TABLEAU : MUSÉE DE L’ACADÉMIE
Le ^lusée de l’Académie ne renferme qu’une seule œuvre de Memlinc : un triptyque (IL U“21; L. centre, ; volets, 0’"69) qui ornait primitivement l’autel des Saints Maur et Gilles dans la chapelle fondée par Guillaume Moreel à l’église Saint-Jacques.
Sur le panneau principal sont Saint Christophe, Saint Maur et Saint Gilles. Saint Christophe, au milieu, vêtu d’une robe bleue à doublure jaune et d’un grand manteau rouge, traverse un Üeuve en portant l’Enfant Jésus sur ses épaules. Il lève les yeux pour regarder l’Enfant merveilleux, ne pouvant se rendre compte du poids qui l’accable, et s’appuie sur une longue branche d’arbre qui lui sert de bâton. Le petit Jésus, enfant doux et gracieux, couvert d’une draperie vert-foncé, bénit le saint et s’attache de la main gauche au bandeau qui enveloppe sa tête. Dans une grotte creusée dans les rochers qui bordent la rivière, un ermite soutenu par une béquille élève de la main droite, une lanterne allumée. Sur le même plan que Saint Christophe, à di’oite, on voit Saint Maur. II. a l’habit monacal tel que les Bénédictins Allemands le portaient, tunique blanche, scapulaire et coule noirs. La tête est découverte et les yeux sont fixés sur un livre ouvert tenu de la main gauche ; la main droite tient une crosse dont la douille est ornée de statuettes de saints et la volute, d’une figure de David déchirant le
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lion. A gauche, Saint Gilles l’ermite, avec un habit religieux noir, porte un livre fermé dans la main gauche, tandis (pie de la droite il caresse une biche qui se tient près de lui. La manche droite de son habit est percée d’une tlèche. Le sol, dans l’avant-plan, est émaillée de violettes, de fraises, de marguerites et d’autres Heurs. Saint Christophe se détache sur l’eau de la rivière et sur un ciel éclairé des feux du soleil couchant. Saint ^laiir et Saint Gilles se détachent sur un paysage boisé, bordé du côté de la rivière de masses rocheuses.
Le volet de droite porte à l’intérieur le portrait du donateur accompagné de ses cinq fils et protégé par Saint Guilfaume son patron. Guillaume Moreel est agenouillé, les mains jointes, devant un prie-dieu en bois sur lequel on voit un livre d’heures ouvert, placé sur un coussin rouge. 11 a la barbe rase et les cheveux noirs coupés sur le front ([u’ils recouvrent aux trois-quarts. Il porte une robe de drap rouge, doublée de fourrure et légèrement entr’ouverte sur le devant. Derrière lui se trouve debout Saint Guillaume de ^laleval, fondateur de l’ordre des Ermites dits Guillelmites, vêtu de l’habit religieux noir sur un costume guerrier. Le Saint a la main droite sur l’épaule du donateur, tandis que de la gauche il tient un drapeau chargé des armoiries de l’ordre : <ïazur semé de Heurs de lys d’or, au canton d'^argent chargé de trois croissants d’or mis en bande. A ses pieds se trouve le diable sous la forme d’une bête hiuve. Dans le paysage de fond on aperçoit à droite, un château entouré de fossés et â gauche, une ferme et une })etite église cruciforme surmontée d’un clocher à l’intersection du transept.
Sur l’autre volet se trouve le portrait de la donatrice accompagnée de ses onze filles et protégée par Sainte Barlie ; elle est aussi à genoux, les mains jointes, devant un prie-dieu sur le(|uel sont un coussin bleu et un livre
TAIÎLEAU : MUSÉE DE l’ ACADÉMIE
ouvert. Elle est coiffée d’iiii lieiiiiiii noir surmonté d’im voile de gaze ({ui couvre uii tiers de la ligure. Elle a une robe en damas de soie noir, bordée et doublée de fourrure blanche, et une robe de dessous noire, ouverte en carré sur la poitrine que recouvre une chemisette en toile fine. Sa ceinture est un très large ruban écarlate garni d’iiiie boucle en or d’un beau travail. L’annulaire de la main gauche a deux bagues. Derrière la donatrice se trouve debout sa patronne. Sainte Barbe, tenant une petite tourelle de la main droite couverte de son manteau. Elle est vêtue d’une cotte en brocart de velours, or et noir, très décolletée, fermée par un lacet sur le devant; sous cette robe elle porte un corsage et des manches en velours de soie cramoisi. Pour ceinture elle a un ruban rose posé à plat sur les hanches et se terminant en une riche agrafe garnie de rubis et de perles, d’où pend une chaîne en or. LTne chemisette en batiste et un ample manteau de drap rouge, doublé de vert, complètent son costume. Sa longue chevelure qui inonde ses épaules est retenue par une ferronnière étroite richement garnie de pierreries. Derrière la donatrice sont agenouillées ses onze filles, dont Tainee porte l’habit d’uue religieuse de l’ordre de Saint Dominique. Le fond est un paysage avec un château et des arbres.
Le chanfrein inférieur de chacun de ces trois panneaux porte la date 1484. »
Au revers du volet de droite se trouve peint en grisaille Saint Jean Baptiste, debout, tenant une longue croix à bannière flottante et montrant de la main droite l’agneau qui se trouve à côté de lui. Le revers de l’autre volet montre Saint Georges, debout, armé de toutes pièces, transperçant de sa lance la tête du dragon.
Ce tri[)tyque est une des meilleures œuvres de Memlinc. La composition en est excellente, la manière hardie ; aussi le peintre a-t-il moins sacrifié ici à la symétrie que dans le
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tripty(iuo • (le la Madone entourée de saints qui ornait autrefois le maître autel de l’église attachée à l’Hôpital Saint-Jean. La tête de Saint Christophe est belle, fine, pleine d’intelligence et de vie. La tête et la main gauche de Saint Gilles, la tête de Saint Maur et celles du donateur et de son fils aîné sont aussi d’admij’ables morceaux. La rivière, au premier plan, est peinte avec une vérité remarquable ; les ombres projetées j)ar les rochers (pii la bordent ainsi que par le corps de Saint Christophe, sont rendues d’une manière savante. Dans le fond, la rivière devient claire et brillante, rédéchissant les lueurs du soir, ^falheureusement le talileau n’a pas été épargné ni par le temps ni par les restaurations; le bas du visage d’un des iils du donateur a été maladroitement repeint, et l’ancien glacis coloré enlevé, ce qui a refroidi le ton de l’intérieur du triptyque. On remanpie au bras gauche de Sainte Barbe et au liras droit du donateur des retouches de l’auteur. Les figures de Saint Jean Baptiste et de Saint (ieorges nous semblent postérieures aux autres jiarties du tableau; elles ont ])robahlcment été ajoutées en 1504 aux frais des deux tils du donateur, Jean et Georges Moreel*. La figure de Saint Jean est on grande partie repeinte; les doigts de la main droite ont été allongés et le pouce raccourci ; on peut encore distinguer le travail primitif sous les- retouches qui peut-être sont de l’auteur.
Lorsque l’église Saint-Jacapics fut arbitrairement cédée aux Calvinistes par le magistrat de la ville en 157S, ce trijityque fut réfugié à l’Hospice Saint-Julien; })lus tard il fut placé sur l’autel de la cluqx'lle attachée à c(*tte
1. \o\y Le ii, 179-10(), Prudes, 18tî5, où se trouvent repro-
duits les docunients ayant rapport à ce tableau et à la bmdation de la chapelle dont il ornait l’autel, ainsi (pi’uue g-énéalogie de la famille Moreel.
TABLEAU : MUSÉE DE l’ ACADEMIE
iustitutioii, et lors de la reconstruction de cet autel il fut transporté dans la salle de réunion des tuteurs de la maison. En 1794 les Français s’en emparèrent et le transportèrent à Paris d’où il revint en 1815. Au lieu d’être restitué à l’église Saint-Jacques ou a l’Hospice Saint-Julien, il fut confié avec d’autres tableaux précieux à l’Académie. Placés par la direction de cet établissement dans une salle mal éclairée de la liaison des Bourgeois (Fooriers Loyie) ces tableaux ont été en 1892, transportés dans le local où ils se trouvent actuellement. Nous ne connaissons aucune ville où des trésors de si haute valeur seraient remisés dans un local aussi peu digne. Il est vraiment regrettable que la Junte de l’Académie, comme l’Administration communale, paraissent ignorer la grave responsabilité qui pèse sur elles quant à la conservation des chefs-d’œuvre dont ils n’ont que temporairement la garde.
Il importe de signaler cette situation d’autant plus grave que plusieurs de ces tableaux que nous pourrions désigner, ont eu à subir, à une date assez récente, des restaurations confiées à des 'mains jugées assez prudentes et assez habiles, simplement parce qu’elles étaient brugeoises^.
2. Un tableau important de la fin du rpiinzième siècle, représentant la mort de la Sainte Vierge, jadis délicieux de ton. a subi en I860 un nettoyage fait par un restaurateur inintelligent qui en a enlevé les glacis. Actuellement ce tableau, lavé à outrance, montre des chairs blêmes comme celles de fantômes, et des draperies bleues qui offensent le regard.
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liîi série de tableaux que nous venons de décrire, permet parfaitement d’apprécier à la fois le talent et la manière de Memlinc considéré comme peintre de sujets et comme portraitiste. Les retables de rilôj)ital et de l’Académie sont, sous le rappoi’t des dimensions, deux de ses œuvres les plus importantes, tandis que la châsse de Sainte Ursule nous le montre comme un miniaturiste des plus habiles.
Memlinc, en cherchant à atteindre une symétrie parfaite, a ]>arfois donné à ses figures un air un peu contraint ; mais dans ses tableaux les plus récents il a su éviter ce défaut. Ou aurait do la peine à grou}>er des ligures plus naturellement que ce maître l’a fait sur les panneaux de la célèbre châsse ; alors même (ju’il a été obligé de représenter un nombre considérable de personnes sur une surhice de dimensions restreintes, comme sur les volets du retable de l’Académie, il est parvenu à les grou])er avec tant d’art qu’il sei’ait diihcile de se ligurer une disposition i»lus l)arfaite.
Nulle part mieux qu'à Lruges on ne [)cut comparer Memlinc avec les gi-ands maîtres de l'école Néerlandaise, notamment avec Jean van Kvck et Oérard Oavid. Le musée de l’Académie conserve le tableau le i)lus important qu’ait signé Jean van Piyck, au moins pour ce qui concerne la dimension des ligures; tableau magistral, d’une conception grandiose et d’une exécui ion absolument sui)érieure. ha