NUREMBERG
$ 1.— Son activité commerciale, industrielle et littéraire.
« Parmi les villes cultivées du sud de l'Allemagne, qui n'avaient pas d'université, la ville impériale de Nuremberg était, à la fin du moyen âge, de beaucoup la plus considérable. On la vantait comme « le joyau le plus brillant de l’Empire », comme « le point central des rapports internationaux et le rendez-vous des arts et de l'industrie (1) ». La ville franconienne était, en effet, un entrepôt considérable pour les productions de l'Italie et du Levant. Elle servait de place de transit pour les marchandises que Venise recevait de la Turquie et des Indes Orientales. En somme, suivant les paroles célèbres du poète H. Rosenplüt, elle tirait sa richesse de peuples de dix langues différentes, des Hongrois, des Slaves, des Turcs, des Arabes, des Français, des Anglais et des Hollandais (2). Qu'on ajoute à cela les revenus de l’in-
. dustrie très florissante alors dans la ville, particulière-
ment la draperie et la teinturerie (3), et l’on comprendra
(1) Janssen, Geschichte des deutschen Folkes tp (2) Janssen, Gesch. d. d. V.,t. I, p. 248.
(3) Genée, A, S. u seine Zeit, p. 4158.
comment il se fait que Nuremberg soit devenue si rapidement une des villes les plus riches de l'Allemagne.
La richesse, en créant les loisirs, favorisait la science. Un certain nombre d'hommes, libres à l'égard des exigences matérielles de la vie, purent s’adonner tout entiers à leur passion pour l'étude. C’étaient des humanistes qui, joignant leurs efforts à ceux des humanistes des autres villes d'Allemagne, se préoccupaient surtout de faire revivre les auteurs grecs, italiens et latins, par des traductions en langue vulgaire. Le peuple ne fut pas indifférent à cette renaissance des lettres, comme le prouve l’existence des Meisterschulen ou écoles de Meistergesang.
Le Meistergesang était un chant composé généralement de trois strophes. Le sujet était emprunté soit à la Bible, soit aux auteurs traduits par les humanistes.
Obéissant en ceci au règlement de la Mersterschule (1), Hans Sachs ne fit imprimer aucun de ses Meistergesaenge (2), mais il publia une foule de poèmes et de comédies profanes, desquelles nous ne parlerons pas. Les
publications protestantes feront seules l’objet de notre
étude. Mais, auparavant, nous essaierons de montrer, en peu de pages, comment la Réforme fut introduite à Nuremberg et comment Hans Sachs devint protestant.
(1) Schweitzer, Étude sur H. S., p. 150. La Meisterschule était une corporation.
(2) Les Meister gesaengeétaient destinés à des concours publics. Les concurrents se faisaient entendre successivement. Un jury additionnait les fautes commises et proclamait le vainqueur.
S 2. — La Réforme à Nuremberg avant la conversion de Hans Sachs.
Parmi les causes qui favorisèrent la réforme en Allemagne, il est juste de mentionner au premier rang l'influence de l’humanisme, et nulle part cette influence n’apparaît plus clairement que dans la ville de Nuremberg. Les humanistes Nurembergeois, et Pirkheimer en tête, prirent ouvertement fait et cause pour Reuchlin dans ses disputes contre les dominicains de Cologne, ceux-là mêmes qui compteront parmi les ennemis les plus acharnés de Luther. Cette dispute était en somme la lutte contre l'ignorance du Moyen âge, ignorance favorisée par les ecclésiastiques. C'était déjà la réforme en une certaine mesure. En effet, dans son apologie de Reuchlin, trois mois avant la publication des quatre-vingt-quinze thèses de Luther, W. Pirkheimer, non content de voir la scolastique céder le pas à l’humanisme, veut encore que la tendance nouvelle pénètre la théologie elle-même. Il demande que les prêtres et les théologiens recoivent une culture classique.
Ces novateurs cherchaient à exercer leur action non seulement sur le clergé, mais aussi sur le peuple : « L’humanisme employait tous les leviers pour agir sur le peuple. Il n’aspirait point à une vaine érudition, mais il cherchait à mettre la science en rapport avec la vie, à élever les sentiments intellectuels et moraux du peuple : c'est le
mot d'ordre que l’'humanisme avait choisi, c’est le but pour lequel Pirkheimer travailla constamment (1).
Mais si les humanistes de Nuremberg firent beaucoup pour préparer le terrain à la Réforme dans leur cité, ce furent des ecclésiastiques qui adhérèrent tout d’abord à la nouvelle doctrine. En effet, le premier acte public en faveur de la Réformation fut l'impression du Traité de Luther sur les Indulgences, chez l’imprimeur Peipus, par les soins du prieur Volprecht, en 1518. Vers le même temps, l'abbé de l’église de Saint-Egide, Pistorius, le prédicateur Biasius Stœckel, les prieurs Pesler {église de Saint-Laurent) et Pœner (église de Saint-Sebald) firent une adhésion publique à la doctrine de Luther (2).
Toutefois, hâtons-nous d’ajouter que les humanistes suivirent bientôt l'exemple donné par le clergé. Le secrétaire du Conseil de la ville, Lazarus Spengler, publia, dès 1519, un ouvrage pour défendre Luther : « Défense et réponse chrétienne d’un simple ami de la vérité chré-
tienne.…., il y est montré pourquoi l'enseignement du docteur Martin Luther doit, non pas être rejeté comme
antichrétien, mais être conservé comme chrétien (3) ». Hieronymus Ebner, Kaspar Nutzel, Hieronymus Baumgartner, tous personnages très considérés dans le Conseil, le brave capitaine Christophe Fürer, le célèbre juriste
(1) R. Hagen, W. Pirkheimer in s. Verhaeltniss zum Humanismus und zur Reformation, p. 104.
(2) R. Genée, A. S. und seine Zeit, p.122.
(3) :Génée LC D425.