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le moine augustin de Wittemberg, qui nous a fait sortir de la nuit dans laquelle nous avait entraînés la lueur de la lune. » Et cette lueur n’est autre que l’enseignement tout humain des sophistes, qui nous a fait subir pendant quatre siècles le joug du Lion, c’est-à-dire du pape. L’ « Endroit désert » signifie le gouvernement papal. Ici, le culte divin consiste à s'acquitter d’une foule d’obligations extérieures et vaines. On néglige pour cela les devoirs les plus élémentaires. « Le mariage est interdit aux moines et aux prêtres, sous peine de bannissement, mais chacun d'eux peut avoir sa concubine. » Saint Paul, dans le quatrième chapitre de l’épître à Timothée, n'avait-il pas prédit que des hommes prêcheraient le célibat et l’abstention de nourriture?
Le clergé opprime les habitants des campagnes avec ses dîmes, excommuniant sans pitié ceux qui ne peuvent pas payer : « Les pauvres paysans sont obligés à des corvées pour qu'un gros goujat puisse s'amuser à l’auberge la moitié du jour. »
Le poète laisse ensuite éclater son indignation contre les vendeurs d’indulgences, dans lesquels s'incarne véritablement la rapacité de la curie romaine. D'ailleurs, les évêques s'entendent avec eux pour écorcher les pauvres - gens, grâce à leurs notaires, leurs huissiers et leurs offciaux. Ne vont-ils pas jusqu'à verser le sang des chrétiens sur les champs de bataille? Ce sont eux, certainement, que Jésus visait lorsqu'il parlait de ces loups dévorants qui viendraient en habits de brebis.
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Après cela, le poète nomme par leurs vrais noms les serpents qui se glissent dans l’herbe pour sucer les mamelles des brebis amaigries. Ce sont les moines, les aonnes et tous ceux qui vendent leurs « bonnes œuvres ». Ils ont tant fait par leurs artifices que les chrétiens en sont venus à délaisser la Parole de Dieu, pour obéir passivement à ces méchants.
Telle est la nuit dans laquelle le troupeau de Christ est resté plongé jusqu’à l'apparition de Luther. L'auteur s'attache alors à faire connaître au lecteur la doctrine luthérienne dans un résumé succinct.
Par Adam, tous sont pécheurs de nature, et lors même que notre conduite est parfaitement honnête, notre cœur est enclin à tous les vices. La Loi de Moïse, pareille à la «lueur de l'aurore », fit apparaître aux yeux des hommes leur misère profonde; elle leur permit de voir leur faiblesse extrême et la grandeur du châtiment qui les attendait.
L'Évangile apparut ensuite, pareil à l’« Éclat du Jour », « invitant les hommes à regarder à Christ, le Fils né du Seigneur, qui a tout fait si volontiers pour nous : il a accompli la Loi par sa propre puissance, anéanti la condamnation, expié le péché et vaincu la mort éternelle... » pour nous donner en échange la vie éternelle. « Si quelqu'un s’attache à moi par la foi, dit Jésus, il ne mourra jamais. » Celui qui possède cette foi est aimé du Père; soit qu’il travaille, soit qu’il dorme, tout ce qu'il fait est agréable à Dieu : « De plus, il s'applique
continuellement à des œuvres de miséricorde. Cordial et bienfaisant à l'égard de chacun par pure affection, il ne cherche pas son intérêt. » C'est le Saint-Esprit qui produit en lui cette charité. Il n’a donc pas le droit de s'en vanter. « Toutefois, sois bien attentif à ceci, que Île salut n'est pas sa récompense. Le salut, on le possède déjà par la foi en Christ. — Telle est en somme la doctrine que Luther a mise au jour. »
Le pape Léon, craignant de voir diminuer son autorité et ses recettes, exigeait que le duc Frédéric fit détruire les livres de Luther dans ses États et qu’il envoyât ce dernier à Rome. Hans Sachs raconte avec beaucoup de chaleur le refus énergique du puissant ami de Luther, les tentatives énergiques de Cajetan à Augsbourg, la conduite héroïque du Réformateur à Worms : « I] ne revint pas d’un cheveu en arrière sur ce qu’il avait dit; en effet, tout était fondé sur l’évangile. » Les « papistes » Eck (le sanglier), Emser (le bouc), Murner (le chat), Aleveld (l'âne), Cochlæus (le limacçon) s'efforcent en vain de l'intimider. Luther ne cesse de proclamer hautement l'Evangile. Les moines et les nonnes (serpents) déclarent que l'Evangile est pour eux sans autorité. Pour être assuré du salut, 1l suffit d'accomplir les actes de dévotion. Il est facile de comprendre l’indignation de ces pauvres gens : Hélas! leurs caves sont vides! Les laïques dévots {les oies sauvages) unissent leurs voix à ce concert de malédictions contre Luther. Ils ne peuvent admettre que leurs bonnes œuvres (jeûnes, processions, etc.) ne leur donnent
Or —
aucun privilège; ils s’indignent contre ce moine insensé qui méprise les décrets du pape : « Nos ancêtres avant nous n'étaient cependant pas fous, et ce sont eux qui vous ont dit ces choses. D'ailleurs, cela est garanti par une tradition de plusieurs siècles. » Ce sont particulièrement les vieilles femmes, les béguines qui crient ainsi. Elles demandent tout simplement que Luther soit brülé et ses partisans bannis : « Pourtant, ces aboiements ne servent à rien, la vérité nous est apparue clairement. Aussi, les chrétiens sont-ils retournés aux doctrines évangéliques de notre Pasteur, Jésus-Christ...
« On s’attache uniquement à la parole de Dieu que l’on entend prêcher en tous lieux par de véritables chrétiens. Ces prédicateurs sont persécutés, mais Christ luimême ne nous a-t-il pas prédit des persécutions au dixième chapitre de Matthieu : « Je vous envoie comme des brebis « au miheu des loups... Vous serez haïs de tous à cause « de mon saint nom. Celui qui persévérera sera sauvé. »
« Vous, chrétiens, pensez à ces paroles consolantes! Si on vous jette en prison, ici ou là, ne vous laissez pas détourner de Dieu, sacrifiez plutôt corps et biens. Le sang d’A bel criera encore sur Caïn au dernier jour. »
Le poète déclare enfin que la Babylone dont il est question au dix-huitième chapitre de l'Apocalypse n'est autre que la Papauté. Cette nouvelle capitale tombera comme la première. Que les chrétiens fuient donc loin d’elle pour se tourner vers Jésus-Christ, notre Berger : « Lui seul est notre consolation, lui seul est notre espé-
rance. Il est le salut et la justification de tous ceux qui croient en son nom. Que tous ceux qui désirent cela, disent : Amen. » (An de grâce 1523, le 8° jour de juillet.) Comme on le voit, le Rossignol de Wittemberg renferme une partie apologétique à côté d’une partie franchement polémique. C’est cette dernière qui est la plus | étendue, c'est d'elle que nous parlerons tout d’abord. > Bien avant 1523, les poètes de Nuremberg, des maitres | chanteurs tels que Hans Folz, Nachtigall, Fritz Ketner, Nunenbeck, avaient déjà pris à partie dans leurs écrits les d prêtres, les moines et les nonnes; mais si l’on compare son premier ouvrage polémique aux écrits de ces auteurs, # on aperçoit aisément en quoi consiste l'élément nouveau que Hans Sachs a apporté dans cette matière. Le Rossr-
gnol de Wittemberg ne renferme pas une seule parole déshonnête.Onne peuten dire autant desFassnachtsspiele(r), dans lesquels les contemporains de Hans Sachs exerçaient
leur humeur sarcastique aux dépens du clergé. Gœdeke (2) juge ces écrits dans une phrase qui, certes, ne prête.pas à l'équivoque : « Chaque propos y est une immondice, chaque plaisanterie une saleté, chaque personnage un porc. » Dans le Rossignol de Wittemberg, comme dans tous les ouvrages de la « Première période», on ne trouve absolument rien qui puisse choquer le lecteur le plus austère (3).
(1) Farces qui étaient jouées la veille du carnaval.
(2) J. Janssen, S 03/1.
(3) Dans ces poésies de la dernière période de l’activité littéraire de Hans Sachs, dans les Schwänke et surtout dans
Cette particularité dut faire une grande impression sur le public nurembergcois, peu habitué à un tel respect de la décence et du goût chez ses poètes. Hans Sachs ne pouvait manquer de gagner par là l'estime sinon l’adhésion de tout esprit sérieux.
Quant à nous, gens du dix-neuvième siècle, ce qui nous étonne et nous intéresse dans le Rossignol de Wittemberg, c'est la partie apologétique, et plus particulièrement le passage où la doctrine de Luther est exposée, Notre poète, qui, cinq ou six ans auparavant, priait encore la sainte Vierge et croyait aux « bonnes œuvres», a compris parfaitement la doctrine du salut par la foi telle que Luther l'avait exposée dans ses précédents écrits. Bien des luthériens, aujourd’hui, même des plus zélés, trouveraient à s’instruire dans ce résumé si exact et si clair que nous donne le poète. [Il est permis de se demander s'ils constituent réellement la majorité, ceux qui pensent que leurs œuvres charitables ne leur attirent aucune faveur spéciale de la part de Dieu. C’est que la doctrine du salut par la foi seule s'accorde bien difficilement avec la raison humaine. Hans Sachs en fit lui-même l'expérience, et c'est pour cela qu’il insiste tout particulièrement sur ce point délicat. Jésus a subi la condamnation qui pesait
l'Histoire de Jeanne Angelica, la papesse, on trouve des expressions grossières. Malgré cela Hans Sachs est toujours résté bien au-dessus des autres poètes nurembergéois contemporains, sous le rapport de la moralité,
be sur l'humanité. Le véritable chrétien, comme son divin maître, est naturellement « cordial et bienfaisant à l'égard de chacun... Toutefois, sois bien attentif à ceci, que le salut n’est pas sa récompense. Le salut, on le possède déjà par la foi en Christ. »
Dans tout ce passage. le poète évite le reproche qu'on lui fait assez généralement : celui d’être prolixe. On ne saurait mieux expliquer en si peu de mots une idée aussi profonde. Les autres productions polémiques de la «Première période » sont tout aussi remarquables, tant par la vivacité des couleurs que par la force des pensées. Hans Sachs, pendant ces quatre années (1523 à 1527), s’est donné tout entier à la Réforme; et la Réforme lui a rendu plus qu’elle n’en avait recu : elle lui a donné, outre la paix de l’âme, une puissante inspiration reli-
gieuse.
Le Rossignol de Wittemberg n'était pas seulement expression enthousiaste des sentiments du poète; il répondait exactement au mouvement général des esprits. De là vient, en partie du moins, son grand succès en Allemagne. On en connaît six éditions différentes, datant de l’année même de sa publication. Il se vendait bien
au-delà des frontières de Nuremberg, jusqu'à Eilenburg.
en Prusse, et à Zwickau dans la Saxe. Ce succès, d’ailleurs, fut durable; quatre ans plus tard, un poète nurembergeois s’en inspira pour composer le Triumphus veritalis, combat de la vérité avec l'arme de l'esprit par le