‹ Hans Sachs: Et La ReformationChapitre 10 sur 12 · APRES · texte numérisé non relu

APRES

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Ut sptegel et les aveugles, L'abbé à Wildbad, Le moine et le chapon, Le curé et le moine mendiant. »

Par un contre-coup tout naturel, ces moqueries, en jetant le discrédit sur le clergé catholique, ne pouvaient que donner un nouvel éclat à la conduite honnête des évangéliques sincères.

$ 2. — Aftachement de Hans Sachs à Luther èt à sa doctrine.

1° Aftachement à Luther. — Ce qui nous attire tout

particulièrement dans le poète Hans Sachs, c'est son affection pour Luther. Cette affection se manifeste à tous les moments de sa vie, dans ses actes, dans ses idées, et jusque dans ses goûts. Luther avait remis en honneur le dogme de la justification par la foi seule, Hans Sachs en fit le fondement de sa vie chrétienne. Luther avait les sectes en horreur. Hans Sachs n'a pas cessé de les combattre. Mais c’est jusque dans les détails mêmes que nous trouvons une communion d'idées entre les deux hommes. On sait comment Luther combattit les juristes; Hans Sachs les attaqua dans plusieurs de ses poésies, et particulièrement dans le schwank intitulé : Le meunier et l'étudiant (1).

Toutefois, le témoignage le plus probant de cette affection se trouve dans Les doléances sur la mort du docteur Martin Luther (2). 1546. La douleur inspire au poète des pensées touchantes.

(1) Col. Philipp Reclam, p. 208.—(2) Col. Kürschner, p. 267.

Écoutons la plainte de la « Théologie » auprès du corps de Luther : « Te voilà couché sans vie, héros fidèle et vaillant, choisi par Dieu le Seigneur pour combattre en ma faveur et vaincre mes ennemis par sa Parole. J'avais été tellement tourmentée, tiraillée, blessée, maltraitée par les doctrines humaines et impies de mes ennemis, que l'on pouvait à peine encore me reconnaître. Tu m'as pansée, tu m'as guérie, je suis forte, je suis tout à fait pure et resplendissante comme au premier jour. Mais pour cela tu as risqué souvent ta vie, car le pape, les évêques et les princes avaient soif de ton sang et te dressaient des embûches. Comme un héros de Dieu, tu est resté véridique, fidèle et constant. Le danger n’a pas pu te détourner de Dieu le Seigneur ni de moi. Qui sera mon défenseur, maintenant que tu n'es plus? Que je vais être malheureuse abandonnée au milieu de mes ennemis! »

2° Attachement à la doctrine luthérienne. — Il est bien naturel que Hans Sachs soit resté fidèle à la doctrine de Luther, comme il est resté fidèle à Luther luimême. Un détail intéressant à signaler, c’est que, dans les œuvres de la deuxième période, le poète parle du salut par la foi, sur le même ton que nos prédicateurs {1). On trouve dans ses poésies de véritables petits sermons, dont voici quelques fragments:

(1) Dans un prochain paragraphe, nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet.

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« Puisqu'il n'y a pas ici-bas de patrie durable, puisque chaque homme a sa fin et doit mourir un jour, que l’on se résigne donc, afin qu’au temps où la mort viendra, elle ne soit pas quelque chose de pénible, car, après cette vie passagère, il y aura pour lui (pour le chrétien) une vie éternelle et bienheureuse avec toute l’armée des élus. » Discussion entre la mort et la vie naturelle).

Les mêmes idées de foi et de confiance en Dieu se retrouvent dans une des dernières poésies de Hans Sachs : Toutes les œuvres de Dieu sont bonnes pour celui qui les considère avec intelligence (2). « Christ, y est-il dit, est notre seul intercesseur dans toutes nos détresses; il est le seul médiateur entre nous, qui sommes pécheurs, et Dieu. »

La conclusion qui suit chaque récit biblique nous semble avoir été le résumé des méditations que le cordonnier faisait le soir en famille après la lecture de l’Ecriture sainte. Cet homme avait l’étoffe d'un prédicateur. Il semble lui-même en avoir eu conscience en composant le Contenu de deux sortes de prédications (1529) (3).

Voici, tout d’abord, le sermon du prédicateur évangélique : « Enfants de Christ, écoutez avec attention et recueillement la sainte parole de Dieu. L'homme né

(x) Keller, I, 442.

(2) Collection Philipp Reclam, p. 240.

(3) Kel, I, 397.

d’une femme est corporellement sous la colère de Dieu dont il ne peut observer la Loi. »

Dès qu’un tel homme a compris sa misère, il est profondément malheureux jusqu’à ce qu'il se confie en Christ, qui a lui seul accompli toute la Loi par sa propre puissance. Une fois qu’il possède cette assurance, les

épreuves les plus cruelles ne peuvent le faire douter de

la bonté de son Père céleste. Son bonheur se répand en bienfaits à l'égard du prochain. « C’est en cela que consiste une vie vraiment chrétienne. »

Le « prédicateur papiste » tient un tout autre langage : « Chétiens, écoutez ce que vous disent Dieu et les commandements de l'Eglise romaine, tels que le pape les a établis. » Dieu a pourvu les ecclésiastiques de privilèges qui les placent au-dessus du reste des mortels. Le devoir du chrétien consiste à vénérer ses chefs spirituels, et à s'acquitter scrupuleusement des ordonnances de l'Eglise, qui est infaillible comme le pape.

Le poète termine par cette brève conclusion : « Et maintenant, chrétien fidèle, juge avec sagesse quelle est la vraie doctrine. » |

On ne peut avoir une idée précise de l'effet produit par une telle poésie, si l’on ne sait sous quelle forme elle fut livrée au public. Elle parut sur une feuille volante imprimée.d’un seul côté. Hans Sachs employa le même procédé pour un grand nombre de ses poésies. Ces Eïinblattdrücke (publications faites sur une seule feuille) avaient généralement la grandeur de nos images

d'Epinal {r). Les éditeurs les ornaient d’une gravure plus ou moins grande, qui parfois occupait la moitié de la page. Les ouvriers, les paysans fixaient ces feuilles aux murs et aux portes de leurs chambres. L'importance de ce détail pour l'éducation du peuple est facile à comprendre. Parents, enfants, visiteurs ne pouvaient manquer d'en tirer un enseignement religieux ou tout au moins une lecon morale. Car il ne faut pas oublier que toutes les poésies de Hans Sachs renferment un avertissement salutaire. L’instruction du peuple était, en effet, la tâche que s’était imposée Hans Sachs. Et cette tâche, il l’a remplie consciencieusement. C’est ce que nous essaierons de montrer dans le paragraphe suivant.

$ 2.— Instruction religieuse du peuple.

Par sa position sociale, Hans Sachs était bien placé pour juger de la profonde ignorance du peuple en ce qui concerne l’Ecriture sainte. Ses efforts tendent constamment à combier cette lacune. D'ailleurs, la Bible lui offrait un riche trésor d'enseignements moraux. Notre poète fut ébloui. Au lieu de choisir, il préféra prendre lestout.,

(1) Voir (Hans Sachs Werke) collection Kürschner, à la fin du volume II, un Eïnblattdruck : La destruction de Sodome. La bibliothèque de Dresde possède plusieurs Eïinblattdrücke de Hans Sachs.

I] mit en vers tous les Psaumes, le livre de Jésus Sirach, les Proverbes de Salomon, le livre des Macchabées, une foule de récits tirés des livres historiques, des prophètes; et, dans le nouveau Testament, l’Ascension du Christ (1), les Noces de Cana (2), la Parabole du Bon Berger (3), celle des habits de noce (4), la Passion de Notre Seigneur (5). La quantité nuisit à la qualité. Ces ouvrages en vers ne sont plus de la poésie. Mais gardonsnous de les juger avec une sévérité excessive, car ils servirent puissamment à l'instruction religieuse du peuple. 4

On peut en dire autant des drames que Hans Sachs tirait de la Bible. Ici l’auteur fait preuve d'une naïveté qui étonne profondément les lecteurs de notre temps. En lisant tel de ces drames bibliques, on est tenté de croire que l’auteur a voulu faire une parodie. Voici, par exemple, une pièce intitulée Jeu où l’on apprend comment Dieu le Seigneur bénit les enfants d'Adam et d'Eve » ( 23 sept. 1553)-(6).

Au début de la pièce, Eve, restée seule à la maison, se lamente sur les conséquences de son péché. Adam revenant de son travail la console du mieux qu’il peut et lui annonce la visite du Seigneur. Cette nouvelle effraie

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