‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 10 sur 55 · ORIGINE ET DISTINCTION DES PITRIS · texte numérisé non relu

ORIGINE ET DISTINCTION DES PITRIS

Mârcandéya dit â Bhichma :

Ainsi me parla le brillant Sanatcoumâra, dieu parmi les dieux; je Iis ensuite à ce divin Mouni une question sur un sujet qui m’embarrassait. Ecoute, ù prince , lils de Gangâ, ce que je vais te dire en reprenant les choses dés le commencement. Je lui demandai donc : « Combien y a-t-il d'ordres " de Pitris? dans quel monde habitent-ils, ces dieux grands entre les dieux, « d'mi la lune tire son accroissement? • 11 me répondit:

Sanatcoumâra dit :

Illustre pénitent, il y a dans le ciel sept ordres de Pitris; il y en a quatre ([ui sont déterminés par des formes , et trois qui n’ont point de forme ap-

cipe aqueux. Voyez Icct. il, vers la fui. Toute • Pitris sont nés des Ricliis; des Pitris sont

cette matière peut être éclaircie |>ar ce passage « issus les dieux et les hommes ; des dieux vient

(les lois de Manou, leci. ni, si. 301 : • Les • le monde animé et inanimé. •

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parente. Je vais te dire le monde qu'ils habitent, leur influence, l’excellence de leur nature, leur grandeur.

D’abord je te parierai de ces trois ordres supérieurs qui peuvent devenir sensibles pour nous pr les devoirs auxquels ils se soumettent * : voici leurs noms et leurs demeures.

On appelle Sandtanas (étemels) les mondes où résident les Pitris dépourvus de formes, nommés Bhâswaras et du nom de leur père, le Pradjâpati Viràdja, surnommés f'^crâdjas. On les honore comme des dieux, suivant les rites prescrits. Quand les habitants des mondes Sanâtanas se relâchent dans les devoirs de leur dévotion au bout d’une révolution de mille ans, ils renaissent dans de saintes familles, où l’on s’occupe de la science sacrée; ils y acquièrent de nouveaux mérites, de nouvelles connaissances; ils se prfectionnent dans la philosophie sacrée, et reprennent ensuite cette voie où il est si diflicile d’entrer. Ce sont là les Pitris auxquels les pieux yojfini * sont applés à donner de l’accroissement, et qui pr la force de leur propre dé-

' G>mme nous Ig verrons plus bas, les quatre unlres de Pitris regarde!* comme matériels , cooune terrestres, sont ceux qui sont sp('?cialcnaeot composés des âmes de gens appartenant aux quatre castes : c’est là en quelque sorte leur forme. Les trois autres ordres, qui ren* ferment les Pitris des Richis supérieurs, des dieux et des génies de tous les rangs, nont point, pour ainsi dire, de figure sociale. Cette idée de forme extérieure, de figure apparente , me menait sans doute à l’idée d’étres matériels, et à l’idée contraire d'étres immatériels. J'ai évité ces expressions, et me suis rapproché de mon texte autant qu'il m'était possible. Les Pitris supérieurs n’ont point de forme , diton; cependant ib portent ïa ^rme du devotr, Cesl surtout pour de pareils

|>assages qu'il m’eût été agréable d'avoir un commentaire. Abandonné à mes faibles forces, j'ai cherebé un sens ; je ne me flatte point d’avoir rencontré juste. Ou ces Pitris sont soumis à des devoirs partkubers dans la grande organisation de l'univers, ou ils reviennent de temps en temps sur la terre porter le fanleau de l'hu-

manité et des devoirs qui lui sont imposés.

* Ce mot signifie soleil : j’co ai fait un nom

propre, ce n’est peut-être qu’une t*pithèle. Six des sept Richis sont nommés comme patriarclies des Pitris. Atri seul n’csl pas cité : à sa place se trouve V’iradja. Celui-ci serait -il Manou, nommé au lieu de fc|^|5s(?(Voy-

lecl. 1.) Les lois de Manou parlent des ilU de Viràdj, lect. in, si. iqS.

* J'avais d'abord reproduit cette pensée du

Bhagavad gita, lect. vi, qui insinue que l'homme surpris par la mort dans le cours de sa pénitence, revient plus tard l’achever et acquérir de nouveaux mérites. Mais l'hUtoire qui va suivre de la vierge Atrlihoda, montre que ces esprits peuvent faillir et s’écarter un instant des règles de la dévotion ce qui les expose à

une renaissance terrestre.

* Les c'est-à-dire les personnes qui se livrent aux exercices de la pénitence pour arriver à Tunion intime avec Dieu, sont admis après leur mort dans le monde de ces Pitris ; ou bien les yogins ne sont que ces mêmes Pilris déchus

82 IIARIVANSA.

votion font eux-mêmes croître la lune. Ainsi dans les srâddhas n’oubliez pas les^ojfi/u ; que ce soit là le premier soin de ceux qui donnent à boire le soma

Une tille de ces Pitris, qui ne dut sa naissance qu’à l’énergie de leur esprit (mdnasi), fut Ménâ, épouse du mont llimàlaya; elle eut pour lils le glorieux Menaça, qui lui-même donna le jour au mont Crôntcha brillant et riche de pierres précieuses. Le roi des monts eut de Ménâ trois lilles, Aparnà, Lcaparnâ et Ecapàtalâ. Celles-ci se livrèrent à une pénitence terrible que n’auraient pu supporter ni les dieux, ni lesDânavas, et elles éblouirent de l'éclat de leur dévotion les êtres animés et inanimés dans les trois mondes. Kca|>amâ ne vivait que d’une seule feuille, Ecapàtalâ d’une seule fleur de Pàtalâ Aparnà se passait de nourriture. Sa mère cherchait à modérer son lèle. ■ liélas! ou md’, lui disait-elle; c’est-à-dire, ne sois point si cruelle • envers toi ! » Telles étaient les paroles que la tendresse inutile de sa mère adressait à cette déesse célèbre par ses austérités , et que les trois mondes connaissent maintenant .sous le nom d’Oumà. O fils de Bhrigou, elle habita aussi la terre, cette illustre pénitente : on l’y honore sous ce même nom d'üumâ. Sa gloire y vivra comme colle de scs deux sa-urs; toutes trois, chastes et pieuses, d’une dévotion accomplie et possédant la science divine, ont été la pénitence même incarnée, üumâ, la première en âge et en mérites, devint par sa profonde piété la compagne de Mahàdéva. Ecaparnâ fut l’épouse de Djêgîchavya, et Ecapàtalâ celle de l’illustre Asita Dévala', tous deux rivaux en science et en vertu, et maîtres dans le grand art de la dévotion.

Les mondes Somapadas sont ceux où résident les Pitris, fils de Maritchi :

* Le toma, comme nous l'avons vu, est ie jus de Vasclepias, que celui qui ofire le sacri* lice donne au Brahmane sacrificateur.

* Le G’ônlcha et le Mènaca sont deux mon- Ugnes.

’ C’est la fleur du /Ji^nonia suave oiesu, que les Ao^ais appellent trumpef Jîouer.

* Ces deux mob soulignés sont deux particules sanscrites; la première est une exclamation, et la seconde indique la defense, en latin ns. Le sens de U phrase avait besoin d’étre complété.

• Malgré l'autOTité du Bhagavad-giti, Iccl. x, si. i3, je suis forcé ici de faire d'Asita et de Dévala un seul et même personnage. 11 sera de nouveau question de Dévala dans la let;turc xxiii, où les deux manuscrits dévanâgaris semblent encore indiquer qu’.^sita est une épitlu'te. un second nom de Dévala, comme si l'on disait Dèvah le Noir. Le mot djêgtckavya m’avait d'abord paru n’être qu'une épithète; mais il se trouve cité dans les Védas comme le nom d'un personnage célébré par sa piété et son savoir.

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ces Pitris ont autrefois animé les corps des Dévas; on les appelle Agnichwdlias, et leur influence est puissante.

De leur esprit est issue une fille : c’est la rivière Atclihodft, qui a donné naissance au lac Atchhoda Elle n’avait point eu le bonheur de voir les auteurs de ses jours. Comment aurait-elle pu apercevoir des Pitris immatériels, qui ne l’avaient créée que par la force de leur pensée? Honteuse de cette disgrâce, elle se choisit un père : c’était un Vasou, le glorieux Amâvasou fils d’Ayous, qu’elle avait vu traverser le ciel sur un char avec l’Apsarà Adricâ. Égarée par cette pensée, la belle vierge se met à la poursuite de ce père qu’elle adopte, et renonçant à ses exercices de dévotion, elle va errant dans l’espace. Dans sa course incertaine et vagabonde, elle aperçoit tout à coup trois chars aussi petits que des atomes, et sur ces chars trois Pitris presque insensibles : mais son œil les voit cependant sur ces chars merveilleux, brillant comme des feux placés sur d’autres feux. ■ Sauvez-

• moi, • leur dit-elle, faible et la tête baissée. « Ne crains rien, lui répon-

• dirent -ils, ô toi que nous trouvons égarée dans les plaines de l’air. • D’une voix timide, elle cherche à s’excuser auprès de ces Pitris, qui sont ses véritables pères. « Par la faute, lui dirent-ils, tu as perdu le haut rang

• que tu occupais ; pauvre enfant, au lieu d’avancer, tu as rétrogradé. Mais « consolc-toi, les dieux recueillent ici le fruit des œuvres qu’ils ont ac-

• compiles, tandis qu’ils étaient revêtus d’un corps divin. Toujours les œuvres

• portent leurs fruits dans un autre monde, quelles aient été faites dans « l’état d’homme ou de dieu. Ainsi, chère enfant, compte qu'en ces lieux

• mêmes tu trouveras le fruit de ta pénitence. » En entendant ces mots, la jeune vierge cherchait encore à se rendre ses Pitris toujours plus favorables. Ils entrèrent en méditation, et voyant l’avenir, ils lui dirent avec affection : • O vierge, tu seras la fille de ce roi Vasou, qui lui-même naîtra

• sur la terre parmi les mortels, et tu reviendras ensuite dans ce monde qui

• est le tien, et où il est difficile d’arriver. Tu auras pour fils le Brahmane,

• fils de Paràsara, qui divisera le Vède unique en quatre parties : tu aura.s ■ encore du grand roi Santanou deux fils qui feront ta gloire, le pieux Vit-

'* Le lac Atchhoda se trouve sur l'Ilimâlaya. près du pic Tcbandraprabha, d'où sort la Mandtkini.

" line partie de rette fable est astronomi-

que : Amâvasou est le génie qui préside au jour de la nouvelle lune.

“ Ce fils de Paràsara est Vyàsa, connu sous le surnom de Féda-rydia , ou compilateur des

« chitravîrj'a et le brillant Tchitrângada. Après avoir donné au monde ces « enfants, tu reviendras dans ces demeures des Pitris, dont tu t’éloignes pour

• le dégrader par ta naissance. Va donc, tu seras la fdle du prince que tu as

• vu et d’.Adricà. Tu naîtras à la vie humaine, dans la vingt-huitième partie

• du Dwépara , et tu te trouveras enfermée dans le ventre d’un poisson • Ainsi parlèrent les Pitris, et leur protégée devint Satyavati, surnommée Ddtiyi ou fille de pêcheur, parce qu’elle sortit du sein d’un poisson, toute fille quelle était du roi Amâvasou.

Viennent cn.suite les mondes Vêbhrâdjas, dont l’éclat brille dans l’air et frappe tous les regards : ils sont habités par les Pitris appelés Varhichads. Tous les ordres de divinités, les Yakchas, les Gandliarvas, les Râkchasas, les dragons, les serpents, les oiseaux célestes, ont été animés par les esprits de cette classe de Pitris, nobles fils du patriarche Poulastya : le sort de ces Pitris est magnifique, iis sont puissants et adonnés aux saintes occupations de la pénitence.

Une vierge est née de leur âme : c’est Pîvarî : elle est encore appelée

Védes. Ce vers indique que la divbioo de cet antique ouvrage en quatre livres est de lui : cependant dc^s I origine on a compté trois Vô> des, et le quatrième, VAtharva, passe pour moderne. H est curieux de voir, dans le BhigavRta, V^Âsa partager son travail entre ses disciples, et chai^r Pt-la du Rig véda, Djèmini du Sdma, VésampAyana de l'Yadjour, et Soumtnlou de l'AUiarva.

** Si j'avais traduit littéralement, j'aurais mis : dans U a8* dtcâpara. Ce nombre aS m'a embarrassé. A quoi se rapporte*l4l ?ya-l-Ü plusieurs du'âpanu? Sani doute, puisqu'un mea- «rantara est composé de 71 mahévou^as. On lit dans les Recherches asiatiques, lom. Il, p.aSi, que nous sommes k présent dans le safya-yoaga du mafuiyouga. D'un autre cdté, je savais que le ditApara commence le aB* jour <lc la lune de Bhadra. Mais je me suis rappelé ensuite que

dans le VU* vol. ibîd.p. aBo.onciteun vers du Câlicâ, où se trouvent les mots ■^rflîïï: : d'où j'ai conclu que chaque

youga peut se partager en vingt -huit parties, et c'est ce mot que j'ai ici sous-

en tendu.

'* Batyavali fut trouvée dans le ventre d’un poisson, dont elle retint meme l'odeur jusqu'il ce que son amant Paràsara l'eût changée contre celle du lotus. De là ses surnoms de ^fatsyo• dar( et de Matsyagandhâ.

J'ai déjà renvoyé le lecteur aux détails que donne Manou sur les classes de Pitris, lect. m, si. 194. Je n'entreprends pas de concilier ce l^islateur avec l'auteur que je traduis : CO serait peut-être une lâche inutile; le lecteur en jugera par l'exemple suivant. Manou fait les V'arliicliads eo&ntsd’Atri.et mon auteur dit qu'ils descendent de Poulastya. Je n'ai pas cru non plus devoir m’airèlersurces difTérences de nom, que l’on pourrait signaler dans les épithètes. La matière est assex confuse par ellemême , sans qu'elle doive être encore embarrassée par des citations superflues.

Yogâ, épouse d’Yoga et mère d’Yoga ‘®. Elle descendra aussi sur la terre pendant l’âge Dwâpara. Un grand pénitent de la race de Parâsara, nommé Souca, et fameux entre les Brahmanes, existera dans ce temps : il sera né de Vyâsa et d’Aranî ”, comme on voit naître du sein de la fumée la flamme étincelante. De cette vierge desPitris, de Pîvarî, Souca aura une fille et quatre fils, célébrés dans renseignement de la philosophie sacrée. Ces quatre fils seront Crichna, Gôra, Prabhou, Sambhou : leur sœur sera Critwî, mère de Brahmadatta, et femme du roi Anouha. L’illustre Souca, animé de l’amour de la loi sainte, après avoir donné le jour â ces maîtres dans la science divine, après leur avoir transmis la sagesse éminente qu’il aura reçue lui-même de Djanaca “ et de Vyâsa, partira pour faire ce grand voyage qui nous mène à la vérité éternelle, infaillible, infinie.

Voilà les trois classes de Pitris dépourvus de formes, ô pieux Mouni, mais, comme je l’ai dit, soumis cependant à des devoirs qu’ils supportent.

O fils de Blirigou, après eux sont les Pitris Soucâlas, enfants du Pradjâpati Vasichtha. Ils se jouent au milieu des airs, dans ces mondes éclairés par les astres; tous leurs désirs s’y trouvent satisfaits. Ces Pitris sont ceux des Brahmanes.

La vierge née de leur pensée se nomme Gà : c’est elle qui, dans ta famille, sous le nom d’Écasringâ, deviendra aussi épouse de Souca, pour la plus grande gloire des Sâdhyas.

Les mondes appelés Marifehigarihas '* forment le séjour des Pitris, enfants d’Angiras, auxquels se réunissent les Sâdhyas. Ce sont là les esprits qui animèrent les Kchatriyas, maintenant admis à recueillir le fruit de leurs œuvres. La vierge que leur pensée a enfantée est Yasodâ, qui devint l’épouse de Viswamahân , la bru de Vriddhasarman, la mère du grand et saint roi Dilîpa. C’est dans un Aswamedha solennel de Dilipa, alors que l’âge des dieux durait encore, que les Maharchis, transportés de joie, chantèrent la

Nous avons vu que ce mot signifie déwh tion; c*est un nom que l'on peut donner à loua les membres de la famille d'une vierge divine.

” Arant est Tinstroment avec lequel on fait du Ceu pour le sacrifice; et c’est k cet usage que l'auteur fait allusion par sa comparai-

son. Voyes, pour ce mot , rhûtoire de Pouroûravaa« lecl. xxvi.

^ Djanaca était un roi de Mithü , connu par sa sagesse et sa piété : mais il a dû vivre bien avant Souca , car il était le père de SiU , femme de Ràma.

** Maritchi est proprement U lumière per-

naissance d’Agni fils du Mouni Sandila. Heureux l’homme qui a pu entendre ce chant ! qui a pu voir le sacrifice du vertueux prince Dilipa 1 Sa piété sans doute lui ouvxira le chemin du ciel.

Dans les mondes Soumédhas résident les Pitris du Pradjâpati Cardama, issus de Poulaha, nobles, généreux, grands parmi les Dwidjas Ils demeurent au milieu de l’air, errant çi et là dans des mondes mouvants, et sont formés de Vésyas jouissant du fruit de leurs œuvres.

I.a vierge issue de leur esprit se nomme Viradjâ : elle fut la mère d’\ayâti, l’épouse de Nahoucha, l’aïeule de l’illustre race des Vrichnis et des Andhacas.

Je te dirai enfin quels sont les Pitris de la septième classe, appelés 5o/7iapas, enfants de Swadhâ et de Bhrigou Les Soûdras, fils d’Hiranyagarbha composent cette classe, qui demeure au milieu de l’air, dans des mondes que l’on appelle Mânasas.

vierge qui a dû sa naissance à leur pensée, est Narmadâ, rivière fameuse qui coule vers le midi, pour y répandre la fécondité. Épouse de Pouroiicoutsa, elle fut mère de Trasadasyou.

Le Pradjâpati Manou, par une prévoyante succession des êtres, a pourvu aux Srâddhas dès la première création de tous les Pitris : il veut que l’indifférence soit extirpée, et Sràddhadéva, dit-on, a la charge de veiller à l’exécution de ses règles pieuses. Dans une coupe faite d’argent, ou du moins ornée de ce métal, on présente aux mânes la swadkâ; et cette offrande les

sonnitiéc. Ce sont donc les mondes enveloppés de lumière, ou du sein desquels naît la lumière. Vov- Nouv. Joum. asial. n® 04. p- aga et suiv.

*' Agni est le dieu du feu , qui , dans une de ses incarnations, fut fds du Mouni Sandiia.

" üwidja se dit également des individus des trois premières castes. J'ai laissé exprès cette expression indéterminée.

” Ce passage est presque un hémistiche des lois de Manou, Icct. ili.sl. i gS. 11 y a dans les

deux auteurs l’épithète cavi ( poète ) ,

mise à la place d'un nom propre. Dans les lois (le Manou , c'est IMirigou que cette épithète dé-

signe, parce qu'on regarde ce Richi comme l'auteur du poème. S'agit-il ici du même personnage ? C'est ordinairement le fds de Bhrigou, Soucra, que l'on distingue par le nom de Cavi; mais comme le Harivansa renferme quelquefois des fragments de vers des lois de Manou , j'ai supposé que celui-ci avait été copié comme les autres, et qu'il devait être traduit suivant la pensée de l'original : d'autant plus que Soucra s'ap|)cllc Cdrva, mot que l'on peut regarder comme un nom patronymique dérivé de Cavi.

Bralimâ fut ainsi nommé, parce qu'il s'était renfermé dans l'œufd'or au commencement du monde.

DIX-HUITIÈME LECTUIŒ.

réjouit. En même temps on honore la lune, le feu et Varna, en tournant toujours par la droite vers le nord **; et pour cette cérémonie on se sert du feu, ou de l’eau, faute de feu. Quiconque adresse son hommage aux Pitris en est récompensé par eux : ils lui accordent des richesses, une nombreuse famille, la possession du ciel , une bonne santé, enfin tout ce qu’il peut désirer.

Sage Mouni, il faut distinguer le sacrifice fait aux dieux, et le sacrifice fait aux Pitris C’est aux Pitris que les dieux doivent leur premier accroissement : que les Pitris soient favorables et satisfaits, et le monde entier prospère. 11 faut tâcher de fixer leur faveur ; ô fils de Bhrigou, ne manque jamais de les honorer.

Tu es aimé des Pitris, et je t’aime également. Je veux te faire un présent qui soit une preuve de cette afifcction. Je te donne l’œil divin de la science : mais ne va point imprudemment, ô Mârcandéya, révéler ces secrets. La voie divine de la dévotiqn, la voie supérieure des Pitris ne saurait être aperçue par un œil de chair tel que le tien, quelle que soit sa perfection.

Mârcandéya dit ;

A ces mots, ce maitre des dieux , s’approchant de moi , me donna l’œil de la science, que les dieux eux-mêmes n’obtiennent qu’avec peine. 11 reprit ensuite cette route vers laquelle nous tendons tous; son char et lui brillaient comme deux feux. O fils de Gourou, apprends ce que j’ai pu entendre de lui, détails que les mortels ne sauraient connaître sur la terre, et que je tiens de sa bonté.

** Voy.aurcesdétailslesftl.aoa.di i etQi4de la ni* lecture dea lois de Manou. Mon auteur, pour rendre cette dernière idée, emploie le mot (M Wilson donne 3?7ÏÏR).

que j‘ai rendu par le sens renfermé dans le mot des lois de Manou. Le Brahmanetpji ireut imiter la marche du soleil dans le ciel, tourne toujours par sa droite sur lui-mème. La swaJkâ est à la lois la nourriture que l'on o&e aux mânes, et l'exclamation dont on se sert dans cette cérémonie. (Lois de Manou, lect. iii .

si. ai4-) On perstHinifie cette offrande; on en lait une njmplie. qui est ordinairement Té* pouse d'Agni : en effet, l'offiende présentée aux mânes ou aux dieux est jetée daus le feu. Ce* pendant, un peu plus haut, Swadhâ est la femme de Bhrigou.

** Cesl lin vers des lois de Manou, leci. iti , si. ao3. L'auteur a pris en entier le premier vers do distique, mais U a modifié le second. <|ue j'ai traduit littéralement, et qui me semble expliqué par les vers que j'ai cités dans la dernière note de la lecture précédente.

PÜMTION DE l’impiété.

Sanatcoumâra dit ;

Il y eut anciennement des Brahmanes , lib de Bharadwâdja , qui s’étaient livrés avec fruit à l’exercice de la dévotion (yoga); mais ensuite prenant une route toute dififérente, ils s’éloignèrent du sentier du devoir, et ils subissent maintenant la peine de leur erreur'. Sur les bords du grand lac M&nasa ils reprendront un instant leur raison : ils réfléchiront sur le passé, et verront le trésor de leurs mérites perdu pour eux, comme s’il eût été submergé au milieu des flots. Cependant égarés encore par leurs frivole.s désirs, sans avoir réparé ce mal par la piété, iis seront tous engagés de nouveau dans les bens de la mort et de la renaissance. Ainsi déchus de cet état

désirable d’union sainte avecle grand Etre, après avoir longtemps habité avec les Dévas ils sont nés maintenant dans le pays de Coiu'oukchélra * et dan.s la famille de Côsica (Telle sera leur destinée*. ) Conservant dans leur désor-

' J'ii induit ainsi le mot qui

faate, errtur, mais qui peut

auMsi désigner un langage contraire aux règles de 1a grammaire sanscrite.

* \æ Mânasa ou Manasarovara est un lac sur le mont Himalaya. fables indiennes font sortir de ce lac quatre rivières qui coulent vers les quatre points du globe.

* Le commencement de cette lecture me pa* raît assex confus : j'ai taché d'y trouver quelque suite. J'ignore ce que l'on entend ici par le mot DévQ. n est possible que l'intention de l'auteur ait été d’indiquer l’état de bonheur dont avaient joui les Brahmanes avant leur chute, alors que par la vertu de leur piété Us méritaient d’étie admis dans la société des dieux, dont ils fré-

quentaient les saintes demeures. Peut-être aussi veut-il direqu'ayantété admis. en faveurde leur pénitence, dans la première classe des PitrU, par punition ils sont d’abord descendus chez les Dévas, dont les âmes appartiennent a la deuxième et à la troisième classe.

* Couroukchétra ou Couroudésa est le pays où a n%né le roi Gourou , prince de 1a dynastie lunaire. Ce royaume était dans le nord-ouest de l’Inde.

* On donne le nom de C6tica à differents personnages : c’est un nom patronymique, qui signiüe jilt de Counca, prince de la race /anaire.

* J’ai ajouté ces mots pour donner plus d'ensemble aux idées. C'est Sanalcoumàra qui

dre l’amour raisonné du devoir, ils honoreront les Pitris; et lorsqu’on punition de leur faute ils descendront dans réchclle des êtres, ils garderont, grâce à leurs protecteurs et pour prix de leurs anciens mérites, la mémoire du passe dans leurs naissances successives. C'est alors qu'attachés â la loi divine, toujours attentifs à éviter le mal, ils mériteront enfin par leurs œuvres de redevenir Brahmanes. Reprenant cette dévotion qu’ils possédaient dès leur première naissance, ils arriveront de nouveau à la perfection, et obtiendront une demeure étemelle.

Car, n’en doute pas, la science consiste pour toi dans l’accomplissement du devoir; heureux des exercices de cette piété qui t’identifie avec Dieu, tu posséderas la perfection. Mais cette piété est rare; quelques sages à peine peuvent y parvenir. Quelqtiefois même maîtres de ce trésor, ils le perdent, et le vice étoulTe la vertu. Les hommes qui se plaisent dans les bonnes œuvres, qui respectent toujours leur maître, qui ne demandent rien de ce qu’ils ne doivent pas obtenir, qui sont les protecteurs de ceux qui les implorent, qui ne méprisent pas les malheureux, qui n’abusènt point de l’art de tirer les flèches, qui dans leur repos, leurs promenades, leurs actions, leurs méditations, leurs lectures, ne perdent jamais de vue leur dévotion, qui ne poursuivent pas des richesses mortes, qui s’abstiennent des plaisirs et ne mangent ni viande ni miel, qui ne préfèrent point leurs passions à tout, qui respectent les Brahmanes et aiment les saintes histoires, qui ne sortent point de leurs habitudes calmes et tranquilles, qui ne sont pas trop orgueilleux et n’aiment point les assemblées, voilà les hommes qui arrivent à cette union divine qu’on appelle joja, et qui s’obtient rarement sur la terre. Doux, vainqueurs de leur colère, exempts d’orgueil et de présomption, tels sont les pénitents qui sont des vases d’élection pour le bonheur suprême. Tels furent autrefois ces Brahmanes : mais se rappelant la faute qu’ils ont commise dans l’excès de leur égarement, livrés à la méditation et à la sainte lecture, concentrés dans le repos, ils obtiendront enCn, n’en doute pas , cet état de tranquillité suprême qui est le bonheur.

Pour toi, tu sais ce qu’il faut faire; attache-toi à la dévotion; que ce soit là ton premier devoir, et tu arriveras à la perfection. Rien n’est au-dessus

parle ; cl les Brahmanes existent dans le Giu- candéya les verra ensuite poursuivre leur car-

roukchétra, au mament de son discours. Mir- riére et racontera leurs aventures.

de cette union qui s’établit entre l'honmie et le grand Être : c’est la plus belle des occupations que cet exercice de l'^oja. O fils de Bbrigou, il faut fy livrer sans relâche : apprends avec le temps à te mortifier pour la nourriture, â triompher de tes sens; zélé pénitent, ne néglige point les cérémonies du srdddha, et tu pourras te vanter du nom d’yogin.

Mârcandéya dit à Bhichma :

Ainsi me parla le divin personnage , et il disparut ; il avait passé dix-huit ans à m’instruire, et ces dix-huit ans ne m’avaient paru qu’un jour. Tant que je restai auprès de lui, grâce à sa protection, je n’éprouvai aucune fatigue, aucune incommodité, aucun besoin : je ne sentais pas la marche du temps, et ne m’en aperçus qu’en revoyant mes élèves.

HISTOIRE DE POUDJAMYA.

Mârcandéya continua :

Le saint avait disparu ; et suivant sa recommandation, j'ouvris sur tout ce qui m’environnait l’œil divin de la science. Alors j’aperçus, dans le Couroukchétra, ô noble enfant de Gangâ, ces Brahmanes dont m’avait parlé le sage Mouni : ils étaient alors fils de Côsica. Ils étaient sept; l’un d’entre eux qui se nommait Pitnvartiin, à cause du culte qu’il rendait aux Pitris, devint ensuite Brahmadatta. Il eut pour mère Critwî, (illc de Souca, et pour père le grand prince Anouha : sa ville natale fut la belle ville de Câmpilya

' La suite nous montrera que cette ville do tait pas le Penjab d'aujourd'hui , mais qui pou-

Cimpilya ou CAmpillt se trouvait dans le Pant- vait en être une portion. Vôtres la dissertation

châla, contrée du nord-ouest de llnde, qui n'é- de M. Lassen, ds Penlapelamiâ InJicâ.

Bhîchma dit à Youdhichthira :

Grand roi, je vais te dire sur la famille de ce prince ce que m’a raconté le saint pénitent Mârcandéya : prête l’oreille à mon récit.

Youdhichthira l’interrompit :

De qui était fils Anouha?dans quel temps vivait-il? quel fut le glorieux père de ce fils vertueux? quelle fut la puissance du roi Brahmadatta? Et comment devint-il roi, lui qui était un des sept Brahmanes dont tu m’as parle? Sans doute le divin Souca, si honoré dans le monde, si animé de l’amour du bien, n’a pu donner l’illustre Critwî qu’à un prince redoutable par les forces de son empire. Voilà des détails que je désire apprendre de toi, noble héros; raconte-moi, je te prie, l’histoire de Brahmadatta; répète-moi ce que Mârcandéya t'a dit sur les transmigrations de ces Brahmanes.

Bhîchma dit :

On m’a dit que ce Brahmadatta, saint Richi parmi les rois^ était contemporain de mon pieux aïeul Pratîpa : ce fut un grand prince, adonné aux exercices de la dévotion, connaissant la langue de tous les êtres, pour lesquels il éprouvait une tendre sympathie. 11 eut pour précepteur spirituel et pour ami le fameux Gâlava, qui, par la force de sa pénitence composa l’art de prononcer les mots *, et mit plus d’ordre et de clarté dans les préceptes de la loi divine. Son ministre fut Candarîcha, qui ne connut d’autre amour que celui du devoir. Or, dans leurs sept naissances ® succes.sives, ces sept Brah-

’ Ce»l-à<lire, H.idjarchi.

* Remarquez l'étendue de la signiUcation de ce mot pénitence , qui désigne à la fois l’ardente application à une chose, et les travaux zélés et méritoires par lesquels on mortilic le corps et l'on rend l'esprit plus actif.

' Sikchâ est le nom de cet art, et en même temps celui d'un des six Védângas. Ce Védànga enseigne la prononciation des nwts employés

dans les V edes : il est attribué à l’ânini , petitfils de Dévala , sous le nom duquel on a publié des soiîtras ou aphorismes de grammaire, où sont cités les prédécesseurs de Pùnini, parmi lesquels se trouve Gâlava. Au reste , le mot n'àc/id veut aussi dire initniction en général , etr.'est dansce sens queVyâsa est surnommé 5ijrcâdrani.

* Le nombre sept a sans doute ici quelque rapport avec les sept ordres de Pitris.

inanf.’fi »e trouvèrent toujours ensemble, et se distinguèrent par leur mérite.

Je vais te dire, d’après le grand Màrcandéja, quelle a été l’antique famille de liralimadatta, cet illustre rejeton de Pourou.

I.e roi Vriliatkrbétra * avait eu pour fds le pieux Souhotra : Souhotra donna le jour i liastin, qui fut le fondateur de la fameuse ville d’Ilastinâpoura Celui-ci eut trois lils, renommés surtout par leur attacliemcnt à la loi divine : Adjnmîdlia, Dwimidiia, et Pouroumidiia. D’Adjamîdiia et de Dliouiiiinî naquit lu roi V’rihadicliou : Vrihadichou laissa pour fds le glorieux Vriliaddlianoii, qui à cause de sa grande justice fut surnommé Vn- Aat/déarma. V'riliaddhanou donna le jour à Satyadjit; Satyadjit à Viswadjit; Vi.swadjit au grand monarque Sénadjit.

Sénaiijit eut quatre lils connus dans le monde : Routcliira, Swétakétou, Maliimnüra, et Vatsa, roi d’ Avant!, d’où c.st .sortie la famille des Parivatsacas. De Routcliira naquit le fameux Pritliouséna , qui donna le jour à Pàra; Pâra fut père de Nipa, et Nîpa de cent un fds, héros pleins de courage, habiles à conduire les chars de guerre et à manier les armes; tous surnommés Nipas. Un prince, héritier de ces Nîpas et .soutien de leur gloire, régna é Cémpdya. Il .SC nomma Samara, à cause de son amour pour les combats. Il eut trois Gis, Para, Pâra et Sada.swa, particulièrement amis do la justice. De Para naquit l’illustre Prithou. Celui-ci eut pour lils Soucrita, ainsi nommé à cause de SOS bonnes actions; ce fut un prince orné de toutes les vertus. 11 donna le jour à Vibhrâdja, et Vibhrâdja à Anouha, gendre de Souca et glorieux é[)oux de Critwî. C’est de cet Anouha que naquit le saint roi Brahmadatta. Celui-ci eut pour fils un prince célèbre par ses austérités et sa dévotion, nommé /'isic«A.(éna ; c’était Vibhrâdja revenu au monde en récompense de ses bonnes œuvres.

Brahmadatta eut un autre fds, appelé Sanvasdna, qui eut les yeux crevés par foiseau Poùdjanîyâ, depuis longtemps commensal de Brahmadatta.

Nous avons dit que son autre fds était V iswakséna : ce fut un prince trèspui.ssant. Il donna le jour au monarejue üandaséna, et Dandaséna à Bhai-

* IViiKC de 1« dynaMic lutmire, dont nous p«rtm>n» plus loin.

* \ ille diuit les rois lunaires timU |>cndant

un leur capiUil«. Klic fui submcrgi« |Mkr

Ir G«ngc, el le siège de Tciupirc transféré à

G«Âmbi. On a prétendu que Dehli occupe remplacement lie rancienne llasliiinpotira, qui parait toutefois avoir été à prés de cinquante-sept milles plus loin vers le nord-est. I^e roi Hastio a pu vivre du tcm{is cie lUma , roi d'Avodhvâ

lâta, qui fut tué par Carna, fils de Radhâ’. Bliallâta était un guerrier magnanime, fait pour honorer sa famille; son fils’ fut insensé et causa la perte de cette maison des Nîpas; à cause de lui, Ougrâyoudha extermina tous les membres de cette famille, et vint ensuite périr sous mes coups, emporté par sa déraison ; prince ambitieux, n'ayant d’autres pensées que celles de son orgueil, et ne se plaisant que dans le désordre.

Youdhichthira dit :

De qui était fils cet Ougrâyoudha? quelle était sa famille? dis-moi comment il a trouvé la mort sous tes coups.

Bhichma reprit :

Adjamîdba avait eu un fils, nommé YavSnara qui régna et se distingua par sa sagesse. Yavînara donna le jour à Dbritimân ; Dhritimân, à Satyadliriti ; Satyadbriti , au vaillant Dridhanémi; Dridbanémi , au pieux Soudharman; et Soudharman , au grand Sârwahhôma , ainsi appelé parce qu’il fut roi de toute la terre. Dans sa nombreuse lignée exista Mahân , honneur de la race de Pourou. Mahin fut père du roi Roukmaratha ; Roukmaratha, de Soupârswa ; Soupârswa , du sage Soumati ; Soumati , du vaillant Sannati ; et Sannati, du puissant Crita, disciple du fameux Hiranyanâbha , surnommé Côsalya. C’est Crita qui divisa en vingt-quatre chapitres le Sâroa-Véda : de là vient que dans le Prâtehya ”, les Brahmanes qui lisent le Sâma sont appelés de son nom Cârtis. 11 eut pour fils cet Ougrâyoudha qui pouvait faire la gloire

* Carna était fils naturel deCounti, mère des depuis sur le tréne apres la mort de l'usurpa- Piodavas. Il fut exposé par elle sur les bords de teiir Ougrâyoudha.

l’Yamounâ, et recueilli par Radhâ, femme de " D'autres donnent pour père à Yavînara

l'écuyer de Dhritarâchtra. Celle-ci l'éleva, ce qui le prince Dwimidha, frère d'Adjamidba. Fr. Hal’a (ait appeler fils Je liaJhâ. Carna üt la guerre millon suppose que, ûls d' Adjamldha, Yavînara aux Pândavas ses frères, et périt de la main avait été adopté par Dwimidha. d'Ardjouna. Ce mot me fait soupçonner que le royaume

* Ce fils n* est pas nommé ; l'auteur ne le dé- de ces princes était précisément une contrée

signe que sous le nom général de A'ÿu. du Prâtehya, pays k l'orient <le la Saraswati,et

Cette destruction ne fut pas générale, comprenant le Tirhut et le Béliar méridional,

puisque le petitlUs deMpa, Prichata , monta Cétait là qu'habitaient les Prasn.

ijli

IIARIVANSA.

de la race de Pourou. C’est celui-ci qui vint attaquer et qui tua le roi de Pantcliâla, Nipa, aïeul de Prichata. Ougrâyoudba eut pour fils l'illustre Kchémya ; Kcfiémya donna la naissance à Souvîra ; Souvîra, & Nripandjaya; et Nripandjaya, à Vahouratha. Ces princes ont été distingués par le nom de Pôravas.

Or, Otigrâyoudha fut un prince bien malavisé. Habile à lancer un tchacra étincelant, et rempli de courage, il avait donné la mort au roi Nipa. Ce triomphe l’enfla d’orgueil, et les autres princes de cette famille tombèrent aussi sous ses coups. Mon père venait de mourir : assis à terre, j’étais entouré de mes conseillers, quand un envoyé d’Ougrâyoudba vint de sa part me faire cette insolente proposition. • Bbichma, me dit-il, je te demande « aujourd'hui pour épouse ta mère l’illustre Gandliacàli, qui est la perle « des femmes. O fils deCourou, si tu condescends à mes désirs, j’agrandirai « ton royaume, et je te comblerai de présents. Je possède des richesses et « des pierres précieuses : choisis ce qui peut te faire plaisir. » Cependant, en entendant ces mots, je .sentais mon terrible tchacru s’enflammer dans ma main, ce tchacra dont la vue, 6 fils de Bharata, fait fuir mes ennemis au milieu du combat. Son envoyé osa ajouter : • Si tu désires le bien de

• ton royaume ou de ta famille, si tu tiens â la vie, obéis i mon ordre :

• autrement tu n’as point de repos h espérer. • Assis sur mon lit de feuillage, j’écoutais cet émissaire : il se tut, et finit un discours qui me brûlait comme un trait de feu. Connaissant donc les intentions de cet insensé, je fis assembler de tous côtés les chefs des armées. Vitchitravîry a , encore enfant “, courut lui-même aux armes pour me défendre. A cette vue, je cessai de retenir mon ressentiment et je me préparai au combat.

Kntouré de conseillers expérimentés, de prêtres pieux, d’amis sages et prudents, pleins d’in.struction et d’intérêt pour moi, avant de commencer l'attaque, je demandai leur avis sur la conduite que me dictait la circonstance. « Sans doute, me dirent-ils, l’impie a son tchacra levé contre toi ; « mais, de tou côté, tu ne t’es pas encore purifié Et certes ce n’est pas

** Celait sa IjeUe-fDerc, autrement appelée Sutyaoati. De Paràaara. eUe avait eu d'abord VyèMi devenue ensuite l’épouse du roi Santa* DOu*«lle lui donna pour üls Vitchilravirya. Le même Santanou avait eu auporai'anl de Gao^â ce Bhichma qui parle dan» cette lecture.

Je rends ainsi le mol que je ne regarde pas comme un nom propre.

“ Los Ainéraillea causaient une impureté qui ne pouvait être effacée que par certaines cérctmonics, telles que l’ablution mntatnAna. Vovex Kech. asial. t. \ II.

• par le combat qu’il faut commencer. Nous te recommandons d’abord les

• moyens de conciliation, de séduction meme; cherche ensuite à diviser tes

> ennemis C’est alors que, purifié de toute souillure, tu pourras invoquer

> les dieux, faire ton sacrifice au feu, demander la bénédiction des Brah-

• mânes et les honorer par tes hommages. C’est alors que , de leur aveu ,

• tu marcheras k la victoire. Mais, avant la cérémonie de ta purification, ne « va pas engager le combat, et croiser tes annes avec celles de ton ennemi. Tel

• est l’avis des vieillards. Quand les trois moyens légaux auront été provisoi- « rement employés, alors tu iras à l’ennemi, et il succombera sous tes coups,

• comme a succombé Sambara sous les coups d’Indra » Il faut écouter le conseil des sages et des vieillards : leur voix calma un instant mon courroux. Toutes les cérémonies furent faites par ces hommes instruits dans nos saints livres, et alors il me fut pennis d’exécuter ma résolution. On essaya d’abord des moyens de conciliation et des autres conseillés par les sages. Mon imprudent ennemi ne voulut rien écouter. Le tchacra de l’impie , que le désir de l’épouse d’un autre lui avait fait lever, était toujours dans sa main ; il persista dans son égarement, et périt, victime de ses propres œuvres, et blâmé par les hommes de bien. Pour moi, lavé de ma souillure, armé de mes flèches et de mon arc, monté sur mon char, je sortis de ma ville, et béni par les Brahmanes, j’allai combattre mon ennemi. Les deux années furent bientôt en présence : pendant trois jours elles se livrèrent un combat furieux, pareil à ceux que se livrent les Dévas et les Asouras. Ougrâyoudha, frappé par mon tchacra bnilant aux premiers rangs de son année , tomba par terre et mourut du moins en héros.

C’est alors, ô roi lils de Gourou, que Priebata vint à Câmpilya, après la mort du chef de la maison des Nîpas et d’Ougrâyoudha. Au royaume de ses pères, cet illustre prince ajouta celui d’Ahitchhatra 11 se laissa diriger par mes conseils, et fut le père de Droupada. Celui-ci, devenu roi, osa insulter Drona : aussitôt il fut attaqué et vaincu par Ardjouna, qui fit don à Drona

'* Ce précepte est dans les lois de Manou , lect. viu 198.

** Cest la cérémonie appelée stra^^redfcfcajM. dans laquelle les Brahmanes invoquent les dieux en répandant à terre du riz bouilli. C'esi à Pradyoumoa, i'ds de Crichna, que

cet exploit est ordinairement attribué. Mais l'auteur a peut-être voulu éviter un anachronisme. Le dieu Indra est de tout temps, et a pu combattre le Détya Sambara.

“ Cest de Ptolétnée. qui corre'i-

pond au pays de Barranagpotir.

d’Ahitclihatra et de Câmpilya. Drona les reçut; mais il rendit, comme tu le sais, Câmpilya â Droupada.

Tel est le récit que j'avais à te faire sur la famille de Droupada , de Brahmadatta, de Nipa et d’Ougrâyoudha.

Youdliichtbira dit :

O fils de Gangâ, comment l’oiseau Poûdjanîyâ creva-t-il autrefois les yeux du fils de Brahmadatta? Par quelle raison cet oiseau, depuis longtemps commensal et ami de ce prince, commit-il envers lui cette indignité ? Qu’était-ce que Poûdjanîyâ ? qu’était-ce que cette amitié qui existait entre cet oiseau et le roi ? Fais-moi le plaisir de me dire là-dessus toute la vérité.

Bhîchma répondit :

Grand roi, voici cette aventure telle qu’elle arriva dans le palais de Brahmadatta. Ce prince avait pour ami un oiseau dont les ailes étaient noires, la tête rouge, le dos et le ventre blancs. Cette amitié semblait ferme et durable. L’oiseau avait fait son nid dans le palais du roi : il sortait pendant le jour et volait sur les bords de la mer, des lacs, des fleuves et des rivières, sur les montagnes, dans les bois et les forêts, sur les étangs fleuris, au milieu des lotus odoriférants, qui abandonnent aux vents les parfums de leurs fleurs épanouies; après avoir erré dans tous ces lieux enchanteurs, il revenait le soir à Câmpilya, et se reposant auprès du sage Brahmadatta, il lui faisait des récits de tout ce qu’il avait vu dans ses courses aventureuses. Le roi Brahmadatta eut un fils nommé Sarwasdna. Dans le même temps, Poûdjanîyâ (c'est le nom de l’oiseau) devint mère : dans son nid elle déposa un seul œuf, qui vint à éclore ; il en sortit une masse de chair dont les membres n’étaient pas encore bien distincts , qui entrouvrait un large bec, et semblait privée d’yeux. Peu à peu les yeux parurent, les ailes

’* Cette faUe se retrouve dans le chapitre xii ** Le texte renfenne les iDots de pieds et de de Cailla et Dimna « et dans le chapitre viii de maifu : par le mot main lauteur désigne sans

la ni* partie des Contes et fables indiennes, tra> doute les deux membres supérieurs , c'est-à-

duites par Galland et Cardone. La Fontaine l'a dire les ailes de l'oiseau, non encore garnies de

imitée dans ses fables, liv. X, fab. 13. plumes.

grandirent, et cette masse d’abord informe devint un oiseau charmant. Poûdjanîyâ aimait egalement le fils du roi et son petit; et cet attachement croissait de jour en jour. Quand la nuit revenait, elle apportait dans son bec pour les deux enfants deux pommes d'amrita égales pour le goût à l’ambroisie céleste. C’était un vrai plaisir pour eux de manger ces fruits. Pendant que Poûdjanîyâ était sortie, la nourrice du lils de Brahmadatta faisait jouer le petit prince avec le petit oiseau et allait prendre celui-ci dans le nid de Poûdjanîyâ. Un jour l’enfant du roi, en badinant, saisit parle col et serra fortement dans sa main l’oiseau, qui fut promptement étoufie. Brahmadatta, en voyant par terre, le bec ouvert et sans vie le fils de son amie , mis à mort par son propre fils, se livra à toute sa douleur. Il se mit à pleurer, et gronda sévèrement la nourrice. Son chagrin était extrême , et il plaignait le sort du pamTc oiseau , quand Poûdjanîyâ revint dans le palais, par les routes do l’air, apportant les deux fruits selon sa coutume. A son arrivée, elle aperçoit son enfant, celui qui a été formé de son corps, étendu sans mouvement et sans vie. D’abord elle perd f usage de ses sens; mais quand elle revient à elle-même, elle fait entendre ces tristes lamentations : « O mon cher petit, «j’arrive, je t’appelle, et tu ne sautilles pas autour de moi! tu ne fais pas « entendre ces sons inarticulés et si doux à mon oreille ! Ouvrant ton bec «jaune et mignon, et me découvrant ton palais empourpré, pressé de la

• faim, pourquoi ne viens-tu pas aujourd’hui? Pourquoi ta mère n’entend- « elle plus tes cris “? Quand reverrai-je cet enfant, qui faisait mes délices, « le bec ouvert, me demandant de feau, et agitant ses ailes devant moi? En

• te perdant, j’ai perdu tout mon bonheur. »

Après avoir exhalé bien d’autres plaintes, elle s’adressa ainsi au roi : « Ne

• sais-tu pas quels sont les devoirs prescrits par la loi divine, toi qui as reçu

• l’eau du baptême royal ? Par le fait de cette nourrice , tu as loi-même im-

” Rien n’indique l'espèce de cet arbre. Jones, II* vol. des Rech. asiat. , dit que l’anirita est le jambosier (rtue apple).

” On emploie ici d'une manière générale

le mot tchataca, qui signifie propre-

ment moineau. C'est peut-être ce mot mal entendu qui a fait introduire dans la fable le moineau qui est la cause de la dispute des deux amis. Voyez la Fontaine.

“ L'expression sanscrite indique que l'animal est réuni aux cinq éléments, il est entre dans le Pantchalwam.

“ Je me suis abstenu de repitxluire ces cris, exprimés cependant dans le texte. Je les insère ici pour ceux que ces {letits détails (lourraient flatter; voici la transcription de cette onomatopée que j’ai rencontrée plusieurs fois : tchllchtcoutchi.

IIAUIVANSA.

• iDolé mon enfant; par la main de ton lils, c’est toi qui l'as tué. Injuste

• Kclialriya, pour éclairer ton esprit, Angiras n’avait-il pas dit; Vous

• devci toujours protection k celui qui est venu implorer votre secours, soit

• qu’il fût pressé de la faim ou poursuivi par .son ennemi, siutout quand il

• est longtemps resté sous votre toit. L’homme qui refuse de le protéger " va certainement en enfer. Comment les dieux pourraient-ils recevoir son « offrande, et les Pitris sa swadhâ ? • \ ces mots, s’abandonnant à tout son courroux”, elle, si bonne, si sensible, égarée par la douleur, elle creva les deux yeux de l’enfant royal. D’une serre cruelle elle lui arracha la vue, et s’élança aussitôt apres dans les airs.

En voyant .son fils dans cet état, le roi dit k Poùdjaniyâ : « Ma belle amie,

• .sois sans crainte, ton action n’est que trop légitime. Tâche de te consoler,

• et demeure avec moi : que notre amitié reste inaltérable. Comme aujiara-

• vant, continuons nos rapports et nos récréations. Je n’ai point contre toi

• de ressentiment à cause du malheur do mon lils; soyons amis, tu n’as fait « que ce que tu devais faire. •

Poùdjaniyâ lui répondit : • Je juge de ton amour pour ton fils par celui que

• j’avais pour le mien. Prince, après avoir privé ton enfant de la lumière, et

■ coupable envers toi, je ne veux plus rester dans ton palais. Je te rappelle-

• rai les sentences du .sage Ousanas “ ; Il faut éviter d’avoir un mauvais

• allié, un mauvai.s pays, un mauvais roi, un mauvais ami, de mauvais en- « fants et une mauvaise femme. Avec une mauvaise alliance, point d’amitié ;

• avec une mauvaise femme, point de plaisir; avec de mauvais enfants, point

■ de srâddlias^; avec un mauvais roi, point de justice; avec un mauvais ami,

• point de bonne foi; dans un mauvais pays, point de vie agréable. Avec un

• mauvais roi, on éprouve une crainte continuelle; avec de mauvais enfants, « des malheurs naissent de tous côtés. L’inférieur qui se lie au méchant périt

• bientôt, privé de protecteur et de force. Ne comptez point sur un homme

** On prête à un personnage , nommé An^iras, un traité sur les lois, qui subsiste toujours. J'igDoresi les maximes suivantes en sont extraites.

V'oycx xm* lecture, note 5.

•* Ousanas est le même que Soucra, fils de Bhrigou , et régent de la planète de Vénus. Il est le précepteur et le prêtre des Dêtvas. On

lui donne aussi le nom de Cavi, poète, et un cite souvent de lui, dans les grands poèmes, des maximes morales qu'on lui attribue.

** Lies Indiens tenaient k ces cérémonies funèbres , qui devaient assurer leur bonheur après leur mort; etc'clait un devoir de bon fils que de les célébrer k certaines époques déterminées.

« de mauvaise foi; même comptez peu .sur l'homme de bonne foi. La crainte « qui succède à la coniiance coupe jusqu’aux racines de la sécurité. C’est

• aventurer ses jours que d’oser follement se reposer sur la foi des hommes

• de cour, dont le cœur e.st naturellement gâté. Celui qui cherche à se

• grandir auprès des rois, est bientôt écrasé comme un vil insecte

« Ousanas a dit encore, ô prince’: Un adroit ennemi, sous le masque de la

• bonté, vous embrasse et vous étouffe ensuite, comme la plante rampante « qui presse un grand arbre. Il se fait doux, souple et petit ; peu à peu il vous « enveloppe : c’est la fourmi qui ronge insensiblement les racines d’une plante. « Hari lui-même, endormant la défiance de Namoutchi pendant quelque « temps, finit, en présence des Mounis, par le tuer avec l’écume des eaux.

• Les hommes, pour sc défaire de leur ennemi, attendent le moment du

• sommeil, de l’ivresse, de la passion ; ils emploient le poison, le feu, le fer « et la magie même. Leur sollicitude va jusqu’à détruire tout ce qui peut

• rester de lui : ils donnent la mort à ses enfants, ne doutant pas qu’un « jour ceux-ci professeront aussi contre eux la même inimitié. Ce qu’on « laisse d’un ennemi, est comme un reste de dettes ou de feu, qui ne peut, « ô prince, que croître et s’augmenter. Tout ce qui lui a appartenu, doit

• donc être anéanti. Un ennemi rit et cause avec vous, il mange au même « plat, il s’assied sur le même siège, et ne perd pas le souvenir de son injure.

• Il ne faut point se fier à lui, lors même qu’il deviendrait votre parent. Indra “

• devint le gendre de Pouloman, et cependant il lui donna la mort. Le sage

• ne doit point s’approcher de celui qui lui parle amitié, et qui cache l’ini- « mitié dans son cœur : il doit le fuir, comme le cerf fuit le chasseur. Gar- « dez-vous de rester auprès de celui dont la haine a gonflé le cœur : il vous « entraînera avec vos racines, comme le torrent emporte l’arbre de sa rive.

• Ne comptez pas sur la fortune que vous pouvez recevoir d’un ennemi; ne

• dites pas avec confiance ; Je suis bien haut. Cette élévation môme causera

** L'insccte dont on parle ici csl le pou,

" Namoutchi est le nom d'un Asoiira, d’un ennemi des dieux , et nous verrons ailleurs les combats variés que se livrent ces terribles rivaux, combats dans lesquels Vichnou est toujours obligé d'inten'enir.

” Indra est le dieu du ciel, et sa femme se nomme Satcht : c'était la fille du Mouni Pouloman , qui avait le malheur d’étre de la race des Dânavas, et par conséquent ennemi des dieux. Indra avait enlevé Satchî , et jwur prévenir la malédiction d’un |)cre irrité, il tua Pouloman.

« votre perte : vous serez écrasé comme rinsecte méprisable. Voilà les maxi- « mes d’Ousanas, maximes que doit retenir le sage et celui qui veut sa * propre sûreté. Pour moi, j’ai commis envers toi une faute horrible, j’ai « ôté à ton fds la lumière du soleil : je ne puis plus me fier à toi. » A ces mots, l’oiseau s’envola dans les airs.

Voilà le récit que tu m’avais demandé, ô roi, sur Brahmadatta ; telle est l’histoire de Poûdjanîyâ, tels sont les renseignements que tu désirais sur le sràddha. ô sage Youdhichthira Je te dirai maintenant l’antique histoire que Sanatcoumàra a racontée à Mârcandéya pour lui prouver l’avantage du srâddlia et des bonnes œuvres. Ecoute, ô grand roi, ce qui arriva pendant sept naissances successives à Gàlava, à Candaricha, à Brahmadatta ci aux autres Brahmanes, compagnons de leurs pieux exercices.

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