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d’abord la pauvre femme, sans cesse préoccupée par le souvenir de sa faute. Adam la rassure, et le Seigneur apparaît avec deux anges. Eve lui présente seulement quatre de ses fils. Elle a caché les autres qui sont « bossus, gourmands, ignorants et grossiers. » Dieu s'informe si les enfants présents savent prier. Ceux-ci se mettent à genoux. Seth, le plus grand, récite le « notre Père » que les autres répètent tous ensemble. Très satisfait de leur bonne tenue, le Seigneur annonce que l'aîné sera roi, le second chevalier, le troisième bourgmestre, et le quatrième marchand. Eve, prise de regrets, lui amène ensuite ses autres fils. Dieu promet d’en faire des artisans; et comme la pauvre mère se plaint d’un partage aussi inégal, il lui fait doucement observer qu'il faut ici-bas non seulement des riches et des puissants, mais aussi des ouvriers.
Ici, comme dans les drames bibliques de Hans Sachs en général, les personnages font à tout moment des ré-
flexions sur la misère humaine et la miséricorde divine.
Ces drames, qui nous font sourire par leurs nombreux anachronismes, arrachaient sans doute des larmes à ceux qui les voyaient jouer. Ce serait faire injure au poète que de le soupconner d’avoir visé au comique. Il a fait de sensibles accrocs à la vérité historique, cela est vrai, mais certainement il n’en avait pas conscience.
Quoï qu’il en soit, ces sortes de représentations étaient très goûtées du temps de Hans Sachs.
La preuve est qu’il en publia une cinquantaine environ. Il faut reconnaître que ceci est, du moins en partie,
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à l'honneur de son public. Pour que les auditeurs aient pu trouver un grand intérêt aux représentations de ces drames, il fallait qu’ils y fussent venus, non pas pour se distraire, mais aussi et surtout pour s’instruire et s’édifier. « La tragédie du Jugement dernier s'ouvrait par un sermon en forme. La pièce elle-même n’est qu’un long sermon de près de 2,000 vers, une sorte de réquisitoire contre toutes les classes de la société. Moïse, qui joue le rôle d’accusateur public, ne cofsacre pas moins de 300 vers au commentaire du Décalogue (1). »
Souvent aussi l’action s'arrêtait, et l’auteur, en scène,
se mettait à parler longuemenr sur le péché originel et
la rédemption. Ces digressions, qui paraîtraient bien
ennuyeuses aux spectateurs d'aujourd'hui, étaient écoutées avec recueillement. En composant ses drames, Hans Sachs ne songeait pas à la postérité; aussi n’a-t-il pas eu la prétention de faire des chefs-d'œuvre. Son but unique était d'édifier ses contemporains, ses amis. Tout nous porte à croire qu’il y a réussi. Que peut-on lui demander de plus? SLRÈREESS
(1) M. Schweitzer, pp. 3r1 et 312.