TRANSMIGRATIONS DES SEPT BRAHMANES
MArcandeya dit à Bhîchma.
Le monde est fondé sur le srâddha ; c’est de ce dernier que provient Vyoga. Je vais donc te dire quels sont les fruits souverains du sniddha, et ce que Brahmadatta en a obtenu pendant .sept renaissances. O fils de Bharata, celuici ne se forma que peu à peu à la science du devoir. Or, il était arrivé que dans un srâddha, ce qui devait préjudicier au devoir senit au contraire aux Brahmanes compagnons de Brahmadatta. Voici le fait.
L’œil divin , que m’avait donné Sanatcoumàra , me fit apercevoir les sept Dwidjas* dont il m’avait parlé, infidèles à leurs règles sacrées, et du reste attachés au culte des Pitris. Ils portaient des noms conformes à leurs œuvres : on les appelait f' dgdouchta , Crodhana, Ilinsa , Pisouna, Cavi, Su'asrima et Pitrivarltin : ils étaient fils de Cosica et disciples de GArgya. Leur père étant venu à mourir, ils commencèrent les cérémonies prescrites sous la direction
' Dwidja sigoiQc ici Brahmane.
de leur maître. Par son ordre ils gardaient sa vache nourricière, nommée Capild et accompagnée de son veau déjà aussi grand qu’elle. En chemin, la vue de cette vache magnifique, qui fournissait à tous les besoins de Gârgya, les tenta : la faim les poussait, leur raison était aveuglée; ils conçurent le projet cruel et insensé de la tuer. Cavi et Swasrima essayèrent de les en empêcher. Que pouvaient-ils contre les autres? MaisPltrivarttin, celui d’entre eux qui était toujours occupé du srdddha, songeant alors au devoir dont la pensée l’obsédait, dit à ses frères avec colère : • Puisque nous avons un sa- « crifice à faire à l’intention des Pltris, que cette vache soit immolée par « nous avec dévotion, et sa mort nous profitera. Honorons les Pitris, et l’on « n’aura point de reproche à nous faire. » « Oui, » s’écrièrent-ils tous, et la vache fut sacrifiée en l’honneur des Pitris. Ils dirent ensuite à leur maître : « Votre vache a été tuée par un tigre, mais voici son veau. » Le Brahmane, sans soupçonner le mal , reprit le veau qu’ils lui remettaient.
Mais ils avaient manqué aux égards et au respect qu’ils devaient à leur maître; et quand le Temps vint les enlever tous ensemble de ce monde, pour avoir été cruels et méchants, pour s’être rendus coupables d’impiété envers leur précepteur spirituel, ils reparurent tous les sept à la vie dans la famille d’un chasseur, du pays de Dasârna Cependant, comme en immolant la vache de leur maître, ils avaient rendu hommage aux Pitris, ces frères, remplis de force et d’intelligence, conservèrent dans cette existence le souvenir du passé : ils se montrèrent attachés à leurs devoirs, remplissant leurs fonctions avec zèle, et s’abstenant de tout acte de cupidité et d’injustice : tantôt retenant leur respiration aussi longtemps que durait la récitation d’un mantra \ tantôt se plongeant dans de profondes méditations sur leur destinée. Voici les noms de ces pieux chasseurs : Nirvêra, Nirvrili, Kdiànta, Nirmanyoa, Criti, Vêghasa et Mâtrivarttin. Ainsi ces mêmes hommes ejui
* Capilâ vent dire noire ; ce mot n’est peutêtre qu’une épithète. Nous avons vu ailleurs que la vache représentait la terre, et la vache du Gourou n'est autre chose que les domaines affectés à son service. Si par Côsica on entend Viswâmilra, ce manque de respect pour les propriétés d'un Brahmane n’est pas étonnant de la part de ses fils ou descendants. Voyez plus haut rhistoire de Trisancou.
* Contrée au 8ud.est du Vindhya , d'où sort ime rivière qui est le Dosaron de Plolémée. Voyez Rech. asiat. t. XIV, pag. Sgi.
* C’est un acte de piété nommé Jluîranu,
ou prânaiüidrana. Le pénitent se recueille et retient son haleine jusqu’au moment où lu prière qu’il a commencée mentalement est achevée. Voyez dans Wilson le mot ■
HAFUVANSA.
autrefois avaient aime le mal et l'injustice, étaient maintenant tellement changés qu’ils lionoraient leur mère courbée sous le poids de l'âge et réjouissaient le cœur de leur père. Quand la mort eut emporté leurs parents, alors laissant leur arc, ils se fixèrent dans la forêt, où bientôt après euxmèines au.ssi rendirent l'âme.
En récom|)ensc de leur bonne conduite, ils eurent encore dans leur vie suivante le souvenir du passé : ils naquirent sur l'agréable montagne de Câlandjara ^ sous la forme de cerfs à la haute ramure, tour à tour éprouvant et inspirant la terreur. Leurs noms étaient alors Oünmoakha, Nityavitrasta, Stabdacama , l ilulchana, Pundita, Ghasmara et hadin. Ainsi repassant dans leur mémoire leurs anciennes actions, ils erraient dans les bois, détachés de tout .sentiment, de toute affection, soumis avec résignation aux devoirs qu'ils avaient à remplir, et dans leur solitude se livrant aux exercices de l’^ojn *. Exténués par le jeûne et la pénitence, ils moururent à la suite de leurs pratiques pieuses ’, et l'on volt encore, ô Qls de Bharata, sur le mont Câlandjara la marque de leurs pieds.
Leur piété fut cause qu'ils passèrent alors dans une classe d’étres plus relevée; transportés dans le beau pays de Sarodwîpa ils eurent la forme de CCS oies qui habitent le séjour des lacs : entièrement isolés de toute
‘ Celle moiilagne est dans le Bundelcund, et on ra|ij>elle aiijourtnnii Calltriger. Cest un lieu célèbre pour le» jailerinage» et le séjour de» pénitent».
* Il e.»L bizarre pour nous de voir de pareil» »entiment» prêté» a des animaux. Mai» lisez dans le» lois de Manou, lect. iv, »1. i4S, et lect. xi, »l. oâo, rmmuent un pénitent se rappelle se» naissance» précéxicnte» , et comment les animaux et les végétaux même ont le mérite de la dévotion.
’ Le texte présente ici un mot que je n’ai |>u traduire littéralement. Les trois manuscrit» [Kirtent que ce» cerf» solitaire» avaient accompli le maroUt niarou/ii sâdhya. Je ne
Miis en quoi consiste cel exercice de pi<Mé. Le mol RHimu désigne un lieu aride et sablonneux , un désert. Le nom donné à ce genre de dévotion
viendrait-il «le la nature du terrain couvert de sable et stérile où se retirait le pénitent, ou plutôt du résuUal produit par son séjour cou* linu sur la même place, qui devait ainsi être dépouillée de toute végétation ? Gxi expliquerait pour quelle raison le sol avait conservé la trace des pas de ces cerfs.
* Je suppose que le Sarodwîpa est le pays où se trouve le lac Mànosa. Je me suis permis, en cet endroit, de réunir deux passages que j*ai trouvés seulement sur le manuscrit déva* nâgari de Paris , et d‘en faire un petit ensemble qui complète ce qui manque dans lea autres , pour deux naissances dont iis ne f>arlenl point. De celte manière, oo retrouve le nombre de sept transmigrations, annoncé si souvent dans ce récit , mais je préviens que c'est grâce â mon arrangement : au reste, je n'ai rien ajouté.
VINGT-ÜMÈME LECTURE.
société, véritables Mounis uniquement occupés des choses divines, ils se nommaient alors A7Ai/)n’Aa, Nirmama, Kchànla, Nirdwandwa, Nichparigraha. Nirvriti et Nirbhrita. Au milieu de leurs austérités et de leurs jeunes, ils moururent, et revinrent à la vie sous la forme de cygnes, fréquentant les ondes du Mânasa. Les noms de ces sept frères étaient Padmagarbha, Ravindâkcha, Kchiragarbha, Soulotchana, Ourouvindou, Souvindou et Ilimagarbha. Dans le souvenir de leur vie pa.ssée, ils poursuivaient leurs saints exercices; la faute commise envers leur maître, lorsqu’ils étaient Brahmanes, les avait fait rétrograder dans l’échelle des êtres; mais le cidte qu’ils avaient alors, au milieu même de leur égarement, rendu aux Pitris, leur avait procuré la faculté d’augmenter leur science à mesure (pi’ils renaissaient. Enfin ils revinrent au monde sous l’apparence de canards sauvages, et sous les noms de Soamanas, Sivani, Souvâk, Soaddha, Tchitradarsana , Sounétra et Soatantra. Par un efict des pénitences qu’ils avaient accomplies dans leurs naissances diverses, de leurs exercices de dévotion et de leurs bonnes œu>Tes, la science divine qu’ils avaient précédemment puisée dans les leçons de leurs différents maîtres, forma un trésor qui alla toujours en s’accumulant par leurs transmigrations. Dans leur nouvelle condition d’habitants de l’air, ils continuaient leurs saintes pratiques; dans leur langue ils ne parlaient que de choses sacrées et Yyoga était l’unique objet de leurs méditations.
Telle était leur existence, quand Vibbrâdja, descendant de Pourou et prince de la famille des Nîpas, brillant de beauté, éclatant de puissance, superbe et entouré de toute sa maison, entra dans la forêt où vivaient ces oiseaux. Soutantra le vit, et soudain ébloui de tant de richesses, il forma ce souhait : « Puissé-je devenir semblable à ce roi, si j’ai acquis quelque « mérite par mes^ austérités et ma pénitence! Je suis malheureux d’avoir • jeûné, de m’être mortifié sans aucun fruit. »
J'ai ainsi traduit le mot 1 .
PRÉDICTION DE SOUMANAS.
Mârcandéya dit à Bhîchma ;
Alors deux des canards sauvages, scs compagnons, lui dirent : • Nous . voulons te suivre , et partager la destinée de notre ami. • • Ainsi soit fait, > répondit Soutantra, jusqu'alors uniquement animé par des pensées religieuses, et ils s’associèrent tous trois pour cette résolution. Souvâk lui dit :
• Puisque ne consultant que ta passion, tu rejettes nos pieux exercices, pour
• former des vœux mondains, écoute mes paroles. Sois maudit de nous ‘ : « tu seras roi à Câmpilya , et ces deux amis t'y suivront. > C’est ainsi que les quatre oiseaux, fidèles é leur vocation, adressaient des imprécations et des reproches à leurs anciens compagnons que le désir d’un trône avait détournés de la bonne voie. Maudits, déchus de leur dévotion, tout éperdus, ces trois malheureux demandaient grâce â leurs camarades. Leur désespoir était touchant, et Soumanas leur parla au nom des autres : « Notre « malédiction aura son effet. Vous deviendrez hommes , mais vous repren-
• drez un jour les saintes pratiques de la dévotion. Soutantra connaitra les
• langues de tous les animaux. C’est à lui que nous devons les faveurs dont
• nous ont comblés les Pitris. Quand nous avons tué la vache de notre « maître, c’est lui qui nous a conseillé de l’offrir en sacrifice aux mânes : « c’est donc à lui que nous devons attribuer la science que nous possé-
• dons, et la dévotion que nous avons pratiquée. Oui, un jour, en enten-
• dant quelques mots qui vous rappelleront, d’une manière concise, un « passé dont la conscience aura été cachée au fond de vos âmes, alors vous
• abandonnerez tout pour revenir à la dévotion. •
' Reintrques qu'une nialédictioD a toujours il le punissait en même temps, puisque ce roi
aOD e0et; en annonçant à Soutantra qu’il serait futur perdait le fruit qu'il avait mérité d'obte*
roi, Souvâk accédait à ses vœux; et Cendant nir par sa pénitence.
S.\ISS,\.NCE DE DR.\IIM.VD.\TT.\.
Mârcandcya continua :
Je disais donc que, tandis que ces sept oiseaux, sur les ondes du Mânasa, ne se nourrissant que d'air' et d’eau, laissaient dessécher leurs corps, le roi \ ibhrâdja se rendit dans ces bois, entouré de toute sa cour, et brillant comme Indra au milieu de son jardin céleste du Nandana 11 y vit ces oiseaux occupés de leurs pieuses pratiques : humilié de la comparaison qu’il fit d’eux et de lui-même, il revint tout pensif dans sa ville. Il eut un fds extrêmement religieux, qui fut nommé Anouha, parce qu’oubliant ce corps composé d’atomes (anoa) matériels, il s’élevait jusqu'à la contemplation de fâme *. Souca lui donna pour épouse sa fille, fillustre CriUvî, non moins estimable par ses bonnes qualités que par sa dévotion. C’est elle dont m’avait parlé Sanatcoumâra, quand il daigna m’apparaître, et qu’il me désigna, ô Bhichma, comme née de l’esprit des Pitris, comme vertueuse entre toutes les personnes vertueuses, échappant par l’excellence de sa nature à fintelligencc même des plus habiles, enfin comme étant Yogâ, f épouse d'Yoga, et la mère d’) oi;a*. C’est là ce que je t’ai déjà dit en le racontant l’origine des Pitris.
Uient Irois le^os diverseï : ce qui me prouveil que le ver» renfermait une véritable dîlTicuité. J'ai adopte 1a le^n du manuK'rit de M. Tod, et je me suis elTorvé de m'en rendre compte- L'exercice que faisait Anouha porte le nom d'anoudAarma. Le manuscrit bengali m'aurait mené à un sens dUTcrent : il semble indiquer la lecture d'un genre de vers, appelé anou. Cette idée d'atome est encore exprimée, dans les livres sanscrits, par le mot nûkchma.
* Vovex ces mots dans la xvni* lecture
’ Expression consacrée ponr représenter l'excès de l'abstinence d'un pénitent. Cet acte d'austérité s'appelle et va quel-
quefois jusqu'à donner la mort.
' Cest ainsi que l'on nomme les jardins, i'£lvs(‘e du dieu Indra.
' Le poète veut donner l'étvmologie du mot anouha- anoa signifie nunce , petit ,
atome. J'ai cherché quelque temps le sens de ce passage Les trois manuscrits me pix'sen-
ViblirAdja , ayant cédé le trône à son fils Anoulia, donna ses derniers avis à ses sujets, fit ses adieux aux Brahmanes, et se rendit, pour y faire |)énitence, sur les bords du lac où il avait vu les sept amis. Là, jeûnant, se contentant de l’air pour toute nourriture, renonçant à toute espèce de désirs, il ne pensait qu’à mortifier son corps. Son but, cependant, était d’obtenir par la force de ses austérités le privilège de devenir le fils de l’un de ces êtres qu’il admirait. L’ardeur de sa pénitence donna bientôt à Vibhrâdja une apparence lumineuse. C’était comme un soleil qui éclairait toute la forêt. O fils de Gourou , ce bois fut de son nom appelé Vêbitrâdja *, ainsi que le lac, où les quatre oiseaux, constants dans la dévotion, et les trois autres, égarés du bon chemin, abandonnèrent leur dépouille mortelle.
Alors tous de concert, ils se rendirent à Cûmpilya; et là, ces sept âmes nobles et saintes, purifiées par la science, la méditation, la pénitence, instruites dans les Vèdes et les Védàngas, subirent une naissance nouvelle. Mais il y en eut quatre seulement qui conservèrent la mémoire du passé; les trois autres se trouvèrent dans les ténèbres de leur folie.
Soutantra devint fils d’Anouha, et fut le glorieux Bralimadatta : le souhait qu’il avait fonné, quand il était oiseau, fut ainsi accompli. Pour Tebitradarsana * et Sounétra, ils naquirent dans une famille de Brahmanes’ : ils furent fils de Bàbhravya et de Vatsa, habiles dans la science des Vèdes et des Védàngas, et amis de Bbralimadatta, comme ils l’avaient été dans ses naissances précédentes. L’un se nomma Panichüla ou Pàntchica : c’était celui qui, dans les diverses transmigrations, avait été le cinquième; le sixième s’appela alors Candarica. Brabmadatta avait été le septième. Pantebâla, savant dans le Big-véda *, fut un grand Âtchârya”; Candarica posséda deux Vèdes, le Sâma et l’Yadjour Le roi, fils d’Anouha, eut le privilège de connaître la langue de tous les êtres. Il cultiva l’amitié de Pantclulla et de Candarica. Livrés, comme le commun des
* Le MaUjo-pourâna met ce Iwis sur les bords du Mnnnsa.
* Les manuscrits rappellent ici Tchhiftrailrimn.
’ Le mot par lequel on désigne un Brahmane dans ce |>assage est Sniriya, c'est-à-dire . instruit lions Ut Vèdes.
* Autrement Batiwi-itclia.
’ L'.Atcliàr^a est le m.-iitre spirituel, qui donne l'instruction et en même temps l'initiation religieuse. Voyes dans la xx' lecture: ce Pautchàla est le même personnage que Gàlava.
" .Autrement Tcliliandoga et Adhwaryou,
hommes, à l'empire des sens et des passions, à raison de ce qu’ils avaient fait dans leurs naissances precedentes, ils savaient cependant distinguer avec sagesse les exigences du devoir, des désirs et des richesses
L'excellent prince Anouha, après avoir sacré roi le vertueux Brahmadatta, animé par la dévotion, entra dans la voie qui mène au ciel. Brahmadatta épousa la fille de Dévala, appelée Sannati, et qui devait ce nom au respect quelle inspirait 'U Son père l’avait instruite lui-même dans la grande science de la dévotion, et sa vertu était telle qu’elle était destinée à ne naître qu’une fois sur la terre.
Les quatre amis, qui avaient suivi à Câmpilya Pantchâla, Candarica et Brahmadatta, naquirent dans une famille de Brahmanes fort pauvre. Ces quatre frères se nommaient Dhrilimàn, Soumanas, l idwûn et Tatwadarsin; profonds dans la lecture des Vèdes, et pénétrant tous les secrets de la nature, ils réunissaient toutes les connaissances qu’ils avaient recueillies dans leurs précédentes existences. Heureux de l’exercice de leur dévotion, ils voulurent encore aller se perfectionner dans la solitude. Ils le dirent à leur père , qui s’écria : • C’est manquer à votre devoir que de m’abandonner
• ainsi. Comment poiivcr-vous me quitter, en me laissant dans la pauvreté, « en m’enlevant mes enfants qui sont ma seule richesse, et me privant de ■ leurs services? »Ces Brahmanes répondirent à ce père désolé : • Nous allons
• vous donner un moyen de sortir de cet état de pauvreté. Ecoutez ces mots : « ils vous procureront de grandes richesses. Allez trouver le vertueux roi < Brahmadatta, dites-les-lui devant ses conseillers. Heureux de vous en- « tendre , il vous donnera des terres et des richesses, il comblera enfin tous
• vos désirs. Allez, et soyez satisfait. • Alors ils lui dirent certaines paroles, et après l’avoir honoré comme leur maître spirituel, ils s’adonnèrent uniquement aux pratiques de X'yoga, et obtinrent fémancipation finale
'* C'est là ce que les lois de Manou , lecl- ii , si. 33B, appellent le (niur^a (/a reu-
mon de$ trois tjoalitès).
" Le mot ianna/i signifie respect.
” Cest-à-dire qu'ils moururent pour ne plus renaître.
IIARIVANSA.
RETRAITE DE BRAHMADATTA.
Màrcandcya continua ;
Le fils (le Brahmadalta fut Vibhràdja lui-même régénéré; animé par la piété, et couvert de gloire, il se nomma Viswakscna. Un jour Brahmadatta, Tàme contente et heureuse, se promenait dans un bois avec son épouse : il ressemblait à Indra accompagné de Satebî. Ce prince y entendit la voix d’une fourmi : c’était un amant qui cherchait à fléchir sa maîtresse par son tendre langage. En recueillant la réponse de l’amante courroucée, et en pensant à la petitesse de cet être, Brahmadatta ne put s’empêcher de rire aux éclats. Sannati en parut oflensée, et rougit. Son ressentiment alla jusqu’à lui faire refuser de manger : son mari voulut en vain l’apaiser. Elle lui répondit avec un sourire amer ; « O prince , vous avez ri de moi, je ne puis plus vivre. • Le roi lui dit le fait tel qu’il était. Elle ne voulut point y ajouter foi, et lui répondit avec humeur :« O prince, cela n’est pas dans la nature. Quel « homme peut connaître le langage des fourmis.^ à moins que ce ne soit un « effet de la faveur d’un dieu récompensant les bonnes actions d’une vie pré- « cédente, ou le fruit d’une grande pénitence, ou le résultat d’une science « surnaturelle. O roi , s’il est vrai que vous ayez ce pouvoir, si vous connais- « sez la langue de tous les êtres, daignez me communiquer votre science, « ou que je meure, comme véritablement maudite de vous. »
Brahmadatta fut touché des tendres plaintes de la reine : il eut recours à la protection de Nârâyana , seigneur de tous les êtres. Recueilli , et jeûnant, pendant six nuits, il l’adora : alors ce glorieux prince, dans une vision, aperçut le dieu, qui est l’amour de toute la nature, et qui lui dit : • Brahmadatta, demain matin tu auras le bonheur. » Ainsi parla le dieu, et il disparut.
Cependant le père des quatre Brahmanes ayant appris de ses enfants les paroles mystérieuses qu’ils lui avaient confiées, se regardait comme sûr de
son fait. Il cherchait un moment où il rencontrerait le roi avec ses conseillers, et ne put de quelque temps trouver l'instant de lui faire entendre les mots qu’il avait à lui dire. Nârâyana avait rendu son oracle; le roi, satisfait de sa réponse, avait fait son ablution de tête, et monté sur un char tout brillant d’or, rentrait dans la ville. Le chef des Brahmanes, Candarîca, tenait les rênes des chevaux, et le fils de Bàbhravya portait le tchàmara et l’éventail royal *. « C’est le moment, • se dit le Brahmane, et aussitôt il adresse ces mots au roi et à ses deux compagnons : « Les sept chas.seurs
• du pays de Dasàrna, les cerfs du mont Câlandjara, les oies du Sarod- « wîpa, les cygnes du Mànasa étaient anciennement dans le Couroukchétra « des Brahmanes instruits dans les Vedes : dans ce long voyage pourquoi
• donc restex-vous en arrière’?» A ce discours, Brahmadatta ilenieura interdit, ainsi que scs deux amis Pantchàla et Candarica. En voyant l’un laisser tomber les rênes et l'aiguillon, et l'autre, l’éventail royal, les spectateurs et les courtisans furent frappés d’étonnement. Un instant après, le roi, élevé sur le char avec ses deux compagnons, reprit ses sens et continua sa route. Mais tous les trois se rappelant les bords du lac sacré, recouvrèrent aussi leurs anciens sentiments de dévotion. Ils comblèrent de richesses le Brahmane, à qui ils donnèrent des pierres précieuses et d’autres présents. Brahmadatta céda son trône à Visvvakséna, et le fit sacrer roi : pour lui, il se retira dans la forêt avec sa femme. C’est là que la pieuse fille de Dévala, Sannati, heureuse de se livrer uniquement à la dévotion, dit à son époux ; « O grand roi, je savais bien que t;i connaissais la langue des fourmis; mais ■ en feignant de la colère, je voulais t'avertir que tu étais dans les chaînes
• des passions. Nous allons maintenant suivre la route sublime qui est l’ob- « jet de nos désirs. C'est moi qui ai réveillé en toi cet amour de la dévotion « qui n’y était qu'assoupi. » Le prince fut charmé de ce discours de sa femme; et par le moyen de la dévotion, à laquelle il se consacra avec toutes les forces de son âme, il entra dans cette voie supérieure où il est dilFicile d’arriver.
Candarica, animé du même zèle , fut aussi habile dans la science du sàn~
' Les iiuigoes de la puissance royale sont l'étendard {Jhwadja), le parasol (tchhatra)^ l'éveotail [vyadjana) et le cbowrî {tckâman), qui est un émoueboir formé d'une queue de vache de Tartane.
* J'ai suivi le manuscrit dévanâgari de f^aris. Les deu» autres présentent un sens plus obscur : ils semblent dire que ces trois per* sonnages restent, quand leurs compagnons sont déjà partis.
khya que dans celle de Yyoga et, purifié par ses œmTCs, il obtint la perfection et l’union mystérieuse avec Dieu.
Pantchâla travailla à expliquer les règles de la loi sainte, et s’appliqua à développer tous les préceptes de la prononciation * ; il fut maître dans l’art divin de la dévotion, et par sa pénitence il, acquit une haute gloire.
Fils de Gangâ , voilà ce qui s’est passé autrefois, et ce que j’ai vu par l’œil de la science. Conserve ce trésor de connaissances; tâche même de le répandre et de l’accroître. Quiconque racontera l’histoire de ces antiques personnages, ne risquera point de rétrograder dans la chaîne des renaissances. Celui qui écoutera ces grands récits sur la voie que suivent les êtres supérieurs, et conservera toujours dans son cœur le sentiment qui l’attache à la dévotion, obtiendra, parle moyen de cette continuelle application, une tranquillité d’esprit, présage de son bonheur, et il entrera dans cette route divine de Yyoga, où sur la terre il est si difficile de parvenir même pour les hommes les plus purs.
Vêsampâyana dit à Djanamédjaya :
Voilà ce que dit autrefois à Bhîchma le sage Mârcandéya, voulant lui enseigner le fruit du srâddha et les moyens de concourir à l’accroissement de la lune. Je vais t’apprendre maintenant quelle est la famille de cet être divin que l’on appelle Soma, afin d’arriver ensuite à celle de Vrichni.
’ Le Sânkhya est le système de philosopliie enseigné par Gipila. L'Yoga est un autre système de philosophie attribué à Patandjali, et qui a été développé par t'yàsa dans le Bhagavad-gilâ.
' Voyez la xx° lecture et la note 4- Celte
science de la prononciadon est appelée sihchâ. Pantchâla est le même personnage que Gàlava. Pâniui , qui a écrit le Védânga appelé sikckâ , était petit-fds de Dévala : on peut ici juger de son âge , puisque l'épouse de Brabmadatta est une fille de Dévala.