés que Durer et que Hans Burgkmair. ils assistèrent, peut-être avec un peu de surprise ou de mauvaise humeur, à la transformation que subissait alors l'art allemand. A la fin du xv' siècle, ils ont dû avoir des idées communes et vivre dans le même idéal. Lorque Holbein le Vieux faisait le portrait de Sigismond, qui se retrouve dans la série des dessins du cabinet de Berlin, rien n'autorise à penser que les deux frères fussent des frères ennemis. Hans était marié, il voyait grandir autour de lui un groupe joyeux de jeunes garçons et de jeunes filles. Sigismond paraît être resté célibataire et on constate, en lisant son testament, que les enfants de son frère n'avaient pas. même après tant d'années, cessé d'être un des soucis de son cœur, Comment croire qu'il ne se soit point associé à la joie de la maison lorsque la famille du peintre d’Augsbourg s'augmenta du fils prédestiné qui devait être un des plus grands maîtres du xvi® siècle, Hans Holbein le Jeune ?
AcoNTER la vie dc Hans Holbein, examiner à loisir son œuvre admirable, ce n'esL pas pour le biographe une joie médiocre. Pourquoi laut-il qu'il soit arreté dés le début par l’étude d'un problème que les plus savantes recherches n'ont pas encore réussi à résoudre d'une manière définitive? L'histoire d'un grand artiste ne va pas sans une date londamcntalc, celle de sa naissance. Or on ne sait pas exactement en quelle année Holbein est venu au monde.
Cette date, qui se dérobe aujourd hui aux investigations des érudits, on a cru longtemps la connaître. Carcl van Mander et tous les écrivains des deux derniers siècles affirment, avec une sérénité parlaite, que Holbein est né en 1498. Le consentement universel avait ratifié cette indication, lorsque vers 1854 elle fut tout à coup déclarée inexacte. Il existe au musée d’Augsbourg un tableau qui représente la Mort de sainte Catherine et qui est authentiquement daté
de I ) I 2. Cette composition avait toujours été attribuée à Holbein le père. Un jour, la peinture ayant été restaurée, on vit apparaître les fragments d’une inscription inattendue : h. holba. in avg. aet svae xvii. Ainsi la Mort de sainte
Catherine était due à un Hans Holbein de dix-sept ans ; l'œuvre, depuis si longtemps donnée au vieux maître d’Augsbourg, devait être restituée à son fils, et l'arithmétique obéissant à des lois impérieuses, le peintre, qui avait dix-sept ans en 1 5 1 2, était nécessairement né en 149 U
La nouvelle date fut acceptée et on la voit figurer encore dans le catalogue du musée d’Augsbourg, publié par M. Marggraff en 1869. Il aurait fallu avoir l'esprit bien mal fait pour révoquer en doute l'autorité de l’inscription si miraculeusement retrouvée.
Mais, heureusement pour l'iiistoire, il y a toujours des sceptiques. On étudiait avec une inquiétude soupçonneuse le Martyre de sainte Catherine de la galerie d'Augsbourg et les quelques mots latins dont cette peinture s’était si tardivement décorée. On attendait la mort de l'ingénieux restaurateur de tableaux qui s’était montré si habile à mettre en lumière une signature aussi surprenante. 11 eut pitié de l’impatience publique : il mourut. Le 12 juin 1871, des incrédules, dont la persistance a droit à un remercîment, soumirent les caractères contestés à une épreuve concluante : quelques gouttes d’essence eurent raison de la supercherie; l’inscription s'elîaça comme par enchantement. Dès ce jour, on a renoncé à prétendre que Holbein est né en 1495, car cette date n’avait pas d'autre fondement que les mots aet sv.\e xvii, mots liigitils et dont la disparition est venue démontrer une fois de plus combien le mensonge est fragile.
Fallait-il, après cet essai malheureux et incorrect, revenir à la date dont nos pères s'étaient contentés, 1498? L’érudition allemande n'y a point consenti. Dans la seconde édition de son livre, Holbein und seine Zeit, M. Alfred Woltmann, qui sait à propos de son héros tout ce qu'il est possible de savoir, propose de fixer à 1497 naissance de Hans Holbein. Cette pro-
position a été acceptée par les auteurs du catalogue du musée de Bàle (1876), et il faut reconnaître que, bien qu’elle appartienne un peu au domaine de la conjecture, elle se présente entourée de vraisemblances qui doivent la faire prendre au sérieux.
Les maîtres naïfs du xv' siècle aimaient à introduire dans la représentation des scènes religieuses leur propre portrait et celui de leurs proches. Holbein le Vieux, qui tenait au passé par tant d’attaches, est resté fidèle à l’ancien usage,
Sur l'iin des volets du triptyque dont le panneau central est consacré à la glorification de la Basilique de Saint-Paul, il '-i plitcc parmi les spectateurs trois figures intéressantes, un homme dans la ibrcc de l’age et deux jeunes garçons. Une tradition dont Texactitude a été constatée permet de reconnaître rautcur du tableau, Holbein le père, dans le personnage aux longs cheveux, à la longue barbe, à la physionomie sympathique, qui assiste dévotement à la cérémonie. Les deux cnlants qui sont debout devant lui sont ses deux fils, Ambroise et Hans. Ambroise était l’aîné ; le père étend la main sur la tête du plus jeune garçon, celui-là meme qui sera le grand Holbein et dont il faut voir ici le premier portrait. Hans s’y montre déjà sérieux, avec une belle petite figure toute ronde et d'un type très allemand. 11 semble avoir huit ou neuf ans ; mais comme on ne saurait déterminer son âge d'une façon tout à ûiit précise ; comme la date présumée du tableau (1504) n'a pas encore été authentiquée par un acte officiel, il n’est pas possible de trouver dans ce concours de circonstances un commencement de preuves et d’en tirer, pour fixer l’époque de la naissance de Hans Holbein, une conséquence indiscutable.
Nous avons ailleurs un renseignement plus éloquent. Il existe au Cabinet des e.stampes de Berlin, parmi les crayons du vieil Holbein, une précieuse feuille de papier sur laquelle sont figurées deux têtes d’enfiints ; iis ne sont pas du même âge ; mais, grâce à la forme particulière du nez, ils se ressemblent comme deux frères. Entre ces deux tètes intelligentes on peut lire en caractères du xvi' siècle, le nom Holbain, et cette orthographe est précisément celle que le peintre d’Augsbourg paraît avoir préférée. Au-dessus du portrait du plus jeune frère, est écrit le prénom Hanns avec le chiffre 14; le nom du frère aîné est à demi effacé : c'est à peine si l’on déchiffre cinq lettres qui semblent devoir être lues... prosy, forme incomplète et singulière du nom Amhrosius. La date du dessin est absolument claire : D’où cette conséquence arithmétique, que Hans Holbein doit
être né en 1497.
A défiiut d’un document irrécusable qui n’a pas été produit encore, nous acceptons provisoirement la date proposée par M. Woltmann.
On n’a point de détail sur l’cnfiince de Holbein le Jeune. Les premières années d'une vie qui devait être si féconde s’écoulèrent doucement dans une maison dont l’art était la joie en môme temps que la suprême ressource, car le vieil Holbein était un rude travailleur, et, si l’on en juge par le nombre de ses œuvres, il ne paraît pas avoir eu le loisir de rêver beaucoup. L’enfant grandit dans l’atelier de son père et sans doute aussi dans celui de son oncle Sigismond,
qui, bien qu’il n'ait pas été récompensé par la gloire, ne semble point avoir été un trop médiocre ouvrier. Il ne pouvait du reste sortir de la maison paternelle pour aller aux écoles sans voir reluire aux boutiques les scintillantes orfèvreries, sans entendre le marteau frapper à coups redoublés les métaux précieux ou le fer. Une promenade dans Augsbourg était alors une leçon. Hans Holbein s'enivra de cet enseignement salutaire. S'il fut, comme on n'en peut douter, l’élève immédiat de son père et de son oncle, il n’en fut pas moins instruit et surexcité par les inlluences ambiantes, par les grands spectacles du voisinage. L'heure était
AMBROISE ET HANS HOLBEIN Dtssin de Holbein le Vieux. (Cabinet des Estampes de Berlin.)
si belle, et la jeune fleur du xvi' siècle exhalait déjà tant de parfums ! Sans parler d Albert Dürer, dont les estampes étonnèrent son enfance, Holbein put voir Hans Burgkmair travailler à Augsbourg dès 1504; il assista aux débuts d’Altdorfer, et il vit ainsi grandir en Souabe une école nouvelle qui s’affranchissait peu à peu des traditions anciennes et qui, dans la représentation du visage humain, s étudiait à souligner l’expression parlante, à marquer fortement l'accent du type individuel. Alors même qu’ils croyaient chercher l'idéal, ces maîtres d'une sincérité implacable étaient essentiellement portraitistes. Leurs tableaux religieux groupent des martyrs qu’on pouvait reconnaître, des saints dont chacun savait
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le nom. Dans l'atelier de son père, à l'église, partout, Holbein a vécu sa première jeunesse au milieu d'une galerie de portraits.
11 dut avoir du talent de très bonne heure. S'il est vrai que le grand Mantegna lut reçu à quatorze ans membre de la corporation des peintres de Padoue, Holbein a pu montrer une précocité pareille et charmer ses compatriotes par des prouesses d'enfant. Ici la certitude manque un peu, car il s est lait entre les œuvres du père et celles du fils des confusions troublantes. Le Martyre de sainte Catherine, du Musée d'Augsbourg, est, comme nous lavons dit. de 1512. Depuis que l’inscription mensongère a disparu, on ne veut plus que cette peinture, d'une exécution d ailleurs assez pénible, soit 1 œuvre d un pinceau de quinze ans. Mais si, à cette date, Hans Holbein ne compte pas parmi les peintres, a-t-on le droit d'en conclure qu'il n'était pas en situation de s inscrire au nombre des artistes en 15 15 ? Trois ans de plus, ce n est rien dans la biographie d'un homme médiocre ; c'est beaucoup pour le développement intellectuel d'un enfant qui est venu au monde portant au cœur la llarame sacrée.
Les historiens se sont demandé s’il tant attribuer au jeune Holbein ou à son père l'ancien retable d’autel conservé aujourd hui à la Pinacothèque de Munich, le Saint Sébastien. On sait de quels éléments se compose cette œuvre importante. Le panneau central du triptyque représente le martyr nu et debout, attaché au tronc d'un arbre. A droite et à gauche, des estafiers vêtus, les uns à la mode du commencement du wé siècle, les autres a la façon des Orientaux chimériques qu’on rêvait alors, dirigent leur flèche contre le patient : au premier plan, un des archers a mis un genou en terre et lait jouer, à titre d'essai, le ressort de son arbalète. Au fond des perspectives d une ville imaginaire avec ses clochers et ses tourelles. La compositiôn n est pas rigoureusement équilibrée ; mais la coloration abonde en tons éclatants.
Ce tableau a deux volets qui, l'un et l'autre, sont peints de chaque côté. Lorsque les volets sont ouverts, on voit à gauche Sainte Barbe, pompeusement vêtue et tenant en main un calice surmonté d'une hostie, à droite la charmante figure de sainte Élisabeth, couronnée, charitable, pensive, et s arrêtant un instant dans sa marche pour verser à boire à des malades. Ces malades, que caractérise un certain parti pris de réalisme, sont des lépreux et ils montrent sur leur visage et sur leurs épaules les stigmates sanguinolents du mal qui les ronge. Les volets fermés font paraître un autre spectacle. A gauche, c est 1 ange de 1 Annonciation, un ange aux ailes découpées comme celles d'un oiseau héraldique, aux amples vêtements qui retombent avec des plis lourds. A droite, c est la Vierge
agenouillée qui interrompt sa prière pour écouter la voix mystérieuse et sur le front de laquelle plane le Saint-Esprit dans un auréole de gloire. Ces deux figures, l'Ange et la Vierge, sont ingénieusement encadrées dans un entourage architectural dont l'ornementation est empruntée au style de la Renaissance.
On sait d’où vient le triptvque de Saint Sébastien. 11 ornait à Augsbourg un des hôtels du couvent de Sainte-Catherine et il avait été peint aux frais d’une des religieuses, Madeleine Imhof. Ce renseignement ayant paru trop vague, on a voulu le préciser; mais les vieux registres du « Katharinenkloster », interrogés de nouveau, n'ont fourni que deux ou trois lignes presque insignifiantes. Le nom du peintre n'est môme pas indiqué. Entre Holbein le père et Holbein le fils, on peut choisir. L'époque à laquelle l’œuvre a été exécutée est également incertaine. Les écrivains allemands pensent toutefois que le retable, commandé en i ) i H placé dans la chapelle en i p 7.
L'auteur du catalogue de la Pinacothèque de Munich, M. Rudolf Marggraff, attribue le fameux triptyque à Holbein le fils. Mais il ajoute à la description sommaire de la composition une conjecture curieuse : « Rien n'empeche de mettre en tait, écrit-il, que ces tableaux sont peints d'après les esquisses originales de Holbein le Vieux. » On pourrait, si le champ des suppositions était ouvert, hasarder une hypothèse plus hardie. Pourquoi le panneau central, le Saint Sébastien percé de flèches., serait-il de la môme main que les deux volets? L'exécution de ces diverses parties du retable est en réalité assez ditférente. En admettant que la scène où se voit le saint martyri.sé est de Holbein le père, on est tenté de supposer que la Sainte Barbe, la Sainte Élisabeth et les deux figures de V .-\nnonciaiion sont de Holbein le fils. Sans parler de la décoration architecturale dont la « modernité » est évidente, la fraîcheur naïve du sentiment, le soin du détail, une coloration relativement claire, une certaine lleur de jeunesse, donneraient à cette conjecture un semblant de vérité. Le vieil Holbein lut rarement exempt de quelques lourdeurs : on retrouve dans le Saint Sébastien ses laçons pe.santes de dire les choses : elles ne se montrent plus dans les peintures des deux volets, et l'on y admire au contraire toutes sortes de légèretés et de délicatesses.
Avouons-le ; la question controversée ne nous jette pas dans des perplexités extrêmes. Q ue dit l'extrait des registres du couvent de Sainte-Catherine? Rien, sinon que Madeleine Imhol a commandé un tableau représentant le Martyre de saint Sébastien. Il est possible que Holbein le Vieux ait été chargé de ce travail ; mais on est autorisé à se demander comment les choses