‹ Hans HolbeinChapitre 5 sur 23 · W. Burger, Musée d'Anvers, 1862, p · texte numérisé non relu

W. Burger, Musée d'Anvers, 1862, p

musée d’Anvers était mieux qu’une copie? L'œuvre a de la signification, elle ne reproduit pas textuellement les types connus; l'original, s'il existe, n'a pas encore été retrouvé. Qu'une conjecture nous soit permise : le tableau d'Anvers semble un tableau inachevé, une sorte de préparation poussée assez loin et à laquelle il manque l’épiderme et l’enveloppe. La note brune y domine curieusement, et l’on sait que, pendant une période de sa vie, le maître a beaucoup cherché ces colorations à la vénitienne. Combien cette peinture, aujourd’hui peu vantée, deviendrait précieuse, si l’on découvrait un jour que le musée d'Anvers possède un Holben commencé !

Nous n’en avons pas fini avec Érasme. Après l’avoir si souvent représenté en buste, Holbein l’a figuré en pied, debout, dans sa robe à larges manches, appuyant sa main droite sur un terme dont le torse coupé à la ceinture est posé sur un socle de style antique. La tête de cette statue tronquée est comme vivante ; elle garde dans son immobilité un sourire amer. Érasme, déjà vieux, est calme, avec cette vague expression de tristesse, si fréquente chez ceux qui, ayant beaucoup cherché, n’ont pas trouvé toujours. Le philosophe est placé au milieu d'un encadrement architectural de la plus fière élégance : deux figures d’homme, enfermées dans des gaines, décorent les pilastres; l’arcade qui couronne ce portique imaginaire s’enrichit de fleurs et de fruits retombant en guirlandes, de génies porteurs de cornes d'abondance et d’un Amour tenant suspendu sur la tête du philosophe un cartouche découpé où se lit sous une forme abrégée le nom d’Érasme de Rotterdam. Cette fois, il ne s'agissait pas d’une peinture, mais d’un dessin, qui demeure une des plus heureuses conceptions de Holbein, une de celles qui caractérisent le mieux le style de son invention décorative. Ce dessin fut admirablement gravé sur bois, et — relique vénérable — ce morceau de bois, si vaillamment taillé par une main inconnue, existe encore au musée de Bàle. Les années, les siècles ont passé sur ce chef-d'œuvre de la gravure, et le type, resté intact, fournit des épreuves d’une netteté parfaite. Holbein, qui, pour les frontispices qu’il confiait à Froben, n’avait pas toujours été bien traduit, a trouvé ce jour-là un interprète digne de son mâle talent.

Érasme ne savait pas seulement rendre Holbein sérieux et lui inspirer des portraits pleins d’une intimité pénétrante ou voisine de la grandeur, il avait aussi le don de le faire sourire. Holbein égayé, satirique, presque caricatural, ne nous est pas encore connu : nous allons le voir à l’œuvre. Dans le milieu où il vivait, le peintre entendait constamment parler du livre d’Érasme, ÏEloge de la

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