CONCLUSION DE L HISTOIRE DE LA PIERRE SYAMANTACA
Vêsampâyaua dit :
Crichna avait donc donné à Satrâdjit ccttc pierre Syamantaca. Acroùra, qu’on nomme aussi Babkroa *, en devint possesseur par Tinterniédiaire du Bhodja ^ Satadhanwan. Depuis longtemps il la désirait, et il avait, dans cette intention , demandé la main de la vertueuse Satyabhâmâ. Le vaillant Satadhanwan ayant tué Satrâdjit, prit ccttc pierre pendant la nuit, et en ht présent à Acroùra. En la recevant, celui-ci lui promit sa reconnaissance.» Si « tu es attaqué par Crichna, nous te secourrons. N’en doute pas, aujourd’hui « Dwâravatî tout entière est à moi. ■ La pieuse Satyabhâmâ, affligée de la mort de son père, monta sur son char, et se rendit à la ville appelée Vârana \
'* La lecture xxxiv* porte Oagratènâ.
Cette même lecture donne Pnuéna, au lieu de Soadévü.
^ Le manuscrit bengali appelle ces deux prioces Astcaséna et Agrabâhou.
** Le manuscrit de M. Tod porte Dharmavit ici comme à la xxxiv* lecture.
* J'ai dû ajouter ces mots , parce qu'ü me semble que dans tout le cours de cette lecture on confond Babhrou cl Acroùra. J'en ai conclu
que Babhrou était une épithète donnée au fils de GÂndini et de Swapbalca , et non pas le nom du personnage fiU de Devâvridha, dont il s agit dans la xxxvii* lecture.
* Bfuxija me parait un nom général de famille : car Satadhanwan est un fils de Hridica. \oyei la lecture précédente.
' Je ne connais pas cette ville : nous avons vu ailleurs qu'à quelque distance de Bénarcs, il y avait un ruisseau nommé Varanâ. Était-ce
La malheureuse, les yeux baignés de larmes, révèle à son époux l’action du Bhodja Satadlianwan. Crichna, faisant ses ablutions à la suite d’un sacrifice de famille que les frères PAndavas venaient de célébrer, ordonne à Sâtyaki d’atteler son char, et le vainqueur de Madhou ‘ arrive promptement A Dwâravati. 11 dit A son frère aîné, au héros qui est armé du soc : • Le
• lion avait tué Praséna, Satadlianwan a tué Satrâdjit. Celui-ci avait reçu
• de moi le Ayaman<aca, j’en suis le maître. Monte rapidement sur ton char; ■ que le vaillant Bhodja soit détruit, le Syamantaca nous appartient. •
C’est alors qu’une guerre cruelle commença entre Crichna et Satadhanwan, qui attendait le secours d’Acroûra. Mais celui-ci, en voyant l’acharnement de ces deux ennemis, malgré son traité d’alliance, n’eut pas le cœur de SC montrer. Le Bhodja, vaincu par la crainte, songea A la retraite, et fil cent yodjanas ® sur le même cheval avec lequel il avait combattu et qui s’appelait Hndaya. Trouvant alors un char, il quitta sa monture harassée de fatigue; et l’animal , d’épuisement et de regret, expira sur-le-champ.
Crichna dit A Balarùnia : • Reste en cet endroit, nos chevaux sont fati-
• gués; je veux aller A pied A la conquête du Syamantaca, ■ Alors mettant pied A terre, le héros poursuivit Satadhanwan jusqu’auprès de MithilA *, où il le tua. Mais vainement il avait déployé sa force et son adresse; après avoir terrassé le Bhodja, il ne vit point \e ^amanlaca. A son retour, son frère lui dit: «Donne-moi cette pierre. ««Je ne l’ai point, • répondit Crichna.
• O honte 1 répéta plusieurs foisBalarâma irrité; je vous le pardonne, parce
• que vous êtes mon frère. Adieu, je vous quitte. Je n’ai plus rien A démêler
• avec Dwâravati, avec vous et les Vrichnis. > Le terrible Balarâma se retira A MithilA, dont le prince lui rendit tous les honneurs qu’il pouvait désirer.
Cependant le prudent Acroiîra multipliait sans ménagement toutes les espèces de sacrifices. Ce glorieux et savant fils de Gândini ^ afin de pouvoir
une ûUe fondée «ur m bonis, et par cooaé* qiienl appelée Vdrana ? Voy . lecl. CLXVI , noie l . Le mss. de M. Tod l'appelle Vàranàvata.
* Mauvais génie tué par V'icbnou , dont Crichna est un avatare.
* Vyoijana est une mesure itinéraire que l'on évalue à 9 milles : d'autres calculs ne la |x>rtent qu'à 5 inilles ou h milles et
* C'était la capitale d’un royaume dans te nord-est du Bengale. Voy. lect. xxxvi , oole à- ’ Ce vers of&e un exemple des licences que se donne quelquelbis le poète ; les trois syllabes du mol Gândini le gênaient , il a réduit ce mot à deux syllabes. Gândt. J'ai d^à rencontré plu sieurs cas semblables que je n'ai point r^evés ; ainsi il dit Djanméd^a^'a , pour Djanamè^aYo.
conserver le Syamantaca , fît composer une espèce de charme ‘ religieux, et pendant soixante ans, il ne cessa de présenter aux dieux des pierreries et mille autres offrandes magnifîques : ce sont là les sacrifîces si fameux du grand Acroûra , dans lesquels était déployée la plus grande somptuosité en dons et en présents de tout genre.
Le prince Douryodhana vint à Mithilâ pendant le séjour qu’y fît Balarâma, et apprit de lui l'art difficile de manier la massue. A la fîn, les Vrichnis et les Andhacas, avec le grand Crichna, parvinrent à apaiser le héros et à le faire revenir à Dwàravatî.
Acroûra s'était éloigné aussi avec les Andhacas, soupçonné d’avoir participé, avec son parent, à la mort de Satrâdjit. Crichna, à qui il inspirait quelque méfiance, le surveillait avec soin. Aussitôt après son déprt, Indra cessa d’envoyer des pluies sur la terre, et la sécheresse dépeupla le pays. Alors les Coucouras et les Andhacas s’entremirent pour le ramener : il rentra dans Dwiravati; et à l’arrivée du prince magnifique qui employait si pieusement ses richesses, le roi du ciel, aux mille yeux, ouvrit le trésor des eaux, et envoya la pluie aux plantes de la terre. Pour sceller sa réconciliation avec Crichna, le prudent Acroûra lui donna en mariage sa sœur, qui était douée de toutes les vertus ’.
Parla vision de l’yoga Crichna découvrit que leSyamanlaca était en la possession d’ Acroûra; il lui dit en pleine assemblée : < Prince digne de tout
• mon respect, je vous donne cette pierre précieuse qui est maintenant entre
• vos mains. J’ose attendre de votre part tous les égards que j’ai pour vous.
• Il y a soixante ans que ma colère éclata plus d’une fois avec trop de vio- ■ lence : le temps , qui détruit tout , a éteint cette inimitié. • Ainsi parla Crichna dans l’assemblée de tous les ëâtwatas " ; alors le sage Acroûra lui
' Cecharme.ee talisman porte le nom de qui signifie proprement armure. C'est ordinairement une prière écrite sur récOToe de l’arbre qu'on appdle bhoûrdja.
* n y a ici quelque erreur, ou le poète s'est trompé dans U lecture précédente en donnant Soundari au prince Aswa. U est vrai de dire que les manuscrits, pour oeUe lecture, n’étaient pes d'accord. Le bengali, avec une syl-
labe de trop dans le vers . faisait Soundari épouse de SAml>a: c’est le même manuscrit qui lui donne Vesoundharâ pour fille.
Nous avons .d«^à vu que 1a dévotion procurait une espèce de seconde vue à edui qui se trouvait, par sa méditation profonde, uni au grand Etre ; le mot yoga signifie oajor.
Nom de famille, qui s’étend à toute la race des Yédavas. Voyes lect. xxivi et uxvii.
remit de sa propre main le Syamanlaca ; le héros satisfait reçut cette pierre pour la lui rendre aussitôt; et le fils de Gàndini, après l'avoir prise des mains de Criclina, l'attacha sur sa poitrine et hrilla de tout l'éclat du soleil.
L’homme qui, pur et recueilli, écoute cette histoire, obtiendra un jour le bonheur célc.ste. Sa gloire et sa renommée, ô prince, s’étendront jusqu'au monde de BralimA. N'en doute point, je ne te dis ici que la vérité'®.