‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 9 sur 55 · CU.TE DES PITRIS · texte numérisé non relu

CU.TE DES PITRIS

Djanamédjaya dit :

Tu viens de me dire que l’Aditya Vivaswân préside aux Srâddhas, illustre Brahmane. Je désire obtenir quelques détails sur ce sujet. Qu’est-ce que cette importante cérémonie du SràddhaPD’où viennent les Pitris “?qui les a créés? Ce sont là des questions sur lesquelles les savants docteurs de nos saintes lois ont déjà donné des éclaircissements. On dit qu’il y a des Pitris dans le ciel, Pitris (pères) des dieux, et dieux eux-mêmes. Voilà donc ce que je désire savoir. Dis-moi quelles sont leurs qualités et leur influence; quelle satisfaction cau.se aux Pitris le Srâddha qxie nous offrons; quelles faveurs ils peuvent nous accorder en échange; quelle e.st enfin l’origine des Pitris. Daigne répondre à ma curiosité.

Vèsampàyana répondit :

Oui, je te raconterai l’origine des Pitris: je te dirai comment le Srâddha, que nous célébrons, leur cause du plaisir, et quels biens ils peuvent répandre sur nous. Ce sont des renseignements que Mârcandéya avait autrefois donnés à Hhichma qui lui avait fait les mêmes questions. Youdbichthira, surnomme Dhamiarâdja , profitant d’un moment où Bbîchma se reposait sur

préside aux Srâddhas , et qui porte le nom de le prouve le commencement de la lecture sui-

Sr^ddhaJéva. Cependant ki celle épithète le vante. '

rapporte au soleil, àVivasvànlui-mime.comme ' Lemotpitri signiCe pmpnmeuX père, palet.

un lit de roseaux le pria de lui donner les explications (pe tu viens de me demander. Je vais te répéter ce que dit Bhichma; et ces détails, Mârcandéya lui-méme les tenait de Sanatcoumâra.

Youdhichthira dit :

O toi qui connais les règles du devoir, je voudrais bien connaître comment on obtient l’accroissement et la prospérité qu’on désire, et par quels actes on peut éviter le chagrin.

Bhicbnia répondit :

Celui qui avec empressement et dévotion s’acquitte du Srâddha, et donne aux Pitris une satisfaction complète, est sûr d’être heureux dans ce monde et dans l’autre. O Youdhichthira , les Pitris donnent à celui qui est fidèle à son devoir, des enfants, s’il en demande, de la fortune, s’il en désire.

Youdhichthira leprit :

Il y a des Pitris dans le ciel, d’autres aussi dans les enfers. Les hommes recueillent toujours un fruit de leurs œuvres pieuses : on célèbre un Srâddha avec le désir d’en obtenir quelque avantage. On y comprend dans une triple offrande ’ son père, son aïeul, son bisaïeul. Comment des Srâddhas ont-ils quelque résultat pour les mânes? Comment ceux qui sont en enfer peuventils en retirer quelque fruit? Quel* sont donc ces autres Pitris, ceux auxquels

’ .Nous comiaissoDs déjà le nom de ce n>seau; c’est ]e Mro {saccharum sam). Hhichma était fils de Santanou, roi d’Hastinâpoiira* et de Gangé. Il reDOoça au trône on faveur de son frère. Dana la querelle qui eut lieu entre ses petits-neveux, ü prit parti contre les Pâiidavas. n y fut même blessé par Ardjoiina. A la fin de cette guerre, il donna des avis à Youdhichthira appelé k régner, et quitta ensuite 1a terre pour monter au cid. G>mme il n'avait point eu d’enfants, ce sont tous les Indiens qui

doivent chaque année, dans uii srùélha en son honneur, faire sa commémoration , comme s'ils étaient ses descendants

* Le nom particulier de cette offrande est pmda ; un ptnda est une boule formée de ris, <le lait caillé, de fleurs , etc. , et que présentent aux mânes des ancêtres les membres d'une même famille, lesquels par cette raison on appelle upimias. Voyes pour tous ces détails la lit* lecture des lois de Manou , et le VII* volume des Recherches asiatiques.

nous faisons des sacrifices, et que les dieux honorent, dit-on, dans le ciel ? Noble héros, voilà des difficultés sur lesquelles je voudrais avoir des explications. O toi qui as tant de savoir, dis-moi comment il est possible que le Srâddha change la destinée des Pitris?

Bliîchma répondit :

Prince invincible, je vais t’enseigner ce que j’ai pu apprendre; je te dirai quels sont ces autres Pitris auxquels nous adressons un culte. C’est ce que me révéla un jour mon père, qui était déjà parti pour les mondes intermédiaires. Je célébrais le Srâddha, et je faisais l’olTrande du pinda en son honneur. La terre se fendit devant moi, mon père parut, et pour recevoir mon offrande, tendit ses bras chargés d’ornements et couverts de bracelets, ayant, comme je l’avais vu autrefois, ses doigts rougis de la couleur du sandal.

• Voilà, disais-je en moi-méme, une cérémonie qui n’est point dans le ri-

• tiiel*; • et sur le siège de causa où j’étais en lui donnant le Pinda, je réfléchissais sur cet incident. Mon père, satisfait de ma piété, me dit d’une voix douce : • U le meilleur des enfants de Bharata, je suis content de toi.

• Tu as propagé ma race ‘, j’ai obtenu par toi tout ce que je pouvais désirer

• dans cette vie et dans l’autre; par toi, mon fils, qui t’es montré homme

• sage et instruit, fidèlement soumis à la loi. Ferme dans la bonne voie, « c’est de moi que tu as appris à suivre constamment dans ce monde la règle

■ du devoir. Si celui qui remplit son devoir recueille un quadruple fruit,

■ l’insensé qui le néglige obtient aussi le fruit de son péché. L’exemple que

• donne le prince dans l’accomplissement de ses propres obligations est

• toujours imité par les sujets. O noble enfant de Bharata, tu as fait des

• Vèdes et de leurs lois étemelles la règle de ta conduite; le bonheur et

• la gloire de ton père sont incomparables. Pour te témoigner ma joie, je

• veux te faire un don : vois dans les trois mondes ce (ju’il y a de plus difficile

* Je rends ainvi le mot calpa. Benlley religieux. Les chapitres que nous allons traduire

l a entendu dans ce sens . en le traduisant par

forme particulière du culte. Voye* le aloLa 1 47 * On appelle causa , ou Jarbha , un gazon em*

de la III* lecture de» loi» de Manou » où »e trou- ployé dan» les eCremonie» religieuse»,

vent calpa et anoucalpa. Le Cal|>a est aussi le * Ceci est peu exact : car Dliichma n avait

Védànga qui contient la description de» rite» point donné de pelit-ûl» à Santanou.

• à obtenir, et choisis. Tu ne quitteras cette vie que lorsque tu voudras; la « mort ne viendra te prendre que de ton consentement. Quel autre privilège « veux-tu encore que je t’accorde? Parle, illii.stre rejeton de Bharata, dis-

• moi ce qui se passe dans ton Âme. •

Le saluant avec respect, je lui répondis : «Tous nies vmiix sont remplis,

• puisque vous êtes content de moi. Si cependant , ô le plus illustre et le « meilleur des pères, vous daignez m’accorder une faveur, je vous prierai de " vouloir bien répondre à une de mes questions. • • O Bhîchma, me dit le " pieux personnage , explique-moi ce que tu désires. J’éclaircirai les doutes

■ que tu peux avoir, ô lils de Bharata. » Alors profitant avec empressement de sa bonne volonté, je l’interrogeai, lui qui connaissait le monde invisible et qui avait visité le séjour des hommes vertueux, et je lui fis les questions suivantes : « On parle de Pitris, qui sont Pitris (pères) des dieux, et dieux

• aussi, et de dieux qui sont Pitris (pères). Quels sont ceux auxquels on offre

• des sacrifices? Comment .se fait-il que nos Srâddbas causent du plaisir aux

• Pitris habitants d’un autre monde? Quel est le fruit du Srâddha? Quels < sont ceux auxquels sacrifient les dieux, les hommes, les Dânavas, les Yak-

• chas, les Bâkchasas, les Gandharvas, les Kinnaras ’ et les grands serpents? « Voilà des points sur lesquels je désire beaucoup d'être éclairé. Daignez

• satisfaire ma curiosité : car je sais que vous connaissez tout. ■ Santanou, mon père, reprit la parole : « O Bhîchma, je répondrai en peu de mots à tes

■ questions. Ecoute avec attention, et apprends pour quelle raison on offre

■ le Srâddha aux Pitris, quels en sont les fruits, quelle est l’origine des

• Pitris. Les fils de Brahmâ lui-incme * existent dans le ciel des Pitris avec

• le rang de dieux. Ce sont eux à qui sacrifient les dieux, les Asouras, les « hommes, les Yakchas, les Bâkchasas, les Gandharvas, les Kinnaras et les

• grands serpents. En récompeasc des hommages qu’on leur rend dans les

• Srâddbas, ils protègent ce monde qui renferme les Dévas et les Gandhar- « vas, et qui obéit à Brahmâ. Il te faut constamment décerner à ces grands

• Pitris les honneurs du Srâddha : ils te coinhleront de biens, ils exauceront

• tous tes voeux. Si tu célèbres le nom et la famille de ces Pitris, ils nous

’ Les Kinnaras sont des musiciens célestes * Voyci les détails que donne la iii' lecture qu'on représente arec une télé de cheval. On les des lois de Manou, si. 15.4, sur les diverses

appelle aussi Aimpouraur/iur. classes de Pitris et sur leurs noms.

• procureront à nous-mêmes dans le ciel un surcroit de bonheur. Mais Mâr-

• candcya achèvera de t’instruire sur cet objet. 11 est aimé des Pitris’, il est

• savant. Aujourd'hui, pour me faire plaisir, il est venu assister au Srâddha.

• Tu peux l'interroger. • Après m’avoir ainsi parlé, Santanou di.sparut.

ORIGINE DES PITRIS.

Bhichma continua :

Alors je suivis le conseil de mon père, et m’adressant avec respect à Mârcandéya, je lui fis la question que j’avais déjà faite à Santanou. Le saint anachorète me dit :

MArcandéya dit :

O Bhîchma, je vais te donner les détails que tu demandes : écoute avec attention. Par la faveur des Pitris, j’ai obtenu de longs jours: par mon dévouement à leur culte, j’avais déjà dans l’Age précédent acquis une grande gloire dans le monde Au bout de la révolution de plusieurs milliers d’années, je montai sur le mont Mérou, et je m’y livrai à une austère pénitence. Un jour j'aperçus un char qui venait de la partie septentrionale de la montagne, et qui éclairait tout le ciel de son éclat. Dan.s ce char, je vis, étendu sur un lit de repos, un personnage éblouissant comme un soleil, et de la grandeur du pouce’ : en voyant ce char et celui qu’il portait, on aurait dit un feu dans un autre feu. Jinclinai avec respect la tète devant cet être supérieur, dès l’instant qu’il fut près de moi; je lui offris les présents de l’Ai^ha et de l’eau pour le bain de pieds. Je lui dis: • Que je

• voudrais vous connaître, seigneur, vous dont l’aspect est si redoutable,

* On pourrai! traduire aussi - il at attaché nitoe considéré comme dieu personniric. Son

aa culte des Pitrù. nom, en sanscrit, est précédé quelquefois du

* Nous verrons ailleurs Mércanrléya subsis- mot tri, qu'on attribue aux personnages divins,

ter après la destruction du monde. Ce saint est ’ Ceci me fait rap|>elcr que d'un poil de

• vous qui brillez de l’éclat de la pénitence, et qui paraissez un Nârâyana! « Vous êtes sans doute un dieu parmi les dieux : telle est ma pensée. » Ce saint personnage me répondit en souriant : • Tes exercices de dévotion sont « donc mal dirigés, puis(|ue tu ignores qui je suis. » Aussitôt prenant à n>es yeux, une figure difl'érente et merveilleuse, il m’apparut sous une forme telle que je n’en avais jamais vu de semblable.

« Je suis, me dit-il, le premier-né de Brahmâ, issu de sa pensée (mdnasa), « puissant par la force de la pénitence, et animé de l’esprit de Nârâyana ; je

• suis ce Sanatcoumâra * dont parlent les Vèdes. 0 fils de Bhrigou, salut. « Que désires-tu de moi? Ils sont aussi fils de Brahmâ, et par conséquent mes ■ frères, mais cependant plus jeunes que moi, ces sept grands Ricliis dont

• les enfants sont si renommés, Cratou, Vasichtha, Poulaha, Poulastya, « .\tri, Angiras et le sage Marîtehi. Honorés des dieux et des Gandlian'as, ils « soutiennent et protègent les trois mondes, et ne sont pas moins respectés

• des Dânavas que des Dévas. Poursuivant les exercices d’une rigoureuse " pénitence, ô grand Mouni, nous vivons recueillis en nous-mêmes, exempts « des devoirs comme des passions des autres créatures. Tu me vois toujours "jeune, comme quand je suis né : de là mon nom si connu de Sanatcou- « nuira *. Pour me regarder et m’honorer, tu as interrompu ta pénitence. " Ton premier désir est satisfait. Que demandes-tu encore? •

.Ainsi parla f immortel Sanatcoumâra ; je lui répondis, ô fils de Bharata, encouragé par sa bonté, et je finterrogeai sur l’origine desPitris et les fruits du Sràddha. O Bhîcbma, ce maître des dieux mêmes daigna m’éclairer. A la lin d’un récit qui dura bien des années, ce saint personnage me dit :

Sanatcoumâra dit :

Pieux Brahmane, je viens de m’amuser avec toi : écoute la vérité telle qu’elle est. Brahmâ créa les dieux, ô fils de Bhrigou. « Ils m’offriront des « sacrifices, • avait-il dit. Mais voilà qu’oubliant le Créateur, ceux-ci ne sacrifiaient que pour recueillir eux-mêmes tout le fruit de leur action. Brahmâ les

Brahmâ furent produits soixante mille petits Brahmanes de cette taille, que l'on ap|>ellc Bdhkhilyas. Voyez le Nouveau Journal asiatique, n“ 63, p. aa 1.

' Voyez la première lecture.

* Coumdra veut dire Jeune homme, et sanut signifie toujours. Voyez dans le dictionnaire de

M. Wilson le mot ioca.

maudit : devenus fous, ils n’avaient plus aucune espèce de connaissance d'eux-mémes; la folie des dieux s'était communiquée au reste du monde. Les malheureux, prosternés devant le père des êtres, demandèrent grâce et pardon; et pour le salut des mondes, Urahmâ leur dit : « Faites pénitence,

• car vous avez péché. Adressez-vous à vos enfants c'est par ce mo\en que

• vous recouvrerez la sagesse. > Ils vinrent donc, dans leur affliction , demander à leurs enfants de quelle manière on pratiquait les exercices de la pénitence et du culte. Leurs fils, humbles et pieux, leur donnèrent ces leçons dont ils avaient besoin. Instruits dans la science du devoir, et habiles à l'expliquer, iis leur enseignèrent ces genres d’austérités par lesquels on inortilie sa voix, son esprit, son corps, et joignirent l'exemple au précepte. Quand parla pénitence les dieux eurent connu la vérité et recouvré leur raison, leurs fils leur dirent : ‘Allez maintenant, nos enfants. » Ce mot frappa les dieux, qui se présentèrent à lirahmâ pour en avoir i’ex|)lication. Brahmâ leur dit : « Vous êtes aujourd’hui savants dans la science divine, et le nom « dont on vous a appelés est fort juste. Vous pouvez bien, ô dieux, avoir fait

• leurs corps : mais ils vous ont donné la science, ils méritent certainement

• le titre de pères {pitris). Vous avez, les uns et les autres, votre genre de

■ paternité; vous êtes tous Pitris et les Pitris aussi seront dieux. » Alors les dieux vinrent retrouver leurs enfants et leur dirent : • Brahmâ nous a éclai-

■ rés, nous nous devons une affection mutuelle. Vous êtes en effet nos pères,

• vous par qui nous avons été instruits. Pienx instituteurs , que pouvez-vous

• désirer? quel don pouvons-nous vous accorder? Que la parole que vous

• avez prononcée se trouve vérifiée , et puisque vous nous avez appelés vos « enfants, soyez aussi désormais nos Pitris (pères). Quiconque en célébrant

• un Srâddha oubliera ses parents décédés, verra passer le fruit de son sacri- > lice aux Râkchasas, aux Dânavas, aux serpents. Les pères décédés, crois-

• sant par les honneurs funèbres, feront sans cesse croître la lune^ qui aui-a

* Les enfants des dieux, ce sont ces saints et antiques personnages , fondateurs de la législa* tion religieuse des Indiens , et dont l'origine était divine- Aiiuû dans Manou , Vribaspati , Dis d'An> giras, et surnommé Cotu» instruit ses pères, c est4-dire , ses parents du côté de son père.

* L'auteur joue continuellement sur le mot pitri, qui signiDe à la fiais prre et mânes. Voyet

au reste la ii* lecture des lois de Manou, al. 1 5i et suiv., 170 et 171, où Ton retrouve plusieurs idées de ce passage du Harivansa.

' n faut se rappeler que la lune est considirée comme le réservoir de l'ambroisie divine, et qu'en même temps on lui reconnaît une grande influence sur la terre. Le dieu de la lune est le roi des plantes, et préside au pnn*

• reçu de vous son premier accroissement. La lune, prospérant par suite des

• Sràddlias, fera aussi prospérer ce monde avec les mers, les montagnes, les

■ forêts, les êtres animes et inanimés qui le couvrent. Les mânes donneront

• de la fortune et des enfants aux mortels qui pourront en désirer, et qui > célébreront le Srâddha. Ceux qui, dans cette cérémonie, invoquant, par

• leur nom et leur famille, leur père, leur aïeul et leur bisaïeul, auront

■ fait l’oITrande de trois pindas, en quelque lieu qu’ils se trouvent, seront à

• jamais protégés j>ar ces mânes qu’ils auront honorés. Telle est l'instruction

• que nous a donnée le grand Brahmâ : que sa parole soit accomplie aujour-

• d'hui; habitants du ciel , soyons mutuellement entre nous enfants et pères

• (Pitris). • C'est ainsi, continua Sanatcoumâra , qu’il y a des Pitris dieux, et des dieux Pitris : ils sont les uns et les autres mutuellement Pitris et dieux.

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