HISTOIRE DE LA FAMILLE DE COUCOÜRA
Vèsampâyana dit :
Côsalyû donna au vertueux Sâtwata plusieurs fils: Bhadjin, le divin Bhadjamâna, le roi Dévâvridha, le puissant Andhaca, et Vrichni, orgueil de
' Il parait que Bhinia est plutôt le petIt-ûU <le Vidarbha et le Fils de Cratlia.
' Le manuscritdeM.Tod appelle cette princesse Indravalt.
“ Le manuscrit dévanàgari de Paris intercale entre Madhou et Pouroudwân un prince nommé Maroughasu.
" Le manuscrit de M. Tod l'appelle IkchwAki.
'* L’auteur donne la raison du nom que porta le fils de Madhou ; car le mot satxca dont est formé Sâtwata, veut dire vente, vertu. Ce passage est un peu obscur, et les manuscrits ne sont pas d'accord.
la maison d'Yadou. Ils formèrent quatre familles, sur lesquelles je vais te donner des détails.
Bliadjamina eut deux femmes du nom de Srindjayâ , qui avaient le rang, l’une de première, l’autre de seconde épouse ‘. Elles lui donnèrent plusieurs enfants : de la première naquirent Crimi, Cramana, Dhricbta, Soûra et Pourandjaya; et de la seconde, Ayoutâdjit, Sahasrâdjit, Satadjit etDàsaca.
Le roi Dévâvridha fit des sacrifices et embrassa les rigueurs de la pénitence pour obtenir un fils doué de toutes les vertus. Plongé dans scs pensées pieuses, il faisait des libations de l’eau de la Parnâsâ En le voyant occupé de cette œuvre religieuse , la nympbc de la rivière conçut pour ce prince un tendre sentiment. Pensant au moyen de combler les vœux de Dévâvridba , elle se dit à elle-même : « Il n’a pas encore vu la femme qui doit lui donner
• un fils tel qu’il le souhaite. Il faut que je prenne une forme humaine et
• que je devienne son épouse. > Elle dit, et en même temps elle apparut sous l’extérieur d’une vierge brillante de beauté. Elle fixa le choix du prince et devint reine. Noble et généreuse princesse , elle conçut et mit au monde , au bout de dix mois, un fils plein de force et de vertu, qui s’appela Babhron, et qui fut l'honneur de sa race, comme le disent les hommes instruits dans les Pourânas ; car en célébrant les qualités du grand Dévâvridha , ils s’écrient :
• Admirables tous deux et de loin et de près, Babhrou s’éleva au premier
• rang parmi les mortels, et Dévâvridha s’égala aux dieux. ■ Sous les coups de Babhrou , successeur de Dévâvridha , soixante et treize mille ’ héros perdirent la vie. Ce fut un prince aimant la pompe des sacrifices, généreux, prudent, attaché à la science sacrée, ferme dans les combats, habile â conduire un char de guerre , glorieux et puissant parmi les descendants de
' Le texte porte les deux mots
que j*ai cru pouvoir rendre par l'idée qu exprime ma traduction. Le verbe a le même sens qtie le mot latin ducere; et de ce verbe on dérive qui veut dire
femme t et , qui signifie épousée. Je ne crois pas que ces deux mots se trouvent dans les k>is de Manou.
’ Wilford (Hech. asiat. I. XIV, p. 396) dit
que Pamâià est un nom delà Tâmasé, rivière qui se jette dans le Gange « au-dessus de la ville de Minapour.
' Je crois n'avoir point ici commis d'erreur dans mon addition. En général la manière d é* noDcer les nombres sanscrits est assez obscure ; voici le vers tout entier :
, mot à mot,
$esa^inta^ue tex^ae heroet miUta^ue i^temtjue.
Sàtvvata. Sa postérité fut nombreuse, et composée des Bliodjas, surnommés Mâiiicdmlas.
Andliaca épousa la fille de Càsya; il en eut quatre liis, Coucoura, Bbadjamâiia, Sama et Cambalavarliiclia.
Coucoura donna le jour à Dhriclmou; Dlirichnou, à Capotaronian; Ca|x>taroman, à Tétiiri; Téttiri, à Pounarsasou; et Pounarvasoii, à Abliidjit. Abhidjit eut deux enfants très-Aimeux , Abouca et Abouki.
C'est d’Abouca que les poètes disent dans leurs vers ; • Que ce grand « prince marche le premier, pareil au soleil, accompagné d’un cortège d'of-
• liciers liabillés de blanc, charge d’un bouclier que recouvrent quatre-vingts
• cuirs d’animaux *. Pour marcher avant Bbodja il faudrait avoir plus d’en-
• fants que lui, il faudrait être plus libéral, entouré de plus de cent mille
• combattants plus renommé par des œuvres pieuses et la magniriccncc
• des sacrifices. Bbodja possède dans l’orient dix mille éléphants armés en
• guerre, ornés de drapeaux, formant des attelages superbes, dix mille chars
• retentissants comme le bruit du tonnerre, vingt et un mille cakchds’’ d'or et
• d’argent; il en possède autant dans le nord. Près de lui sont d’autres Blio- « djas, qui protègent au loin la terre, et ornés de riches ceintures que gar- « nissent de bruyantes clochettes. »
Les Andhacas donnèrent Ahouki sa sœur aux Avantis.
Ahouca eut de Câsyâ deux fils, pareils à deux immortels : Dévaca et Ougraséna. De Dévaca naquirent quatre fils, semblables à des dieux : Dévavân, Oiipadéva, Soudéva et Dévarakchita; et sept filles qu’il donna à Vasoudéva :
‘ Ainsi (til le tcjlc:
Lcxagècalion jioèliqiie est ici bien forte, et cependant elle rapiH-lIc ce que les Grecs disaient aussi de leur .Ajax, dommiu clypei septempheis.
* J'ai déjà fait remarquer que ce mot est ou un nom de famille, ou une expression générale qui remplace le niot roi
* J'ai pris sur moi de corriger ici mon texte.
et de lire ï f au lieu de
: • leçon i|uc portent le» deux mami5crila dévanâgaria. Le beogiili donne îHTlTTî • Mon habile et savant maître, M. deCliéxy.
cro>ail que îfnrT: pouvait bien être const* déré comme un adjectif au nominatif singulier; mais comme sa mort, malheureusement trop prématurée pour la science, m’a empêché de lui soumettre de nouveau ce passage, j‘ai mieux aimé hasarder ma correction. Les deux leçons }>euvcnt jusqu'à un cerlaiu point être ramenées à une même idée, cea/um milita hahem (ehruin,ou bien vi/arum [hominum].
' La cakchà est une mesure de poids dont se servent les joailliers. On la nomme aussi tfountljà et mkticâ (retti). \'oy. ces mots dans le Dicliuniiaire de M. Wilson
TRENTE-HLITIÈME LECTURE. 169
Dcvakî, Sântidcvà, Srîdévâ *, Dcvarakchitâ, Vricadcvî, Oupadév! et Sounâmnî.
Oiigrascna fut père de neuf enfants, dont Gansa était l’aîné. Les autres se nommaient Nyayrodha, Soundman, Canca. Sancou, Sambhoùchana , Bdchlrapdla, Soudhanoa et le vénérable Anddhrichti. Ils eurent cinq sœurs, Cansâ, Cansavati, Soutanou, Râclitrapâli et la belle Cancà.
Ougraséna et ses enfants sont renommés comme descendants de Cou* coura.
Celui qui garde en son esprit l'iiistoirc de ces illustres Coucouras, obtient une nombreuse postérité.
F.VLSSE ACCUSJtTION PORTEE CONTRE CRICHN.A.
• \ ésampâyana dit :
Bhadjamàna eut pour fils Vidoûratha, fameux par ses chars de guerre. Vidoûratha fut le père de Soùra, connu aussi sous le nom de Rddjddhidéva. Celui-ci donna le jour à des fils renommés surtout par leur vaillance, aux courageux Datta et Atidatta, et à leurs frères, Sonàswa, Swétavâhana, .Samin, Oandasarman, Dattasatrou et Satroiidjit. 11 eut aussi deux filles, Sravani et Sravichthâ.
De Samin naquit Pratikchatra; de Pratikchatra, Swayambhodja ; et deSwayambhodja, Hridica. Tous les enfants de celui-ci devinrent puissants et redoutables : l’aîné fut Critavarman, le second Satadhanwan; les autres, Dévdnta, Narânla, BbiebadJ, Vêtarana, Soudânta, Abhidânta, Câniada et Càniadambhaca.
Devânta eut pour fils le sage Cambalavarliicha. Celui-ci fut le père de deux enfants, Asamôdjas et Nâsamûdjas. Asamôdjâs n’avait point d'enfants: son père lui fit adopter Soudecbna, Soutcbârou et Crichna, tous trois Andbacas.
On comprend sous le nom d' Ândkacas ceux que je viens de te citer, et
* Le mtimscrtt bengali la nomme Sandévâ ; et le manuftchl de M. Tod. Soudêvâ.
beaucoup d’autres encore. Conserver le souvenir de l'histoire de toute cette race des Andhacas, c’est, n’en doute pas, s’assurer k soi-même l’avantage d’une nombreuse famille
Nous avons vu que Crochtou avait eu deux épouses, Gândhârî et Mêdri. Gindhârî avait enfanté le vaillant Anamitra; et Mftdri, YoudhÂdjita et Dévamîdhoucba.
Anamitra fut un prince invincible et redoutable pour ses ennemis. 11 eut ' pour fils Nigbna. Celui-ci donna le jour à deux guerriers toujours vainqueurs, Praséna et Satrâdjit. Praséna , se trouvant à Dwàravatî , obtint de Soûrya ’ une pierre précieuse d’une qualité divine, et nommée Syamantaca. Satrâdjit était un ami intime de ce dieu. Un matin, au moment où la nuit se retirait, cet illustre prince, montant sur son char, se rendit sur les bords d’un lac pour y faire ses ablutions et rendre scs hommages au soleil. C’est alors que Vivaswân lui apparut : le dieu au disque brillant avait une forme que les sens ne pouvaient supporter. Le prince lui dit:* Roi des astres, je te
• vois en ce moment, comme tu te montres toujours dans le ciel, orné d’un
• disque resplendissant: tu daignes me visiter en ami, et quelle diflcrcnce de « toi à moi! « Le dieu, en l’entendant, détacha de sa poitrine la pierre Syamantaca, et la jeta à terre : le roi le vit alors sous une forme supportable, et heureux de cette marque d’amitié, il prolongea avec lui l’entretien pendant une heure. 11 finit par dire à Vivaswân : « O dieu, voudrais-tu bien me
• donner cette pierre dont tu éclaires les trois mondes? • Le soleil consentit à lui donner la pierre Syamantaca: le prince l’attacba sur sa poitrine et revint à la ville; le peuple l’environnait en s’écriant: « C’est le soleil qui « vient vers nous. • Toute la ville et le gynécée du prince étaient ravis d’admiration. Satrâdjit, par amitié pour son frère’, lui céda cette pierre divine. Elle faisait tomber une pluie d’or dans la maison de Vrichni et d’Andhaca: les nuages donnaient dans la saison leurs ondes bienfaisantes; la maladie n’inspirait aucune crainte *.
* Ce paragraphe n cat que sur le manuscrit déYanâgari de Paris.
' SodrjA, et (dus bas PrvxinM/i, sont des xK>ms du soleil.
* Ce irére est appdé ici Prai^iuhÿtf, au lieu de Praséna.
* Qu'était'Ce que celte pierre poétique du Svamantaca? On pourrait, d'après ce récit, supposer que c'était quelque mine de diamants. qui avait répandu la richetie et l'abondance dans les états du prince qui la possédait. On pourrait croire aussi que le Syamantaca
La possession de ce trésor excita la jalousie contre Praséna. Govinda ° devint maître de cette pierre : mais, malgré sa puissance, il n'avait jamais eu la pensée de la prendre ou de la ravir. Un jour Praséna, pilant pour la chasse, s’en était orné. Un lion °, errant dans la forêt , le tua pour la lui enlever. Le roi des ours(Rikcharâdja)'’ rencontra ce lion ipii fuyait: il lui donna la mort, prit la pierre, et se retira dans sa caverne. Les Vrichnis et les Andhacas, appienant la mort de Praséna, soupçonnèrent d'abord Crichna, qui autrefois avait paru désirer le .^aman/aca. Crichna, constamment animé de l’amour du devoir, leur répondit qu'il n'était point l'auteur de cet accident, et qu’il retrouverait la pierre précieuse. 11 se rendit dans la foret, où Praséna avait dirigé sa chasse. Avec ses compagnons fidèles, il rechercha les traces de ce prince ; il preourut avec soin le mont Rikchavân ' et le mont Vindhya : enfin accablé de fatigue, le sage Crichna trouva le cadavre de Praséna et celui de son cheval; mais la pierre avait été enlevée. A quelque distance, il vit le lion tué par le roi des ours, et à la marque des ps il reconnut sous quel ennemi ce lion avait succombé. Mâdhava suivit les traces qu’il voyait sur la poussière, et arriva à la caverne de ce roi, nommé Djûmbavân. Il entendit alors dans f intérieur la voix d’une femme, d'une nourrice, qui prenant l'enfant du prince, et le faisant jouer avec la pierre précieuse, lui disait: • Ne pleure ps, bel enfant; le lion a tué Praséna; • Djâmbavin a tué le lion. Ne pleure ps, le Syamantaca est à toi. ■
En entendant ces mots, Crichna entra, sans rien dire, dans la caverne du roi des ours, faisant placer à la porte les Yâdavas, et son frère armé du soc guerrier®. Lui-même s'avança, son arc à la main, et aperçut Djâmbavân.
éuit U même cho»e que cette pierre meneÜ' leuAe appelée par les lodieos soùiyacânta . et que nous prenons quelquefois pour le cristal ; ou bien un ornement royal, marque distinctive de rautorilc, que tous ces princes se disputaient.
* Govinda, cl plus bas Mâdhava, sont des surnoms de Crichna.
' Le mo4 «nAa* qui veut dire lion.
s’applique également ii un prince guerrier.
' Rikcharàdja peut aussi se traduire par roi
du Rikcha; et en effet, nous verrons tout à l'heure Crichna parrourir cette montagne.
' C'est la partie orientale des monts Vindhyas, dont la partie méridionale est spccialemenl désignée par le nom de l’indhYa.
* B&laràma, Daladéva ou Elalabhsdra, fri®re de Crichna, porte dans les combats une arme en forme de soc qu'il lauce au milieu des rangs de ses ennemis, tandis que Crichna porte quelquefois un Ichacra ou disque dont le bord est aiguisé et tranchant.
Aussitôt dans la caverne même commença un combat entre ce prince et le fils de Vasoudcva ; et serres dans les bras l’un de l’autre , les deux rivaux luttèrent vingt et un jours. Ne voyant point sortir Crichna, Baladéva et les autres retournèrent à Dwâravatî, et y portèrent la nouvelle de sa mort.
Cependant le fils de Vasoudcva, vainqueur du robuste Djâmbavân , enleva sa fille , qui était la célèbre Djàmbavatî , et prit la pierre Syamantaca, dont il se para. Il sortit de la caverne, emmenant avec lui ce roi des ours, et revint à Dwâravatî, chaîné des plus brillantes richesses. Pour se justifier complètement des soupçons qu’on avait conçus contre lui, ce noble héros donna au vertueux Satrâdjit la pierre qu’il avait reconquise. C’est ainsi que Crichna, vainqueur de ses ennemis et maître du Syamantaca, se vengea de ses accusateurs et confondit lui-même leur injustice.
Satrâdjit eut dix femmes et cent fils: parmi ces fils on en distingue trois, Bhangacâra l’aîné, le vaillant Vâtapati, et Oupasthâvân*®. Il eut aussi trois filles, célèbres dans le monde : Satyabhâmâ, la première des femmes, la pieuse Vratinî, et Praswâpinî, qu’il donna pour épouses à Crichna.
Bhangacâra fut père de deux fils, Sabhâkcha et Narîya, doués des qualités les plus éminentes et célèbres par leurs vertus.
Du fils de Mâdrî, Youdhâdjlta, naquit Vrlchni Vrichni eut deux fils, Swaphalca et Tchltraca. Swaphalca épousa la fille du roi de Câsi, nommée Gândini, à qui son père, cliaque jour, donnait une vache. Elle devint mère d’un prince vaillant et hospitalier, savant dans les écritures sacrées, rempli de hautes qualités, aimant à célébrer les sacrifices, et magnifique en présents. Il se nommait ^croura: il eut pour frères Oupamadgou, Madgou, Mridoura, Arimédjaya , Arikchipa **, Oupekcha **, Satrouhan **, Arimardana , Dharmabhrit Yatidhamia Grighramodja , Andhaca ”, Avâha et Prativâha **. Il eut aussi une .sœur, nommée Soandari, qui épousa Aswa et lui donna une fille, appelée Vasoundliarâ , brillante de jeunesse, de beauté et de vertu.
'* Un manu»crit donne Vivatsmita.
" Voyez la xxxjv' lecture, où »e retrouve mot pour mot tout ce pas5age, sauf les variantes que je signale.
'* I^es manuscrits dévanâgaris portent Girikchipa.
'* Le manuscrit de M. Tod donne Outkchépa.
“ La lecture xxxiv* l'appelle Salmnykna.
“ La inùinn lecture |K)rtc Dharmadhrik.
'* Le manuscrit bengali de Paris écrit Dliarmin ; cl celui de M. To<l , Dhurmdtmà.
” Le manusttril bengali le nomme Antaca. " Sur les manuscrits dévanâgaris on lit Sotibâhou et Pratibàtu)u.
Acroùra rendit Ougras^ni '* mère de deux enfants, Soudéva *ct Oupadéva , pareils aux immortels.
De Tchitraca naquirent Prithou, Viprithou, Aswagrîva , Aswabfthou Soupàrswaca , Gavcchin , Arichtanémi , Aswa, Soudharman, Dharmabhrit Soubâhou, Vahoubâhou; et deux filles, SravichthA et Sravanft.
Celui qui lit avec attention cette histoire de la fausse accusation portée contre Crichna , ne sera jamais expose aux imprécations mal fondées que pourraient lancer les dieux.