‹ Hans Sachs: Et La ReformationChapitre 8 sur 12 · PE ES · texte numérisé non relu

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que fait donc votre Saint-Esprit en vous? Je pense qu’il dort nuit et jour : on ne l'apercoit nulle part.

LE Corp. — Christ dit, Matt. VII : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas les perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds. »

LE CHan. — Comment, vous ne craignez pas de prononcer des paroles aussi grossières en ma présence?

LE Corp. — Eh! cher Monsieur, ne vous fâchez pas, c'est la Sainte Écriture.

Après cela, le chanoine accuse les protestants de négliger le culte que l’on doit à Dieu. Le cordonnier répond que le culte que l’on doit à Dieu ne consiste ni dans le jeûne, ni dans la messe, ni dans l'observation des autres ordonnances charnelles, mais dans l’obéissance à la volonté divine.

LE CHAN. — Alors, vous ne faites aucun cas des conciles ?

Le Corn. — Mais si, de celui que les apôtres ont tenu à Jérusalem.

LE CHan. — Les apôtres ont donc tenu un concile?

LE Corp. — Parfaitement; avez-vous une Bible?

Le CHAN. — Oui. Cuisinière, apportez-moi le gros livre.

La Cuisinière. — C'est celui-là, Monsieur?

LE CHax. — Mais non. Ce sont les Décrétales.. Ne

me les tachez pas.

La Cuisinière. — C'est celui-là, Monsieur ?

LE CHan. — Oui; enlevez la poussière... Que la fièvre vous balaie!... Eh bien, maître Hans, où cela se

trouve-t-il ?

Le Corp. — Cherchez : Actes des Apôtres XV.

LE CHAN. — Cherchez vous-même; je ne connais pas très bien cela. J'ai bien autre chose de plus utile à lire.

Le Corp. — Voyezici, Monsieur.

Le chanoine dit à la cuisinière de marquer la page; puis il demande à maitre Hans son opinion sur Luther.

Le Corp. — Je le tiens pour un maître chrétien tel qu'il n'en fut jamais à mon avis depuis le temps des apôtres.

LE CHax. — Mon cher, qu’a-t-il fait d’utile pour le christianisme ?

A cette question, le cordonnier répond qu’il a montré la vanité du salut par les œuvres.

LE CHAN. — Pourtant il est dit, Jacques IV : « La foi sans les œuvres est morte. »

LE Corp. — La foi véritable et divine ne chôme pas, mais elle produit constamment de bons fruits. D'ailleurs, Christ a dit, Matt. VII : « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits. » Toutefois, les bonnes œuvres ne sont pas faites pour gagner le ciel, qui nous a été acquis par Christ, ni pour échapper à la crainte de l'enfer, dont nous sommes affranchis par Christ... mais par amour divin, par reconnaissance envers Dieu, et pour le bien du pro-

LT chain. Allons! Monsieur, que dites-vous des fruits qu'a produits Luther ?

Le chanoine finit par répondre qu’il n'y a rien de bon ni dans Luther ni dans ses adhérents. [l n’y a, à son avis, qu'une chose à faire, c’est de frapper les hérétiques.

Le Corp. — Pourtant, Christ l’a défendu à Pierre, Matt. XXVI, en disant : « Celui qui frappe avec l'épée PÉTINA Dar PÉDÉED ANSE

Vous devez d’abord nous convaincre d’hérésie, et le prouver par la Sainte Ecriture. »

Il est vrai que les persécuteurs n’y regardent pas de si près. La seule chose qui les occupe, c’est leur intérêt.

Mais le chanoine a hâte d’en finir avec ce cordonnier trop disputeur à son gré. D'ailleurs, la cloche de la chapelle se fait entendre. Il congédie poliment son interlocuteur. Dès que celui-ci est sorti, le chanoine laisse échapper sa mauvaise humeur : « Chère cuisinière, voyezvous avec quelle effronterie ces laïques parlent contre nous qui avons été consacrés? Je crois que le diable est entré dans le cordonnier.. Et si je n'étais pas si savant, il m'aurait fait quinaut... Il ne convient pas aux laïques de discuter avec leurs pères spirituels, selon ce que dit Salomon : « Celui dont la conduite est simple se conduit bien ». Tiens! j'aurais dû lancer ce proverbe à l’insensé cordonnier. Il en serait peut-être resté coi. »

Malgré cette trouvaille, le chanoine se sent passablement ignorant dans les Ecritures; c'est pourquoi il fait appeler son sacristain et le prie de lui chercher dans la

Bible des sentences qui lui permettront à l'avenir d’avoir le dessus dans ses discussions avec les hérétiques. Il s’aperçoit que son sacristain lui-même est un hérétique; il le chasse avec une grande indignation.

Mais il oublie vite ces petites misères pour songer à des choses autrement importantes. [1 recommande à sa cuisinière d’apprêter un bon diner pour le moment où il sortira de l’église. « Aïnsi, va-t-en au marché et achète une grive….-ou douze. » Hans Sachs termine par ces mots :

Ir bauch ir got (Leur ventre est leur dieu.)

Dans ce dialogue plein d’entrain d’un bout à l’autre, les personnages sont très vivants. Il nous semble voir ce chanoine gros et gras (1) se débattre, tout rouge de co lère, contre les arguments d’un cordonnier qui n’est autre que l’auteur. Le prêtre a fort à faire pour se défendre, car son adversaire possède une science approfondie de l’Ecriture Sainte.

Cette connaissance, Hans Sachs l'avait acquise en l’espace de deux années. En effet, il ne possédait pas de Bible avant la traduction du Nouveau Testament faite par Luther en 1521. Dans la liste complète de ses livres, qu’il dressa quelques années plus tard, il n’est pas fait men-

(1) La gravure qui se trouvait en tête du Dialogue représentait, vu de profil, un gros chanoine, derrière lui sa servante, et devant lui Hansle cordonnier. V.la gravure « Hans Sachs... » Ernst Mummenhoff (archiviste dela ville de Nuremberg), L. €. p. 29.

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