ET PERSIC A, AN : ANTE
Christ : nat : 2040.
Sur le bord inférieur du cadre est peinte une banderole chargée des ])aroles prophéti(pies de cette sibylle :
TABLEAUX : HÔPITAL SAINT-JEAN
ECCE BESTIA CONCVLCABERIS, GIGNETVR DNS IN ORBEM TEllRARVM,
ET GREMIV VIKGINIS ERIT SALVS GENTIVM, INVISIBILE VERBV PALPABITVR.
Ces inscriptions paraissent avoir été ajoutées au seizième siècle. La jeune femme représentée est Marie, deuxième fille de Guillaume Moreel, seigneur d’Oost - Cleyhem, bourgmestre de Bruges en 1478 et 1483, et de sa femme, Barbe de Vlaenderberch, dite van Ilerftvelde.
Le quatrième tableau est un triptyque (IL 0”44; L. centre, 0’"36; volets, 0"44), peint pour le frère Adrien Reyns, qui fit sa profession en 1479 et mourut en 1490. Ses initiales et la date 1480 se trouvent sur le cadre.
Le panneau central représente la Déposition du Christ. La Sainte Vierge est à genoux, les mains jointes; sa figure réflète une douleur tranquille mais profonde. La Mère de Jésus se penche vers le corps de son Fils couché sur un linceul, la tête soutenue par Saint Jean qui enlève avec une pieuse tendresse la couronne d’épines du front de Notre Seigneur. A gauche, un peu en arrière. Sainte Marie Madeleine contemple le Sauveur, en pleurant et en se tordant les mains. Au meme côté, on voit Joseph d’Arimatliie et Nicodème occupés à préparer le sépulcre dans un enclos au pied d’un rocher. Un bassin en cuivre et un vase en grès se trouvent tout près sur le sol. Au milieu, sur un monticule, on aperçoit bipartie inférieure d’une échelle appuyée contre l’arbre de la Croix. A droite un homme s’achemine vers une ville fortifiée située à l’arrière-plan.
Sur le volet de droite, le donateur, qui a une figure vulgaire et peu sympathique, prie à genoux. Il est protégé par Saint Adrien revêtu d’une armure en acier et d’un manteau attaché sur l’épaule droite. Le saint est
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coiffé d’une casquette et tient de la main droite une épée, et de la gauche une enclume, emblème de son martyre ; c’est en effet sur une enclume que ses persécuteurs lui ont tranché les mains. Sur le volet de gauche se trouve Sainte Barbe qui de la main droite soutient une petite tour.
Sur l’extérieur on voit Sainte Wilgeforte tenant une croix de Calvaire, et Sainte Marie d’Egypte portant trois pains.
Le ton de rensemble est rougeâtre. La composition du sujet principal n’est guère heureuse. Quant au paysage il manque des belles qualités qui distinguent les autres tableaux du maître conservés dans cette même salle. C’est tellement évident qu’on doute presque de l’authenticité du triptyque. Il est vrai qu’il a beaucoup souffert de nettoyages et de restaurations. La figure de Sainte Barbe' est la partie la plus réussie de cette œuvre.
Le cinquième tableau est un diptyque dont chaque panneau a quarante-quatre centimètres de haut sur trente trois de large. Il représente sur le panneau de droite la Sainte Merge avec l’Enfant ; sur l’autre, Martin van Nieuwenhove, fils de Michel et de Katherine van Belle, sa femme; né le 14 Novembre 1463, il fut élu échevin de la ville en 1492, chef-homme en 1495, et bourgmestre en 1497. Il épousa Marguerite de Ilaultrain, fille deGuillaume, et mourut le 16 Août 1500.
Dans une salle éclairée par plusieurs fenêtres, on voit la Sainte Vierge assise; de la main droite elle soutient l’Enfant Jésus posé sur un coussin placé sur une table couverte d’un tapis oriental. Il tend la main pour prendre une i)omme que sa mère lui offre. Sur l’autre panneau Van Nieuwenhove est représenté à genoux, les mains jointes en prière ; un livre d’heures, avec fermoir d’or orné d’un écusson émaillé chargé de ses armoiries, est ouvert devant lui sur la table. La partie supérieure des
TABLEAUX : HÔPITAL SAINT- JEAN
fenêtres est ornée de vitraux peints, tandis rpie le chassis inférieur est ouvert à l’exception de celui de la fenêtre à droite de la Vierge dont les volets sont presque fermés, contre ceux-ci est suspendu un miroir convexe reflétant les figures et la chambre où celles-ci se trouvent. La fenêtre à gauche de la Vierge donne sur un joli paysage où l’on voit une paysanne portant un panier sur la tête et s’acheminant sur une route qui serpente entre des bois ; plus loin on aperçoit un homme sur un cheval blanc et, dans le lointain, une ville. De la fenêtre qui est derrière le donateur, la vue donne sur une rivière coulant entre deux grandes tours carrées réunies par un pont en bois sur lequel se promènent trois hommes et une dame ; sur l’eau on voit des cygnes. Le partie supérieure de la môme fenêtre est ornée d’un vitrail représentant Saint Martin à cheval partageant son manteau avec un mendiant. Des rondelles, sur lesquelles sont peints Saint Georges et Saint Christophe, ornent la fenêtre à gauche de la Vierge ; la partie supérieure de la fenêtre à sa droite est occupée par les armoiries du donateur ; un écusson qui porte à'^azur à trois pals retraits d’or en chef, et une coquille {['argent en pointe chargée d’un annelet d’or conmme brisure, timbré d’un heaume avec son bourlet et ses lambrequins à'aznr et &\irgent^ ayant pour cimier un léopard issant colleté d’or ; tout autour se trouvent quatre rondelles chargées de l’emblème adopté par le donateur : une main issant du ciel et laissant tomber de l’or parmi les fleurs qui croissent sur le sol ; sous l’écusson se trouve la devise de la famille : IL Y A CAUSE ; le tout sur un fond de bandes d’ornements entrelacées; ce vitrail est fort remarquable comme dessin et pourrait bien avoir été inspiré par la vue de vitraux Italiens. Peut-être Memlinc avait-il vu les vitraux “atraillés de rubans” peints par un Italien pour orner un pavillon que Charles le Téméraire fit faire en 1475.
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Ce diptyque fut achevé en 1487, quand le donateur avait 23 ans, il naquit en effet le 14 Novembre 1463. Le cadre porte cette inscription : hoc • opvs • fieri * fecit • MARTINVS • D®* NEWENHOVEN ’ ANNO * DM * 1487 * AN® * VEIIO * ETATIS • SVE • 23.
La châsse de Sainte Ursule est l’œuvre la plus renommée de Me inline. Ce reliquaire en bois de chêne a la forme d’un édicule gothique avec un toit terminé à chaque extrémité par un pignon soutenu par des contreforts ; ceux-ci sont ornés des statuettes de Sainte Agnès, Sainte Anne, Saint Jean l’Évangeliste et Saint Josse. Les faces latérales sont divisées en trois par des colonnettes reliées entre elles par des arcs cintrés ; le toit est orné à sa naissance d’un crétage sculpté ; un autre plus riche le couronne.
A la tète de la châsse, ^lemlinc a peint la Sainte Vierge debout dans une absidiole éclairée par trois fenêtres de style flamboyant. Elle porte l’Enfant Jésus sur le bras droit ; il tient un œdllet dans la main droite, et de l’autre prend une pomme que sa mère lui offre. A chaque côté, une religieuse à genoux prie, les mains jointes; ce sont sans doute les sœurs Jossine van Dudzeele et Anne van den Moortele^ A l’extrémité inverse, dans une chapelle pareille à l’autre. Sainte Ursule debout, une flèche, emblème de son martyre à la main droite, abrite dix de ses compagnes sous son manteau.
L’arcade sur chacune des faces latérales encadre trois tableaux qui représentent les priacipaux épisodes de la légende des onze mille vierges. Dans ceux-ci Memlinc peint la légende telle qu’elle était répandue parmi le
5. La sœur Jossiiio, fille de Jeau vau Dudzeele, fit sa profession en 1478 et fut prieure de 1489 jusipi’à sa mort. Aune van den Moortele, admise dans la communauté en 1480, mourut en 1490.
TABLEAUX : HOPITAL SAINT-JEAN
peuple de son temps, c’est à dire faussée par les visions de Sainte Elisabeth de Scliœnau et du bienheureux Herman tToseph de Steinfeld. Le premier tableau représente l’arrivée des pèlerins à Cologne. Deux vaisseaux sont arrêtés à côte du quai. Sainte L^rsule débarque, une de ses compagnes porte la queue de sa robe, une autre sur le quai lui tend les bras et paraît la féliciter. Toutes ont l’air joyeux ; elles se préparent 5 entrer dans la ville par la porte crénelée qui se dresse au bord du quai. Dans les vaisseaux les marins débarquent les bagages. Au fond se dessinent le chœur, et la tour inachevée de la cathédrale, les églises de Saint Martin le Grand et de Saint Séverin, et le Bayenthurm. A gauche, par les fenêtres ouvertes d’une maison, on voit L^rsule assise dans son lit et un ange qui lui apparaît pour annoncer son martyre. Elle joint les mains tenant les yeux fixés sur lui, tandis qu’une de ses compagnes agenouillée à côté du lit, prie dévotement.
Le deuxième tableau nous montre l’arrivée des pèlerins à Bâle. Ici tout est en vie et en plein mouvement ; les matelots roulent les voiles; Ursule, aidée par deux de ses compagnes, débarque, plusieurs sont déjà sur le quai, d’autres attendent leur tour pour descendre à terre. La ville est représentée par une grande église avec trois hautes tours, un beffroi et de nombreuses maisons entourées d’une enceinte fortifiée dont la porte donne sur le quai, ville de fantaisie qui prouve que Memlinc n’avait pas remonté le Rhin jusqu’à Bâle. A gauche, au deuxième plan, on retrouve les pèlerins qui gravissent la route conduisant vers les montagnes dont les cîmes élevées blanchies par la neige bordent l’horizon.
Le troisième tableau représente l’arrivée de la pieuse compagnie à Rome. Le Pape, suivi des cardinaux est sorti de l’église et, debout sur le perron, bénit les pèlerins
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et prend les deux mains d’Ursule, agenouillée sur la marche en avant du groupe. A droite, au deuxième plan, on voit une longue rue par laquelle les retardataires qui viennent de franchir les portes de la ville, pressent le pas pour rejoindre leurs compagnes. A gauclie, à l’intérieur de l’église, au premier plan, les uns reçoivent le baptême l)ar immersion ; un prêtre enlève le saint chrême du front d’une néophyte ; dans le fond, un homme se confesse, et Sainte Ursule communie.
Au dernier plan, • à l’extrême droite du quatrième tableau, on voit les pèlerins s’acheminant vers Bâle, figurée ici par une ville d’un tout autre aspect que dans le deuxième tableau. Au premier plan, le Pape et sa suite s’embarquent ; les pèlerins attendent leur tour sur le quai, d’autres arrivent par la porte construite sur le rivage. Tout au premier plan, on voit le Pape assis entre deux cardinaux, avec un évêque et des docteurs derrière eux dans la même barque, tandis que les vierges se tiennent à la proue ; Ursule, les mains Jointes, écoute les paroles que le Saint Père lui adresse. A gauche, on aperçoit le vaisseau descendant le Rhin à pleine voile. A droite, un bâteau à rames avec d’autres personnages suit le i)remier vaisseau.
L’arrivée des pèlerins à Cologne et leur martyre forment le sujet des deiLX derniers tableaux de la série. Au fond, une belle vue de la ville, d’abord à droite, le Bayenthurm, les églises de Saint Séverin, Sainte Marie im Capitol, Saint Martin le Grand et la cathédrale. Au cinquième tableau on voit les deux vaisseaux accostés au rivage ; deux archers sur l’avant-plan tirent sur les vierges ; d’autres, armés de massues et d’épées se ruent sur elles. Ursule soutient une de ses compagnes qui tombe en arrière, transpercée i)ar le glaive d’un des barbares. Sur le sixième tableau, devant des tentes dressées sur le rivage, Ursule est amenée devant le chef entouré de ses
TABLEAUX *. UUPITAL SAINT-JEAN
soldats. Elle lève la maia droite et reluse les propositions que le tyran lui fait ; une de ses compagnes les mains jointes, et un conseiller l’ont suivie ; un archer bande l’arc et va lui donner la mort.
Pour cet archer Memlinc reproduit assez exactement le portrait de Zelim ou Dschem, frère du Sultan Bajazet, qui étant pris captif à Rhodes en 1482, fut envoyé par le grand maître de l’ordre de Saint Jean à Rome au pape Alexandre VI. Ce pape le remit à Charles VIII, roi de France, lorsqu’il quitta Rome pour se rendre à Naples. Dschem mourut en cette dernière ville le 25 Février 1495. La preuve de la sensation que produisit ce Turc à Rome, se trouve dans les nombreuses descriptions que des contemporains nous ont laissées de son aspect extérieur. La plus curieuse de ces descriptions se trouve dans une lettre que le célèbre peintre André Mantegna adressa le 15 Juin 1489 à François Gonzague, marquis de Mantoue. “Le frère du Grand Turc”, écrit-il, “ demeure ici dans le palais, sous bonne surveillance. Notre seigneur lui permet les distractions les plus variées ; des parties de chasse, de musique, des banquets et autres choses semblables. Parfois il vient prendre ses repas dans le nouveau palais où je suis occupé à peindre, et pour un barbare, il se comporte fort bien. Son attitude est pleine de majesté et de herté.... Il tient les yeux ordinairement à mi-fermés ; il est d’une nature cruelle, et l’on assure qu’il a déjà tué quatre personnes, et ces jours derniers il a fortement maltraité un interprète.... Il a un visage terrible, surtout après les visites do Bacchus^”.
5. “11 IVatello del Turco è qui nel Palazzo del Nostro Signore molto l)eii guardato. II nostro Signore gli d;i spassi assai di moite qualità, cioè cacce, suoni, canti e similia. Spesse hate viene a mangiare qui nel Palazzo nuovo dove io dipingo, e secondo barharo, boni modi tiene. Ha una certa maestii superba, e mai si cava di capo berrotta al Papa i)ercbè non I’lia, in modo die meno a lui si cava cappuccio.
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Le toit est orné de six médaillons, im grand entre deux de moindre dimension sur chaque versant. Au milieu de Tun, le Couronnement de Notre Dame et au milieu de l’autre, Sainte Ursule au ciel entourée de ses compagnes, derrière lesquelles on voit le pape, un évêque et quelques })ersonnages de leur suite. Les quatre autres médaillons sont remplis par des anges vus de trois quarts. L’un d’entre eux vêtu de l’aube et de la cliappe joue une vielle : les autres ne portent que l’aube : deux jouent du psalterion et du luth ; le (piatrième touche un orgue portatif.
Mang-ia ciiuiue fiate al g-iorno, e dorme altrettaiito, beve acqua inanzi jtasto corne zuccaro drento }>er la simia. J)ipoi mangiando tocca la ti-omba vitriola, e (piesto avviene per dire non portano Zupone. Sono scliietti nel mezzo, non voglio dire corne è un grano di orzo, ma corne è iina botte veneziana. lia un occhio che tra di stombechina ; spesse volte el tien serrato, e quando l’apre, ha quasi del fra Rafaele : fa molto del grau maestro non avendo nulla. Ha una andatura da elefante ; li suoi molto lo commendano, e dicono che in speoialità sta beuissimo a cavallo. Questo esser parerà ; mai non l’ho veduto nè staffigiare nè far pruova niuna. Crndelissimo uomo, ed ha ammazzato da (piattro uomini insuso, e seconde si dice dipoi che furono inorti, non camparono quattro ore. Un di questi giorni dette di inolti j)ugni ad un suo interprété, in ,modo che bisognorono portare al hume, acciô che potesse ressumere le forze perse. Credesi che Bacco
10 visiti spesse hate. In somma temuto è dalli suoi. Fa poco conto d’ogni cosa, corne celui che non intende, nè meno ha giudizio. La vita sua è al modo suo. Dorme vestito, dà audientia a sedere corne stanno
11 l’arti cum gnmbis incrosatis. Porta in cai)0 trenta millia canne di tela lodesusana ; un paro di calze cosi lunghe porta che gli atteggia per non esser veduto, et totam facit stupire briyatam. Corne io el veda subito lo mando disegnato alla Eccellenza V. Il manderia al présenté, ma non The ancora ben accolto, i)erchè (quando fa un sguardo, quando un altro j)rop:’io da innamorato, in modo che io nol posso pigliare in memoria. In somma ha un vise terribile, massimo quando Bacco lo visita.” Bott\ki, HaccoUa di Lettere siilla Pintuvii, ScuUura ed Architettura, viii, 24. Milano, 1825. Des détails intéressants qui concordent assez bien avec les renseignements contenus dans la lettre de Mantegna se trouvent dans deux chroni(]ues romaines contemporaines publiées par Muuatoui, Scriptores Renim Itaïicnntm {Diarium Homanum Anon. Ill, ii, 1100, et Infessura Diar. Jxom. Il, 1224).