NAISSANCE DE SOMA
Vesainpàyana dit :
Oroi,le père de Soma fut le divin Bichi, nommé j4/n *, qui naquit quand Brahmâ de sa pensée forma la première création. Atrî se trouva bientôt entouré d’une foule d’étres de toute espèce qui étaient ses enfants. Grand par ses œuvres, ses pensées, ses paroles, bon envers toutes les créatures, animé par la dévotion, parfait dans ses actions, il était devenu pour les choses du monde insensible comme le bois et la pierre ^ Il pouvait pour se mortifier tenir constamment son bras élevé les feux de sa pénitence l’entouraient d’un brillant éclat; et pendant trois mille ans, dit-on, il avait supporté la rigueur de ces austérités incomparables. Tandis que ce vertueux personnage demeurait les yeux fixes et immobiles *, subissant toutes les privations de la continence®, son corps produisit la substance de Sonia : cette .substance, ani-
' Toute cette lecture est uoe fable astronomique, dont U faut chercher l'explication dans les phénomènes célestes. Je ne donnerai pas au lecteur mes propres conjectures, dtns U crainte de l'induire en erreur : je le prie seulement do remarquer que tous le* personnages dont il sera question appartiennent à la sphère céleste. Soma, c'est la lune. Atri est une des sept étoiles qu'on appelle les sept Richis, et qui forment 1a constellation de la grande Ourse : M. Colebrooke (Rech. asiat t. IX, pag. 358) nous apprend qu'Atri est une des étoiles du carré, au coin du N. E. Wüford {Aid. pag. 83) dît que c'est l'étoile y. V'rihaspali est la planète de Jupiter; Ousanas ou Soucra, cest Vénus, et Boudha, c’est Mercure. Térâ est un mot par lequel on désigne une étoile.
* C'est là une qualité du pénitent arrivé à lu perfection. On cite comme exemple de celte insensibilité ces Mounis, autour desquels des fourmis forment et construisent leurs habitations sans être dérangées par aucun mouvement. Voyez 5acoiM/ald, act vu.
* Genre de mortification encore très-commun dans rimle- Par suite de cette habitude contractée en esprit de pénitence, les articulations du bras s'endurcissent tellement qu'on ne peut plus l'abaisser.
' Cest ici un privilège des dieux, dont la paupière est toujours &xe. Voyez à ce sujet une note de M. Wilson, dans sa traduction du théâtre indien , acte iii* de Vicramorvasf.
* Le pénitent qui se livre à cet acte <le mortiheation s'appelle Oârddkwaréias.
IIARIVANSA.
inée (le son esprit, s’iileva vers sa tète, et sous la forme d’eau coula de ses yeux, illuminant les dix déesses qui président aux dix points de l'horizon. Celles-ci recueillirent ce germe, et toutes réunies le conçurent en leur sein : mais elles ne purent l'y garder longtemps. 11 tomba promptement, entouré de lumière, éclairant le monde de ses froids® rayons, embryon destiné à féconder un jour la nature. Ainsi comme les déesses ne pouvaient porter ce fruit, avec elles il descendait rapidement vers la terre. A cette vue, le père du monde, Bralimà, retint Soma dans sa chute , et le fit monter sur un char pour le plus grand avantage des mortels. Considéré comme l’essence même des Vèdes ’, animé par un zèle pieux, et riche en vertus, il s’avance sur ce char traîné par mille * chevaux blancs : tel est le récit de la tradition. En voyant le noble fils d’Atri , les sept fils de Brahnià , ces fils issus de sa pensée, se mirent è chanter ses louanges. Les enfants de Bhrigou et d'Angiras, les Bitchas, les Vadjours, les Sànias, les Atharvas ° se joignirent à leurs transports. Soma, célébré par eux, brilla de tout son éclat, et les trois mondes éprouvèrent un heureux accroissement. Son char illumine la terre (jue home au loin l’Océan. Vingt-une fois '® il reprend sa glorieuse carrière en tournant par la droite. A mesure qu’il éclaire le monde de ses rayons, les plantes naissent et brillent de l'éclat qu’elles lui empruntent, ces plantes ([ui doivent servir à la nourriture des trois mondes, et au soutien des quatre castes. Car Soma est le protecteur des mondes, ô prince : ce dieu acquérant chaque jour plus de force et par les éloges qu’on lui adresse et par scs propres œuvres, se soumit aux rigueurs de la pénitence pendant des milliers de padmas “ d’années. 11 est le trésor où puisent ces
lexle. On compte 3o jours lunaires ou lilhii . peut-être déduit-on ceux pendant lcsquel.x la lune est obscure. Vojes dans les Recli. asial. t. VU, pag. a5a , un passage des Vèdes où les bùclies du foyer .sacré sont au nombre de a i ■ " Ce mot est un nombre exagéré, équivalent è dix billions. Une note du manuscrit bengali exprime cette idée en disant que eut comme une montagne J'annêes. Je n'ai donc pas dù croire qu'il fût ici question de cette ère. nommie Padma calpa^ qu'inventa Sri Dliara Padma . il y a huit à neuf cents ans , et que cite Bentley (Ilecb. .Vsiat. t. MU, pag. 19G).
* L'imagination des poètes indiens donne de la fraiebeur aux ravons do la lune, et fait naître le cristal de ces mêmes rayons congelés. \ oyex dans Wilson le mot Tchandracânta.
’ Védamayah,
■ Ordinairement le char de ]a lune n’a que dixclicvaiix.
* Ces <lifiorcnlâ êtres ne sont que les diverses parties des Vèdes personnifiées. Nous avons déjà vu les Ritchas. lit* lect. note 5o.
'* Je ne sais à quoi peut avoir rap[>ort ce nombre ai. ou plutôt trois fois 7. suivant le
déesses ” dont les ondes dorées sont le salut de la terre , et c’est pour cela qu’on l’appcdle Vidhoa Bralinià, dans sa sagesse suprême, le fit roi des semences et des plantes, des Brahmanes et des eau.\. Sonia fut solennellement consacré souverain d’un si puissant domaine, et les trois mondes furent remplis de sa lumière incomparable.
Le fils des Pratchétas, Dakcha , donna au dieu qui préside à la lune ses vingt-sept filles célèbres par leur vertu, et connues .sous le nom de Nakchatras.
Soma, le plus illustre de ceux qui distribuent la boisson du sacrifice ", fut à peine monté sur le trône, qu’il se disposa à faire la cérémonie du râdjasoiira ,1 pour laquelle cent mille présents étaient préparés. Celui qui y cbantait le Rig-véda (llotri) c’était le divin Alri ; le divin Bhrigou y lisait l'Yadjour ( Adbwaryou ) ; Hiranyagarbha y récitait les prières du Sàma (Oudgàtri); Brabmà y faisait les fonctions d’officiant (Brahman) Hari Nârâyana lui-méme y remplissait l’office de directeur suprême (Sadasya), entouré de Sanatcoumâra et des principaux Brabmarebis. Soma donna, dit^on, les trois mondes pour présent & ces Brabmarebis et au dieu qui diiigeait le sacrifice. 11 était assisté de neuf déesses, la Veille de la nouvelle lune (Sinî), la Nouvelle lune (Couboû), la Lumière, la Prospérité, la Splendeur, la Richesse, la Gloire, la Constance et la Fortune (Lakchmî).
Après s’ètre acquitté de la cérémonie qui complète le sacrifice ”, heureux et chéri de tous les Dévarebis, il brilla parmi les rois dont il était le souverain, étendant sa lumière sur les dix régions du ciel. Mais à peine eutil obtenu cette domination si difficile à acquérir, et que les Mounis eux-
" Ce» dée»»ca me scmblcnl èlrc le» rivière» : toîIb pourquoi j'ai parlé de leur» onde». Mon texte ne portait qu'une épithète ^ranvai’anu), dunt M. \\ iUon. dans son Pictionoaire, fonnf un nom qu'il attribue aux rivières.
“ Cette étymologie du mol IVfftott ne semble pas d‘accOT(l avec celle que donne Si. Wilson : il parait que le poêle regarde ce mot comme comfKwé de et de
Cette boisson porte le nom de foma. Il en a été question déjà plusieurs fois.
'* J'ai consené à dessein tous ces mots techniques, dont la sigiiificalioii spèciale m’a été fountic par M. Wilson.
'* Dans les sacrifices solennels, ces fonctions sont Umjours remplies par un Bralimane ins- Iniit, qui, d'ailleurs, peut être reprt'scnté pai un paquet de cinquante brins de cousu. Voyez le Mémoire de M. Colebrooke. Uech. Asiat. t Vil, |>ag. 334.
Ce sacrifice de supplément s'appelle nra* briiha. U est fait pour expier les fautes qu'on a pu commettre dans le sacritice priikcipaJ.
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mêmes avaient sanctionnée de leurs bénédictions, que sa raison se troul)la, égarée ])ar l’oi^ueil. Il enleva la glorieuse épouse de Vrihaspati, nommée Tara, manquant ainsi au respect qu’il devait au fils d’Angiras. En vain les dieux et les Râdjarchis vinrent-ils le prier do réparer cet affront : il refusa de rendre Tarâ. Le précepteur des dieux, Vrihaspati, fut indigné de sa conduite, (et lui déclara ’* la guerre.) Ousanas se mit dans l’abrière-garde du fils d’Angiras; il avait été le disciple de Vrihaspti, plutôt que de Bhrigou son père. Le dieu Roudra lui-même, par amitié pour son maître outragé, prit le commandement de cette arrière-garde et s’arma de son arc appelé Atljagava. Il lança contre les dieux (partisans de Soma) un trait redoutable nommé Brahmasiras ”, qui abattit tout leur orgueil. Alors se livra ce combat terrible auquel Tàrâ a donné son nom ”, combat sanglant, également funeste aux Dévas, aux Dctvas, et aux mondes. Ceux d’entre les dieux qui avaient échappé, et les Touchitas’*, se présentèrent devant Brahma leur protecteur, maître suprême et éternel. Ce dieu arrêta Ousanas et Roudra, et rendit lui-même Tàrâ au fds d’Angiras. Mais Vrihaspati s’étant aperçu qu’elle était enceinte, lui dit : ■ Le sein de ma femme ne doit point
• garder ce fruit. • Aussitôt il la débarrassa avec violence d’un enfant, qui devait un jour être terrible pour ses ennemis, et qui brilla comme un feu qui tombe sur une jonchée de roseaux. A peine était-il né que déjà il avait toute la beauté des dieux. En ce moment les Souras indécis dirent à Târâ : « Déclare la vérité; de qui est-il fils? de Soma ou de Vrihaspati?» A cette question des dieux elle ne répondit rien de satisfaisant : son fds lui-même allait la punir par une imprécation. Bralimâ le retint, et interrogea cette épouse embarrassée : ■ TârA, lui dit-il, explique-toi sur la vérité. De qui
• est ce fils? • Saluant Brahma avec respect, clic répondit au dieu qui répand ses dons sur la terre : • H est fils de Soma. • Alors Soma, père et protecteur des êtres, embrassant ce noble fds, si grand, si redoutable, • Voilà ■ Boiidba ”, ■ s’écria-t-il, et ce fut là le nom d’un dieu qui devait se distinguer par sa sagesse. Il s’élève dans le ciel d’un côté opposé
'* Ce$ mots sont ajoutés pour liaison.
'* Dans ce sujet tout astronomique , je ne puis pas dire ce que c*esl que Brahmasiras , tête dt Brakmà; Ü y a une étoUe (Capella) qu'on appelle BraAmaAndaja. cœurde Brahmâ.
Tàracàmaya.
*' Nous avons vu ailleurs ce que c'était que les Touchilas. \'o)Ct ni* lect. note 37.
*' Le mot houdha signifie sage, instruit.
** Ces mots expliquent sans doute la position
Boudha épousa Ilâ, fille d’Ikchwâcou. Il eut pour fils le grand roi-Pouroûravas, surnomme Ela, k qui la nymphe Our\’asî donna sept fils nobles et généreux.
Soma, attaqué d’une consomption funeste, sentit diminuer ses forces, et son disque s’amaigrit. Il se rendit auprès d’Atri son père pour lui demander aide et protection. Atri, recommandable par sa pénitence, délivra son fils de la punition de son péché, et Soma reprenant ses forces, brilla de nouveau de tout l’éclat de sa splendeur.
Je t’ai raconté la naissance de Soma , source d’honneur et de gloire : ô grand roi, je vais te dire maintenant quelle fut sa postérité.
On est délivré de ses péchés, quand on entend ce récit de la naissance de Sonia, récit qui procure des richesses, de la santé, une longue vie, de la famille et l’accomplissement de tous les désirs.